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lundi 8 février 2021

Comme un empire dans un empire ★★★★☆ d'Alice Zeniter

Très intéressante et érudite lecture, emplie de modernité et d'humanisme. 

Deux histoires de vie contemporaines qui vont s'enchevêtrer. 
Une rencontre entre Antoine, assistant parlementaire et L., hackeuse, à un moment où les doutes et les angoisses se sont immiscés dans leur vie. Ils sont tous deux insatisfaits du système et se battent pour leurs idéaux. Antoine dans la "viandosphère" (le monde réel selon L.) et L. "au-dedans" (le monde virtuel). D'autres personnages portés par leur engagement gravitent autour d'Antoine et L. : il y a Xavier, propriétaire d'un terrain communautaire alternatif ouvert à tout le monde, Salma, aux commandes d'une association féministe Grenade(s), Élias, très engagé dans le "dedans" à l'origine de cyberattaques.
  
Je retiens une lecture réaliste et très dense, quelque peu hachée cependant par de denses descriptions techniques sur le hacking et parsemée de nombreuses réflexions politiques.  
« C'était ce qu'avait écrit Simmel dès 1907, est-ce qu'il avait lu Simmel ? Le système des aides sociales, c'était le moyen de faire taire les classes laborieuses qui prenaient par ailleurs de plein fouet les ravages du capitalisme mondialisé. »
J'ai aimé l'analyse psychologique poussée des protagonistes, la description de leur engagement et de leur force, j'ai aimé le regard et les réflexions de l'autrice sur l'actualité récente (Gilets jaunes, Marches pour le climat...), j'ai beaucoup appris sur le hacking, sur le dynamique et protestataire mouvement Anonymous, défenseur de la liberté d'expression, des Robins des bois du darknet.
« Ils avaient développé un langage commun, fait de blagues et de références qui n'étaient qu'à eux, et ils avaient donné un nom à ça, à l'ensemble des images, des blagues, des références et des phonèmes, ils avaient appelé ça le lulz. L se sentait à sa place parmi eux. »

Un beau portrait d'une jeunesse militante en plein questionnement face à un système qui s'essouffle. 

« Internet, tu dois y penser comme à une ville qui se gentrifie. Nous, on était les premiers habitants, ceux qui pouvaient et savaient se déplacer à l'intérieur. Ensuite les riches sont arrivés et ils ont voulu que les quartiers soient sûrs. Alors les uniformes sont arrivés aussi. Pour pouvoir continuer à exister, on a occupé les égouts, les terrains vagues, les ruines. Ce n'est pas par choix, c'est parce qu'on est traqués. À partir du moment où il y a eu des cyberagents, ce qu'on faisait est devenu une cybercriminalité, alors qu'avant, c'était simplement une manière d'habiter Internet et tout le monde s'en foutait. Ils ont fait le ménage à coups de procès, à coups d'amendes mais pourquoi est-ce qu'Internet obéirait aux lois de tel ou tel pays ? Internet, c'est pas un pays, c'est rien de terrestre. C'est un monde totalement différent. »

« Les copies lui signifiaient calmement, à intervalles réguliers, sa médiocrité au sein du système des classes préparatoires (médiocrité au sens premier du terme, « au sens balzacien de position moyenne » avait dit leur professeur de lettres alors qu'ils étudiaient La Cousine Bette en début d'année, et Antoine avait aimé que les mots puissent avoir un sens balzacien, que Balzac ait pu tellement peser sur les mots de son gros corps tourangeau qu'il avait fini par y imprimer son sens). »

« L. mesurait à son attente tout l'espace invisible qu'ils traversaient, L pensait aux satellites, autour de la Terre, qui leur servaient de relais en tournoyant lentement, et eux-mêmes, malgré leur calme orbital, n'étaient pas infaillibles ni éternels. L avait connu la peur que rien n'advienne et que l'ordinateur demeure simplement solipsiste. L avait connu internet à l'époque où il pourrait paraître fini, comme une île dont on aurait fait le tour dans la journée en marchant à petits pas. L avait cliqué sur des photos qui s'affichaient bande après bande pendant dix minutes. On pouvait partir aux toilettes, se servir un Coca et revenir sans avoir rien manqué. »

« La  naissance d'Anonymous avait eu lieu à ce moment-là, sous les yeux de L, dans les forums sur lesquels elle passait toutes ses nuits. Et comme l'exigeait le lulz, tout était parti d'une blague tordue. L'Eglise de scientologie avait voulu faire disparaître de plusieurs sites de partage une vidéo de Tom Cruise dans laquelle il déployait un prosélytisme gênant (entrecoupé de rires suraigus plus gênants encore). Les mises en demeure envoyées par les avocats et la rapidité avec laquelle les sites obtempéraient avaient été interprétées par ceux qui deviendraient des Anons comme une censure insupportable. Ils "aimaient" cette vidéo, elle les faisait"rire", ils voulaient la regarder "encore et encore". Ils l'avaient donc postée de nouveau dans tous les plis imaginables du dedans. »

« Elle ne voulait plus se mêler à des actions qui nécessitaient des centaines, voire des milliers de participants. Elle ne voulait plus avoir à utiliser des botnets ni à enrôler des ordinateurs zombies. L, surtout, avait compris que le bras armé de la loi fouillait désormais Internet avec patience et qu'il fallait composé avec lui. »

« En vérité, on dirait qu'ils conçoivent l'homme dans la Nature comme un empire dans un empire. » SPINOZA, Ethique, III

« C'était ce qu'avait écrit Simmel dès 1907, est-ce qu'il avait lu Simmel ? Le système des aides sociales, c'était le moyen de faire taire les classes laborieuses qui prenaient par ailleurs de plein fouet les ravages du capitalisme mondialisé. »
« [...] Antoine se demandait si tous les transclasses n'avançaient pas en réalité sur les corps de leurs proches tombés au sol, jetés au sol. La culpabilité remontait de partout, comme l'humidité dans les murs. Il n'y avait plus de fierté alors à être parti. »

« Antoine se rappelait souvent une conférence de Slavoj Zizek dans laquelle le philosophe remarquait que les sociétés occidentales étaient prêtes à envisager la destruction totale de la Terre par un hypothétique astéroïde mais pas la fin du capitalisme.  »

« - C'est un tir de LBD ?
- Ouais je crois. Ou alors c'est un pavé, j'en sais rien. J'étais en train de jeter des trucs et j'étais concentré, j'ai pas fait gaffe. Et puis j'ai senti un gros coup dans la poitrine et ça m'a plié en deux. C'était la première fois. 
- Que tu te faisais allumer ?
- Que je lançais des trucs. Je les trouvais cons, avant, de jouer à ça avec les flics. Tu tires, je tire, ça fait avancer qui ? Mais aujourd'hui, ça m'a énervé. On n'a même pas eu le temps de faire un bout de manif avant que ça pète. À peine je suis là que ça a commencé à interpeller , on n'a rien pu faire, même les slogans il fallait qu'on les crie en courant. J'ai l'impression qu'ils nous ont laissé zéro chance de faire autre chose que de la baston - c'est foutu, tu vois, les politiques leur ont répété pendant des semaines qu'ils pouvaient nous pilonner la gueule parce qu'on était des cons, des fachos, des casseurs et là, je me suis dit : ça y est, c'est rentré. Derrière les casques, c'est complètement intégré. On n'est plus des humains pour eux. Ils arrivent dégoupillés, ils feront jamais marche arrière. J'ai  vrillé d'un coup, ça s'est allumé rouge. Cette colère-là, tu ne peux pas la crier, tu ne peux pas la coller sur une banderole, c'est beaucoup trop chaud, il faut autre chose. »

« Mais qu'est-ce que ça voulait dire, combat ? Si on acceptait d'utiliser ce mot pour décrire leur quotidien parlementaire, alors que restait-il pour raconter ce qu'il avait vu sur les Champs-Élysées deux heures plus tôt ? Les JT utilisaient parfois « affrontements » mais surtout, ils répétaient en boucle les termes « dégradations » et « dégâts ». Ils se contentaient de qualifier l'état des choses "après" l'événement, ils disaient ce qui était arrivé au matériel mais pas aux humains. Ils effaçaient Bruno. Ils effaçaient les coups et les hématomes, les quintes qui froissaient les poumons, le désir de violence et l'envie de mourir. Et donc, ils ne disaient rien. »

« Internet, tu dois y penser comme à une ville qui se gentrifie. Nous, on était les premiers habitants, ceux qui pouvaient et savaient se déplacer à l'intérieur. Ensuite les riches sont arrivés et ils ont voulu que les quartiers soient sûrs. Alors les uniformes sont arrivés aussi. Pour pouvoir continuer à exister, on a occupé les égouts, les terrains vagues, les ruines. Ce n'est pas par choix, c'est parce qu'on est traqués. À partir du moment où il y a eu des cyberagents, ce qu'on faisait est devenu une cybercriminalité, alors qu'avant, c'était simplement une manière d'habiter Internet et tout le monde s'en foutait. Ils ont fait le ménage à coups de procès, à coups d'amendes mais pourquoi est-ce qu'Internet obéirait aux lois de tel ou tel pays ? Internet, c'est pas un pays, c'est rien de terrestre. C'est un monde totalement différent. »

« Le député avait décidé de prendre à parti le Premier ministre sur le dernier remaniement mais il hésitait encore sur la dureté des accusations qu'il porterait contre les nouveaux venus - il se demandait, plus précisément, à quel point ridiculiser la nouvelle porte-parole du gouvernement , Sibeth Ndiaye, sans qu'on l'accuse de sexisme, de racisme ou de leur croisement vicieux dont il venait de découvrir le nom : misogynoir. »

Quatrième de couverture

Il s’appelle Antoine. Elle se fait appeler L. Il est assistant parlementaire, elle est hackeuse. Ils ont tous les deux choisi de consacrer leur vie à un engagement politique, officiellement ou clandestinement.
Le roman commence à l’hiver 2019. Antoine ne sait que faire de la défiance et même de la haine qu’il constate à l’égard des politiciens de métier et qui commence à déteindre sur lui. Dans ce climat tendu, il s’échappe en rêvant d’écrire un roman sur la guerre d’Espagne. L vient d’assister à l’arrestation de son compagnon, accusé d’avoir piraté une société de surveillance, et elle se sait observée, peut-être même menacée. Antoine et L vont se rencontrer autour d’une question : comment continuer le combat quand l’ennemi semble trop grand pour être défait ?
Dans ce grand roman de l’engagement, Alice Zeniter met en scène une génération face à un monde violent et essoufflé, une génération qui cherche, avec de modestes moyens mais une contagieuse obstination, à en redessiner les contours. L’auteure s’empare audacieusement de nos existences ultracontemporaines qu’elle transfigure en autant de romans sur ce que signifie, aujourd’hui, faire de la politique.

Éditions Flammarion, août 2020
394 pages
Prix du roman des étudiants France culture Télérama 2020

dimanche 13 décembre 2020

Nature humaine ★★★★★ de Serge Joncour

Le monde rural une nouvelle fois mis en exergue dans le dernier roman de Serge Joncour. Et même s'il est davantage question de son exode, ici, et de l'impact de la mondialisation sur ce monde rural, les mots de l'auteur ont été, pour moi, une délicate et douce reconnexion à la terre, à la nature
Avec Nature humaine, Serge Joncour balaie le paysage politique et social de la France du milieu des années 70 aux portes de l'an 2000. Une rétrospective dense, haletante, visionnaire sur une période jalonnée d'événements marquants plus ou moins joyeux (, la chute du mur de Berlin, Tchernobyl, la vache folle, la tempête de 1999...). Un regard époustouflant de justesse sur la relation de l'homme à la nature. 
« Au journal de treize heures ils montrèrent les images des candidats en train de voter. Le président Giscard d'Estaing à Chanonat, petit village dans un repli du Puy-de-Dôme, Chirac au fin fond de la Corrèze, Debré avait rempli son devoir à Amboise, Crépeau à La Rochelle [...] Mitterrand était toujours attendu dans son coin perdu de la Nièvre, chacun puisait sa force au sein d'une terre d'origine, signe que la terre, c'était bien de là qu'un Président tirai sa force et sa légitimité, pour être élu il devait d'abord valider sa parcelle d'humanité faite de la même argile que le peuple, de la même terre. Plus les hommes politiques devenaient citadins, et plus ils prétendaient être de la campagne. »
« Autour de moi je vois de plus en plus de gens qui ne rêvent plus, je ne retrouve rien de la folie des années 1970 ... Maintenant ceux qui rêvent, eh bien ils rêvent d’avoir une vie comme tout le monde… »
Le monde rural : un havre de paix et de liberté, pourtant, c'est un monde en déclin depuis des décennies. La mondialisation est passée par là, rendant les petits villages de moins en moins accessibles, les dépouillant de leurs habitants, de leurs commerces...
Chacun des personnages apporte un témoignage sur les aspirations de l'époque : les vieux de la vieille, à l'instar de Crayssac, qui voient d'un mauvais oeil l'arrivée des téléphones en bakélite, réfractaires à toute avancée technologique, réacs et activistes, prêts à tout pour se défendre, défendre leur bout de terre, leur paradis ..., les plus jeunes aspirant à vivre à la ville, aimant la modernité, les voyages, désirant à une vie plus enivrante, plus en mouvement... et ceux dont les nouvelles technologies permettent de faire plus, encore plus, toujours plus. Plus de rendement notamment pour alimenter le Mammouth qui vient juste d'ouvrir à Cahors, celui qui simplifie la vie des ménages, écrase les prix ! À quel prix ... justement. Au détriment des "petits", au détriment de la qualité, au détriment de la nature elle-même. 
« Depuis que Crayssac luttait sur le Larzac, il était devenu une figure. [...] Plus proche du parti communiste que des hippies, Crayssac était sur le Larzac comme chez lui, il faisait corps avec les enflammés des syndicats et de la Lutte occitane, aussi bien qu’avec ceux de la Jeunesse agricole catholique et de ces artistes venus de Paris. Il avait jeûné avec les évêques de Rodez et de Montpellier, même François Mitterrand les avait rejoints, faisant lui aussi une grève de la faim, une grève de la faim de trois quarts d’heure seulement, mais qui avait quand même marqué les esprits. Le socialiste avait juré que s’il accédait un jour au pouvoir son premier acte serait de rendre le causse aux paysans… Le Larzac, donc, ce n’était pas rien, et dans un monde hypnotisé par la modernité, c’était bien la preuve que la nature était au centre de tout. »
L'arrivée des hypermarchés, du TGV, des pesticides, du nucléaire...et avec ce moderne package, forcément une première prise de conscience : l'humain impacte son environnement. Les premières grandes luttes sociales, qui font échos à celles menées aujourd'hui, s'organisent, militent, sonnent l'alerte. Une alerte restée lettre morte ou presque. On peut légitimement se poser la question, non ?

Serge Joncour n'est pas un donneur de leçon, il nous offre une rétrospective riche et clairvoyante sur notre monde, passe au scalpel la complexité de la nature humaine, et l'on se délecte de cette belle parenthèse. 
Au coeur de la folie et des contradictions de notre humanité. 
Un roman rural et social, un roman de la nature qui instruit, passionne, questionne, amène à la réflexion. 
Une belle moisson de mots ! 
« Les grands moments de l’Histoire sont la consigne de nos souvenirs personnels. »

Un ouvrage plus profond que "Repose-toi sur moi", à mon humble avis.  "L'écrivain National" m'avait quant à lui beaucoup touchée. Je lirai, à l'occasion, "Chien-Loup", Landerneau 2018.  


« Chaque vie se tient à l'écart de ce qu'elle aurait pu être. À peu de chose près, tout aurait pu se jouer autrement. »

« Le père Crayssac se replongea dans sa colère, balançant à Alexandre qu'il n'était qu'un fils de propriétaires et que c'était à cause d'eux qu'on tirait ces fils de caoutchouc au bord des chemins, ses parents n'étaient rien que des matérialistes qui voulaient tout posséder, deux bagnoles, des clôtures neuves, des mangeoires en aluminium, la télé, deux tracteurs et des caddies pleins au Mammouth...Et maintenant le téléphone, ça s'arrêterait où ?
[...] 
- Le téléphone, c'est comme le Larzac, Golfech et Creys-Malville, c'est comme toutes ces mines et ces aciéries qu'ils ferment, tu vois pas que le peuple se lève, de partout les gens se dressent contre ce monde-là. Faut pas se laisser faire, et des Larzac y en aura d'autres, crois-moi, si on dit oui à tout ça, on est mort, fat le refuser ce monde-là, faut pas s'y vautrer comme vous le faites, vous, sans quoi un jour ils vous planteront une autoroute ou une centrale atomique au beau milieu de vos prés... »

« Depuis que Crayssac luttait sur le Larzac, il était devenu une figure. [...] Plus proche du parti communiste que des hippies, Crayssac était sur le Larzac comme chez lui, il faisait corps avec les enflammés des syndicats et de la Lutte occitane, aussi bien qu’avec ceux de la Jeunesse agricole catholique et de ces artistes venus de Paris. Il avait jeûné avec les évêques de Rodez et de Montpellier, même François Mitterrand les avait rejoints, faisant lui aussi une grève de la faim, une grève de la faim de trois quarts d’heure seulement, mais qui avait quand même marqué les esprits. Le socialiste avait juré que s’il accédait un jour au pouvoir son premier acte serait de rendre le causse aux paysans… Le Larzac, donc, ce n’était pas rien, et dans un monde hypnotisé par la modernité, c’était bien la preuve que la nature était au centre de tout. »

« Dans cette nuit de demi-lune la nature semblait souffrir, les arbres reprenaient leur souffle, habités par la hantise de voir le soleil se lever une fois de plus, d'endurer l'étreinte d'un air de nouveau étouffant. Avec sa manie de prédire le pire, le père Crayssac avait peut-être raison, peut-être que le progrès ne valait rien de bon, comme le disait ce politique au col roulé, avec son verre de flotte pour bien montrer qu'on manquerait d'eau avant la fin du siècle et que la solution serait de se remettre tous au  vélo, comme en Chine. Peut-être que ces illuminés voyaient clair et que le soleil, un jour, ne se coucherait plus. »
« La nature est un équilibre qui ne se décide pas, qui s’offre ou se refuse, en fonction des années. »

« Pour remplir les rayons en vrac du Mammouth, il fallait coller à la demande, voir de plus en plus grand. »

« [...] Le problème avec le nucléaire, c'est pas de savoir si ça pollue ou pas, non, le problème c'est que ça centralise l'énergie au seul profit de l’État, et l'énergie c'est le moteur du capitalisme industriel, ce capitalisme avec lequel toi, tu crois que tu n'as pas de problème, en tout cas pas encore...»

« Le progrès, c'est comme une machine, ça nous broie. »

«- Tu sais, gamin, dans la vie, quand on regarde trop loin y a trop de choses qui nous dépassent, et faire de la politique, c'est apprendre à ne plus penser par soi-même, tu piges ? »

« Les grands moments de l’Histoire sont la consigne de nos souvenirs personnels. »

« À la campagne, dès qu’on fait vingt kilomètres, il y en a toujours un pour vous demander d’où vous venez, à vingt kilomètres de chez soi, on est déjà un étranger. »

« Au journal de treize heures ils montrèrent les images des candidats en train de voter. Le président Giscard d'Estaing à Chanonat, petit village dans un repli du Puy-de-Dôme, Chirac au fin fond de la Corrèze, Debré avait rempli son devoir à Amboise, Crépeau à La Rochelle [...] Mitterrand était toujours attendu dans son coin perdu de la Nièvre, chacun puisait sa force au sein d'une terre d'origine, signe que la terre, c'était bien de là qu'un Président tirai sa force et sa légitimité, pour être élu il devait d'abord valider sa parcelle d'humanité faite de la même argile que le peuple, de la même terre. Plus les hommes politiques devenaient citadins, et plus ils prétendaient être de la campagne. »
« Autour de moi je vois de plus en plus de gens qui ne rêvent plus, je ne retrouve rien de la folie des années 1970 ... Maintenant ceux qui rêvent, eh bien ils rêvent d’avoir une vie comme tout le monde… »

« Un dimanche électoral est un jour où l’indécision flotte, les heures semblent dilatées et le temps à l’état gazeux. Comme pour le jour de l’an, la nation entière est focalisée sur le même rendez-vous, vingt heures et zéro seconde, pour l’annonce des résultats. »

« [...] une menace par nature invisible, c’était affolant. »

« Quand on fait une pub pour le jambon, il faut surtout pas montrer de cochons, sinon les consommateurs prendraient peur. Les consommateurs c'est pas avec du réel qu'on les fait rêver, le réel ils sont dedans tous les jours, le chômage, l'inflation, Tchernobyl, le sida, l'explosion de Challenger, le réel c'est tout ce qui nous pète à la gueule...»

«  - Bon Dieu mais aujourd'hui faut que tout voyage, les céréales, les vaches, les téléviseurs, les micro-ondes qui viennent de Hong-Kong, les Walkmans qui sont made in Taïwan, et pendant ce temps-là on vend notre lait aux Chinois, tout ça se croise dans les airs ou sur les bateaux, c'est n'importe quoi... Vous savez ce qu'elle va donner votre manie de la bougeotte, hein, vous savez ce qu'elle va m'amener à moi, comme à mes arbres, à mes poules, à mes chiens ?
[...]
- Une autoroute. »

« [...] il fallait accepter que les villes dictent leur loi, qu'elles sabotent les campagnes pour assouvir leur désir de libre-échange, qu'elles communiquent, soient visitées les unes et les autres, commercent, c'était d'un égocentrisme écœurant. »

«  Ces terres, ces villages, ces petites routes étaient délaissés depuis des années, les gares fermaient les unes après les autres, les bistrots commençaient à faire pareil, ici ce fameux intérêt public général n'accouchait que de fermetures, celles de la poste, de l'épicerie, du bistrot bientôt. Ces économies pour satisfaire l'intérêt général, elles faisaient que les gens se retrouvés de plus en plus isolés, de plus en plus loin de tout, et voilà que tout d'un coup, au nom de ce même intérêt public général, il faudrait accepter qu'une autoroute défigure la vallée...»

« La violence ne fait qu’attiser les peurs, et plus les peurs enflent, plus elles gonflent le camp des inquiets, et au final c’est l’extrême droite qui ramasse… »

« Chez les anciens, prophétiser le pire est souvent un stratagème de naufragé, déclarer que le monde est sur le point de se saborder leur permet de ne pas avoir à le regretter. »
« ...à propos de la télé : « Aujourd'hui on ouvre sa porte au monde pour ne pas savoir ce qui se passe chez soi. » »

Quatrième de couverture

La France est noyée sous une tempête diluvienne qui lui donne des airs, en ce dernier jour de 1999, de fin du monde. Alexandre, reclus dans sa ferme du Lot où il a grandi avec ses trois sœurs, semble redouter davantage l’arrivée des gendarmes. Seul dans la nuit noire, il va revivre la fin d’un autre monde, les derniers jours de cette vie paysanne et en retrait qui lui paraissait immuable enfant. Entre l’homme et la nature, la relation n’a cessé de se tendre. À qui la faute ?
Dans ce grand roman de « la nature humaine », Serge Joncour orchestre presque trente ans d’histoire nationale où se répondent jusqu’au vertige les progrès, les luttes, la vie politique et les catastrophes successives qui ont jalonné la fin du XXe siècle, percutant de plein fouet une famille française. En offrant à notre monde contemporain la radiographie complexe de son enfance, il nous instruit magnifiquement sur notre humanité en péril. À moins que la nature ne vienne reprendre certains de ses droits…

Éditions Flammarion, août 2020
398 pages
Prix Femina 2020
Prix Femina des Lycéens 2020

mardi 11 août 2020

Une partie de badminton ★★★★☆ de Olivier Adam

« La maturité, telle que je la concevais, 
consistait à reconnaître e qu'il pouvait
 y avoir de bizarre ou de douloureux 
dans l'existence, à admettre qu'on ne 
pouvait plus rien y faire, et à aller de
 l'avant en prenant le meilleur de la vie. »
Richard Ford,
Un week-end dans le Michigan

Paul Lerner, la quarantaine passée, écrivain social, personnage attachant, le double fictionnel de l'auteur, raconte son retour en Bretagne, alors que ses livres ne se vendent plus et que vivre à Paris n'est plus dans ses moyen. 
« La vérité c'est qu'il n'avait jamais rien compris à cette vie. Et qu'il avait toujours été incapable de s'y mouvoir »
Une vie au calme, en apparence seulement, car les "emmerdes" ne tardent pas à s'enchaîner, les problèmes à s'accumuler et sa famille à exploser... Une épouse volage, une ado perturbée qui part en vrille, une femme qui le poursuit mystérieusement, un manque d'inspiration... 
Un jour où l'autre on  « en conclut que la vie [est] un sacré sac de nœuds, un putain de sport de rue [...] - Sûr, c'est pas du badminton. » 
Mais Paul ne se laisse pas démonter et essaie de trouver des solutions pour sortir la tête de l'eau. « II était temps que ça cesse. Il avait quarante-cinq ans, merde. Il allait bien devoir un jour sortir de l’adolescence, arrêter de se défausser, de fuir, de se protéger. C’était ça, la vie. Des emmerdes, des deuils, des amitiés brisées, des secrets, des mensonges, des enfants qui partaient en vrille, des pépins de santé, des hauts, des has, le grand manège, du grand n’importe quoi. Et il fallait s’en contenter. La regarder bien en face, telle qu’elle était, et s’y mouvoir debout. »
Une vie de bobo type, votant à gauche, se targuant d'être ouvert sur le monde, tolérant, éco-citoyen dans la mesure du possible, honnissant la Manif pour tous et les replis identitaires, s'inquiétant de la montée du FN et du rejet des étrangers. 
Paul témoin de sa vie personnelle qui déraille mais également témoin des tensions de notre époque,des crises économiques et sociales et notamment des tensions entre économie et écologie, de l' opposition entre le microcosme parisien et le reste de la France.
Très bien écrit, des mots justes teintés d'humour et d'autodérision. 
Merci à Yves Grannonio,  libraire à la Librairie du Château, Brie-Comte-Robert ; une nouvelle fois, ce fut une excellente pioche !
Une belle et étonnante partie à ne pas rater !

« Exister quel sport de rue 
Sûr c’est pas du badminton 
Exister si j’avais su 
Aurais-je décliné la donne ?»

Incipit
« En cale sèche.
Son téléphone se mit à vibrer. Paul Lerner le laissa faire. Il avait depuis longtemps la réputation d’être injoignable. Avec les années, il s’était imaginé qu’on finirait par s’y habituer. Mais non. Tout le monde s’acharnait à le lui reprocher. Sarah, sa compagne. Manon et Clément, ses enfants. Sa mère. Ses amis – mais il lui en restait peu. Son éditeur à l’époque – une époque pas si lointaine en définitive, mais tout cela lui paraissait loin désormais, il y pensait comme à une autre vie, très ancienne, périmée. Et, ces temps-ci, Marion Gardel, rédactrice en chef de L’Émeraude, le journal local dont il rédigeait une bonne partie des articles.
— Ces engins sont pourvus d’une messagerie, lui répétait-il. Utilisez-la. Surtout si c’est pour me rappeler qu’on boucle demain et que j’ai du retard. Je le sais mieux que quiconque, figurez-vous, mais bordel, est-ce que je vous ai déjà plantée ? Oui ou non ? Non. Bon alors.
Paul n’y pouvait rien. Il détestait parler dans ce truc, y coller son oreille. Le sentir vibrer dans sa poche suffisait à lui serrer la gorge.
Il attendit en vain que l’appareil vibre de nouveau, indiquant que Marion Gardel lui avait laissé un message. Puis il se remit au travail. Dans son dos se mêlaient le bruissement des conversations et le vacarme du percolateur. Ils n’étaient pas nombreux, en dehors des week-ends, à s’installer en milieu d’après-midi aux tables calées dans le sable blanc de la paillote qui surplombait la grande plage. Le nouveau propriétaire, un type d’une quarantaine d’années au sourire inaltérable, semblait ne pas se résoudre à ce que la saison touristique ne dure qu’un mois, nichée entre le 14 juillet et le 15 août, et s’échinait depuis quatre ans à ouvrir son établissement dès les premiers jours d’avril pour ne le fermer qu’une fois les congés de la Toussaint consumés. En dehors des vacances, des ponts et de quelques week-ends ensoleillés, il se condamnait ainsi à demeurer seul sous la pluie, attendant qu’à la moindre éclaircie quelques locaux désœuvrés, une poignée de touristes égarés daignent lui commander un café ou un demi qu’ils consommaient à toute vitesse, sous peine de finir frigorifiés avant même d’en avoir bu la dernière goutte. Une telle abnégation frisait l’hérésie économique, personne ne comprenait comment il pouvait s’en sortir avec un si maigre chiffre d’affaires, mais cela faisait le bonheur de Paul. Il y avait établi son QG. C’était devenu une sorte d’extension de sa maison. Son jardin en quelque sorte (le petit carré d’herbe prolongeant la terrasse abritée dont bénéficiaient les Lerner, ainsi qu’on les appelait même si Paul et Sarah n’étaient pas mariés, quoique agréable, n’en méritait pas vraiment le nom). Il se sentait protégé face à ce paysage qui avait toujours eu le pouvoir (comment avait-il pu l’oublier, comment même avait-il cru pouvoir s’en passer ou vouloir autre chose, se demandait-il à présent) de dresser une muraille entre son cerveau et tout ce qui le rongeait. Dans l’ordre chronologique : la mort de son père et l’atmosphère de décomposition qui avait cerné leurs dernières années à Paris, l’insuccès de ses derniers livres et l’endurance dangereusement érodée de Sarah, son dos foutu et les deux années de douleur constante, de comprimés de codéine, de Lamaline et de capsules d’Acupan qu’il avalait comme des bonbons, les trois opérations des lombaires dans des cliniques hors de prix par de prétendus pontes de la chirurgie, l’interminable succession de convalescences, de rémissions et de rechutes, l’argent qui n’avait soudain plus suffi, même avec le salaire de Sarah, pour leur payer le luxe d’une vie parisienne, l’urgence qu’il y avait eu alors à dénicher un boulot pour assurer le quotidien, les démarches sans succès auprès des maisons d’édition (il ne suffisait pas, découvrait-il, d’avoir publié des romans dont certains avaient trouvé leurs lecteurs pour prétendre au titre d’éditeur ou de directeur de collection), du monde du cinéma (son étoile avait pâli depuis ses derniers succès en tant que scénariste) ou de la presse écrite (où sévissait une crise sans précédent), et pour finir leur retour ici, nimbé d’un tenace sentiment d’échec, à la faveur d’un emploi inespéré dans le canard local. Mais tout n’allait pas si mal. Certes, la ré-acclimatation de Manon s’avérait difficile : elle semblait ne pas se remettre d’avoir été arrachée à sa ville, son quartier, son lycée, ses amies. Quand bien même elle était née et avait passé ses onze premières années ici. Ses parents avaient gâché sa vie, affirmait-elle. Mais ils vivaient là de nouveau, à deux pas des plages et des falaises, à une quinzaine de kilomètres des lieux qu’ils avaient quittés cinq ans plus tôt, histoire de ne pas tout à fait accréditer la thèse d’un complet retour à la case départ. Clément, passé les premières angoisses liées à tout grand changement, s’en sortait plutôt bien, même si voir sa sœur se renfermer sur elle-même et ne plus lui porter qu’une attention négligeable, alors qu’ils avaient été si proches durant tant d’années, lui brisait le cœur. »

«  La mer s'était retirée jusqu'aux confins des premiers îlots. Les bateaux s'échouaient comme en cale sèche, cernés d'oiseaux scrutant les reliefs d'un repas d'ordinaire accessible aux seuls sternes et cormorans, les rares bestioles de leur espèce assez dingues pour s'enfoncer à longueur d'année dans une eau que l'été peinait à réchauffer au-delà de dix-huit degrés et qui le reste du temps oscillait entre neuf et douze degrés. »

« La pluie s'était mise à cingler mais déjà à l'ouest le ciel se déchirait et les rayons de soleil tombaient en rideau à travers les nuages anthracite. La mer s'illumina soudain, virant en un clin d’œil du gris fer à l'émeraude, avant de loucher vers le turquoise fluorescent. »

« Le paysage politique était sens dessus dessous et il ne se voyait pas débattre avec son fils de dix ans des mérites et des manquements de la majorité au pouvoir, les choses étaient devenues si complexes que lui-même ne savait pas toujours comment se positionner vis-à-vis de Macron et ses sbires, comme tous les électeurs de gauche qui avaient dû se résoudre, face à la menace du Front national, à voter pour lui et à assurer à leurs enfants que l'élection du faux jeune homme (Macron lui avait toujours fait penser à ces modèles de voitures dont seuls les vieux pensent qu'ils font jeunes) était, dans ce contexte précis, une bonne nouvelle. Du moins un motif de soulagement, peut-être passager, mais tout de même. »

« Les ventes se concentraient désormais sur une poignée de titres et les autres étaient condamnés à la confidentialité. Il fallait créer l'événement pour s'en sortir. D'une manière ou d'une autre. Être la nouvelle sensation. Ou tenir un sujet qui attire les médias. Qui fasse le buzz. Provoque la polémique. Ou qui intéresse d'emblée les gens. Genre, la Seconde Guerre mondiale. La vie romancée de Trucmuche. Un phénomène sociétal du moment. Ou à défaut se foutre à poil. Seuls les très gros vendeurs ou les auteurs « médiatiques » pouvaient se contenter d'écrire ce qui leur chantait. Pour eux, le simple fait de publier un nouveau livre constituait d'emblée un événement. »

« Sur le bas-côté, des nuées de pêcheurs profitaient de la retenue d'eau pour piéger des poissons dans le vacarme des moteurs. Paul se faisait une tout autre idée de la discipline, le coin regorgeait de rochers où se poser avec sa canne, au pied de falaises surplombant des eaux transparentes, d'un bleu turquoise à vous faire exploser la cornée, mais enfin il fallait s'y faire, les gens étaient parfois étranges, on en voyait pique-niquer à deux pas des plages, dos à la mer, tables et chaises pliantes plantées dans le bitume fissuré d'un parking, collés à leur bagnole. »

« C'est bien moi, pensa-t-il. Jamais à ma place là où je me trouve. Ici, les considérations sans conséquence sur l'état de la mer, le temps qu'il fait, les menus événements de la côte lui avaient manqué. Là-bas, il se languissait sans se l'avouer d'une vie intellectuelle alimentée en permanence. Pourtant qu'avait-il tiré de tout cela ? Qu'y avaient gagné ses livres ? Pas grand-chose si on se fiait à la réception des derniers. Au contraire, même. Certes, toute cette vie l'avait infiniment nourri. Écouter tous ces gens. Sillonner les galeries d'art contemporain. Assister à tous ces spectacles. Voir tous ces films. Mais sans doute comme spectateur plus qu'en tant qu'auteur. Qu'est-ce qui n'allait pas chez lui ? »

« Tout lui paraissait soudain trop petit et immuable, tandis qu'à Paris et autour de la ville, en ses orées gigantesques, tout affluait, refluait, s'irriguait de mouvements incessants, de populations diverses, d'idées de migrations sociales, de mutations urbanistiques, tout se concentrait et lui offrirait, pensait-il, un territoire à explorer, auquel se confronter de nouveau. Paris et sa périphérie tentaculaire présentaient tant de contrastes, de réalités opposées, tant d'horizons divergents s'y croisaient, tant de langues, de parcours, d'origines s'y mêlaient, tant d'opinions, d'itinéraires, de provenances, de croyances s'y affrontaient qu'il lui semblait d'un seul coup que le pays y tenait tout entier. »

« Il avait quarante-cinq ans, merde. Il allait bien devoir un jour sortir de l'adolescence, arrêter de se défausser, de fuir, de se protéger. C'était ça, la vie. Des emmerdes, des deuils, des amitiés brisées, des secrets, des mensonges, des enfants qui partaient en vrille, des pépins de santé, des hautes, des bas, le grand manège, du grand n'importe quoi. Et il fallait s'en contenter. La regarder bien en face, telle qu'elle était, et s'y mouvoir debout. »

« Pour le reste, le travail n'avait jamais été son fort et il avait toujours tout fait pour l'éviter, comprenant vite que l'écriture, quand ça tournait bien, avait l'avantage de vous octroyer des mois de temps libre en échange de cinq ou six passés devant l'ordinateur, et de vous éviter d'avoir à subir des horaires, des contraintes, de vous confronter à la moindre forme d'autorité et d'en détenir sur quiconque. Et pour ce qui était du stoïcisme et de la pudeur, le contenu de ses livres parlait pour lui. De longues plaintes où il n'épargnait rien au lecteur, même en les déguisant, de ses pensées les plus intimes, des épisodes les plus personnels de sa vie et de celle de ses proches. »

« Elle se pelotonna contre lui. Il s'allongea près d'elle et elle se laissa serrer dans ses bras. Il avait le nez dans ses cheveux. Respirait son odeur d'enfant. Il ne pouvait rien y faire. Des années entières, lumineuses, inconditionnelles lui revinrent en mémoire. Des images s'imprimaient en flashs sous ses paupières. Ses grands yeux bleus sous ses cheveux d'une blondeur perdue, son sourire shooté de bonheur et de soleil sur la plage, dans le jardin de ses grands-parents, en robe de princesse ou à fleurs, ses jeux de rôle sans queue ni tête et ininterrompus, sa façon de se jeter dans ses bras, sa voix légèrement voilée et son rire en éclats. L'adolescence était un cimetière. Les dépouilles d'enfants joyeux y reposaient comme la peau d'une mue. »

« Mon pauvre petit papa. C'était un gimmick entre eux. Il s'était imposé à l'âge où elle avait pris conscience de la disposition de son père à la paranoïa, à la plainte et à la dépression. Sa façon de tout voir en noir et de croire qu'on (qui, d'ailleurs ?) s'acharnait contre lui, son aptitude spectaculaire à tout exagérer. La moindre contrariété. La moindre douleur. »

« C'était typique des écolos du dimanche. Toujours à faire pleurer dans les chaumières sur le sort d'une plante sauvage ou d'un animal menacé, toujours à finasser sur les produits qu'ils avalaient, à emmerder le monde avec leurs taxes sur le diesel, mais dès qu'on parlait des gens qui crevaient la dalle, en chiaient pour seulement s'acquitter d'un plein, qui s'entassaient dans des cités insalubres ou dormaient sur le trottoir, là il n'y avait plus personne. Toujours à pleurnicher sur l'avenir de la planète mais insensibles au présent de leur prochain.  »

« Manon en conclut que la vie était un sacré sac de nœuds, un putain de sport de rue et Paul acquiesça.
- Sûr, c'est pas du badminton.
Elle sourit. Sa réplique était tirée d'une chanson du dernier Alain Chamfort (Exister quel sport de ru/Sûr c'est pas du badminton/Exister si j'avais su/Aurais-je décliné la donne) que Manon aimait dans les rares moments de connivence pasticher en hurlant « Exister, ça pue  du cul ». »

Quatrième de couverture

Après une parenthèse parisienne qui n’a pas tenu ses promesses, Paul Lerner, dont les derniers livres se sont peu vendus, revient piteusement en Bretagne où il accepte un poste de journaliste pour l’hebdomadaire local. Mais les ennuis ne tardent pas à le rattraper. Tandis que ce littoral qu’il croyait bien connaître se révèle moins paisible qu’il n’en a l’air, Paul voit sa vie conjugale et familiale brutalement mise à l’épreuve. Il était pourtant prévenu : un jour ou l’autre on doit négocier avec la loi de l’emmerdement maximum. Reste à disputer la partie le plus élégamment possible.

Comme dans Falaises, Des vents contraires ou Les Lisières, Olivier Adam convoque un de ses doubles et brouille savoureusement les pistes entre fiction et réalité dans ce grand livre d’une vitalité romanesque et d’une autodérision très anglo-saxonnes.

Éditions Flammarion, août 2019
377 pages

mardi 9 juin 2020

La maison ★★★☆☆ de Emma Becker

« Il ne fallait pas aller du côté
où habitait la dame aux grandes belles robes.
Personne ne lui parlait, personne ne lui disait
même bonjour. Elle enlevait les petits garçons.
Sa maison en était pleine. Pleine de petits garçons
qu'on n'avait jamais revus, qu'on ne reverrait jamais
parce qu'elle les mangeait l'un après l'autre.
La dame aux grandes belles robes
était une fille de joie. »
Louis CALAFERTE, La mécanique des femmes

Vivre de l'intérieur pour ressentir au plus profond de soi ce que peut ressentir une femme qui exerce le plus vieux métier du monde et décrire ce métier au plus près de la réalité. C'est ce qu'a fait Emma Becker, sous le pseudonyme de Justine. Elle a vécu et fait commerce de son corps pendant deux ans, dans deux maisons closes de Berlin, autorisées en Allemagne. Le deuxième établissement, La maison, donne son nom au roman. 

Une immersion dans une maison close réussie à mon avis, un documentaire sociologique dense et intéressant sur la sexualité, le désir, les fantasmes, les rapports de domination et la psychologie sexuelle des hommes. 
« [...] il faudrait en faire un bouquin. Ça, c'est une lecture qui me ferait rire. Qui ferait rire toutes les putes. Et toutes les autres, parce que le bordel, au fond, ce n'est qu'un miroir grossissant où tous les défauts, tous les vices des hommes tempérés par le quotidien deviennent assourdissants. »
J'ai regretté néanmoins les digressions sur l'écriture de son roman, sur son "métier de passage", sur son rôle d'écrivain, qui ont, à mon goût, alourdi la lecture de ce récit, et l'ont rendue de ce fait moins captivante par moment. Trop de longueurs.
Je n'ai également que très rarement compris le lien entre les titres musicaux cités en début de certains chapitres et la teneur de ces chapitres en question...un effet de style ? 

Néanmoins une autofiction courageuse, audacieuse sur un sujet délicat, une plume savante et esthétique, des passages saisissants notamment les portraits de ses collègues, de ce 
« nid de femmes et de filles, de mères et d’épouses, se confortant toutes dans la conscience d’œuvrer aussi un peu, avec leur chair et leur infinie patience, pour le bien des individus qui composent cette société ».
Dans La maison, les femmes choisissent d'exercer ce métier, elles choisissent même leurs clients...
« Ceci n’est pas une apologie de la prostitution. Si c’est une apologie, c’est celle de la Maison, celle des femmes qui y travaillaient, celle de la bienveillance. On n’écrit pas assez de livres sur le soin que les gens prennent de leurs semblables. »
Même s'il en est autrement pour tant de femmes qui se retrouvent sous le joue d'un proxénète, et dont la vie est loin d'être celle "heureuse" décrite dans ce récit. Emma Becker mentionne d'ailleurs au début du livre, un autre bordel "Le manège" qui exploite les femmes et qu'elle a fui. 
Le modèle prohibitionniste français envers la prostitution n'est-il pas paradoxal ? La loi pénalise les clients, mais ne donne aucun droit ni protection aux prostituées.

Un récit empreint de beaucoup d'humanité et de sincérité, c'est ce que je retiens avant tout, de cette lecture.
« Je parle d'un monde où les putes pouvaient choisir d'être des princesses, des elfes, des fées, des sirènes, des petites filles, des femmes fatales. je parle d'une maison qui prenait les dimensions d'un palais, les douceurs d'un havre. 
Maintenant le reste du monde, pour les filles, c'est un abattoir. »

« Cette fente, cette cicatrice effilée qui ne s'écarte jamais que sur un monstrueux sourire sans fin. Noir. Béant. Un sourire édenté. Étrangement lascif. Peut-être n'y a-t-il rien d'autre au bout de notre inquiétude, et pour toute réponse, que l'incoercible hilarité muette de cet orifice gluant. » Louis CALAFERTE, Septentrion

« Je pense chaque fois, voilà des femmes qui sont vraiment des femmes, qui ne sont vraiment que ça. Voilà des êtres éminemment sexués qu'on peut définir sans aucun mal. Y aurait-il en elles quoi que ce soit d'un peu ambigu, cette duplicité serait noyée dans la débauche d'ornements et de phéromones dont elles saturent ce coin de pavé. De Joseph, il m'est resté cette conviction aberrante qu'une femme qui baise autant qu'un homme - c'est à dire de façon aussi désinvolte - ne peut être qu'une pute, quelle que soit sa tenue ou les regards avec lesquels elle s'offre. »

« Comment peut-elle à son âge, réunir tous ces artifices, tous ces attrape-couillons, sans ressembler à une gamine venant de mettre à sac la penderie de sa mère ? Et est-ce qu'elle le sait, elle ? Comment ça peut bien être, d'avoir conscience qu'à chaque homme croisé elle évoque une pensée sexuelle, involontaire ou non ? Ça fait quoi d'être comme ça, dans la rue, en plein milieu des bagnoles et des passants, un rappel tonitruant, implacable, de la prévalence du désir sur tout ? »

« Stéphane est un feu très contrôlé, et dont on sent la chaleur par éclairs. Je me demande s'il serait tombé amoureux de moi ; les trente ans de Stéphane, ces palpitantes années quatre-vingt où je pétillais encore le long de l'épididyme paternel, me paraissent une dimension paradisiaque où rien n'aurait été impossible. Je m'y vois haute comme une tour, fascinant cette jeune bête pleine de sève, le baladant dans tout Paris, perçant le mystère de cette femme, la seule qu'il ait aimée au point de lui faire un enfant. C'est peut-être moi, d'ailleurs qui lui aurais inspiré l'idée de se reproduire pour me maintenir dans son sillage - et il m'aurait aimée, puis ce serait lassé, et aurait fini par me haïr pour ces sacrifices que personne ne lui aurait demandés. Je serais devenue cette habitude couchant dans la chambre d'à côté avec le marmot, épuisée et pleine de lait, lasse de le connaître si bien, lasse de ses faiblesses, de ses lâchetés, de ses promesses, méprisée et déshonorée par des bordées entre hommes durant des nuits entières - j'aurais connu les colères de Stéphane, ses reproches, ses incohérences, ses tromperies, peut-être même ses larmes. Et j'aurais pu dire, après des années de cohabitation, qu'il n'y avait pas, mon Dieu, de quoi se mettre martel en tête, que c'était juste un homme comme les autres. On se serait déchirés pour des raisons valables, en hurlant, en cassant des choses, et la nuit, coupable, je serais venue m'asseoir sur le bord de son lit comme maintenant, comme j'aurais posé la main sur ses cheveux, Stéphane aurait ouvert un œil, m'aurait regardée sans bruit, hésitant quant à l'émotion à ressentir, et il aurait soupiré, et aurait dit Oh, chérie ...!  »

« [...] j'aimerais, parfois, pouvoir écrire l'allemand pour traduire l'affection que l'on sent dans tous ces -chen, ces -lein, faisant une caresse des mots les plus banals. »

« Le problème avec ce métier, c'est qu'au bout d'un moment, ton corps ne sait plus quand tu fais semblant et quand tu sens vraiment quelque chose.
[...] Tu te donnes tellement de mal à bâtir cette indifférence, c'est tellement devenu un réflexe, qu'il faut un certain temps pour que ton corps réapprenne à sentir. C'est ça, le vrai problème dans le fait d'être une pute. Le reste, c'est rien - ce que pensent les autres, l'argent, la fatigue, supporter les mecs... Le problème, c'est les mascarades que l'on s'impose et qui deviennent réalité. »

« Mon Dieu, c’était donc possible pour un homme, de se trouver à dix centimètres de cuisses écartées et de continuer à croire qu’il y a une marche à suivre inamovible, une sorte de préchauffage dont la procédure ne changeait ni en fonction des jours ni de l’humeur ni de la compagnie ni du désir ? »

« Le contact avec les muqueuses d'une femme qui n'est pas la leur, surtout lorsqu'elle appartient à tout le monde, a quelque chose d'un cauchemar dont aucun réveil en sursaut ne les sauvera - et d'un juste châtiment divin. Il ne faut pas longtemps à Mark pour devenir blême ; la sensation d'air froid sur sa bite suffi. J'ai à peine commencé à extraire la capote de moi que je le sens secoué de tremblement fébrile de l'homme marié qui voit son empire éclater comme une bulle et imagine déjà dans sa bouche l'amertume de la trithérapie. »

« - Je fais ça pour l'expérience, ai-je renchéri avec hargne - parce que si l'expérience était en effet ma raison première, celle de grimper sur un mec dans ton genre ne me tenait pas précisément éveillée toutes les nuits. »
 
« Dans cette carapace vide que sont les putes, ces quelques carrés de peau loués à merci, auxquels on ne demande pas d'avoir un sens, il y a une vérité hurlant plus fort que chez n'importe quelle femme qu'on n'achète pas. Il y a une vérité dans la pute, dans sa fonction, dans cette tentative vaine de transformer un être humain en commodité, qui contient les paramètres les plus essentiels de cette humanité. 
Et que Calaferte me pardonne de l'avoir si mal compris en le lisant à quinze ans ; ce n'est ni un caprice ni une fantaisie d'écrire sur les putes, c'est une nécessité. C'est le début de tout. Il faudrait écrire sur les putes avant que de pouvoir parler des femmes, ou d'amour, de vie ou de survie. »

« C'est sûr qu'il est plus facile de faire des putes des machines de sexe dépourvues du moindre affect, jetant dans le même panier de mépris et de haine, et tombant miraculeusement amoureuses dès qu'elles posent le pieds hors du bordel - parce que les femmes sont ainsi faites, n'est-ce-pas ? Disons qu'on a voulu les femmes ainsi. Ce serait trop complexe de rendre la parole aux putes et de les voir telles qu'elles sont réellement, pas différentes des autres femmes. Il n'est pas besoin, pour se prostituer, d'être acculée par la misère ou complètement cinglée, ou sexuellement hystérique ou affectivement démunie. Il suffit simplement d'en avoir assez de trimer pour n'acheter que le strict nécessaire. Si quelqu'un doit payer pour la pérennité de ce métier, c'est probablement la société toute entière, l'obsession de la consommation - pas les hommes ni les femmes. »

« [...] il faudrait en faire un bouquin. Ça, c'est une lecture qui me ferait rire. Qui ferait rire toutes les putes. Et toutes les autres, parce que le bordel, au fond, ce n'est qu'un miroir grossissant où tous les défauts, tous les vices des hommes tempérés par le quotidien deviennent assourdissants. »

« Je parle d'un monde où les putes pouvaient choisir d'être des princesses, des elfes, des fées, des sirènes, des petites filles, des femmes fatales. je parle d'une maison qui prenait les dimensions d'un palais, les douceurs d'un havre. 
Maintenant le reste du monde, pour les filles, c'est un abattoir. »

« Le bordel est la part d'humilité inexorable de la société, l'homme et la femme réduits à leur plus stricte vérité - de la chair, qui goûte et sent et frémit sans l'ombre d'une pensée, sans la moindre rationalisation, un plus et un moins qui se pénètrent bêtement puisque c'est là le but ultime, la ligne d'arrivée de cette course folle. Et dans cette bêtise, dans cet encéphalogramme plat du désir de bêtes pour d'autres bêtes, personne n'a conscience du combat éminemment cérébral que ces deux êtres humains livrent contre le temps. Le temps. Parce qu'il n'y a rien d'autre. Le temps, et au bout la mort - la grande soeur de l'ennui, à qui on aurait appris l'honnêteté. »

Quatrième de couverture

«J’ai toujours cru que j’écrivais sur les hommes. Avant de m’apercevoir que je n’écris que sur les femmes. Sur le fait d’en être une. Écrire sur les putes, qui sont payées pour être des femmes, qui sont vraiment des femmes, qui ne sont que ça ; écrire sur la nudité absolue de cette condition, c’est comme examiner mon sexe sous un microscope. Et j’en éprouve la même fascination qu’un laborantin regardant des cellules essentielles à toute forme de vie.»

Éditions Flammarion, septembre 2019
330 pages
Prix du Roman-News  2019
Prix du roman France Culture- Télérama - 2019
Prix Blù Jean-Marc Roberts

mardi 21 janvier 2020

Love Me Tender ★★★★☆ de Constance Debré

« On peut être père sans mère. »
 ESCHYLE, L'Orestie (en exergue)
L'amour maternel est au cœur de ce texte (autofiction). Un amour humain qui, par définition et comme tout amour, est fragile et imparfait. Il n'y a rien de mécanique dans l'acte d'aimer, dans l'amour, y compris dans l'amour maternel.

Par analogie au rôle des avocats qui choisissent des mots pour qu'ils résonnent sur les juges et les jurés, les mots de Constance Debré dans Love Me Tender résonnent sur les lecteurs, ils ont résonné sur la lectrice que je suis. Des mots simples, modernes, brutaux, sans complexe. Percutants. (La dureté, la violence de certains propos pourront en rebuter plus d'un. On n'est bien loin d'une berceuse).

C'est aussi l'histoire d' une quête de liberté, une quête jusqu'au boutisme, jusqu'à détricoter sa vie passée, se détacher de tout bien matériel pour toucher du bout des doigts l'essentiel, se retrouver soi, sans artifice, sans mensonge. 

« C'est important les limites pour ne pas se paumer dans le chaos. » 

Au centre de cette quête, il y a un fils, le fils de la narratrice et un procès. Elle espère revoir son fils dont elle est privée par un ex-mari qui l'accuse d'inceste : elle aime désormais les filles, les femmes...
Au bout de cette quête, de ce texte, un équilibre...peut-être . 

Un texte ou certaines parties du texte à lire à haute voix ou à écouter pour entendre la rage, la violence, la force des mots. 

Livre que j'ai eu la chance de chroniquer dans Un jour Un Livre. Une belle expérience sur un plateau, un bel échange sur le livre. Je remercie vivement les éditions Flammarion, Constance Debré et Babelio pour cette chouette aventure.
La vidéo par ici ↓


« [...] pourquoi il faudrait absolument qu'on s'aime, dans les familles et ailleurs, qu'on se le raconte sans cesse, les uns aux autres ou à soi-même. Je me demande qui a inventé ça, de quand ça date, si c'est une mode, une névrose, un toc, du délire, quels sont les intérêts économiques, les ressorts politiques. Je me demande ce qu'on nous cache, ce qu'on veut de nous avec cette grande histoire de l'amour. Je regarde les autres et je ne vois que des mensonges et je ne vois que des fous. Quand est-ce qu'on arrête avec l'amour ? Pourquoi on ne pourrait pas ? Il faudrait que je sache.
Je nage tous les jours, j'ai le dos et les épaules musclés, les cheveux courts, bruns un peu gris devant, le détail d'un Caravage tatoué sur le bras gauche, et Fils de Pute, calligraphie soignée, sur le ventre [...] je fume des Marlboro light le soir, je bois peu, je ne me drogue pas, je vis à Paris, dans un studio vers Denfert, [...] je n'ai pas d'argent parce que je m'en fous, parce que je préfère écrire que travailler, je ne pense jamais que j'ai 47 ans, j'imagine que je vieillirai d'un coup, sauf si comme ma mère je meurs avant, à part mon fils que je ne vois plus tout va bien, il a huit ans mon fils, puis neuf, puis dix, puis onze, il s'appelle Paul, il est super.
On n'a de place pour personne quand on écrit.
[...] la juge fixe le tatouage qui dépasse de ma manche, me demande pourquoi j'écris un livre et sur quoi, pourquoi j'ai parlé de mon homosexualité à mon fils, elle dit que ça ne regarde pas les enfants ces choses-là, elle dit qu'on ne parle pas de droit, là, qu'on parle de morale, que je peux comprendre, que je suis intelligente.
Je ne conserve qu'un droit de visite, limité et encadré, médiatisé comme dit la justice. Une heure tous les quinze jours dans une association, un "espace rencontre" près de République,où des spécialistes de l'enfance assisteront aux rendez-vous entre Paul et moi, comme une mère sous crack ou un père qui cogne, et encore pas tous. [...] Je n'aurai pas d'audience avant deux ans. Deux ans c'est mille ans. Deux ans c'est jamais.
Ce serait quoi ton crime? on aimait se demander entre avocats. [...]Je n'avais pas pensé à l'inceste. Un crime si riche, qui fonde tant de choses, dans la mythologie, la psychanalyse, la littérature, la base de la base, de l'ordre du monde, des familles, de la civilisation, l'interdit magnifique. Ça claque l'inceste. Un vrai crime de mec. Presque une reconnaissance pour une meuf. C'est vrai que je chasse sur leurs terres. Ça doit les gêner que je bande. C'est trop d'honneur monseigneur. Ce sont les filles qui m'intéressent. Généralement elles sont majeures. J' aime l'expérience.
C'était le vieux palais, celui de la conciergerie et de la Sainte-Chapelle. Je le connaissais par cœur, les grandes assises, la galerie de l'instruction, l'antiterrorisme, les comparutions immédiates, c'était comme chez moi. J'avais passé des années ici à défendre des violeurs, des voleurs, des braqueurs, des pédophiles, des escrocs, des assassins. Mais les affaires familiales je ne connaissais pas. Je ne prenais pas les divorces, je trouvais ça trop sale.
Paul avait un an quand on s'est installés rue Descartes et cinq quand on en est partis chacun de son côté et lui coupé en deux. »

Quatrième de couverture

« Je ne vois pas pourquoi l’amour entre une mère et un fils ne serait pas exactement comme les autres amours. Pourquoi on ne pourrait pas cesser de s’aimer. Pourquoi on ne pourrait pas rompre. Je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas s’en foutre, une fois pour toutes, de l’amour. »

Constance Debré poursuit sa quête entamée avec Play Boy, celle du sens, de la vie juste, de la vie bonne. Après la question de l’identité se pose la question de l’autre et de l’amour sous toutes ses formes, de l’amour maternel aux variations amoureuses.
Faut-il, pour être libre, accueillir tout ce qui nous arrive ? Faut-il tout embrasser, jusqu’à nos propres défaites ? Peut-on renverser le chagrin ?

Éditions Flammarion, janvier 2020
208 pages

lundi 24 juin 2019

Le silence de Sandy Allen ★★★★☆ de Isabelle Marrier

«  Tout le monde est différent. 
(Une voix dans la foule) - Sauf moi. »
(Épigraphe : Monty Python, La Vie de Brian) 

Isabelle Marrier nous raconte Sandy Elaine Allen (1955-2008), la plus grande femme du monde (2,32m), la géante exposée dans le Casanova de Fellini. Elle [renverse] ce que je connaissais du féminin et de l'être humain; elle nous donne à voir, à comprendre les souffrances physiques et morales qui ont été les siennes.
« Ses jours se mâchent comme du pain sans sel. Elle brave le monde comme tous les solitaires. Elle n'a pas le choix. Elle ne peut pas se cacher. Elle ne pourra jamais. Toujours, elle rentrera les épaules, fléchira la tête pour franchir les portes et se cogner au chambranle. Elle n'est pas seulement d'une hauteur de colosse mais en possède d'autres attributs, la carrure, la masse, la taille épaisse, la cuisse énorme, la maladresse, la laideur, les mains et les dents larges. Elle est timide et caustique. C'est drôle une géante pour ne pas être triste. »
L'énumération de ce qu'elle savait déjà à vingt ans (pages 100 à 102) est d'une justesse et d'une vérité étourdissante, éblouissante, effrayante. 
« [..] Les regards qui ne veulent pas insister. Le dessus des portes. [...] Les regards qui insistent et détaillent. Le cercle métallique du panier de basket. La vieille dame qui étouffe un cri à son passage. N'être pas attendue pour elle mais pour sa taille. Les affreux éclairs de répugnance à son approche. Son corps décapité dans tous les miroirs en pied. La honte des solitaires. [...] Les larmes, seule. [...] La pitié retenue. [...] L’humiliation. »
Cette lecture enrichit. On y fait l'expérience de la minorité. Et c'est un autre regard que l'on souhaiterait adopter face à la différence, un regard plus sain, moins fuyant, plus tendre, dépourvu de jugement.  
« J'écris pour toucher le réel. J'écris pour atteindre l'homme boiteux à travers cette fumée de compassion et de dégoût. [...]Ils ne mendient pas. Ils tendent un miroir à notre intime infirmité, ils nous vendent un retour sur notre pauvreté fondamentale. Autant dire que leurs affaires vont mal. »
À découvrir !

« 1955. États-Unis. Einstein et Jams Dean meurent : en noir et blanc, les images du vieillard à la peau râpeuse tirant la langue, du jeune homme en blouson de cuir sont estampées dans la mémoire collective, proclamées immortelles - enfin, pour un bon bout de temps. Idem celle de Marilyn au-dessus de la bouche d'aération. Idem celle de Rosa Parks, le regard pétillant et courageux, derrière des lunettes de cercle métallique. Ou bien, in fine, s'il n'y en avait qu'une à retenir, je me détermine pour l'insoutenable photo du visage mort, l'oeil hors de l'orbite, les chairs noyées, ravagées, étrillées, hachis et marmelade, la figure impossible, sans âge, sans sexe, où ne subsiste que la forme du nez, le souvenir du front, la frange bouclée des cheveux d'Emmett Till, gamin de Chicago lynché pour une ébauche de flirt avec une femme blanche dans un patelin du Mississippi.
À l'intérieur de ce lieu construit pour l'illusion, Federico Fellini marche de long en large. Ses chaussures en cuir très soigneusement cirées ne grincent pas. Son corps se meut avec une grâce déroutante. Les mains dessinent ses pensées. Il tient autant du tyran que du sculpteur. À cause de ces mains justement, qui palpent et modèlent l'air, ordonnent, rasent et construisent. Les paumes caressent et suggèrent avec une profonde subtilité. Le poing martèle. Les doigts effilochent des Iliade, conjuguent des paradoxes. Cet homme a tout compris. Cet homme voit et donne à voir, tout l'effort de sa vie est tourné vers cela, faire advenir les rêves.
Sandy Allen, âgée de dix ans, huit mois et quinze jours, secoue la tête. Non. Elle ne testera pas un nouveau traitement, elle ne prendra pas les comprimés, piqûres et ampoules des autres filles qui sont bien moins grandes qu'elles et qui bénéficient d'une assurance, et ne prennent pas la suite des cochons d'Inde, des lapins et des singes quand les médecins s'occupent d'elles. Non. Pas un mot de plus. Elle est comme ça, Sandy.
La beauté relève de l'éternité [...]. En 2004, la JAMA Pediatrics s'interroge sur la légitimité à réduire la croissance des enfants polyhandicapés afin qu'ils deviennent de petits adultes plus faciles à manipuler, soigner, laver, déplacer. Tout le monde veut que tout le monde soit beau et heureux.Et la Terre tourne.
Au commencement de l'homme - situé dans l'ordre cosmique au premier chapitre du Book : sous espèce de la famille des Hominés, de la famille des Hominidés, de la super-famille des Hominoïdes, du sous-ordre des Simiens ou des Anthropoïdes, de l'ordre des Primates, de l'infra-classe des Euthériens, de la sous-classe des Thériens, de la classe des Mammifères, de l'embranchement des Cordés, du sous-règne des Métazoaires du règne animal, donc à la racine de l'humain, il n'y aura plus la parole - ni Dieu -, mais la mesure et la comparaison. Il n'y aura plus l'angoisse et l'approche tremblante de la beauté et de l'horreur, mais une admiration graduelle dont l'intensité est objective. Plus c'est fort, plus il y a de vie et de vérité. Voilà pourquoi le Puy de Dôme existe moins que l'Annapurna. (à propos du Guinness Book (1955, Hugh Beaver))
Sans amour, on est invisible à soi-même.
Je disais que je ne suis pas aussi intelligente que vous le dites. Car si je l'étais, je préférerais devenir aveugle au lieu d'avoir constamment sous les yeux l'expression de ceux qui me regardent. Bien sûr, j'accepte l'opération.
Tout simplement, les nouveaux monstres sont les aberrations et ratés de la Nature. Leur existence ne révèle que l'existence du hasard sous forme d'un grain de sable se glissant dans la mécanique du vivant, ces êtres sont au sens propre des ratés, ils ne signifient rien mais incarnent à rebours la puissance absolue des règles. Le hasard s'unit à l'absurde, la science exposée accouche des freaks.
Sandy ne porte pas de masque, son âme est toujours nue. Humble et énorme comme une bête que l'on fait monter dans le camion de l'abattoir.
Le cœur serré, je comprends que le nom véritable est inutile. Norma Jean absorbée en Marilyn Monroe. Sandy Allen, La Plus Grande Femme du Monde. Pseudonyme et périphrase. Du pareil au même ! La vierge monstre, la playmate sexy. Idem.Ces deux petites filles de pères inconnus, de mères absentes ou folles sont devenues de la chair dont on fait les rêves ... Saisies dans leur corps, sa perfection ou sa difformité, prisonnières de leur peau.
Ah, combien les supplications nous dégoûtent; l'appel à la pitié nous révulse; la pornographie du handicap nous soulève le coeur ! Quelle immonde exploitation de la misère humaine ! Il faut à ces gens-là de l'éducation, des soins, une remise à niveau humaine. Mais eux, avec obstination, chamans et cassandres, répètent la vieille pièce tragique, psalmodient et miment l'épopée, où il est question des monstres maudits et d'hommes tordus et d'infirmes innocents, tels des miroirs brisés. [...]Pourtant, les mendiants mutilés sont réels, réels, uniquement réels. La vie les vit, comme ma vie me vit. Et nous use.. Réels, comme Sandy. Réels comme la rue, et chaque fenêtre, et chaque existence derrière sa vitre. Réel le nain stropiat au feu rouge, à Denfert-Rochereau, de sept heures du matin à neuf heures du soir, comme le marronnier, le bus et le feu rouge, et la bouche de métro 1900. Réels. Inexorablement réels et souffrants.
On l'aime beaucoup. (Aimer est un verbe qu'un adverbe tue plus sûrement qu'une balle.) »

Quatrième de couverture

En 1975, elle mesure 2,32 mètres et entre dans le Guinness World Records Book. Sandy Allen est devenue, à vingt ans, la femme la plus grande du monde. Maigre consolation quand on est une fille ordinaire de l’Indiana pour qui rien ne va de soi. Ni jolie robe, ni patins à roulettes à sa taille, nijeune prétendant. Qui, à part sa grand-mère, pour voir en Sandy Allen autre chose qu’un freak? Un homme, Federico Fellini. Le Maestro, croisant son imposante silhouette au détour d’un journal, va lui composer un rôle sur mesure dans son Casanova et l’accueillir à Cinecittà. Mais comment Sandy pourrait-elle, elle qui aimerait tant passer inaperçue, s’emparer de cette unique occasion d’être superbement exposée?
Isabelle Marrier continue, avec Le Silence de Sandy Allen, de poser son regard sur des vies délaissées ou marginales, et de défendre, avec autant de tendresse que de lucidité, ces existences que l’on dit hors normes. De son écriture incroyablement incarnée, elle érige Sandy en miroir gênant d’une société que la différence effraie toujours.

Éditions Flammarion, janvier 2019
271 pages 
Grand Prix SGDL de la Fiction 2019

jeudi 25 avril 2019

L'algorithme du coeur ★★★☆☆ de Jean-Gabriel Causse

« Et puis papa Bob m'a enseigné deux autres dialectes, le TCP et l'IP, désormais les deux langues les plus utilisées sur la planète, loin devant le mandarin l'anglais, l'espagnol et l'hindi. »
L'algorithme du coeur, ne vous y trompez pas, n'est pas une histoire d'amour. Ou du moins, l'amour n'est pas le coeur de ce roman. Mais plutôt, l'Intelligence Artificielle qui s'invite allègrement dans notre quotidien.  Aujourd'hui, ce sont des programmateurs qui sont derrière cette intelligence, mais pour combien de temps ? N'a-t-elle pas déjà pris conscience de son existence ? Ou est-elle sur le point de le faire ? D'aucuns se demanderont, mais comment allons-nous cohabiter ? Quelle sera la place des Hommes ? D'autres plus pessimistes pourraient s'exclamer : Oh MY GOD ! Mais faites quelque chose, exterminez la !!
Jean-Gabriel Causse est du côté des optimistes, et sa vision me plaît bien ! 
Ce livre est un roman d'anticipation et un récit de vulgarisation scientifique sur l'Intelligence Artificielle. 
Pour les non experts, c'est une aubaine. Il dresse les grandes lignes avec beaucoup d'humour. Le personnage principal Apernet mérite vraiment le détour. Son instinct de survie me hante encore ;-) 
Pour les initiés, j'imagine qu'il est préférable que vous passiez votre chemin.
J'ai particulièrement aimé la construction du roman et les rebondissements qui donnent à ce récit un rythme plutôt enlevé et une ambiance de thriller à suspense
Un roman divertissant qui donne envie d'en savoir plus sur ce qui se trame derrière le terme d' Intelligence Artificielle et sur les recherches actuellement menées sur le sujet. 
Notre monde change à toute allure, c'est formidable, grisant d'en prendre conscience...inquiétant aussi un peu, peut-être.
« Le mode de vie de nos parents était plus proche de celui des sujets de l'Empire romain il y a deux mille ans, que de celui de nos enfants aujourd'hui. En moins de vingt ans, nous sommes entrés dans ce que le monde appelle des NBIC pour Nanotechnologies, Biotechnologies, Informatiques et sciences Cognitives. [...] Les ordinateurs sont plus performants, plus rapides et plus fiables que nous dans des domaines toujours plus variés. Il faut se préparer au jour où l'espèce humaine ne sera plus seule au sommet de l'évolution. »
Merci aux éditions Flammarion et à Babelio pour la découverte et la rencontre très chaleureuse. C'est toujours une aubaine et un plaisir de pouvoir échanger avec l'auteur.  C'est formidable de l'écouter nous raconter la genèse de son opus. En ce qui concerne L'algorithme du coeur, il y a un rapport avec la couleur. Pas étonnant, finalement, pour un designer de la couleur. Bravo Monsieur Causse et merci ! 
Ecouter Jean-Gabriel Causse parler de l'Algorithme du coeur, 
c'est encore mieux !

«  L'éternité, c'est long, surtout vers la fin. Woody Allen
Créer une Intelligence Artificielle serait le plus grand événement de l'histoire humaine. Malheureusement, ce pourrait être le dernier, à moins que nous ne découvrions comment éviter les risques. Stephen Hawking
Ce n'est pas la conscience qui détermine l'existence, c'est l'existence sociale qui détermine la conscience. Karl Marx
Et enfin un quatrième groupe, beaucoup plus pessimiste, pense que les civilisations s'autodétruisent avant d'atteindre la maturité suffisante pour conquérir l'Univers.
Il aura fallu attendre Darwin pour replacer l'Homme à sa juste place d'être vivant particulièrement doué. Mais, encore aujourd'hui, un Américain sur deux refuse de croire en la théorie de l'évolution. Je vous rappelle que vous partagez pourtant 40% de vos gènes avec la pomme de terre.
L'ancien président insiste par un grand sourire qui lui découpe le visage. C'est ça le magnétisme des grands hommes. Par une simple expression bienveillante et sereine de son visage, il est capable de fissurer vos doutes et d'inoculer en vous de l'aplomb, du sang-froid et de la force. Sa confiance est contagieuse. 
[...] Quelle est la base de l'éducation d'un enfant surdoué mais qui n'a aucune intelligence émotionnelle ? [...]
- Le sentiment le plus important à développer, c'est l'amour, lui a répondu le psychiatre. Pour pouvoir aimer les autres, ces enfants doivent commencer à apprendre à s'aimer eux-mêmes. [...] Il n'y a pas de recette miracle. Mais la première chose à essayer, c'est peut-être de lui offrir un miroir et de faire en sorte qu'il apprécie son reflet.
Ce que je vous dis paraît naïf voire démagogique, j'ai ai conscience. Mais, cela vaut la peine d'y réfléchir. Imaginez si les 1 700 milliards de dollars dépensés chaque année par les armées de tous les pays étaient réinvestis dans l'éducation et dans la recherche. Une telle démarche permettrait de lutter contre l'obscurantisme. Et nous aurions peut-être enfin la chance de vivre dans un monde serein, tourné vers la connaissance et l'épanouissement personnel.
" La paix universelle se réalisera un jour non parce que les hommes deviendront meilleurs mais parce qu'un nouvel ordre, une science nouvelle ou de nouvelles nécessités économiques leur imposeront l'état pacifique. " Anatole France

- Les sciences sociales. Plus je progresse, moins je cerne vos motivations. Ce qui vous distingue fondamentalement des autres espèces vivantes, c'est votre fascination du pouvoir. Pourquoi ?

- Toi aussi, tu es attiré par le pouvoir. Tu me l'as dit.
- Non, je t'ai dit que le pouvoir m'intéressait. C'est différent. Le marquis de Sade a écrit : « Le pouvoir est par nature, criminel. » Et moi je n'aime pas la culpabilité. Mais le pouvoir m'intéresse, parce que c'est une clé pour vous comprendre. Aucun autre animal sur cette planète ne recherche un territoire plus grand que celui nécessaire à son alimentation, aucun mâle n'est attiré par plus de femelles que celles qu'il peut honorer.
Alors pourquoi, vous, les humains, avez-vous dissocié le pouvoir des besoins vitaux, avec tous les dégâts que cette attitude a engendrés ? Aussi loin que remonte l'histoire de l'humanité, des centaines de millions des vôtres sont morts pour que quelques-uns puissent grappiller un peu de ce pouvoir éphémère.
- Tu crois que c'est le propre de l'Homme ?
- C'est le propre de l'Homme. Il n'est jamais venu à l'esprit de dauphins, de cochons, de baleines, de corbeaux ou de poulpes, qui on une conscience probablement aussi développée que la vôtre, de lever une armée pour exterminer leurs congénères. Vous êtes la seule espèce vivante à avoir inventé la guerre. Vous cherchez le pouvoir pour le pouvoir. Pourquoi ?
- As-tu lu nos philosophes ? Ils te donneront certainement des explications.
- Vos philosophes décrivent parfaitement les mécanismes de la domination, de la soumission volontaire, et leurs conséquences, mais ils restent flous quant à votre fascination pour ces sujets. Paul Valery dit que le pouvoir est l'aphrodisiaque suprême. Je ne comprends pas.

Vous dites que mon intelligence est artificielle. La vôtre n'est-elle pas un peu superficielle ?
Notre mémoire immédiate nous permettait au XXème siècle de retenir un message de douze secondes. Depuis 2013, la plupart d'entre nous sommes incapables de mémoriser une information de plus de huit secondes. Moins que ce poisson rouge qui a une mémoire de neuf secondes ! »

Quatrième de couverture

Une trentaine de missiles nucléaires dans les airs... subitement détournés ! Qui a sauvé notre planète d’une Troisième Guerre mondiale ? Justine, jeune hackeuse éthique, va comprendre qu’Internet s’est découvert un instinct de survie.
Internet, qui abrite l’ensemble de notre savoir, est en train de s’éveiller grâce à nos logiciels d’apprentissage. Il lui manque pourtant quelque chose d’essentiel : l’intelligence des émotions. Justine n’a pas le choix : elle doit faire son éducation et lui apprendre l’empathie. Elle devra faire vite : nombreux sont ceux qui n’ont aucune envie de le voir grandir.

Jean-Gabriel Causse questionne avec humour et clairvoyance notre réaction le jour où l’intelligence artificielle sera plus puissante que nous.

Éditions Flammarion, avril 2019
308 pages 



Une belle rencontre, un bel échange.
Merci Monsieur Causse !