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samedi 7 mai 2022

Qu'est-ce que j'irais faire au paradis ? ★★★★☆ de Walid Hajar Rachedi

C'est en voyage à Malaga,  que je me suis imprégnée de cette histoire, non loin de quelques points de chute de Malek. Les pieds dans l'eau, sous le soleil éreintant, les mots de Walid Hajar Rachedi racontant les destins de Malek, un jeune français d'origine algérienne en quête de lui-même, de sa propre identité, d'Atiq, un afghan en quête de revanche, ou encore de Kathleen, une jeune anglaise, en quête de son père, m'ont touchée
Une inégalité dans la narration ne m'a pas permis d'aller au coup de coeur. On s'y perd un peu parfois.  Pourtant, ces périples, ces destins croisés me hantent encore, quelques jours après avoir refermé ce livre. Comme un appel à le rouvrir, à m'y replonger. La fin magistrale doit y être pour quelque chose.  
Le destin tragique de l'Afghanistan inonde ces pages, et n'a pas été sans me rappeler l'analyse géopolitique de Barack Obama sur les conflits en Afghanistan dans "Une terre promise". 
« Toutes les histoires ont déjà été racontées. Il n'y a que la voix de celui qui raconte qui change. »
Un roman d'apprentissage aux histoires qui s'entremêlent et qui interroge sur l'identité, l'exil, le métissage, la foi, les dérives de l'islam, l'engagement humanitaire, l'espoir de la jeunesse, l'amour.

Merci à lecteurs.com, aux éditions Emmanuelle Collas, à Walid Hajar Rachedi, à Geneviève Munier pour cet intense moment de lecture.
#prixorangedulivre2022
« Aussi, mais j’allais dire : toutes les histoires n’ont de valeur que pour ce qu’elles peuvent éveiller chez le prochain lecteur. C’est toujours la même histoire qu’on raconte, c’est toujours une nouvelle histoire qu’on entend. »


« - C'était qui ces gens ? Ces "Arabes" ? Al-Qaida ? 
- Au début, on ne leur donnait pas ce nom-là. C'étaient seulement des combattants venus nous aider à mettre fin à l'occupation. Je me souviens que mon père ne les portait pas dans son coeur. Il se méfiait de leur influence. Il ne croyait pas à la vertu des gens qui ne connaissent pas la valeur d'une vie. Il disait ; "Les communistes disaient vouloir construire le paradis sur terre, eux promettent qu'ils sont les seuls à savoir comment l'obtenir dans l'au-delà. Tous des arrogants. On peut attirer les Afghans en enfer, mais pas les pousser au paradis..." »

« Juste un mur bordant la plage côté nord où s'écrasent les lumières des ferries. Juste un mur fermant la mer jusqu'aux confins de l'espace Schengen, au pied duquel apparaîtront bientôt ceux qui n'ont à perdre que leur vie. Et Atiq, si proche de l'Angleterre, si loin de son frère, se demande combien de temps encore il faudra s'enfoncer dans l'impasse du monde sans ciller. »


« Scotchant. Sur la légende du tableau, j'ai appris que Guernica n'était pas un nom inventé pour un conflit annoncé, mais seulement celui d'un village basque bombardé pendant la guerre civile espagnole par les nazis et les fascistes italiens à la demande de Franco. Et, tandis que le dictateur espagnol pilonnait son peuple, en France et en Angleterre on faisait comme si on n'avait rien vu - de bonnes habitudes qui ne dataient pas d'aujourd'hui. 
Alors j'ai regardé ces visages apeurés, ces couleurs qui ont disparu, ces deuils qu'on n'arrive pas à faire, et j'ai repensé aux bombardements, à l'Afghanistan, à Atiq, à sa traversée en solitaire, à la vengeance que réclamait Wassim, son frère. Autre conflit, autres protagonistes, mais toujours le même résultat : une haine qui n'en finit pas.
Pour une toile, combien de Guernica, en vérité ? »

« Le visage de la danseuse de flamenco exprimait la même concentration, la même passion, la même intensité que des B-boys, si bien que je n'aurais pas été totalement surpris de la voir exécuter des figures au sol. Mais debout elle était, debout elle resterait, les volants de sa robe fendant l'air, le corps ensorcelé. J'étais subjugué par ce spectacle, par sa force, par sa beauté, par tout ce que cette transe convoquait d'émotions, de cultures, de mélanges. À Séville, le métissage n'était pas à chercher du côté des vieilles pierres, aussi belles soient-elles. Des hommes et des femmes avaient partagé quelque chose de plus profond, de plus important que des terres et des biens. Des hommes et des femmes s'étaient émus des mêmes choses, s'étaient reconnus dans les mêmes paysages, avaient transcendé leur peine par les mêmes danses, les mêmes chants. Avec leur flamenco, ces gitans, nomades parmi les nomades, en étaient à leur insu les flamboyants dépositaires.
Mon voyage commençait à trouver un sens.  »

« Toutes les histoires ont déjà été racontées, il n'y a que la voix de celui qui raconte qui change. »


« J'ai moins peur de nos ennemis que de l'influence de nos mauvais amis. [...] Au siège de votre organisation, on doit considérer qu'après tout, la situation actuelle est un moindre mal. Quitte à faire quelques entorses à ses principes pour que l'ONG puisse continuer ses activités, il est plus simple de négocier avec les militaires américains qu'avec les talibans. [...] C'est sous l'influence de ces "mauvais amis" que nous, Afghans, n'avons eu pratiquement aucun mot à dire sur les décisions qui ont affecté notre pays, notre peuple depuis plus de vingt ans : avons-nous demandé aux Russes d'envahir notre pays ? Avons-nous demandé aux Américains de financer et d'armer les plus extrémistes des moudjahidines ? Avons-nous demandé aux services secrets pakistanais et saoudiens, à la CIA de soutenir l'émergence des talibans ? Avons-nous demandé que notre pays devienne le terrain d'entraînement des combattants d'Al-Qaida ? Monsieur Jeffrey, vous m'avez dit, une fois, que vous rêviez d'unité et d'un avenir meilleur pour l'Afghanistan et pour ses enfants. C'est un rêve que je partage du plus profond de mon âme. Mais comment notre pays peut-il être uni ou œuvrer à un avenir meilleur pour les générations futures s'il est le jouet de puissances pour lesquelles nos vies n'ont aucune valeur, dépossédé de son destin, ébranlé jusque dans son âme ? »

« J'ai demandé au chauffeur de monter le son, de ne pas nous tuer sur la route. Il roulait comme un dératé. J'ai fermé les yeux. J'aurais voulu mettre ce moment dans une boîte. Une boîte que je garderais précieusement pour les jours où j'oublierais qu'il existe d'autres vies que la mienne. »

« - Oui, c'est beau de s'abandonner à quelque chose qu'on n'est pas certain de comprendre, croire à ce qu'on ne peut pas voir... Ce que tu appelles la foi, j'appelle ça l'amour. Pour moi, il n'y a de paradis que dans les moments que nous passons avec ceux que nous aimons. »

« - Mais, Papa, t’entends ce que tu dis ! Donc tout ce qu’on nous raconte ne serait qu’un tissu de mensonges ? Big Brother, quoi ! à ce compte-là, on n’a plus qu’à jeter tous les livres d’histoire à la poubelle…
- Mais l’histoire, ma fille, c’est un récit. Un récit qu’un peuple se raconte à lui-même. Un récit qui a ses biais. Tu sais ce que disait Churchill sur l’histoire ?
- « L’histoire est écrite par les vainqueurs », c’est ça ?
- Et tu crois qu’il avait tort ? Qu’est-ce que tu vois par la fenêtre ?
- L’entrée de la gare de Waterloo ?
- Et Waterloo, c’est quoi pour nous, Waterloo ? C’est le nom de la bataille qui a défait Napoléon, qui a défait un tyran. « Napoléon le tyran », est-ce que tu crois que c’est ce qu’apprennent les petits Français à l’école ? Non, dans leurs livres, Napoléon, c’est un héros, le bâtisseur de l’Europe, le dernier empereur français, inhumé tel un pharaon aux Invalides… Et la gare qui porte son souvenir à Paris, comment s’appelle-t-elle ? Waterloo ? Non, bien sûr, c’est la gare d’Austerlitz ! Austerlitz, du nom d’une bataille victorieuse et décisive pour la France… Toute histoire a un autre versant. Le propre d’un empire, c’est de créer sa propre réalité. »

« Je n'ai jamais compris à quoi pourraient servir Thalès, Pythagore et leurs foutus théorèmes, mais j'entends le mot « contraposée » qui résonne dans ma tête. Un raisonnement par l'absurde qui dit que, si je ne fais pas partie de cet ensemble, c'est que je dois faire partie de l'autre. 
Contraposé. Posé contre, vraiment tout contre.
Au milieu de cette place, à Oran, j'ai leur visage, un million de fois leur visage, mais je ne partage rien de leurs desseins, de leurs destins. Dans ma vie, j'ai eu des galères. Ceux qui ont mon âge ont connu la guerre civile. De celles qui ébranlent jusqu'à l'âme, tachent de noir votre enfance, confisquent votre adolescence. La paix reste une idée fragile, une réalité plus fragile encore. En témoignent ces barbelés qui éclipsent les petites merveilles d'architecture mauresque, ces regards inquisiteurs quand je m'exprime dans un arabe hésitant, ces malheurs qu'on veut me raconter. J'écoute, gêné. Je ne sais pas quoi dire. J'ai tout à coup envie de leur parler d'ailleurs. »

« C’est peut-être ça, l’amour : un abri. »

Quatrième de couverture

Quand Malek, 17 ans, rencontre Atiq, jeune Afghan en exil à la recherche de son frère qu'il veut empêcher de se faire justice contre les Américains, il cède à l'envie d'aller voir le monde de ses propres yeux. En route vers Tanger, il rencontre Kathleen, Londonienne dont il tombe amoureux et dont le père, humanitaire, a disparu à son retour d'Afghanistan. Paris, Kaboul, Grenade, Oran, Le Caire. C'est la même histoire que Malek se raconte et s'entend raconter, celle d'un ailleurs fantasmé qui n'existe plus ou qui n'a jamais existé.

Avec ce premier roman d'une grande maîtrise, Walid Hajar Rachedi nous embarque dans une quête terrible et solaire jusqu'à l'ultime dénouement à Londres, où convergent récits et destins.

« Au lendemain des attentats de Charlie Hebdo et du Bataclan, où j'ai vu pêle-mêle des noms connus parmi les victimes et les bourreaux, j'ai fait le triste constat que nous n'étions finalement pas si nombreux à pouvoir convoquer une double conscience. »
Walid Hajar Rachedi

Éditions Stock,  janvier 20222
296 pages

vendredi 22 janvier 2021

Les impatientes ★★★★☆ de Djaïli Amadou Amal

Patience. Silence. Sentence. Violence. 
Il est des sujets qui ne peuvent laisser indifférent et celui de l'effroyable condition des femmes dans certaines parties de l'Afrique en fait partie. 
Une oeuvre importante que ce livre, irréfragablement. Un livre acclamé par les Lycéens, et quel bon choix de lui avoir attribué le Goncourt des Lycéens.
Djaïli Amadou Amal est une écrivaine militante féministe et dans Les Impatientes, c'est le coeur de son combat qu'elle met en avant en nous contant le destin de trois femmes victimes de violences physiques et morales et de discriminations. Nous le savons, certains us et coutumes sont néfastes pour qui est une femme. Le masculin bafoue en toute impunité sous couvert du diktat religieux. Face au désarroi de ces femmes esclaves maritales et impuissantes, la société, complice, préconise le Munyal, la patience. Sois patiente. Même battue, même violée. Sois patiente. Reste digne.  Les droits au masculin, les obligations au féminin. 
« Ma mère, si elle avait conscience de mon désarroi, se disait que tout cela n’était qu’enfantillage et que, dès que je serais mariée, je serais plutôt heureuse de mon sort. Mais il fallait surtout que je comprenne que c’était mon destin et "face au destin, on ne pouvait rien", affirmait-elle. Ne serais-je pas bientôt l’épouse d’un des hommes les plus riches de la ville ? »
Alors prendre la fuite semble être le seul échappatoire, ou se forger un destin en devenant lettrée et tenter d'éviter de se perdre complètement dans ce monde brutal de patriarche, de devenir « à jamais l'une de ces ombres cachées à l'intérieur d'une concession »
« Ô mon père ! Tu as tellement d'enfants mais c'est commode d'avoir des filles. On peut s'en débarrasser si facilement.
Ô mon père ! Tu dis connaître l'islam sur le bout des doigts. Tu nous obliges à être voilées, à accomplir nos prières, à respecter nos traditions, alors, pourquoi ignores-tu délibérément ce précepte du Prophète qui stipule que le consentement d'une fille à son mariage est obligatoire ?
Ô mon père ! Ton orgueil et tes intérêts passeront toujours avant. Tes épouses et tes enfants ne sont que des pions sur l'échiquier de ta vie, au service de tes ambitions personnelles. 
Ô mon père ! Ton respect de la tradition est au-dessus de nos volontés et de nos désirs, peu importe les souffrances que causeront tes décisions ?
Ô mon père, nous as-tu jamais aimées ? Oui, diras-tu, et tu fais tout cela pour notre bien. Car, jeunes filles, que savons-nous de la vie ? Comment pourrions-nous choisir notre époux ? »
L'écriture est simple. C'est un fait et pour être tout à fait honnête, je dois dire que cela m'a déstabilisée par moment, j'avais du mal à rentrer dans l'histoire, à me sentir aux côtés de ces femmes. Mais je me suis vite ressaisie. Les mots sont simples, posés là où il faut, sans chichis ni fioritures, secs, bruts de décoffrage. Un passage sur le viol m'a d'ailleurs glacé le sang. Je me suis dit que la simplicité était justement de mise pour que la portée d'un tel récit soit universelle. Le sujet est déjà assez lourd à porter, assez compliqué à défendre, à véhiculer. Dénoncer l'obscurantisme de son propre peuple est courageux. 
Merci pour ce nécessaire récit/pseudo-témoignage sur lequel on pose un regard douloureux, et bravo pour votre combat chère auteure. 
À quand une rupture avec le patriarcat ? 
À lire aussi sur ce sujet, le livre de  Le silence d'Isra qui m'avait sidérée. 

« La patience cuit la pierre. » Proverbe peul

« La patience d'un coeur est en proportion de sa grandeur. » Proverbe arabe

« L'amour n'existe pas avant le mariage, Ramla. Il est temps que tu redescendes sur terre. On n'est pas chez les Blancs ici. Ni chez les Hindous. Tu comprends pourquoi ton père ne voulait pas que vous regardiez toutes ces chaînes de télé ! Tu feras ce que ton père et tes oncles te diront. D'ailleurs, as-tu le choix ? Épargne-toi des soucis inutiles, ma fille. Épargne-moi  aussi, car ne te leurre pas, la moindre de tes désobéissances retombera invariablement sur ma tête. »

« Tu dois savoir une fois pour toutes que tes décisions n'influencent pas que ta vie. Grandis, nom de Dieu ! Cela s'est passé de la même manière pour moi, pour tes tantes, pour toutes les femmes de la famille. Que veux-tu prouver ? Déjà tes jeunes soeurs risquent de ne plus être inscrites à l'école par ta faute. Tu as réussi à donner une idée négative de l'instruction par ton comportement. Ressaisis-toi, Ramla. Estime-toi heureuse de ton sort et remercie plutôt Allah de ne pas te donner pire destin. Préfères-tu épouser ton cousin Moubarak, ce voyou ?»

« Les conseils d'usage, qu'un père donne à sa fille au moment du mariage et, par ricochet, à toutes les femmes présentes, on les connaissait déjà par coeur. Ils ne se résumaient qu'à une seule et unique recommandation : soyez soumises ! »

« Sauvez-moi, je vous en supplie, on me vole mon bonheur et ma jeunesse ! On me sépare à jamais de l'homme que j'aime. On m'impose une vie dont je ne veux pas. Sauvez-moi, je vous en conjure, je ne suis pas heureuse comme vous voulez le croire ! Sauvez-moi, avant que je ne devienne à jamais l'une de ces ombres cachées à l'intérieur d'une concession »

« Ainsi a-t-on soigné mon corps mais pas mon esprit. Personne n'a pensé qu'il existait en moi des blessures plus profondes et plus douloureuses. On me répéta qu'il ne s'était rien passé de dramatique. Juste un fait banal. Rien d'autre qu'une nuit de noces traumatisante. Mais toutes les nuits de noces ne sont-elles pas traumatisantes ? On me dit aussi que je n'avais rien compris aux conseils de mon père.
Je dois soumission à mon époux !
Je dois épargner mon esprit de la diversion !
Je dois être son esclave afin qu'il me soit captif !
Je dois être sa terre afin qu'il soit mon ciel !
Je dois être son champ afin qu'il soit ma pluie !
Je dois être son lit afin qu'il soit ma case ! »

« - Bien sûr qu'on allait te renvoyer, fit sévèrement Goggo Nenné. Tu n'es ni la première ni la dernière qu'un homme frappe. Ce n'est pas une raison pour disparaître comme cela. On aurait certainement trouvé une solution. Tu n'es pas une feuille morte à la merci du vent. Tu as une famille pour te protéger.
- Mais vous m'auriez juste dit de patienter.
- Ce qui est normal. La patience est une prescription divine. Elle est la première des réponses. Elle est la solution à tout. »

« On confirme que je suis folle. On commence à m'attacher. Il paraît que je cherche à fuir. Ce n'est pas vrai. Je cherche juste à respirer. Pourquoi m'empêche-t-on de respirer ? de voir la lumière du soleil ? Pourquoi me prive-t-on d'air ? Je ne suis pas folle. Si je ne mange pas, c'est à cause de la boule que j'ai au fond de la gorge de mon estomac si noué qu'aucune goutte d'eau ne peut plus y accéder. Je ne suis pas folle. Si j'entends des voix, ce n'est pas celle du djinn. C'est juste la voix de mon père. La voix de mon époux et celle de mon oncle. La voix de tous les hommes de ma famille. Munyal, munyal ! Patience ! Ne les entendez-vous pas aussi ? Je ne suis pas folle ! Si je me déshabille, c'est pour mieux inspirer tout l'oxygène de la terre. C'est pour mieux humer le parfum des fleurs et mieux sentir le souffle d'air frais sur ma peau nue. Trop d'étoffes m'ont déjà étouffée de la tête aux pieds. Des pieds à la tête. Non, je ne suis pas folle. Pourquoi m'empêchez-vous de respirer ? Pourquoi m'empêchez de vivre ? »

« Le coeur d'un homme peut-il vraiment se partager entre deux femmes ? »

« Je ne veux absolument pas de désordre chez moi. Je n'accepterai jamais que mon domicile devienne un champ de bataille et un lieu de discorde comme il en existe tant. J'entends vivre tranquillement sans maux de tête e sans autre souci. J'entends que ma maison reste un endroit de quiétude et de sérénité comme il en a toujours été. Safira, toi, tu me connais bien. Je ne supporte ni les mésententes ni les conflits. Je vous préviens, toutes les deux, vous avez intérêt à vous entendre et à me rendre heureux. Est-ce que c'est clair ? »

« [...] la patience et la ruse. Occupe-toi de ton mari comme d'un enfant. Apprivoise-le comme ce lion que tu as apprivoisé. Sois patiente, rusée, intelligente. Et jamais il ne pourra se séparer de toi. Voilà le secret pour s'attacher un mari. Aucune amulette ne le vaudrait. »

« La patience est un arbre dont la racine est amère mais les fruits très doux. »

Quatrième de couverture

Trois femmes, trois histoires, trois destins liés. Ce roman polyphonique retrace le destin de la jeune Ramla, arrachée à son amour pour être mariée à l'époux de Safira, tandis que Hindou, sa soeur, est contrainte d'épouser son cousin. Patience ! C'est le seul et unique conseil qui leur est donné par leur entourage, puisqu'il est impensable d'aller contre la volonté d'Allah. Comme le dit le proverbe peul : « Au bout de la patience, il y a le ciel. » Mais le ciel peut devenir un enfer. Comment ces trois femmes impatientes parviendront-elles à se libérer ?

Mariage forcé, viol conjugal, consensus et polygamie : ce roman de Djaïli Amadou Amal brise les tabous en dénonçant la condition féminine au Sahel et nous livre un roman bouleversant sur la question universelle des violences faites aux femmes.

Née dans l'extrême nord du Cameroun, Djaïli Amadou Amal est peule et musulmane. Mariée à 17 ans, elle a connu tout ce qui fait la difficulté de la vie des femmes au Sahel. Conteuse hors pair, elle a été lauréate du Prix de la meilleure auteure africaine 2019 et du Prix Orange du livre en Afrique 2019.
Publiée pour la première fois en France, c'est une des valeurs sûres de la littérature française. 
 
Éditions Emmanuelle Collas, septembre 2020
327 pages
Parution originale en 2017 à Yaoundé sous le titre Munyal, les larmes de la patience
Prix Goncourt des Lycéens 2020
Prix Orange du livre en Afrique 2019
Prix de la meilleure auteure africaine 2019
Finaliste du Prix Goncourt 2020