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mercredi 18 janvier 2017

Purity*** de Jonathan Franzen


Éditions de L'Olivier, mai 2016
744 pages
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Olivier Deparis


Quatrième de couverture


Purity, alias Pip, est une jeune Américaine qui vit dans un squat à Oakland, en Californie. Elle ignore qui est son père. Comme beaucoup de filles de son âge, elle se demande ce qu’elle va bien pouvoir faire de son existence. Et elle n’a pas un sou. Est-ce un hasard si quelqu’un la met en rapport avec Andreas Wolf, un hacker réfugié en Bolivie qui lui propose un job dans son O.N.G., le Sunlight Project ?

Tandis qu’ils se rapprochent l’un de l’autre et que leur relation devient de plus en plus troublante, Andreas avoue à Pip son secret. Mais dit-il toute la vérité ?
Dans un récit époustouflant de virtuosité, Jonathan Franzen plonge dans le passé d’Andreas Wolf – l’Allemagne de l’Est des années 80 – et jette ses personnages dans les courants violents de l’Histoire.

Purity est un livre dans lequel tout le monde ment, pour cacher ses erreurs, ses fautes, et – parfois – ses crimes. C’est un thriller qui n’épargne aucun pouvoir, encore moins ceux qui en abusent. Et une histoire d’amour où le sexe et les sentiments se combattent plus qu’ils ne s’accordent.On l’aura compris : jamais Jonathan Franzen n’aura été aussi audacieux, aussi imprévisible que dans ce roman à la fois profond et formidablement divertissant.


Mon avis ★★★☆☆


Quel soulagement d'être venue à bout de ce pavé ! Plus de 700 pages qui ne se lisent pas si aisément que cela...trop de disgressions qui ont enlevé pour moi parfois de la fluidité à cette histoire pourtant fascinante. Le divertissement promis en quatrième de couverture m'a bien souvent abandonné, me laissant en peine à parcourir quelques pages dévoilant moult détails sur  les différents personnages qui à mon sens auraient mérité d'être quelque peu écourtées,  une véritable auscultation de leur âme et de leur conscience.
Mais qu'à cela ne tienne, Jonathan Franzen ne m'a pas laissé sur le bas côté, et bien m'en a pris d'aller jusqu'au bout. Mensonges, fâcheux secrets, abus de pouvoir, hypocrisie, corruption, haine ... et paradoxalement ... leurs contraires, bâtissent un scénario surprenant, voire déroutant. L'auteur nous fait basculer dans un espace temps vertigineux, de l'Allemagne de l'Est des années 80, à la Bolivie ou la Californie de notre société contemporaine ultra méga hyper connectée, où la quête identitaire de Pip s'opère dans un monde en perte d'identité...
Un sentiment mitigé, oui, mais vous l'aurez compris, ne vous arrêtez au point négatif par lequel j'ai commencé, et laissez vous tenter par ce roman à la saveur piquante et impure !

«La stupidité se prenait pour de l'intelligence, alors que l'intelligence connaissait sa propre stupidité.
Comme il s'était avéré facile de transformer l'uranium présent dans la nature en sphères creuses de plutonium, de bourrer ces sphères de tritium et de les entourer d'explosifs et de deutérium, et de miniaturiser le tout de sorte que la capacité à incinérer un million de gens tienne dans la benne du pick-up de Cody Flayner. C'était si facile. Incomparablement plus facile que de gagner la guerre contre la drogue, éliminer la pauvreté, guérir le cancer ou résoudre le problème de la Palestine. La théorie de Tom selon laquelle l'homme n'avait toujours pas reçu de message d'intelligences extraterrestres était que toutes les civilisations, sans exception, se faisaient péter la gueule presque aussitôt après avoir pu envoyer un message dans l'espace, qu'elles ne duraient jamais plus de quelques décennies dans une galaxie dont l'âge se comptait en milliards d'années; qu'elles apparaissaient et disparaissaient si vite que, même si la galaxie regorgeait de planètes semblables à la Terre, les chances qu'une civilisation survive assez longtemps pour recevoir un message d'une autre étaient quasi nulles, car il était trop facile de diviser l'atome. [...] plus le monde durait sans terminer en champignon atomique, moins les gens semblaient avoir peur. De la Seconde Guerre mondiale, on se souvenait de l'extermination des Juifs, voire du bombardement de Dresde ou du siège de Leningrad, plus que de ce qui était arrivé deux matins d'août au Japon. Les changements climatiques faisaient couler plus d'encre en une journée que les arsenaux nucléaires en une année.»

mardi 28 juin 2016

Freedom de Jonathan Franzen****


Editions de l'Olivier, août 2011
718 pages
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Anne Wicke
Edition originale, 2010

4ème de couverture


Patty Berglund est-elle la femme idéale ? Pour Walter, son mari, la réponse ne fait aucun doute : c’est oui. Épouse aimante, mère parfaite, Patty a tout bon. Mais qu’en pense-t-elle ? En renonçant à Walter, ce « bad boy » dont elle était amoureuse – et qui se trouve être le meilleur ami de Walter –, Patty a peut-être commis l’erreur de sa vie. Freedom raconte l’histoire de ce trio et capture le climat émotionnel, moral et politique des États-Unis entre 1970 et 2010 avec une incroyable virtuosité.

Anatomie d’un mariage et d’une famille – les Berglund –, ce livre analyse les illusions, les déceptions et les compromis d’une génération de baby-boomers qui avaient rêvé un jour de changer le monde. Mais c’est aussi un acte d’accusation implacable à l’égard d’une nation qui a cessé depuis longtemps d’incarner ses propres valeurs. Qu’avons-nous fait de notre liberté ? se demandent les personnages de Jonathan Franzen. Et quel monde laisserons-nous à nos enfants, qui nous ressemblent si peu ? Pendant ce temps, les États-Unis livrent en Afghanistan et en Irak leurs propres guerres napoléoniennes, tentant d’imposer cette même liberté par la force.

Jonathan Franzen, né à Western Springs (Illinois) en 1959, a passé son enfance dans une banlieue de Saint Louis (Missouri). Après des études au Swarthmore College (Pennsylvanie) et à la Freie Universität de Berlin, il travaille quelques années dans le laboratoire de sismologie à l'université Harvard, comme assistant chercheur en géologie.
Avec trois romans La Vingt-Septième Ville (1988),Strong Motion (1992), Les Corrections (2001) il est distingué par le New Yorker comme l'un des « vingt écrivains pour le XXIe siècle » ainsi que par le magazine Granta. Il reçoit en 1998 le Whiting Writer's Award et, deux ans plus tard, l'American Academy's Berlin Prize.
Traduit dans le monde entier, Les Corrections a obtenu le National Book Award en novembre 2001.
Récemment, il a publié Freedom, qui a connu un grand succès.


Mon avis ★★★★☆


Bien m'en a pris d'avoir ouvert ce pavé et de découvrir cet auteur, et de m'imprégner de cette ordinaire histoire familiale américaine, parce que sept pages permettent allègrement de s'en imprégner. 

Patty, Walter, votre couple, aurait-il dû exister ? Sa construction, pleine de bonnes intentions, aurait-elle dû débuter ? Une autre route n'était-elle pas envisageable ? Son échec, ne vous pendait-il pas au nez ?
Rechercher la sécurité à tout prix, dans les bras d'un homme, qui ne t'attirais pas plus que ça, Patty, était-ce le bon choix de vie ? Et toi, Walter, si intelligent, si posé, si profond, n'as-tu pas imaginé que ce choix de vie ne pouvait pas perdurer et courait droit à la catastrophe ? Les zones ténébreuses, les fantasmes ne s'enterrent pas si facilement, et un couple, formé sur un déni de soi, peut devenir une véritable prison.

Bienvenu dans le monde tourmenté de Patty, Walter, mais aussi de Richard, le meilleur ami de Walter, de leurs enfants, Joey et Jessica, de Connie, de leurs parents, de leur famille, de leurs voisins ... (un monde à la "Desperate Housewives" pour les cinquante premières pages uniquement et heureusement !).
Les personnages sont complexes; ils se heurtent aux tourments de la vie, à leurs propres désillusions, confrontés aux difficultés dont la toile de la vie est tout simplement tissée, qu'elles soient financières, relationnelles, amoureuses... Ces personnages n'ont pourtant rien d'extraordinaires mais leurs portraits, la psychologie des personnages sont si profondément bien brossés, les tensions et les conflits si bien décrits, la confusion de leurs sentiments si bien dépeinte, que cela en est fascinant. 

J'ai littéralement été happée par cette grande fresque familiale extrêmement bien maîtrisée (ce n'est que mon avis !) qui est un portrait réaliste de la société américaine contemporaine, de notre monde actuel, que l'auteur dessine avec beaucoup de précision et de justesse, un portrait dérangeant, qui interpelle et qui ne m'a pas laissée indifférente, de nombreux sujets irriguent ce portrait : les effets néfastes d'un capitalisme à outrance, les crises écologiques, la surpopulation cause incontestée de la destruction de la nature sauvage, l'évolution des relations parents-enfants,  le développement durable. une société de consommation, de profits et de compétition ... une société libre !

"ET PENDANT CE TEMPS, cria-t-il, NOUS AJOUTONS TREIZE MILLIONS D'ÊTRES HUMAINS CHAQUE MOIS SUR CETTE TERRE ! TREIZE MILLIONS DE PERSONNES EN PLUS QUI VONT S’ENTRE-TUER DANS LA COMPÉTITION POUR DES RESSOURCES LIMITÉES ! ET QUI VONT ANÉANTIR TOUTE AUTRE CRÉATURE VIVANTE AU PASSAGE ! C’EST UN PUTAIN DE MONDE PARFAIT TANT QUE VOUS NE PRENEZ PAS EN COMPTE LES AUTRES ESPÈCES ! NOUS SOMMES LE CANCER DE CETTE PLANÈTE ! LE CANCER DE CETTE PLANÈTE !" p.620/621
Un pavé à découvrir, vraiment, il faut juste avoir un peu de temps devant soi, car c'est réellement un pavé, et même si la lecture est aisée, elle est franchement très dense !


Extraits & Citations


" "C'est vraiment étrange", avait acquiescé Patty [...] Les Paulsen, cependant, ne pouvaient pas s’accommoder d'un adjectif comme "étrange". Ils voulaient du "sociopathe", ils voulaient "passif-agressif", ils voulaient du "mauvais". " p.17

"De l'avis de Seth Paulsen, qui parlait un peu trop de Patty au goût de sa femme, les Berglund étaient ce genre de progressistes qui sentaient excessivement coupables et qui avaient besoin de pardonner à tout le monde pour que leur bonne fortune personnelle puisse leur être pardonnée; des gens qui n'avaient pas le courage d'assumer leurs privilèges." p. 19

" "C'est un miracle, fit par la suite remarquer Seth à Merrie, que ces deux-là soient toujours ensemble." [...] "Je ne crois pas qu'ils aient encore compris comment vivre" ". p.43

"FAIS BON USAGE DE TA LIBERTÉ." p.242

"Parce-que bâtir un monde meilleur, c'est cool, non ? Et Apple Computer doit être très engagé là-dedans, parce que les iPods sont bien plus cool d'aspect que les autres MP3, ce qui explique pourquoi ils sont bien plus chers et incompatibles avec les logiciels des autres compagnies, parce que...En fait, on ne voit pas trop clairement pourquoi, dans un monde meilleur, les produits les plus cools devraient apporter les profits les plus obscènes à un minuscule groupe d'habitants de ce monde meilleur. C'est peut-être un cas où il faut reculer et prendre un peu de distance pour comprendre pourquoi avoir ton propre iPod est ce qui précisément contribue à un monde meilleur." p.261

"Les gens ne savent plus comment nourrir les enfants que le pape, dans son infinie sagesse, leur fait avoir, alors ils foutent en l'ai l'environnement." p.285

"Et ce n'était pas seulement la religion, ce n'était pas seulement ce grand n'importe quoi auquel ses compatriotes semblaient penser avoir un droit exclusif, ce n'étaient pas seulement les Walmart et les seaux de sirop de maïs ou les camions monstrueux; c'était ce sentiment que personne d'autre, dans ce pays, ne prêtait même cinq secondes d'attention à ce que cela signifiait que de mettre chaque mois 13 000 000 de nouveaux grands primates sur la surface imitée du monde. La sérénité sans nuage de l'indifférence de ses compatriotes le rendait fou de colère." p.405

"Walter dressa des listes mentales de tout ce qui avait mal tourné dans le monde depuis qu'il s'était réveillé [...]. Accroissement net de la population : 60 000. Nombre d'hectares nouvellement couverts par l'urbanisme aux Etats-Unis : 400. Nombre d'oiseaux tués par des chats domestiques ou redevenus sauvages : 500 000. Barils de pétrole brûlés dans le monde : 12 000 000. Tonnes de gaz carbonique envoyées dans l'atmosphère : 11 000 000. Requins massacrés pour leurs ailerons et abandonnés flottant dans l'eau : 150 000 ..." p.442

"[...] la seule chose que personne ne peut te prendre, c'est la liberté de foutre ta vie en l'air comme tu veux." p.464

"La théorie, c'est qu'il n'y a pas de théorie. Le capitalisme ne peut pas parler de limites, parce que toute l'idée du capitalisme est la croissance constante du capital. Si vous voulez être entendus dans les médias capitalistes, communiquer dans une culture capitaliste, la surpopulation ne peut avoir aucun sens." p.465

"La raison pour laquelle la libre entreprise en Europe est tempérée par le socialisme, c'est parce qu'ils ne sont pas aussi accrochés aux libertés individuelles qu'ici." p.465


"L'Amérique, pour Einar, était le pays de la liberté non suédoise, le pays des espaces ouverts où un fils pouvait encore imaginer être spécial. Mais rien ne perturbe davantage ce sentiment d'être spécial que la présence d'autres êtres humains qui se sentent tout aussi spéciaux." p.570

"La personnalité sensible au rêve de liberté sans limite est une personnalité qui est aussi encline, si jamais le rêve venait à tourner à l'aigre, à la misanthropie et à la rage." p.571