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samedi 31 mars 2018

Le gang de la clef à molette ★★★★★ de Edward Abbey

Eh bien, eh bien, eh bien nom de Dieu que c'était bon - bordel de Dieu ! pour rester dans le ton du cher Abbey. Un régal ce bouquin, et ravie de savoir que ce n'est pas fini, le retour du gang est prévu incessamment sous peu pour moi, ouf !
Un road-story écologiste, un véritable manifeste écologique. Davantage encore que dans ses autre livres, Edward Abbey, dans le Gang de la clef à molette invite clairement à la prise de conscience et à la rébellion ! Il provoque et il fait rire aussi; il nous entraîne dans un plaidoyer écologiste, à la limite du polar burlesque. Et c'est très bon !! Son écriture est exceptionnelle, précise et lyrique; la traduction est d'ailleurs remarquable
« ... s’enveloppaient dans les flammes avec la volupté folle des amants qui s’accouplent. Incendie rédempteur, brasier purificateur devant lequel les pyromanes maniaques du plutonium au coeur ininflammable ne peuvent que s’agenouiller et prier.»
Et quel gang ! Drôle et charismatique. Quatre intrépides insoumis amoureux de la nature se révoltant et partant à l'assaut des machines et autres constructions qui défigurent les légendaires paysages de l'Ouest Américain, violent la terre, engloutissent tout sur leur passages. 
« L'ennemi auquel l'entrepreneur ne penserait pas et ne pensait pas était la bande de quatre idéalistes allongés à plat ventre sur une roche dans le ciel du désert. En bas les monstres de métal mugissaient, traversaient la saignée ouverte dans la crête, rebondissaient sur leurs roues de caoutchouc, déchargeaient leurs déblais puis remontaient la pente en tonnant pour s'en aller chercher du rab. Monstres verts de Bucyrus, brutes jaunes de Caterpillar soufflant comme des dragons, crachant leur fumée noire dans la brume de poussière jaune.»
Un superbe quatuor, aux répliques mémorables et qui devient très vite très attachant, grâce aux riches, réalistes et vibrantes descriptions offertes par Abbey. 

Edward Abbey était un utopique amoureux de la Nature, des grands espaces de l'Ouest américain, et  ce roman est un parfait témoignage de toute la haine, de toutes les rancoeurs accumulées face à l'impact dévastateur de la civilisation sur les territoires sauvages.


Bien que fictif dans sa forme, ce livre se fonde sur des faits strictement authentiques. Tout ce qu'il contient est réel ou s'est vraiment passé. Et tout a commencé il y a exactement un an de cela. 
E.A 
Wolf Hole, Arizona
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«... surveillées par les motards de la police d'Etat, hommes mornes et pondéreux, crissant dans leurs tenues de cuir, raidis par leur casque antiémeute, leur badge, leur lacrymo, leur matraque, leur radio. Fiers, rudes et sensibles défenseurs latéraux des riches et des puissants. Armés et dangereux.
La ville de Tucson, d'où il venait, où il revint, était désormais cernée par une ceinture de silos à missiles balistiques intercontinentaux Titan. Le désert vaste et libre se faisait excorier de toute végétation, de toute vie, par des bulldozers D-9 géants qui lui rappelaient les modèles Rome Plows utilisés pour araser le Vietnam. Ces terres mortes créées par les machines évoluaient en zone où proliféraient buissons roulants et lotissements immobiliers, sinistres furoncles de taudis à venir, construits en planches vertes de dix centimètres sur cinq, cloisons d'aggloméré et toits préfabriqués qui s'envoleraient au premier vrai vent. Et tout sur les terres de créatures libres : le crapaud cornu, le rat du désert, le monstre de Gila, le coyote. Même le ciel, ce dôme de bleu délirant qu'il avait jadis cru hors d'atteinte, était en train de se transformer en une décharge pour les rebuts gazeux des hauts fourneaux, pour toute cette crasse que Kennecott, Anaconda, Phelps-Dodge et American Smelting & Refining Co. pulsaient dans le ciel public. Un vomi d'air vicié sur sa patrie.Hayduke humait l'odeur du très sale coup derrière tout ça. Une cuisante amertume lui réchauffait le coeur, lui échauffait les nerfs. Le feu couvant de la colère lui gardait les boules ardentes et le poil hérissé. 
Là-bas, dans le vaste Sud-Ouest, Hayduke et ses amis mesuraient les temps de route en packs de six. L.A-Phoenix, quatre packs; Tucson-Flagstaff, trois packs; Phoenix-New York, trente-cinq packs. (Le temps est relatif, avait dit Héraclite dans un passé lointain, et la distance dépend de la célérité. Le but ultime de la technologie des transports étant l'anéantissement de l'espace, la compression de tous les êtres en un unique point idéal, il s'ensuit que les packs de six sont d'un secours précieux. La vitesse est la drogue ultime et les fusées carburent à l'alcool. Hayduke avait bâti cette théorie tout seul, sans aucune aide extérieure.)
Il y avait un camp spécial des forces spéciales. Il y avait un écriteau spécial pendu sous le porche du camp spécial, à côté des drapeaux des confédérés. Cet écriteau disait :
SI TU TUES POUR L'ARGENT TU ES UN MERCENAIRE
SI TU TUES POUR LE PLAISIR TU ES UN SADIQUE
SI TU FAIS CES DEUX CHOSES TU ES UN BÉRET VERT.
BIENVENUE A TOI
Au-dessus des montagnes, le ciel était vide de tout nuage, bleu sombre comme un désir sans fin. 
- La fourmilière, dit Doc, est à la fois le signe, le symbole et le symptôme de ce que nous sommes en train de vivre, à errer en trébuchant dans la pénombre comme des vrais empotés. Je veux dire que c'est un modèle en microcosme de ce que nous devons trouver moyen d'arrêter, d'éradiquer. La fourmilière, comme les réseaux fongiques de Fuller, est le stigmate d'une maladie sociale. Les fourmilières abondent dans les espaces surpâturés. Le dôme en plastique suit le fléau de l'industrialisme déchaîné, préfigure la tyrannie technologique et révèle l'authentique qualité de nos vies, qui s'effondre en proportion inverse de la croissance du produit intérieur brut. Fin de la mini-conférence du bon Dr Sarvis.
Quand les villes auront disparu, [...] quand les tournesols repousseront par les failles du béton et du bitume des autoroutes désaffectées, quand le Kremlin et le Pentagone auront été transformés en maison de retraite pour généraux présidents et autres têtes de nœuds du même genre, [...] eh bien nom de Dieu peut-être que des hommes libres et des femmes farouches, des femmes libres et des hommes farouches pourront chevaucher en liberté dans le pays des canyons et des buissons de sauge - bordel de Dieu ! - , pourront pousser les hordes de bétail sauvage dans les culs-de-sac des gorges, et se repaître de viande saignante et de putains d'abats, et danser jusqu'au matin aux accents des violons ! des banjos ! des bottlenecks ! à la lueur d'une lune en renaissance !
... s'enfoncer dans le pays du roc rouge du fleuve Colorado, saint des saints de l'Ouest américain. C'est le genre de terrain qui fait naître l'horreur et l'abomination dans le coeur du cultivateur, de l'éleveur et de l'entrepreneur. Il n'y a pas d'eau; il n'y a pas de sol; il n'y a pas d'herbes; il n'y a pas d'arbres à l'exception de quelques braves peupliers tout au fond des canyons. Rien qu'un squelette rocheux, une peau de sable et de poussière, le silence, l'espace et les montagnes au loin.
Regarde-moi toutes ces bagnoles ... Regarde-moi tous ces types qui roulent sur leurs roues de caoutchouc dans leurs engins entropiques de deux tonnes, à polluer l'air qu'on respire, à violer la terre pour offrir un tour gratis à leurs gros culs d'Américains avachis. Six pour cent de la population mondiale engloutissent 40% du pétrole de la planète. Bande de porcs !
Un succès fulgurant ce barbelé. Aujourd'hui, les antilopes meurent par milliers, les mouflons périssent par centaines chaque hiver du haut de l'Alberta au bas de l'Arizona, parce que les clôtures les empêchent d'échapper au blizzard et à la sécheresse. Et les coyotes aussi meurent et restent pendus aux pointes d'acier tétanosées, et les aigles royaux ... tous victimes de la même engeance partout sur la planète.»
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Quatrième de couverture

Révoltés de voir le somptueux désert de l'Ouest défiguré par les grandes firmes industrielles, quatre insoumis décident d'entrer en lutte contre la “Machine”. Un vétéran du Vietnam accro à la bière et aux armes à feu, un chirurgien incendiaire entre deux âges, sa superbe maîtresse et un mormon nostalgique et polygame commencent à détruire ponts, routes et voies ferrées qui balafrent le désert. Armés de simples clefs à molette – et de quelques bâtons de dynamite –, ils doivent affronter les représentants de l'ordre et de la morale lancés à leur poursuite. Commence alors une longue traque dans le désert.

Dénonciation cinglante du monde industriel, hommage à la nature et hymne à la désobéissance civile, Le Gang de la clef à molette est un livre subversif à la verve tragi-comique sans égale.

Editions Gallmeister, avril 2013
544 pages
Traduit de l'anglais par Jacques Mailhos 
Parution originale The Monkey Wrench Gang, 1975

                       Les livres d'Edward Abbey sur ce blog 

mercredi 18 octobre 2017

Seuls sont les indomptés ★★★★★♥ de Edward Abbey

Superbe lecture, superbe plume, une troisième rencontre avec Edward Abbey qui se solde de nouveau par «Waouh» ! 

Je continue de marcher sur les pas d'Edward Abbey. Après «Le feu sur la montagne», sublime et «Désert solitaire», et bien, sublime aussi !, j'ai voulu découvrir ses premiers écrits, comment il avait commencé, quels furent ses premières pensées couchées sur papier. Mettait-il déjà en exergue la force d'une amitié solide ? Décrivait-il déjà si merveilleusement bien les grands espaces sauvages qu'il affectionnait tant ? Avions-nous déjà envie de chevaucher aux côtés de ces personnages aux caractères bien trempés, avides de libertés, de les suivre dans leur combat face à la modernité omniprésente et destructrice ? Sentions-nous déjà la rage qui les animent devant les désastres engendrés par le progrès ?  Allais-je être de nouveau chamboulée, bouleversée par ses mots ? Force est de constater que oui ! 

Edward Abbey distille amour et bienveillance, il allie subtilement poésie et colère, dissémine des touches d'humour et d'ironie pour alléger la rage qui anime ses personnages. En l’occurrence, dans cet opus, Jack Burns, cow-boy solitaire, un indompté au coeur tendre, un réfractaire qui aspire à un mode de vie en osmose avec la Nature, sans artifice, dans des endroits où l'homme blanc n'a jamais mis les pieds (en dehors des toilettes pour femmes !), un Professionnel de la débrouille, prisonnier de la réalité, en quête d'un tunnel pour retourner dans son univers onirique de gamin, un monde de grands espaces, de chevaux et de soleil. Mais un homme dévoué à son ami, Paul Bondi. Ils ont tous deux déjoué la loi militaire en vigueur sur le territoire américain en ne s'inscrivant pas à la conscription en septembre 1948. Paul a été rattrapé par la justice et mis en cellule pour quelques années. Jack chevauchera alors des journées entières à travers les plaines du Nouveau-Mexique pour rejoindre la ville, et tenter de libérer son ami. S'en suivront des dialogues forts et poignants entre les deux hommes, chacun ayant suivi un chemin différent depuis l'époque où ils étaient étudiants, et ayant ainsi une vision divergente de la vie, de la justice, des obligations. L'un est prêt, a toujours été prêt à tourner le dos à la justice, libre de penser, d'agir, de choisir par lui-même; l'autre, davantage philosophe, et plus à même d'emprunter le chemin vers le conformisme.
« - [...] Chaque fois que je me retrouve en cabane, je ne pense qu’à une chose.- À sortir ?- Exact.Tu ne seras jamais philosophe, dit Bondi. Pas à ce rythme-là. Seul un philosophe peut transcender ces barreaux et ces murs sans quitter son corps. Ni même ouvrir les yeux.  Malgré la surprise et le ravissement de ces retrouvailles, Bondi avait conscience de la présence d'une troisième partie, le moniteur objectif de son cerveau, qui inspectait et jaugeait avec un certain détachement critique, l'apparence, le discours et les réactions de son vieil ami. Il semblait un peu lent, remarqua le moniteur, comme émoussé par trop de vent, de soleil, et de n'avoir eu pour compagnie que des animaux - comme s'il n'avait pas encore totalement de son rêve du loup sauvage, avec son rocher et son ombre noir. Une concentration artificielle au sein du monde naturel.Je serais peut-être jamais philosophe, admit Burns. Mais il y a une chose pire encore, une seule. C’est que toi t’en seras toujours un. »
La suite nous embarque dans une chasse à l'homme sans merci, une traque haletante, démente, inimaginable. On ne joue pas avec le gouvernement américain, l'obéissance est due, toute forme de rébellion, tout manquement aux règles met le feu aux poudres, une fois l'engrenage de la répression lancé, il est difficile de le contrer, de le stopper... Ce roman a finalement traversé le temps sans prendre une ride ;-)

Merci Edward Abbey, merci aux éditions Gallmeister de nous offrir cette pépite ... et tant d'autres.

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«Comme tous les bêtes cow-boys d'aujourd'hui et d'hier,ils se nourrissaient de sable, de cactus et de gnons,et le jour de la paye d'une pute qui sent l'oignon.
Le silence était intense, brûlant, infini. L'homme entendait ce silence, ou ce qui semblait être la musique de ce silence, le chant du sang dans ses oreilles.
Il regarda au sud : le sommet de la montagne s’incurvait vers l’est, puis de l’ouest, descendait en paliers tranquilles dans l’ombre de Scissors Canyon à vingt kilomètres. Au-delà se dressaient les pics pyramidaux, bleus et embrumés des Manzano et une chaîne de montagnes indomptées qui s’étirait sur cent kilomètres vers le Mexique. Burns scruta au sud, loin au sud, jusqu’à ce que sa vue se trouble de désir impatient, et que le pincement de son cœur lui remonte dans la gorge.
Le soleil était maintenant bas sur l'horizon occidental, globe de feu s'enfonçant entre les cônes noirs de deux volcans éteints : une immense onde de lumière recouvrait le désert, noyant les peupliers de Virginie, les masures d'adobe, les saules roux des berges des canaux, se déversant sur la mesa, se mélangeant au fer et au granit des escarpements montagneux à quinze kilomètres de distance.
De l’autre côté du fleuve, à des kilomètres de là, la ville attendait, s’ébrouait doucement et en silence - vagues volutes de fumée et de poussière, éclats d’objets en mouvement renvoyant le soleil, ombres mouvantes - pas complètement réveillée et trop lointaine pour se faire entendre. Dans la lumière du petit matin, vue depuis l’ouest par l’homme adossé à son genévrier, la ville était une flaque d’ombre bleu-gris indistincte, aux marges floues, aux extrémités sud et est invisibles, toutes fondues sous les vastes ailes de l’ombre des Sangre Mountains.
Car bien sûr, c'est un cauchemar. J'en déteste chaque minute. J'en suis profondément malade - mais je ne peux pas fuir. J'ai trop d'engagements à tenir, trop de faiblesses, trop d'idées optimistes. [...] Optimistes ? continua-t-il. Non, pas vraiment. Je n'imagine pas le monde s'améliorer. Comme toi, je le vois plutôt empirer. Je vois a liberté qu'on étrangle comme un chien, partout où mon regard se pose. Je vois mon propre pays crouler sous la laideur, la médiocrité, la surpopulation, je vois la terre étouffée sur le tarmac des aéroports et le bitume des autoroutes géantes, les richesses naturelles vieilles de milliers d'années soufflées par las bombes atomiques, les autos en acier, les écrans de télévision et les stylos-billes. C'est un spectacle bien triste. Je ne peux pas t'en vouloir de refuser d'y prendre part. Mais je ne suis pas encore prêt à battre en retraite, malgré l'horreur de la situation. Si tant est qu'une retraite soit possible, ce dont je doute.
Que faites-vous dans la vie ? J'établis une métaphysique fondée sur la théorie des plans de réalité unipolaire, ai-je dit. Vous pourriez répéter ? ont-ils demandé. Ce serait redondant, ai-je répondu.- Et c'est là qu'ils t'ont foutu en prison, dit Burns. Je peux franchement pas leur en vouloir.- Non, pas tout à fait. Ils ne comprenaient pas ce qui clochait, chez moi, ni ce contre quoi je m'élevais. L'obéissance est une telle habitude fondamentale dans l'esprit américain contemporain que toute forme de désobéissance est considérée comme une sorte de folie.
Parce que je suis un anarchiste, je ne suis pas seulement un anarchiste jeffersonien. Je suis aussi un anarchiste cynique. Pourquoi ? Parce que je perçois clairement le désespoir total des idéaux anarchistes : tout est contre eux - la pression massive de la surpopulation, l'industrialisation, la militarisation, le poids des sentiments, l'élan de l'histoire. Une cause perdue. Une cause jamais trouvée, si je puis dire, même. En voie de d'extinction en Amérique à l'instant même de sa naissance : Thoreau, le mythe de la Frontière, la Première Guerre mondiale...Bref, Jack, en résumé, mon anarchisme n'est que sentimentalisme. En pratique, je suis un bon citoyen, : je siège à divers comités, je vote aux élections, je me présenterai un jour au conseil d'administration de l'école.
Bondi resta sur sa paillasse sans rien dire, sans rien dire à voix haute, occupé qu’il était à écorcher son âme, à essayer d’examiner sous le scalpel stérile de la logique les entrailles molles luisantes veinées de bleu de son esprit.
En silence et à la hâte, ils se mirent à l'ouvrage sous l'oeil du gardien posté sur le seuil, si distant à l'abri de son pouvoir et de son autorité, si présent dans sa menace.
- Mais Jack...(Jerry hésita:) Tu vas revenir, pas vrai ?- Bien sûr. Quand je serai plus qu'un visage placardé sur des murs de bureaux de poste, je reviendrai en douce. Tu me verras arriver sur la mesa, un soir, quand tout sera calmé.- Ne dis pas des choses pareilles. Tu sais bien que tu ne peux pas continuer ainsi...Tu vis au XXème siècle.- Je n'accorde pas ma vie en fonction des chiffres sur un calendrier.- C'est ridicule, Jack. Tu es un animal social, que ça te plaise ou non. Tu dois faire des concessions...Ou ils vont te traquer comme un ... comme un... Qu'est-ce que les gens traquent, de nos jours ?- Les coyotes. Avec des fusils de cyanure. [...] Je ferais mieux de me magner.
Le vent soulevait la poussière autour d'eux - il sentait les parfums de sel de roche et de silex, les fumets de fougère en décomposition, la résine des pins en contrebas - et fouette les petits trembles, les saupoudra, homme et cheval, de petites feuilles mortes, sèches et dorées.
De l'arroyo noir s'éleva le cri du cheval [...] tandis que sur la vaste quatre voies à côté d'eux, les voitures rugissaient, sifflaient et tonnaient, acier,caoutchouc et chair, visages sombres derrière les vitres, coeurs battants, mains froides - la folie des  hommes et des femmes emmurés dans leurs machines.»
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Quatrième de couverture

Au milieu des années 1950, Jack Burns reste un solitaire, un homme hors du temps. Il s’obstine à parcourir le Nouveau-Mexique à cheval, vit de petits boulots et dort à la belle étoile. Lorsqu’il apprend que son ami Paul vient d’être incarcéré pour avoir refusé de se soumettre à ses obligations militaires, Jack décide de se faire arrêter. Retrouver Paul en prison et s’évader ensemble, tel est son plan. Mais il n’imaginait pas que son évasion déclencherait une traque d’une telle ampleur. Nul ne peut impunément entraver la marche de l’ordre et du progrès.

Seuls sont les indomptés est un chef-d’œuvre d’Edward Abbey, auteur insoumis et emblématique de l’Ouest américain, qui dévoile avec cette échappée sauvage le prix à payer pour la liberté.

Editions Gallmeister, juin 2015
350 pages
Traduit de l'anglais par Laura Derajinski et Jacques Mailhos 
Parution originale The Brave Cowboy, 1956

Edward Abbey (1927-1989) est né dans la ville d'Indiana, en Pennsylvanie, le 29 janvier 1927. En 1944, âgé de dix-sept ans, il quitte la ferme familiale pour aller à la découverte de l'Ouest américain : il tombe amoureux du désert, un amour qui l'animera sa vie durant. Après un bref séjour dans l'armée en Italie entre 1945 et 1947, il rejoint l'université où il rédige une thèse sur "L'anarchie et la moralité de la violence". Il commence à travailler en tant que ranger dans divers parcs nationaux américains et passe notamment deux saisons au parc national des Arches dans l'Utah. Cette expérience lui inspirera son récit Désert solitaire publié en 1968.
Le succès de ce livre et du roman Le Gang de la clef à molette, paru en 1975, ont fait de lui une icône de la contre-culture et le pionnier d'une prise de conscience écologique aux États-Unis. En 1987, il se voit offrir l'un des prix littéraires les plus prestigieux de l'Académie américaine des arts et des lettres. Mais il déclinera cet honneur : il avait prévu la descente d'une rivière de l'Idaho la semaine de la cérémonie de remise du prix… Il meurt en 1989 à l'âge de soixante-deux ans des complications d'une intervention chirurgicale. Il laissera derrière lui une femme et quatre enfants, une douzaine de livres et un message pour la postérité : "No comments." Il demanda à être enterré clandestinement dans le désert par ses proches. Aujourd'hui encore, personne ne sait où se trouve sa tombe.

À PROPOS DU LIVRE

Le livre a été adapté en 1962 au cinéma par David Miller, avec Kirk Douglas et Gena Rowlands dans les rôles principaux.

DANS LA PRESSE

Force est de reconnaître la formidable puissance d'évocation de l'écriture d'Abbey, mais surtout une mise en perspective qui sera une des constantes de son œuvre.
Lionel Destremau, LE MATRICULE DES ANGES

Une chasse à l'homme impitoyable dans les montagnes désertiques du Nouveau-Mexique.
Emmanuel Romer, LA CROIX

LES LIBRAIRES EN PARLENT

Un hymne à la liberté! Il est des formules tellement usées qu'elles en perdent leur signification. Seuls sont les indomptés redonne à celle-ci tout son sens.
Point Virgule - Namur - Belgique

C'est une bombe ! Un Edward Abbey inédit en France, sorte de post-western libertaire et écologiste, doté d'un cow-boy hors du temps qui défie l'entêtante avancée du monde moderne. 
Le Bal des ardents - Lyon

Si une petite visite sur site des éditions Gallmeister vous tente, c'est par ici.

mercredi 8 mars 2017

Le feu sur la montagne***** de Edward Abbey


Éditions Gallmeister, janvier 2008
212 pages
Traduit par Jacques Mailhos
Parution originale Fire on the mountain, 1962


Quatrième de couverture


Le ranch de John Vogelin est toute sa vie. Sous le ciel infini et le soleil éclatant du Nouveau-Mexique, le vieil homme ne partage sa terre qu'avec les coyotes, les couguars et autres animaux qui peuplent les montagnes et le désert. Jusqu'au jour où l'US Air Force décide d'y installer un champ de tir de missiles. Déterminé à défendre sa terre, le rancher irascible et borné engage alors un bras de fer avec l'armée. Or un vieil homme en colère est comme un lion des montagnes : acculé, il se battra jusqu'à la mort. Dans ce western épique et contestataire, Edward Abbey explore les thèmes qui ont fait de lui une figure incontournable de la contre-culture et confirme qu'il est l'un des meilleurs écrivains de l'Ouest américain.

Edward Abbey (1927-1898), personnage emblématique et contestataire, est le plus célèbre des écrivains de l'Ouest américain. Le succès du Gang de la Clef à Molette, paru en 1975, a fait de lui une icône de la contre-culture et le pionnier d'une prise de conscience écologique aux États-Unis. À sa mort, il demanda à être enterré dans le désert. Aujourd'hui encore, personne ne sait où se trouve sa tombe.


Mon avis  ★★★★★

«Au-delà du mur de la ville irréelle, au-delà des enceintes de sécurité coiffées de fil de fer barbelé et de tessons de bouteille, au-delà des périphériques d’asphalte à huit voies, au-delà des berges bétonnées de nos rivières temporairement barrées et mutilées, au-delà de la peste des mensonges qui empoisonnent l’atmosphère, il est un autre monde qui vous attend. C’est l’antique et authentique monde des déserts, des montagnes, des forêts, des îles, des rivages et des plaines. Allez-y. Vivez-y. Marchez doucement et sans bruit jusqu'en son cœur. Alors…»
Sublime !
Une lecture pendant laquelle le temps s'arrête, qui nous ramène à l'essentiel, qui nous prend aux tripes, qui nous transporte ... pour peu que vous soyez proches de la nature et ayez l'écologie et le respect de l'environnement dans votre âme.
C'est mon cas, et cette lecture m'a bouleversée. Edward Abbey s'est inspiré d'une histoire vraie, je le savais avant d'entamer cette lecture, et j'en ai été d'autant plus révoltée, indignée...émue surtout.
J'ai aimé les descriptions du désert, des couchers de soleil sur la montagne, de la nature environnante, j'ai aimé l'intrépidité de Billy, l'amitié forte entre Lee et John, le courage de John, un ranger prêt à tout pour défendre ce qui lui appartient, à lui, à ses prédécesseurs, défendre son lopin de terre sur lequel il a bâti sa vie...sa rage, son attitude, son obstination...un homme insoumis,  ... et cette fin si ... à son image.
Un récit poétique, poignant, que je n'aurais voulu quitter. Une rose du désert, sublime !








«Cela faisait trois ans que je venais chaque été au Nouveau-Mexique; à chaque fois, je regardais, fasciné, ce paysage mort comme la lune et je me demandais: qu’est-ce qu’il y a là-bas? Et à chaque fois je répondais: il y a quelque chose là-bas – peut-être tout. Le désert m’apparaissait comme une sorte de Paradis. Aujour­d’hui encore. Toujours.

L'oblique lumière ambre du soir découpait tous les contours du paysage : je voyais les corbeaux dans les arbres, le pick-up de Grand-père garé sous le hangar à chariots, les fenêtres de la maison embrasées par le soleil, les enfants Peralta qui jouaient sous l'éolienne, les chiens qui s'ébrouaient sous le porche, les plis et replis des rives de glaise érodées de l'autre côté des bâtiments, les buissons de chamisa et de plantes grasses luisant sur la plaine - choses, apparences, surfaces d'une précision acérée, le tout surmonté d'un triomphal arc-en-ciel.

Il n'arriverait rien aujourd'hui. Le soleil se coucherait derrière les montagnes, les nuages gronderaient et les vautours s'envoleraient, mais il n'arriverait rien. Je le savais. Et tout cela me semblait si merveilleux que ça me plaisait comme ça. Je voulais qu'aucun événement parasite ne vienne gâcher ou abréger la stase cristalline du long après-midi du désert. Ce soir, peut-être. Ou demain. Mais pas aujourd'hui.

- Pourquoi est-ce qu'on l'appelle la Montagne des Voleurs ? demandai-je sans décoller les yeux de la transmutation de la roche grise et nue en or pur.
- Elle appartient au gouvernement, dit Grand-père.
- Oui, le gouvernement l’a volée aux éleveurs, dit Lee. Et les éleveurs l’ont volé aux indiens. Et les indiens l’ont volée aux… aux aigles ? aux lions ? Et avant ça… ?

- C'est la saisons sèche, dit-il enfin. C'est la sécheresse. Mais y en a plus pour longtemps.
- Ça fait trente ans qu'elle dure, ta saison sèche.
- Alors y a d'autant plus de raisons de penser qu'elle peut plus durer longtemps.

ALORS...L’ÉTÉ AVANÇA, chaud et sec et magnifique, si magnifique que ça vous brisait le cœur de le voir en sachant qu’il n’était pas éternel : cette lumière éclatante vibrant au-dessus du désert, les montagnes pourpres dérivant sur l'horizon, les houppes roses des tamaris, le ciel sauvage et solitaire, les vautours noirs qui planent au-dessus des tornades, les nuages d'orage qui s'amassent presque chaque soir en traînant derrière eux un rideau de pluie qui n'atteint que rarement la terre, la torpeur du midi, les chevaux qui se roulent dans la poussière pour sécher leur sueur [...] les somptueuses aubes qui inondent la plaine et les montagnes d'une lumière irréelle, fantastique, sacrée, les cactus cierge qui déploient et referment leurs fleurs le temps d'une seule nuit, les rayons de lune qui tombent à l'oblique par la porte ouverte de ma chambre, dans le baraquement, la vue et le bruit de l'eau fraîche tombant goutte à goutte d'une source après une longue journée dans le désert...Je ne pourrais citer les mille choses que j'ai vues et que je n'oublierai jamais, mille merveilles et mille miracles qui touchaient mon coeur en un point que je ne maîtrisais pas.

Le monde avait l’air différent d’en haut. Il avait l’air meilleur. Une joie primitive s’épanouit dans mon cœur alors que je guidais mon cheval vers la sortie. Un léger coup de talon, et il avançait; une petite tension sur les rênes, il s’arrêtait. Je me penchai en avant et caressai sa puissante encolure. Ce bon vieux Blue… J’avais l’impression de faire dix pieds de haut, j’étais le maître des chevaux et des hommes. Les oiseaux sauvages qui criaient dans le désert faisaient écho à l’ivresse de mon âme.

- Monsieur Vogelin, poursuivit DeSalius, vous êtes le dernier obstacle à ce projet. Il n'y a plus que vous. Vous seul. Et ce projet est une composante essentielle de notre programme de défense nationale. Je comprends évidemment l'attachement sentimental que vous avez pour ce lieu, mais vous devez aussi comprendre que la sécurité nationale prime sur toute autre considération. Chaque citoyen doit d'abord et avant tout fidélité à sa nation, et tous les droits de propriété - le colonel fit une moue de plaisir en déroulant son artillerie rhétorique -, tous les droits de propriété dérivent et dépendent de la souveraineté de l'État. Je vous renvoie à la loi des nations, à Grotius, Blackstone, Marshall...

- Vous savez, je peux comprendre votre affection pour ce coin désertique. Je ne la partage pas, mais je peux la comprendre. Je peux même avoir de la sympathie pour elle. Cette région est… presque sublime. Cet espace, cette majesté. Ce majestueux espace qui domine tout. Et pourtant… ce n’est pas tout à fait humain, hein ? Je veux dire par là que ce n’est pas tout à fait conçu pour la vie humaine. C’est un pays fait pour les dieux, peut-être. Pas pour les hommes.

Il se leva lentement, décoinçant et étirant lentement son mètre quatre-vingt-huit de carcasse sous mon regard béat d'admiration. Son costume en gabardine était poussiéreux et fripé, sa cravate était desserrée, son chapeau neuf montrait déjà des tâches de sueur, mais il avait toujours l'air d'un gentleman et d'un vrai homme de l'Ouest. J'aurais voté pour lui les yeux bandés.

Quelle importance le temps peut-il avoir pour un rancher que l'on est en train de dépouiller de sa passion ?»

mercredi 1 février 2017

Désert solitaire***** de Edward Abbey


Éditions Gallmeister, 2010 pour la version française
Introduction de Doug Peacock
Traduit de l'américain par Jacques Mailhos
Édition originale, Desert Solitaire, 1968
Nature Writing

Quatrième de couverture


Peu de livres ont autant déchaîné les passions que celui que vous tenez entre les mains. Publié pour la première fois en 1968, Désert solitaire est en effet de ces rares livres dont on peut affirmer sans exagérer qu'il “changeait les vies” comme l'écrit Doug Peacock. À la fin des années 1950, Edward Abbey travaille deux saisons comme ranger dans le parc national des Arches, en plein cœur du désert de l'Utah. Lorsqu'il y retourne, une dizaine d'années plus tard, il constate avec effroi que le progrès est aussi passé par là. Cette aventure forme la base d'un récit envoûtant, véritable chant d'amour à la sauvagerie du monde, mais aussi formidable coup de colère du légendaire auteur du Gang de la clef à molette.

Chef-d'œuvre irrévérencieux et tumultueux, Désert solitaire est un classique du nature writing et sans conteste l'un des plus beaux textes jamais inspirés par le désert américain.

Mon avis ★★★★★

« L’amour de la nature sauvage est plus qu’une soif de ce qui est toujours hors d’atteinte : c’est aussi une affirmation de loyauté à l’égard de la terre, cette terre qui nous fit naître, cette terre qui nous soutient, unique foyer que nous connaîtrons jamais, seul paradis dont nous ayons besoin si nous avions les yeux pour le voir. Le péché originel, le vrai péché originel, est la destruction aveugle par simple appât du gain de ce paradis naturel qui nous entoure, si seulement nous en étions dignes. »
J'attendais ce moment avec impatience, ma première rencontre avec Edward Abbey, le grand Edward Abbey, cet immense défenseur de la nature sauvage, le maître du Nature Writing.
Doug Peacok, dans Une guerre dans la tête écrivait sur Abbey, son ami, avec tant d'éloges et de précisions que j'avais déjà l'impression de le connaître, de le comprendre, de cerner ses combats pour la préservation de la nature sauvage de l'Ouest américain.
Quel rendez-vous ! Un véritable chant d'amour à la nature sauvage, une sublime rencontre avec le désert américain, les colères d'Edward Abbey, son humour provocateur et ses descriptions envoûtantes «Le soleil frappe depuis sa course dans l’espace en rugissant une lumière sainte et sauvage, une fantastique musique pour l’esprit »..., un rendez-vous passionnant avec un passionné et défenseur de la nature, qui nous guide dans ses explorations du désert de l'Ouest américain, ses folles escapades, ses pérégrinations époustouflantes et nous révèle, avec une précision quasi scientifique, les secrets, les dangers et toute la beauté de ses vastes étendues naturelles et si ...fragiles, victimes du tourisme industriel, des constructions pour les rendre accessibles à tous, des constructions de barrages à outrance pour fournir encore davantage d'énergie aux grandes villes américaines qui se peuplent démesurément...
«Capitol Reef National Monument. Paysage majestueux et haut en couleur au coeur d'une terre âpre et escarpée - le centre-sud de l'Utah. La plus belle partie de ce parc était le canyon de Fremont River, superbe pour la marche, le camping, l'exploration. Et que firent les autorités ? Elles y firent passer une route nationale.
Lee's Ferry. Jusqu'à il y a quelques années, c'était un lieu simple, paisible et primitif sur les rives du Colorado; il est désormais tombé sous la protection du Service des parcs. Mais qui le protégera contre le Service des parcs ? Des lignes à haute tension lacèrent aujourd'hui la vue; un château d'eau rose de cent pieds de haute se dresse au-dessus des falaises rouges; on construit des lotissements pour loger les «protecteurs»; on ferme les terrains de camping naturels au bord du fleuve et l'on parque tous les campeurs dans un «camping» artificiel de bitume et d'acier situé à l'endroit le plus chaud et le plus venteux de la zone; des bâtiments historiques sont rasés au bulldozer pour économiser sur leur coût d'entretien alors même que l'on dépense des centaines de milliers de dollars pour construire une route d'accès goudronnée dont personne n'avait besoin. Et les administrateurs osent se plaindre du vandalisme.»
Edward Abbey nous délivre un message essentiel : la nature sauvage se mérite, et pour l'apprécier dans son plus bel état, naturel, préservons-la. 
La lutte semble pourtant vaine face aux pouvoirs publics, aux investisseurs "dans un environnement totalement urbanisé, totalement industrialisé et sans cesse plus peuplé."
« Si l’imagination de l’homme n’était si faible, si aisément épuisée, si sa capacité à s’émerveiller n’était pas si limitée, il apprendrait à voir dans l’eau, les feuilles et le silence plus qu’il n’en faut d’absolu et de merveilleux, plus qu’il n’en faut pour le consoler de la perte de ses anciens rêves. »
Le ton est rude, contestataire, dénonciateur, mais Edward Abbey y ajoute une touche d'humour et de dérision qui apporte légèreté et douceur à ce texte, un texte tout simplement magnifique et nécessaire encore et toujours !
«Plus de voitures dans les parcs nationaux. Que les gens marchent. Ou aillent à cheval, à vélo, à dos d'âne ou de phacochère - ça m'est égal -, mais qu'on interdise les voitures, les motos et tous leurs cousins à moteur. Nous sommes convenus que nous n'entrerions pas en voiture dans les cathédrales, les salles de concert, les musées, les assemblées législatives, les chambres à coucher et autres temples de notre culture; nous devrions traiter les parcs nationaux avec le même respect, car eux aussi sont des lieux sacrés. Peuple de plus en plus païen et hédoniste (Dieu merci !), nous comprenons enfin que les forêts et les montagnes et les canyons désertiques sont plus sacrés que nos églises. Comportons-nous donc en conséquence.»
« Si un objet bizarre et fantastique né de la nature a un sens quelconque, il gît dans le pouvoir qu’ont l’étrange et l’inattendu, d’aiguillonner nos sens et de libérer d’un coup notre esprit des ornières de l’habitude, de nous ouvrir par la force à une conscience ressuscitée du merveilleux, de nous rappeler que, là-bas, il existe un monde différent, beaucoup plus vieux et plus grand que le nôtre, un monde qui entoure et soutient le petit monde des hommes comme la mer et le ciel entourent et soutiennent un navire. Le choc du réel. Un bref moment, nous sommes de nouveau capables de voir un monde de merveilles tel que le voit l’enfant. L’espace de quelques instants, nous découvrons que rien ne peut être pris pour acquis, car si cet objet fantastique issu de la nature est merveilleux, alors tout ce qui l’a façonné est merveilleux, et notre voyage ici sur Terre est la plus merveilleuses des aventures. »