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dimanche 9 mars 2025

Les orageuses ★★★☆☆ de Marcia Burnier

Les Orageuses raconte les femmes agressées, dans leur tentative de réparation quand la justice traditionnelle n'est pas à la hauteur.
« Quand Mia le regarde, qu'elle voit sa lâcheté, ça démultiplie sa haine, qu'on ne vienne pas lui dire que ces types ne savent pas ce qu'ils font, qu'ils sont désolés, qu'ils ne l'ont pas fait exprès, que c'est leur éducation. »
C'est un livre qui met en colère. Forcément. 
Parce qu'il est IN-CON-CE-VA-BLE que le système ne rende ni justice ni réparation aux victimes agressées sexuellement. Comment peut-on fermer les yeux et laisser une victime digérée la telle déflagration reçue ?
Forcément. La colère donc ;-)
« Comment ça, elles ripostent ? Comment ça, elles ne laissent pas couler ? Comment ça, elles s'approprient la violence ? Hier, les copains tournaient en boucle : c'est dangereux de laisser ça comme ça, bientôt toutes les filles vont vouloir se venger pour un oui pour un non, elles vont se parer du statut de victime, s'enrouler dedans et refuser d'en sortir. »
Mais rassurez-vous, ce livre n'est absolument pas plombant ! Elles vont s'organiser ces orageuses et mener ensemble leur combat vers la réparation. Je vous laisse découvrir comment ;-)

Ce livre est plein d'espoir. Il est empreint de sororité ; l'amitié qui lie les protagonistes de ce roman est belle et forte. 
Néanmoins, cela me dérange de l'écrire parce que le sujet de ce livre est ô combien important et sa cause juste, mais pour être tout à fait honnête, je m'attendais à être plus retournée. J'aurais voulu je pense qu'elles aillent encore plus loin. C'est un peu gentillet avec du recul.
Je ferme cette parenthèse gênante parce que que ce livre doit être lu évidemment. Par les hommes aussi.

« Ainsi sera notre tempête
Ainsi sera notre revanche »

« Quand Mia le regarde, qu'elle voit sa lâcheté, ça démultiplie sa haine, qu'on ne vienne pas lui dire que ces types ne savent pas ce qu'ils font, qu'ils sont désolés, qu'ils ne l'ont pas fait exprès, que c'est leur éducation. »

« [...] Lucie n'a pas envie de dire agression, parce que ce qui arrive aux meufs c'est des viols, voilà, y'a pas de raison d'avoir honte mais plein de raisons d'être en colère. »

« On lui a envoyé une vidéo de Samuel Benchetrit, qui promet de casser la gueule à Bertrand Cantat, l'assassin de sa femme, « d'homme à homme ». " Et pourquoi pas de femme à homme ? " Lucie se demande. Pourquoi est-ce qu'on est privée de cette violence-là, pourquoi est-ce qu'on ne fait jamais peur, qu'on ne réplique jamais ? Quand est-ce qu'elle a fait peur à quelqu'un pour la dernière fois ? Qu'elle l'a fait reculer, qu'il a hésité à l'appeler "ma jolie" ? Même dans les manifs, les types essaient systématiquement de la protéger, ils la ramènent vers l'arrière, lui disent de faire attention, trouvent que c'est un moment parfaitement adapté pour lui demander son numéro derrière une banderole alors que ses yeux pleurent le gaz lacrymogène. Elle n'ose jamais intervenir, dans la rue ou dans le métro, même quand elle essaie de se convaincre qu'elle est forte. Même quand elle court, quand elle crie, quand elle ferme le visage, jamais elle n'a l'impression d'effrayer, d'imposer le respect. C'est comme si elle dégageait de la peur plutôt que de la colère sans qu'elle puisse rien y faire. Elle est au mieux invisible, tolérée, au pire sursollicitée mais personne ne baisse les yeux quand elle marche et aujourd'hui, plus qu'un autre jour, elle sent la colère monter. »

« C'est la cinquième fois qu'elle vient à une audience pendant ses congés, parce que ça l'intrigue ce système. Plus elle y retourne, moins elle y croit. Quand elle a commencé à assister aux audiences, c'était d'abord pour accompagner des copines, plus ou moins proches. Puis elle y est retournée, avec l'envie de comprendre. Qui condamne qui, qui remplit les cellules surpeuplées des maisons d'arrêt pendant que les violeurs deviennent au choix ministre, maire, chef d'entreprise, chanteur à succès ou footballeur, peuvent continuer à être père abusif, mari violent et ex-copain dangereux sans jamais voir l'intérieur d'une cellule.
C'était pas les assises qui l'intéressaient, elle n'assistait qu'aux audiences correctionnelles, pour voir ce qui valait plus qu'un viol: le vol d'un paquet de riz, d'un parfum, la revente de 20 grammes d'herbe, l'outrage à un agent, les violences volontaires avec moins de sept jours d'ITT... Elle tenait un journal avec les condamnations, et elle imprimait sur internet les verdicts sur les agressions sexuelles et les viols, pour comparer, pour avoir de la matière comme diraient les chercheurs. Elle ne savait pas pourquoi elle faisait ça, mais c'était méthodique, ça l'occupait, elle était avide de chiffres, de preuves de ce qu'elle pressentait. Il y a un mois, elle avait assisté pendant une demi-journée à des audiences pour deal de shit, c'était presque surréaliste. La juge et le procureur avaient demandé une suspension d'audience parce que l'un des prévenus avait un accent et qu'ils ne pouvaient s'arrêter de rire. Un autre était venu avec femme et bébé, attestation de formation et plein d'espoir de réinsertion, je vous assure Madame la Juge, les conneries c'est fini, il était là pour une infraction qui datait de deux ans, récidive, et la juge lui avait mis dix-huit mois ferme, pour être bien sûre que sa formation ne puisse jamais marcher. Mia avait la nausée à chaque fois, et la haine qui montait de plus en plus. À l'une des audiences auxquelles elle avait assisté, sa pote avait pris cinq mois de prison avec sursis parce qu'elle avait cassé le nez d'un mec qui l'avait agressée et qui avait ensuite eu le culot de porter plainte. C'était dans les jours qui avaient suivi que Mia s'était juré de renoncer à la justice traditionnelle, elle s'était dit que ça n'en valait pas la peine, que visiblement elles n'étaient pas du bon côté, que personne n'avait envie de leur rendre justice à elles, qu'il s'agissait juste de maintenir un vague ordre moral. »

« Et surtout, il y avait eu Leo. Leo avait défié toute concurrence en termes de dégoût de la justice. Son affaire avait été classée sans suite par un procureur surchargé et pas très attentif, un dossier parmi d'autres qui ne s'entasserait plus sur le bureau exigu du fonctionnaire, qui disparaîtrait des statistiques. Pourtant, toutes s'étaient dit que le cas de Leo serait un cas d'école, un cas qui donnerait envie à la justice de s'y pencher, il n'y avait pas de difficulté, Leo avait été retrouvée en bas de chez sa mère un type sur elle, en train de se débattre. Le mec avait filé en laissant son ADN partout, la police, appelée par un témoin, était arrivée sur les lieux constatant le flagrant délit. Ça n'avait apparemment pas suffi. Leo avait été emmenée dans les locaux de la PJ à Bobigny, mais rien n'y avait fait. On lui avait demandé si elle avait un copain, si elle aimait « s'amuser » avec des inconnus, on lui avait dit qu'un homme ne pouvait pas jouir et tenter ensuite de la pénétrer, enfin vous devriez savoir ça, on avait convoqué ses colocataires, ses amies, pour savoir si elle avait des mœurs légères, et ils avaient fini par lui dire qu'elle avait probablement tout inventé. Elle avait projeté, parce qu'elle s'était déjà fait violer, le gars avait juste dû lui prendre son sac, affaire classée sans suite. Toute la bande avait été vaccinée, plus jamais de police ni de juge, elles avaient eu envie d'abandonner les questions déplacées posées à deux heures du matin dans un commissariat froid, par un fonctionnaire qui cherche avant tout à éviter d'avoir un viol sur les bras. Elles ne voulaient plus qu'on leur demande comment elles étaient habillées, si elles avaient eu beaucoup de partenaires, si elles étaient des personnes sensées, insérées dans la société. Elles avaient décidé de refuser qu'on les qualifie de folle, de mythomane, qu'on leur reproche de détourner la réalité, de la dramatiser. Ce qu'elles voulaient, c'était des réparations, c'était se sentir moins vides, moins laissées-pour-compte. Elles avaient besoin de faire du bruit, de faire des vagues, que leur douleur retentisse quelque part. Quand elles avaient décidé qu'elles n'étaient plus intéressées par le procès équitable qu'on leur refusait de toute façon, elles s'étaient demandé ce qui poussait ces hommes, quel que soit leur milieu, à vouloir les posséder. Qu'est-ce qui rendait cet acte universel, structurel, et défendu systématiquement par une solidarité masculine sans faille ? C'est bien simple, expliquait Leo, dans n'importe quel groupe, allez accuser un homme de viol et observez les forces à l'œuvre pour que surtout rien ne soit bousculé par cette révélation. »

« Peut-être qu'il avait toujours raconté cette histoire en décrivant Louise comme un peu folle, un peu allumeuse, une fille qui l'avait séduit en pleine visite d'appartement. En tout cas il était surpris. Surpris qu'il puisse y avoir des conséquences à cette histoire si banale. Il avait cessé de parler après la gifle, et les clients étaient tous partis avec un joli flyer décrivant le viol que Charles-Parrier-agent-immobilier-à-votre-service avait commis. Elles avaient été rapides, cassant quelques trucs, en taguant d'autres, lui avaient fait peur et étaient reparties comme de rien en hurlant de rire. »

« La poitrine de Lucie est plus légère, moins encombrée, ses yeux sont nettoyés par la vue de la mer, par la vue d'un truc beau [...]. »

« Après l'action elles sont euphoriques, euphoriques d'avoir été jusqu'au bout du plan, heureuses de n'avoir pas fait ce qu'on leur a appris, baisser la tête et se recoudre entre elles. Personne n'apprend aux filles le bonheur de la revanche, la joie des représailles bien faites, personne ne leur dit que rendre les coups peut faire fourmiller le cœur, qu'on ne tend pas l'autre joue aux violeurs, que le pardon n'a rien à voir avec la guérison. On leur apprend à prendre soin d'elles et des autres, à se réparer entre elles, à « vivre avec », elles paient leur psychothérapie pendant que l'autre continue sa vie sans accroc, sans choc, toujours plus puissant. On leur raconte que les hommes peuvent les venger à leur place si elles ont de la valeur, qu'il faut qu'elles s'en remettent aux autorités, à leur mari, à leur père, à leur meilleur ami, qu'elles déposent le poids de la violence chez un autre masculin pour que jamais elles ne puissent en être complices. Mais ce soir, elles refusent de s'éteindre, elles refusent d'être éteintes, de leur céder la lumière. Rien que d'imaginer la honte que ressentira le tatoueur demain matin, en tentant probablement d'effacer de sa devanture les sept lettres et la date qu'elles ont peintes ça les fait littéralement sauter de joie devant la vitrine. C'est Louise qui les réveille, qui les prend par la main pour filer avant qu'un témoin ne passe. Elles se mettent à dévaler la rue des Innocents, et ne s'arrêtent que plusieurs rues plus tard, pour s'engouffrer dans La Moderne, où à cette heure-ci elles savent qu'il n'y aura personne et que la patronne ne bronchera pas devant les tenues noires et maculées de peinture. Essoufflées, radieuses, elles s'affalent dans un coin tandis que l'odeur du chocolat chaud en train d'être préparé commence à se répandre. En enlevant leurs fringues, elles peuvent enfin se distinguer. Leo brise le silence :
- Putain ça fait du bien ! »

« Comment ça, elles ripostent ? Comment ça, elles ne laissent pas couler ? Comment ça, elles s'approprient la violence ? Hier, les copains tournaient en boucle : c'est dangereux de laisser ça comme ça, bientôt toutes les filles vont vouloir se venger pour un oui pour un non, elles vont se parer du statut de victime, s'enrouler dedans et refuser d'en sortir. »

« Elle a été surprise de constater que réparer d'autres la réparait elle, que voir d'autres hommes payer pour un crime similaire à ce qu'elle avait vécu lui apportait un certain sentiment de reconnaissance, de justice. Et puis elle a trouvé quoi faire de toutes les pages qu'elle a remplies à chaque procès. À force de frapper aux portes, on lui a proposé d'en faire des chroniques sur un site internet, et elle s'y est mise, elle a tout mis en forme, elle est sortie de sa tête pour partager avec des inconnus ce qu'elle a observé et en voyant les gens commenter, diffuser, les choses qu'elle a écrites sont devenues plus concrètes. Pour une fois, elle a l'impression qu'on la voit, elle et les autres, elles ne sont plus invisibles, voilà c'est ça. Elle n'a plus l'impression que sa douleur doit se ratatiner sous un tapis, qu'elle doit la cacher coûte que coûte, elle n'a plus l'impression que c'est une tare, mais plutôt quelque chose dont elle doit parler sans rougir, sans tressauter ni baisser les yeux. Oui ça m'est arrivé. Qui ma vie a été bouleversée, ma trajectoire déviée, mon temps volé. Non je ne m'excuserai pas. Et elle a découvert quelque chose de fou, quelque chose dont on avait essayé de la priver. Elle a découvert qu'elle n'était pas seule. Elles avaient fait quelque chose ensemble, un truc qui les reliait pour toujours. Un truc sororal. Un truc qui soudait leur groupe, un cadeau qu'elles s'offraient parmi. Des violeurs, il y en aura toujours, des victimes qui voudront se venger aussi. Mais elles, elles ne voulaient pas se perdre, pas perdre pied. La limite avait été fixée. Elles ont presque toutes été vengées et c'est suffisant, en tout cas pour l'instant. »

Quatrième de couverture

« Depuis qu'elle avait revu Mia, l'histoire de vengeance, non, de "rendre justice", lui trottait dans la tête. On dit pas vengeance, lui avait dit Mia, c'est pas la même chose, là on se répare, on se rend justice parce que personne d'autre n'est disposé à le faire. Lucie n'avait pas été très convaincue par le choix de mot, mais ça ne changeait pas grand-chose. En écoutant ces récits dans son bureau, son cœur s'emballe, elle aurait envie de crier, de diffuser à toute heure dans le pays un message qui dirait On vous retrouvera. Chacun d'entre vous. On sonnera à vos portes, on viendra à votre travail, chez vos parents, même des années après, même lorsque vous nous aurez oubliées, on sera là et on vous détruira. »

Un premier roman qui dépeint un gang de filles décidant un jour de reprendre comme elles peuvent le contrôle de leur vie.

Éditions Cambourakis,  septembre 2020
142 pages
Traduit du suédois par Anna Gibson 

mercredi 27 mars 2024

Autopsie mondiale ★★★☆☆ d' Emmanuelle Bayamack-Tam

Pièce de théâtre invitant sur scène l'Opinion Mondiale, Britney Spears, Michael Jackson et un Fan représentant la communauté des fans de Michael.
Ce n'est pas banale !
Une pièce délirante, surréaliste par moment, drôle, burlesque, intéressante, grinçante aussi. Entre surprise et ravissement, j'ai refermé ce livre sujette à pas mal de réflexions sur ces bébés stars mi anges mi démons, sur ces tournants qui peuvent s'opérer dans la vie d'une jeune star quand elle bascule trop vite, trop bien, trop tout sur la place publique.
Un petit livre décalé qui m'a permis d'échapper au quotidien du boulot le temps d'une pause déjeuner et qui m'a franchement interpellé avec du recul.
Je me suis renseignée un peu et cette pièce de théâtre (à la limite du concert) a été mise en scène par Clément Poirée. Vous connaissiez ? L'avez- vous vue ?

«Chapitre I

Michael porte la tenue qu'il avait le 10 septembre 2001, chemise bleue satinée ouverte sur un t-shirt blanc, perruque noire à la Cléopâtre. Il chante et danse l'intro de « The Way You Make Me Feel » а сарpella.
Britney arrive, petite robe verte, ultracourte. Talons vertigineux. Elle arpente la scène, un peu chancelante, avant de se casser la figure.

Britney

Je ne peux pas danser, avec ces talons. Si quelqu'un sait comment on fait... Si quelqu'un peut m'apprendre... Une femme si possible. J'en ai marre que des trav' perchés sur des talons de douze viennent me donner des leçons de maintien.
Dehors les trav', les trans, tout ça. Je veux de la femme biologique, merci.
Je ne suis pas transphobe, hein. Je défends juste le territoire de la féminité.
La féminité, c'est moi. Au cas où vous demanderiez.

Michael

Ne dis pas ça. Ne dis rien.
Rien c'est déjà beaucoup vu tout ce que tu dégages par ailleurs, tous les signaux non verbaux dont tu satures littéralement l'atmosphère...
Britney veut parler.

Michael

Tais-toi, Britney !
Je suis un spécialiste de la communication non verbale, alors ne me raconte pas d'histoires. Tu n'es pas une femme : tu es une machine de guerre avec ta petite robe, tes talons, ta blondeur de pacotille et tes pleurnicheries. (Il l'imite.)

Britney veut parler.

Michael

Tais-toi! Tais-toi, je te dis: je sais reconnaître une fausse blonde, et ta blondeur à toi empeste l'imposture!

Britney

Personne n'est plus mal placé que toi pour parler d'imposture. J'ai beaucoup d'admiration pour ta carrière, Michael, mais elle repose entièrement sur la fausseté. Note que tu es raccord avec l'époque : si tu ressuscitais, tu serais parfaitement dans ton élément.
La vérité a encore perdu du terrain depuis ta mort. Pour ne pas dire qu'elle a perdu, tout court. Il arrive qu'elle ressurgisse, mais il n'y a plus personne pour la reconnaître. 
[...] »

« Michael

Tais-toi ! Tu es trop bête, trop laide et trop dépourvue de talent pour avoir le droit d'ouvrir ta gueule. Qu'on lui coupe la langue!

Britney, sanglotant et enlevant 
ses chaussures

J'ai du talent ! Tout le monde le dit ! Et laisse ma langue tranquille !

Michael

Sauf que tout le monde n'a pas voix au chapitre. Seuls les gens eux-mêmes talen- tueux devraient avoir le droit d'émettre un jugement esthétique.

Britney

Je suis belle, regarde!

Elle se relève en boitillant. Décoiffée, maquillage bousillé par les larmes. »

« Le show-business, c'est l'art de faire croire qu'il y a quelqu'un là où il n'y a personne - nobody, less than zero. Le pire, c'est que ça n'empêche ni la séduction ni le pouvoir de nuisance. Si ça se trouve, c'est même les vases communicants: plus on est vide dans l'espace du dedans, plus on constitue une menace dans l'espace du dehors. Je tiens une théorie, là, à mon avis. »

« Michael

Je ne me suis jamais décoloré la peau, c'est un mensonge répandu par les Blancs. Et je n'ai jamais eu recours à la chirurgie esthétique!

Opinion Mondiale

Mensonge ! Un mensonge de plus dans l'interminable litanie de tes mensonges! Heureusement que Opinion Mondiale est là pour rétablir la vérité! Ose dire que tu as encore ton nez d'origine!

Britney

De toute façon, ça aussi ça s'est vu à l'autopsie, toutes tes petites cicatrices... à côté des narines, derrière les oreilles... Même tes sourcils étaient faux !
Et soit dit en passant, je comprends tout à fait qu'on soit chauve : j'ai moi-même essayé de me raser la tête en 2007, vous vous souvenez ? Un geste qui a été très mal interprété. J'avais envie de contrôle, de reprise en main, de nouveau départ, de pureté... Eh bien Opinion Mondiale m'a sauté sur le râble comme si j'avais commis un crime abominable!

Opinion Mondiale

Mais elle va se taire, celle-là ? Britney, dans quelle langue faut-il te parler pour te faire comprendre que tes agissements passés, présents et à venir n'intéressent pas Opinion Mondiale ! Tu as eu ton moment, mais ce moment est passé.

Michael, Opinion Mondiale estime que tu es en effet un être odieusement factice, mais elle estime aussi que c'est la moindre des charges qui pèsent contre toi. On ne va pas s'attarder sur ces broutilles alors que tu es un pédocriminel.

Michael

Pardon, mais j'aimerais qu'on s'attarde sur ces broutilles justement! L'acceptation de soi, le body-positivisme, je n'ai rien contre, je trouve même ça louable, mais je ne vois pas pourquoi on resterait coincé à vie dans un corps qui ne nous convient pas ! Sans parler du visage !
Je détestais mon nez ! Je l'avais en horreur ! Il n'allait avec rien, ni avec mes yeux ni avec mes pommettes et encore moins avec mon âme! Il aurait fallu que je le garde, c'est ça? Alors qu'un coup de scalpel pouvait m'en débarrasser ? Mais pourquoi ? Au nom de quel principe déconnecté de mon irréfutable souffrance intime ?
La chirurgie esthétique est ce qui est arrivé de mieux à l'humanité. Ceux qui disent le contraire n'ont jamais eu le sentiment de regarder un étranger dans le miroir.
Sans compter qu'une rhinoplastie, ce n'est pas grand-chose...
Si seulement tout pouvait se régler avec une petite anesthésie générale...
J'ai toujours rêvé d'un acte opératoire total, qui aurait extirpé de moi tout ce qui m'épouvantait. 
Que celui qui n'a jamais été épouvanté par ses désirs secrets lève la main.
Oh et puis non, ne levez pas la main : je sens bien que vous n'êtes pas prêts à admettre le caractère épouvantable de vos désirs.

Opinion Mondiale

Tu noies le poisson.
Tu essaies de nous apitoyer avec tes petits complexes et tes petites souffrances. Dans deux minutes, tu vas nous parler de ton père, mais Opinion Mondiale ne t'a pas traqué jusqu'ici pour faire de la psychologie de comptoir. »

« Britney

La personnalité est une construction sociale très surestimée. Ou une pathologie. Vous n'avez pas remarqué ? Quand on dit de quelqu'un qu'il a de la personnalité, c'est généralement qu'il est caractériel.

Opinion Mondiale

Qu'est-ce qui lui arrive ?
Qu'est-ce qui t'arrive, Britney ? On dirait que tu commences à avoir... des idées. Quelque chose s'est remis en branle dans ton cerveau ?

Britney

Je me sens fraîche. So fresh and so clean.

Opinion Mondiale

Tu vas encore nous faire le coup de la virginité ? »

Quatrième de couverture

Michael

Bon, restons nous-mêmes, et restons ici, mais finissons-en. Il doit bien y avoir une chanson pour ça.

Fan

Une chanson de toi, Michael, mon cœur! Il y a une chanson de toi pour toutes les situations et pour toutes les humeurs.

Michael

Je l'ai cru longtemps, mais là, j'ai beau chercher, je ne vois pas. Une chanson qui dise à la fois la tristesse d'avoir raté sa vie et la fierté d'avoir rendu les gens heureux, ça n'existe pas.

Les Éditions P.O.L,  septembre 2023
159 pages

mardi 17 octobre 2023

La vie en fuite ★★★☆☆ de John Boyne

J'ai ouï dire qu'il fallait lire John Boyne, alors après une première découverte plutôt réussi avec Le secret de Tristan Sadler, je continue avec ce roman, qui je l'ai compris à la fin est étroitement lié au roman jeunesse Un garçon en pyjama rayé que l'auteur a écrit vingt ans plus tôt. Pas besoin de connaître ce dernier pour comprendre l'histoire de cette grande sœur, née à Berlin, que la défaite des nazis en 1945 a poussée sur les routes. Elle a fui. Enfin, sa mère l'a obligée à fuir avec elle.
C'est sa vie que l'on découvre dans une alternance de chapitres passé/présent, ses émotions, ses amours, ses secrets, ses tourments, sa culpabilité,  son fardeau. 
Gretel est une personne très âgée à présent et alors qu'elle porte encore en elle le poids des crimes de son père - elle savait et culpabilise - il est peut-être encore temps pour elle de se racheter aux yeux de l'humanité.
S'il est indéniable que John Boyne est un excellent conteur - livre lu quasiment d'une traite - il m'a manqué un je ne sais quoi de vraisemblance pour être totalement embarquée dans cette histoire. Certains aspects m'ont étonnée, semblé peu crédibles et cela a quelque peu entaché ma lecture ; notamment le fait que l'enfant (douze ans ici) d'un criminel,  alors qu'il. n'a rien commis de répréhensible, si ce n'est d'être resté passif face à la monstruosité qui se jouait de l'autre côté du grillage, dans cet "Autre monde" comme le nomme Gretel, puisse risquer un jugement et finir en prison. Elle sait pertinemment qu'elle savait, certes, que ça la ronge, oui, que cela l'affecte, évidemment, qu'elle soit accusée et jugée, là je ne pense pas. Les enfants des criminels nazis n'ont pas été jugés, si ? Je n'ai rien trouvé à  ce sujet.

Malgré ce couac, je compte bien continuer à découvrir les écrits de John Boyne. Je n'ai entendu que du bien de L'Audacieux M. Swift et Il n'est pire aveugle. Et j'ai récemment emprunté le syndrome du canal carpien à la bibliothèque ce week-end. Vous les avez lus ?

« Si tout homme est coupable de tout le bien qu'il n'a pas fait, comme l'a suggéré Voltaire, alors j'ai consacré une vie entière à essayer de me convaincre que je suis innocente de tout le mal. C'est ce qui m'a permis de supporter les décennies d'exil du passé que je me suis imposées, de voir en moi une victime d'amnésie historique, disculpée de toute accusation de complicité et exonérée de toute responsabilité.  »

« Je trouvais étrange cette façon qu'avait Heidi de sauter d'un sujet à un autre - un instant parfaitement lucide et le suivant, un tout petit moins, comme une photo prise une milliseconde après que le sujet a bougé. Pas vraiment floue, mais pas tout à fait nette. »

« Je l'avais vue chez les soldats, presque tous sans exception. Ce désir de faire mal, cette certitude que rien ni personne ne pouvait les arrêter. Fascinant. »

« - Je me dis probablement que je n'ai pas tout tenté pour les sauver. Ces patients sont venus dans mon service, ou notre service, et ils ont mis tous leurs espoirs en nous. Et nous n'avons pas été à la hauteur. J'ai participé à des centaines d'opérations et j'ai perdu quinze patients. J'ai oublié les noms de ceux qui ont survécu, mais je garde en mémoire tous ceux qui sont décédés. 
Je restai silencieuse, et pensive. Je sentais déjà que ce sens de l'éthique était profondément ancré en elle, chez la femme et le médecin, et qu'elle se rappellerait ces quinze personnes, et celles qui auraient le malheur de s'ajouter à cette liste, jusqu'à son dernier jour. Manquais-je de quelque chose, moi qui ne partageais pas cette exigence morale ? Mon passé était presque intégralement construit sur l'esquive, la tromperie, l'instinct consistant à me protéger avant de protéger les autres. « Vous ne devez en aucune façon avoir cette impression que c'est votre faute, dis-je enfin, d'une voix presque suppliante. 
- Si, je le dois, répondit-elle avec douceur, presque gentillesse. Si je veux être quelqu'un de bien. » »

Quatrième de couverture

1946. Trois ans après un événement tragique qui a fait voler leur vie en éclats, une mère et sa fille quittent la Pologne pour Paris. Honte et peur chevillées au corps, elles ne savent pas encore combien il est dur d'échapper au passé.

2022. Presque quatre-vingts années plus tard à Londres, Gretel Fernsby mène une vie bien éloignée de son enfance traumatique. Lorsqu'elle est dérangée par un couple qui emménage dans son immeuble, elle espère que la gêne ne sera que passagère. Cependant, l'attitude de Henry, leur fils de neuf ans, fait resurgir des souvenirs que Gretel pensait enfouis à jamais.

Confrontée au choix cornélien de sauver sa peau ou celle de l'enfant, Gretel replonge dans son histoire quitte à faire éclore des secrets qu'elle a mis toute une vie à dissimuler.

John Boyne est né en Irlande en 1971, Il est l'auteur du Garçon en pyjama rayé (Gallimard Jeunesse, 2009), qui s'est vendu à plus de six millions d'exemplaires dans le monde. Ses romans, des Fureurs invisibles du cœur à L'Audacieux Monsieur Swift, l'ont imposé sur la scène littéraire française.

L'un des plus grands écrivains de sa génération. The Observer

Le don de John Boyne pour servir la littérature est immense, nul autre que lui ne sait dépeindre aussi bien la nature humaine. The Guardian

John Boyne a un talent de conteur exceptionnel.
John Irving

Éditions JC Lattès,  mars 2023
365 pages
Traduit de l'anglais (Irlande) par Sophie Aslanides

vendredi 30 décembre 2022

La ligne de nage ★★★☆☆ de Julie Otsuka

De Julie Otsuka, j'avais aimé découvrir les histoires de son précédent roman "Certains n'avaient jamais vu la mer". Si le sujet méritait le détour, l'écriture sujette à beaucoup de répétitions ne m'avaient pas permis d'être complètement happée. Avec "La ligne de nage", l'embarquement n'a pas été complet pour les mêmes raisons, et parce que l'écriture est particulièrement froide. 
Pourtant, c'est un livre qui m'a marquée, déstabilisée, ébranlée. Même en retrait, j'ai apprécié cette lecture, trouvé le ton juste, les propos criant de vérités. 
Dans une première partie, Julie Otsuka nous ouvre les portes d'une piscine souterraine et y décrit, avec une minutie quasi chirurgicale et humour aussi, les habitudes d'une communauté de nageurs, les règles à respecter ... avec un "nous" englobant tous ceux qui le fréquentent, dont Alice, personnage principale de ce roman, et un "vous" qui nous invite au partage. Nager, enchaîner les longueurs, permet de s'évader, d'évacuer le stress, de s'éloigner du quotidien, j'adhère complètement, je me suis retrouvée dans ces propos. 
L'apparition d'une fissure dans le fond du bassin marque la transition avec la deuxième partie dans laquelle Julie Otsuka évoque, avec mélancolie, la fin de vie d'Alice. Son cerveau s'est fissuré. 
Les maladies qui affectent la mémoire rendent la vie difficile pour le patient atteint et pour son entourage. L'absence de traitement condamne les patients, et les structures d'accueil, les soignants font leur maximum pour encadrer, décharger les familles, accompagner la fin inexorable en toute transparence. Celle d'Alice, semble, pourtant avoir gommé l'humanité de ses patients.
« On vous dit tout : à Belavista, les apparences peuvent être trompeuses. Le réveil fixé à la table de chevet est en fait une caméra de surveillance déclenchée par le mouvement. Votre gobelet en plastique rouge translucide permet de contrôler votre niveau d'hydratation. Le thermostat situé sous l'interrupteur de la lumière est un micro. Votre bracelet de cheville en argent si stylé permet de vous retrouver partout. La compote sur votre plateau de dîner est un leurre pour vous faire prendre vos médicaments. Idem de la purée et des morceaux de banane occasionnels. Le joli tapis décoratif de votre salle de bains est un tapis antichoc en cas de chute. Votre coach personnelle » est en réalité kiné. Son salut amical - Tout va bien ! » - sert à développer la confiance. Le jardinier que vous voyez par la fenêtre assure la sécurité. Et cette femme un peu perdue qui vous regarde dans le miroir de la salle de bains ? C'est vous. »  
L'auteure s'adresse à la fille d'Alice dans la deuxième partie et emploie le "tu". Un "tu" qui marque la distance idoine pour évoquer sa culpabilité, sa propre culpabilité, certainement. À la lecture, j'aurais préférer le "je"... Mais avec du recul, je comprends ce choix. Il évite le jugement, le larmoiement aussi. Et c'est vrai, que ce livre n'analyse pas vraiment les situations. L'auteure en énumérant des constats donne de la profondeur à ses propos. 
Et ces propos laissent des traces. J'ai rarement parlé d'un livre à mon mari après une lecture ;-)
La fin, cette fin, ces dernières pages que j'ai relues sont ... belles. 
Je relirai Julie Otsuka, parce que son écriture, que je trouve pourtant plutôt froide, m'interpelle et me touche. 

« - et nous allons nager. Parce qu'il n'est pas un endroit au monde où nous aimerions mieux être qu'à la piscine : avec ses larges couloirs de nage séparés par des cordes, clairement numérotés de un à huit, les gouttières adaptées, les pimpantes bouées jaunes espacées par des intervalles confortablement prévisibles, les entrées séparées pour les hommes et les femmes, la tiède lumière ambiante de l'éclairage incrusté dans le plafond, tout cela nous apporte un semblant d'ordre et de réconfort qui manque à nos vies, là-haut. »

« Lâche-toi un peu, nous lance-t-on. Saute une séance. Deux séances. Fais soixante-sept longueurs au lieu de soixante-huit. À moins que nous ne préférions passer le restant de nos jours à faire des allers-retours au fond d'une boîte en béton géante ? 
La réponse, bien sûr, est oui. Parce que pour nous, nager est plus qu'un passe-temps, c'est une passion, un réconfort, une drogue choisie, ce que nous attendons plus que toute autre chose. C'est le seul moment où je me sens vraiment en vie. Cela nous permet de rester concentrés, attentifs, cela ralentit le processus de vieillissement, fait baisser notre pression artérielle, développe notre énergie, notre mémoire, notre capacité respiratoire, notre vision même de la vie. Sans la piscine, en fait, nous serions sûrement tous morts. Alors, à nos critiques - et à tous ceux qui prétendent que c'est seulement une question d'endorphines -, nous disons venez donc essayer, soyez nos invités pour la journée. Prenez une serviette, enfilez votre maillot et votre bonnet, et approchez-vous du bord. Maintenant, mettez vos lunettes, tendez les bras devant vous, une main par-dessus l'autre, les pouces croisés, le menton rentré, et lancez-vous dans ce glorieux plongeon. Vous verrez. Une fois dans l'eau, vous ne voudrez plus en sortir. »

« Elle se rappelle comment on dit: J'ai perdu ma journée. Diem perdidi. Et comment on dit je suis A désolée en japonais, ce que tu ne l'as pas entendue prononcer depuis des Elle se rappelle les « riz » et « toilette ». Elle se rappelle « attendez ». Chotto matte kudasai. Que rêver d'un serpent blanc porte chance. Que ramasser un peigne tombé par terre porte malheur. Elle se rappelle qu'il ne faut jamais courir pour se rendre à un enterrement. Qu'il faut crier la vérité au fond d'un puits. »

« Elle se rappelle qu'elle oublie. Elle se rappelle de moins en moins, jour après jour. »

« Peut-être qu'à votre insu vous êtes devenue quelqu'un de très difficile à vivre. Vous refusez de manger. Vous refusez de vous laver. Vous vous levez dix fois, vingt fois par nuit, vos proches sont au bout du rouleau. Ou bien est-ce votre mari qui vous a dit tout simplement ce matin de monter en voiture, qu'il vous emmenait en promenade ». Ou c'est votre fille qui vous a annoncé qu'elle avait pris des dispositions», et vous vous êtes dit: Chic, une sortie. Et vous voilà ici.

Bienvenue à Belavista. »

« Quelques informations au sujet de votre état. La maladie n'est pas temporaire. Elle est évolutive, inguérissable et irréversible. Et au bout du compte, comme la vie en somme, elle débouchera sur la mort. Les médicaments ne peuvent l'arrêter. Le thé vert infusé avec du ginkgo biloba et du gotu kola n'y changera rien. Les prières ne seront d'aucune efficacité. Les mouvements de qi gong « franchir les étapes » et donner plus de sens à sa vie (trop tard pour ça) n'auront aucun effet. Adopter une attitude positive réaliste n'empêchera rien, voire pourrait hâter votre déclin. Il n'y a pas d'exception à ces règles. Vous êtes certes une personne particulière, mais votre cas ne l'est pas. Il y a quatre-vingt-sept personnes à Belavista qui connaissent la même affection que vous, et elles sont plus de cinquante millions à travers le monde. »

« Votre affection n'a pas de sens, ni de signification supérieure. Ce n'est ni un « don », ni une mise à l'épreuve», ni même une opportunité pour changer et grandir intérieurement. Cela ne guérira pas votre âme blessée et en colère, ni ne fera de vous une personne plus gentille, plus compatissante, jugeant moins les autres. Elle ne gratifiera d'aucun supplément de noblesse les personnes qui sont payées pour vous soigner (C'est une sainte!), ni n'enrichira la vie de vos proches qui vous ont toujours aimée, adorée. Ça les rendra seulement tristes. Cela ne vous rapprochera pas non plus de l'être supérieur, ni ne vous libérera de vos petits soucis. Si vous vous inquiétiez déjà pour votre poids, cela continuera (« Je suis toujours trop grosse », direz-vous). Seul effet mesurable : vous vous rapprochez de la fin inexorable. »

« [...] regrettez-vous seulement toutes ces choses que vous n'avez pas faites. Vous auriez dů pratiquer davantage les mots croisés, prendre plus de risques, vous inscrire à ce cours sur les classiques de la littérature, prendre tous vos jours de congé, enlever les housses de protection en plastique sur vos beaux meubles (« Je suis en train de devenir comme ma mère ! » avez-vous dit un jour), porter ces coûteuses chaussures à talons que vous gardiez au fond de votre placard pour une occasion spéciale (quelle occasion ?). Vous auriez dû vivre (qu'est-ce que vous avez fait à la place ? Vous avez joué la sécurité, vous êtes restée dans votre ligne de nage). Ou peut-être auriez-vous mieux fait de choisir le régime crétois plutôt que le régime du Dr Atkins. Apprendre une nouvelle langue - le français, l'allemand, l'indonésien, n'importe laquelle l'âge de cinquante ans, au moment où votre cerveau a - « avant commencé inéluctablement à glisser dans le sens de la pente. L'année prochaine », ne cessiez-vous de vous répéter. Et maintenant - Surprise ! -, l'année prochaine est là. Jamais vous ne ferez ce voyage à Las Vegas, ni ne deviendrez une lettrée plutôt qu'une simple lectrice, ni ne parlerez un français courant, voire même passable. Nous sommes désolés. Parce que, hélas, la fête est finie. »

« Si vous vous attendiez à autre chose - des draps de meilleure qualité, un mobilier personnalisé, un yaourt bio et du muesli au petit déjeuner, du sorbet aux fruits rouges à la demande, apporté directement dans votre chambre -, vous auriez mieux fait de vous rendre au Manoir, de l'autre côté de la ville. Ou bien de prendre une chambre à l'hôtel. Tout ce que nous avons à dire c'est que nous sommes désolées, nous aurions aimé que les choses soient différentes mais votre mari ayant signé une demande de restriction des déplacements, nous ne pouvons pas vous laisser partir. »

« On vous dit tout : à Belavista, les apparences peuvent être trompeuses. Le réveil fixé à la table de chevet est en fait une caméra de surveillance déclenchée par le mouvement. Votre gobelet en plastique rouge translucide permet de contrôler votre niveau d'hydratation. Le thermostat situé sous l'interrupteur de la lumière est un micro. Votre bracelet de cheville en argent si stylé permet de vous retrouver partout. La compote sur votre plateau de dîner est un leurre pour vous faire prendre vos médicaments. Idem de la purée et des morceaux de banane occasionnels. Le joli tapis décoratif de votre salle de bains est un tapis antichoc en cas de chute. Votre coach personnelle » est en réalité kiné. Son salut amical - Tout va bien ! » - sert à développer la confiance. Le jardinier que vous voyez par la fenêtre assure la sécurité. Et cette femme un peu perdue qui vous regarde dans le miroir de la salle de bains ? C'est vous. »

« Plus de post-it tapissant les murs. Les chaussettes d'abord, puis les chaussures. Plus besoin de se triturer la cervelle pour chercher le mot exact quand un vague synonyme peut suffire. Est-ce qu'elles s'en rendent compte ? (Oui.) Ici, à Belavista, vous pouvez dire adieu à toutes vos notes, à votre sac d'objets-mémoire, et pour la première fois depuis que les symptômes ont commencé à se déclarer vous pouvez baisser la garde et vous sentir chez vous parmi nous. Parce que ici, à Belavista, tout le monde sait. »

« Elle ne regarde plus par la fenêtre. Elle ne demande plus après ton père. Elle ne demande plus quand elle va rentrer chez elle. Parfois, des jours entiers passent sans qu'elle prononce un mot. D'autres jours, tout ce qu'elle dit, c'est « oui ».
- Tu te sens bien ?
- Oui.
- Les nouveaux médicaments sont efficaces ?
- Oui.
- Tu as mal ?
- Oui.
- Tu aimes cet endroit ?
- Oui.
- Tu te sens seule ?
- Oui.
- Tu rêves toujours de ta mère ?
- Oui.
- Mon chemisier me serre-t-il trop ?
- Oui.
- Si tu avais quelque chose à me dire, ce serait quoi ?
Silence.
De temps à autre, l'éclat de son vieux moi réapparaît. « Tu aimerais avoir des frères ? » te demande-t-elle un jour (tu réponds que tu adorerais ça). Ensuite pendant les cinq mois suivants, plus un mot.
La dernière phrase qu'elle prononce : « C'est bien que les oiseaux existent. » »

Quatrième de couverture

Nageurs et nageuses de cette piscine que tous appellent  « là en bas » ne se connaissent qu'à travers leurs routines et petites manies, et les longueurs, encore, encore. Ils y viennent à heure fixe pour se libérer des fardeaux de là-haut.

Alice, tout spécialement, trouve un grand réconfort dans sa ligne de nage. Et puis un jour, une fissure apparaît au fond, dans le grand bain, en préfigurant d'autres, celles de son cerveau. Pour elle, l'inéluctable fermeture résonne comme un clap de fin. Remontent alors à la surface des souvenirs de jadis, de l'internement dans un camp pour Nippo-Américains pendant la Seconde Guerre mondiale, d'une enfant perdue très tôt, pourtant si parfaite... Mais Alice oublie chaque jour un peu plus.

Là où il faudra bien se résoudre à l'enfermer, sa fille essaie de sauver quelques lambeaux du paysage fracturé qu'est devenue leur relation lacunaire. 

« En ces temps marqués par la monotonie et le chaos, quand la mort est aussi concrète qu'inimaginable, et quand des fissures peuvent apparaître au fond du bassin pour des raisons non perceptibles, La ligne de nage est une merveilleuse compagne. Sans résoudre ce qui ne peut l'être, la douce insistance du roman résonne en nous. »
The New York Book Review

« Attendez-vous ce que La ligne de nage fasse beaucoup de vagues, la saison des prix littéraires venue. Un inoubliable roman sur les mères et les filles, par une autrice au talent envoûtant. »
Daily Mail

Éditions Gallimard,  août 2022
165 pages
Traduit de l'américain par Carine Chichereau

mardi 25 octobre 2022

Le Coeur arrière ★★★☆☆ d' Arnaud Dudek

Pratiquer un sport, rime souvent, même à un niveau amateur, avec dépassement de soi.
Se dépasser, Victor connait ça. Lui, c'est le sport à haut niveau qu'il a décidé de briguer. Décider. C'est discutable. Il vit dans une Cité, son père a un sérieux penchant pour l'alcool et sa mère, absente, quasiment absente, ce qui revient au même quand on découvre comment ça tourne pas rond dans sa tête. Alors l'envie de devenir un champion, ça s'explique peut-être par l'envie de s'extraire de ce milieu qui ne lui promet pas le plus extraordinaire des avenirs.
Il est détecté. Il a un potentiel. Il est même très bon dans sa discipline : le triple saut.
Sauf que le haut niveau, c'est aussi un business. Loin de rimer avec tendresse, il s'associe davantage avec stress. Quand l'athlète s'élève au rang d'investissement, la bienveillance peut déserter le terrain, et l'estime de soi, la confiance en soi avec. Et  les conséquences, bien souvent irréversibles. C'est dommage. Il était vraiment doué le petit. Entièrement dévoué à son sport. Lui offrant sa jeunesse délibérément. Quand on aime on ne compte pas les souffrances. 
Heureusement, il y a le pote, et l'expérience amoureuse pour qu'une étreinte avec la vie en toute simplicité s'envisage de nouveau, peut-être...
Le Cœur arrière, quel beau titre, rend un bel hommage à ces sportifs qui ne comptent pas les heures d'entraînement, de perfectionnement, qui se donnent à fond. Une belle réflexion sur la santé mentale des athlètes de haut niveau. 
Une lecture qui n'a pas été sans me rappeler celle du livre de Mathieu Palain, mais dans un style complètement différent. 
Une première approche idéale, pour les novices, pour appréhender le sujet du haut niveau et ses impacts sur la vie et le mental  des sportifs. Pour approfondir mes connaissances sur le sujet, je me tournerais bien vers des autobiographies de sportifs de haut niveau. 
Des conseils ?

« ... il explique que son existence est monomaniaque, monothéiste, mais pas monotone. Entrainement, compétition, entrainement, compétition. Quand il ne saute pas dans un stade, il regarde des émissions sportives, visionne au ralenti les triples bonds de champions, lit les pages « athlétisme » de L'Equipe. »

« ...il y a autre chose, autre chose de plus grand qu'eux, il y a ce sac de sport qu'il porte en bandoulière, et puis tous ces poids qui lestent ses poches, elle ne sait pas, elle ne sait vraiment elle saura lutter contre tout ça. »


« On ferme les yeux: on écarte les bras; on se laisse évaporer. Et alors, petit à petit, on s'élève. »
Paul Auster, Mr Vertigo

« I'm getting older
I think I'm aging well 
I wish someone had told me
I'd be doing this by myself. »
Billie Eilish, Getting Older 

« Mon salaire ne suffit sûrement pas à payer ses chaussures fluorescentes, songe le père. Il doit avoir pas mal de médailles dans ses tiroirs, suppose le fils. Oublié le pain mou et le chausson aux pommes ; une lumière s'est glissée dans leur ombre, et tous deux s'en nourrissent. »

« C'est l'été malgré tout, la lumière dorée souhaite une bonne nuit aux moustiques et aux troènes, le sommeil chasse l'ennui, on rêve des montagnes que l'on veut gravir, des chemins qui feront quitter une commune de cinq mille huit cent cinquante-six habitants qui se compose de trois hameaux distincts, a été pillée par l'armée française de Louis XIV, s'est développée grâce à l'activité de l'industrie charbonnière, compte deux lignes de bus, et affiche un taux de chômage deux fois supérieur à la moyenne du pays. Qu'ils rêvent, Victor, les Rojas et les autres, parce qu'il n'y a rien de mieux à faire par ici. Rêver, ce n'est déjà pas si mal. »

« Le dossard 245 s'élance. Victor se lève. Une course rendue, hurle le commentateur, une course rythmée, et un saut long, long, long, À treize ans, Victor ignore que l'athlétisme devient un marché aux esclaves moderne, que les stratégies sont économiques avant d'être sportives. que l'effort est le carburant d'une immense machine à produire du spectacle. Victor ne sait pas que le sauteur en longueur qui l'émerveille à l'écran est en guerre contre sa fédération à cause d'une histoire d'équipementier et de sponsor - il ira, plus tard, perché sur la plus haute marche du podium, jusqu'à s'enrouler dans un drapeau, aucune once de patriotisme, non, il cachera ainsi le logs d'une marque qui n'est pas celle qui lui permet de vivre dans une luxueuse propriété de douze millions de dollar avec gymnase privé. Victor a bien le temps de découvrir les bassesses du sport. Il ne voit, à cet instant, que l'infinie beauté d'un homme qui se prend pour un aigle l'espace de quelques secondes, il quitte la terre, échappe à la gravité. Il ne voit que cette silhouette rouge sans défaut qui semble aspirée par le ciel, puis se pose aussi délicatement qu'une plume dans le sable du sautoir, sous les yeux et les objectifs de millions d'individus qui n'ont presque jamais quitté la terre. Les mains de Victor se sont posées devant sa bouche. Ses yeux brûlent; il les fronce comme s'il était placé en pleine lumière, ses grands cils vibrant continuellement. Sur ses rétines est encore imprimé le saut parfait de l'athlète cubain. »

« Il s'entraîne partout, même dans la neige, il saute, le matin de Noël, il improvise des courses d'élan dans l'allée de garage. Il découvre la transe. Un tourbillon vertigineux, une pente raide qu'il dévale les yeux bandés, les mains en l'air et les chairs vrillées. Il découvre ces minutes qui se figent ou se répètent tandis que le temps n'est plus, capturé par les envoûtements d'un effort douloureux qui ressemble à une extase. C'est merveilleux de courir, c'est merveilleux de sauter parce que c'est impensable. Et il le devine déjà, c'est ça et rien d'autre, ce sera toute sa vie. »

« Quand il court, quand il saute, il n'y a plus de timidité, il n'y a plus de tumulte. En courant, en sautant, c'est comme sil réussissait à descendre au plus profond de lui. Et commençait à découvrir qui il est. »

« Il devrait s'en aller, marcher longtemps et loin, vers la forêt, vers les perdrix, se frictionner longtemps de paysage. »

« Il faut croire que même le déséquilibre peut se déséquilibrer. »

« Hors de question de laisser passer sa chance. La vie moyenne, enchaîner des petits boulots après des études quelconques, entreprise de restauration rapide proposant des sandwichs et des pâtisseries, franchise de prêt-à-porter masculin, avoir le CDI comme Graal, l'émission de variétés du samedi soir comme principal divertissement, le tuning comme passion dominicale, ce n'est pas prévu dans son programme. La vie moyenne, des factures sur la commode écaillée de l'entrée, la télécommande posée sur le programme télé, des problèmes de loyer, d'alcool. de voisinage : même s'il est incapable de l'exprimer, de le formuler clairement, ce n'est pas du tout son objectif. »

« Sans relever la tête, Maël lui glisse qu'il a bien fait de choisir l'athlétisme : dans un sport collectif, il aurait tout fait à la place des autres, marqué des buts, défendu, bref, il ne se serait pas épanoui.
- Pas faux, glisse Victor.
Ils deviennent amis dans le sourire qui suit. »

« Victor approuve, complice. Dans trente minutes, un décilitre de sang leur sera prélevé, mais plus tard il y aura du sucre, il y aura du beurre, il y aura du réconfort. La dune contre le vent. »

« Victor caresse ses joues à peine rosies par l'effort. Se concentre. Regarde autour de lui, observe les bouches obscurcies par les bagues d'un orthodontiste, les mèches malmenées par le vent, les cages thoraciques qui se soulèvent. Il observe ce troupeau léger, ces congénères disparates, petits, grands, détendus ou bien ravagés par la peur de mal faire. Lui, il est en guerre. Contre ses os, contre ses muscles, contre ses tendons. Il est habité par les heures désertes, le mauve de l'aube et le moucheté du crépuscule. C'est là, dans ces ombres, qu'il essaie de se construire. »

« Le saut commence avant le corps. Plus facile de se déplacer quand on est assis. Ces phrases deviennent des mantras pour Victor, elles le poursuivent sous la douche, au réfectoire. Quand il les comprendra, il gagnera quelques centimètres supplémentaires. »

« Jusqu'aux années 1960, ai-je appris, le triple saut est considéré comme une discipline mineure, un pis-aller, un sport-refuge; les sprinteurs ou les sauteurs en longueur qui n'obtiennent pas les résultats escomptés dans leur discipline de prédilection s'y essaient pour se rassurer, pour exister, pour percer enfin. Ce n'est pas difficile dans la mesure où, à l'époque, le triple saut n'est pas techniquement très évolué. Les sauteurs se concentrent essentiellement sur le cloche-pied, le premier des trois sauts; ils finissent comme ils peuvent sur les deux autres.
Un certain Tadeusz Starzynski change le paradigme. Dans son livre, Le Triple Saut, traduit du polonais par Barbara Szpakowska, Starzynski cerne parfaitement les aspects techniques de la discipline. Aujourd'hui, ses travaux continuent de faire école. Il délaisse l'idée du saut en force. Se focalise sur la course d'élan. L'explosivité, la vitesse
L'équilibre. »

« Le bonheur ressemble parfois à un frisson que l'on rapporte chez soi en soupirant. »

« [...] il parle, parle, parle, dit gare que le la vraie vie c'est un café au bord d'un soleil léger, que la vraie vie c'est la conjugaison du verbe contempler, qu'il va démissionner, laisser les rênes de sa boîte à d'autres, qu'il va se mettre à la cuisine, à la pâtisserie, oui, qu'il va passer le reste de sa vie à chercher la recette ultime de la tarte au citron meringuée. Victor acquiesce, il ne sait pas quoi faire d'autre.
Avant de le laisser claquer la portière de son crossover, le père de Maël lui souhaite bonne chance pour tout. »

« Victor ignore par quels états, par quels tourments il va passer. Il est jeune, doué, déterminé mais relativement naïf, il pense que sa bonne étoile ne peut pas pâlir, mais voilà, elle est tellement complexe, la vie, tout à la fois plume d'oiseau et instrument de torture, couette en duvet d'oie et bombe à fragmentation, cœur gravé sur un tronc de hêtre et feu de forêt criminel, abécédaire poétique et discours négationniste, confiture fraise-litchi et page Wikipédia recensant les personnes mortes d'un cancer du pancréas, lumière ambrée, ténèbres bancales, dunes blanches et foyers d'accueil médicalisés, il faut la prendre avec soi, toute cette complexité, toute cette pagaille, ce yang, ce yin, toute cette beauté inexplicable, se dire qu'un jour les portes automatiques s'ouvrent en grand sur votre passage mais que, le lendemain, elles peuvent demeurer closes - et pour peu qu'un homme de ménage ait fait du zèle, qu'il ait rendu cette porte absolument transparente, on peut s'y écraser, oui, se la prendre en pleine figure. »

« - Le sport consiste à déléguer au corps quelques-unes des vertus les plus fortes de l'âme : l'énergie, l'audace, la patience.
Silence. Papa lève les yeux de son bout de papier. Le froisse. En fait une boulette compacte. Vise Xiang, qui est désormais le doyen de la Team, et l'atteint à la poitrine.
- Jean Giraudoux, ajoute-t-il. Nouveau silence, puis :
- Je ne retiens personne. »

« C'est des drôles de gens, ces sportifs, tu ne trouves pas ? Ils sacrifient tout, ils boivent pas, ils fument ne font pas, ils pas la fête, ils zappent leur jeunesse, bousillent leurs muscles et leurs tendons, tout ça pourquoi ? Des petites médailles, des records éphémères... Moi c'est clair, je ne pourrais pas. Er toi ? »

« - J'ai mal
- Où ça ?
Victor avait désigné son coeur, et avait ajouté:
- Derrière. 
-Sous le cœur ?
- Oui. Pas le cœur qui bat, l'autre, derrière, celui qui se serre quand on perd. »

« J'ai aussi posé cette question à Danuta : 
- Un athlète professionnel, c'est quelqu'un de normal, selon toi?
- Alors là, a-t-elle répondu, bonne question! Je dirais qu'on ne peut pas être sur le toit du monde de sa discipline en étant une personne lambda.
Être un sportif de haut niveau, c'est flirter en permanence avec les extrêmes. Et ce flirt permanent est dangereux. Il peut amener l'athlète à dérailler à tout moment. Des exemples, il y en a à la pelle, souligne Danuta. Simone Biles, Naomi Osaka, Ian Thorpe, Tom Dumoulin, Nick Kyrgios... Le sportif de haut niveau peut déraper même si son corps a consacré beaucoup d'énergie et de temps à assimiler les conditions de reproduction de ce qui s'approche le plus de la perfection.
- Tu connais Robin Söderling? Il a remporté dix titres en simple sur le circuit ATP de tennis - dont le Masters de Paris-Bercy, en 2010, année durant laquelle il a occupé brièvement la quatrième place du classement mondial. En Grand Chelem, il a notamment atteint à deux reprises la finale de Roland-Garros, s'inclinant simplement contre Roger Federer puis Rafael Nadal. Robin Söderling a été un immense champion, une de ces machines capables de répéter indéfiniment, avec froideur et mépris pour les simples joueurs mortels, des volées, des revers, des amorties qui n'avaient d'autre but que de terrasser ses adversaires, les détruire - car ce qu'on met toujours en jeu, dans le sport professionnel, n'est rien de moins que sa vie même, à chaque tournoi, chaque meeting, chaque rencontre. Alors qu'il était au sommet de son art et qu'il nourris sait cette sourde et folle ambition d'être numéro un, le vernis dur et mat du champion s'est pourtant craquelé. Söderling s'est noyé dans ses angoisses. Il s'est retrouvé, soyons précis, dans un état de profonde dépression. Membres engourdis, crises de larmes. Impression d'être aussi utile qu'un arbre mort. Désintérêt pour les séances d'entraînement. Perte du sommeil, de l'appétit. Idées suicidaires. Il s'asseyait dans son appartement et regardait dans le vide, le moindre bruit le mettait en panique. Quand le téléphone sonnait, il tremblait littéralement de peur. Et chaque défaite, même contre un joueur bien classé, même quand, objectivement, il n'avait pas démérité, l'enterrait un peu plus.
- Söderling, conclut Danuta, a fini par arrêter le tennis. Mais au moins, il a survécu. »

« Infiniment grises, doucement pluvieuses, certaines fins de matinée ne savent même pas crier. »

«  La vie, songe-t-il, est peut-être en train de passer son bras autour de ses épaules.»

« Lentement, il se met en mouvement. Il est totalement relâché. La tête est vide. Le coeur arrière est serein. Il court comme s'il n'avait pas d'esprit, il court comme s'il n'avait pas de corps.
Premier saut.
Deuxième saut. 
Troisième saut.
Suspension.
Et puis réception. 
Un record vient peut-être d'être battu. Mais personne ne le validera. Personne n'affichera la longueur du saut en chiffres d'or sur un écran immense, avec la mention WR pour World Record. Hors compétition, sur le sautoir non homologué d'un stade qu'aucun membre de la FIA ne connaît, les records ne peuvent pas être enregistrés. Mais ce n'est pas très important.
Ce qui compte, c'est ce que nous disent les yeux du jeune homme, lorsqu'il se relève, et quitte lentement la fosse de saut. »

Quatrième de couverture

Ça l’a surpris tout gosse, ce virage du hasard ; rien ne le prédestinait à devenir champion. Repéré à douze ans pour son talent au triple saut, Victor quitte sa petite ville, son père ouvrier, leur duo-bulle. L’aventure commence : entraînements extrêmes, premières médailles, demain devenir pro, pourquoi pas les JO ? Victor court, saute, vole. Une année après l’autre, un sacrifice après l’autre. Car dans cette arène, s’élever vers l’idéal peut aussi prendre au piège.

« La Team Eleven se veut l'alternative privée à la formation publique des athlètes. C'est une entreprise: gros budget annuel, dix-huit salariés. Et puis l'entraîneur en chef. La vitrine. Le maître-penseur. Ou, selon l'humeur des jeunes qu'il encadre, Papa, Jésus, le Cinglé. »

Arnaud Dudek, né en 1979 à Nancy, vit et travaille à Paris. De Rester sage (Alma, 2012, selection Goncourt du premier roman) à On fait parfois des vagues (Anne Carrière, 2020), il explore avec un tact rare les thèmes de la filiation, de la résilience. A son meilleur avec Le Coeur arrière, livre un roman de formation poignant en même temps qu'une réflexion fine sur la pression suble par les sportifs de haut niveau. 

Éditions Les avrils,  août 2022
211 pages

mercredi 20 juillet 2022

La Ville rousse ★★★☆☆ de Fabrice Lardreau

Quand les renards arrivent en ville, celle-ci se teinte de roux. Cette incursion animale en zone urbaine ensauvage les cœurs, diffuse des ondes de choc, et c'est la guerre urbaine qui s'impose.
La ville, c'est Lutetia. Christian Maupertuis est aux manettes pour construire le Grand Métro. Un cacique, qui met tout en oeuvre pour protéger son chantier. Sans scrupule. Un sale type, mon avis et celui des militants écologistes, comme ceux que traquent son ami d'enfance, sous ses ordres, Patrick Amiot, qui a la charge de stopper net toute entrave à ses projets, au moyen de ce doux mélange de testostérone et de poudre à canon qui clôt les clapets. 

Nous ne sommes pas bien loin de notre réalité.

Un mélange des genres dans ce roman social, policier/fable écolo qui laisse des traces indéniablement, suscite le débat, ouvre l'esprit, donne des idées. 
À quand un capitalisme plus féminin ? Plus réfléchi ? Plus sobre ? Comment changer l'Homme, le diriger vers le chemin de la raison, de la solidarité ?
Solidarité et innovation ne sont pas incompatibles. Si ? 
Ah ... j'oubliais, la justice comme chef d'orchestre, cela va de soi ;-)

Cependant une lecture qui se mérite. Elle part un peu dans tous les sens. La plume est de qualité, les sujets sont forts. Mais la concentration est de mise pour éviter la déroute.

Merci à Babelio, aux éditions Arthaud poche pour cette lecture, certes en demi teinte mais nécessaire et diablement intéressante.

« Cette mise à nu inquiète. Plusieurs ONG ont récemment dénoncé un risque de pollution: la terre extraite pour le Grand Métro contiendrait des métaux lourds. Un militant écologiste a même affirmé qu'avec la pluie, ces particules issues des pro fondeurs pourraient contaminer les nappes phréatiques via un « phénomène de ruissellement ». Nous avons dû intervenir. On ne peut pas tout laisser dire, quand même... À écouter ce mon sieur, la Compagnie aurait commis une faute technique, mais aussi morale, mettant en présence des strates de temps ennemies, organes incompatibles et inflammables. »

« ... réchauffement climatique. Partout sur le Vieux Continent, on luttait contre les îlots de chaleur urbaine en plantant à tour de bras Façades végétalisées, créations de pares, coulées vertes, jardins potagers, toitures arborées, rien n'échappait au mouvement. Très en retard sur ce plan, la mairie de Lutetia, sous la pression de ses administrés, étouffant pendant les canicules chaque année plus marquées, est passée à la vitesse supérieure. Débutée sur la place de l'Hôtel-de-Ville, devenue un jardin à l'anglaise, poursuivie à l'arrière de l'opéra Garnier, sur le parvis de la gare de Lyon et autour des voies sur berge, la vague verte a submergé la capitale. On aménageait les toits, on cassait les cours des écoles, des lycées et des institutions pour gazonner, planter arbres, buis sons, plantes grimpantes et massifs de fleurs. Repeinte au cours du temps, totalement réaménagée, la tour Montparnasse 
émergeait comme un buisson géant taillé au cordeau. Cernée d'une forêt luxuriante, la pyramide du Louvre, quant à elle, évoquait un édifice inca livré au regard des Conquistadors... Enfin, projet phare suscitant la fierté lutétienne: l'immeuble-pont végétalisé érigé porte Maillot, juste au-dessus du périphérique, et doté de mille arbres. J'ai visité l'endroit peu après son inauguration, à l'occasion d'une mission de surveillance: on aurait dit un bateau géant échoué au-dessus des routes. De l'intérieur, ce complexe de verre évoquait l'arche de Noé sanctifiant l'argent - dix étages de bureaux, logements, commerces, un hôtel et des restaurants. Dans les immenses patios, le long des coursives, des pins et des bouleaux, des grappes de verdure apaisant les visiteurs... 
Tout cela n'est plus que décombres. Le lieu s'est volatilisé lors de l' « Effondrement », ainsi que l'a nommé l'Histoire. L'avantage des grandes tragédies, c'est qu'elles figent la mémoire : vous saurez à jamais où et avec qui vous étiez quand vous avez appris la nouvelle. En ce 21 juin, je me trouvais pour ainsi dire en bonne compagnie dans une chambre d'hôtel haut de gamme. Cynthia, vingt-cinq printemps, brune au teint mat, formes rebondies, travaillait comme hôtesse d'accueil à l'Archipel, au siège de la Compagnie. Mon rendez-vous avec le P-DG, lorsque je me m'étais présenté, l'avait apparemment impressionnée. Vous connaissez M. Maupertuis? m'avait-elle demandé avec un regard admiratif. Sérieux? Capitalisant sur le prestige, j'avais obtenu un rendez-vous le soir même. Cynthia, qui voulait devenir actrice et rêvait d'aller en Californie, pratiquait une forme de sexualité que je qualifierais de décomplexée. Rien ne la gênait, aucune pratique ne lui semblait taboue, contre-indiquée ou perverse. Un vrai bonheur. »

« Vous vous rendez compte que ce type, ce sale type qui a empoché l'année dernière deux millions d'euros de stock-options- deux millions notez bien!, exploite ces pauvres gens à longueur d'année pour des salaires de misère ! Maupertuis est un prédateur de la pire espèce, un nuisible et un hypocrite...  »

Quatrième de couverture

« Le renard est devenu familier. On l’apercevait partout, au coeur de la nuit ou au petit matin, arpentant les rues, les avenues, franchissant les ponts, traversant les places… »

Dans une ville appelée Lutetia, Christian Maupertuis dirige une multinationale chargée de la construction d’un Grand Métro. En homme avisé, il n’hésite pas à s’allouer les services d’un tueur à gages pour supprimer tout obstacle à l’expansion de son empire, du militant écologiste au défenseur des droits de l’Homme. Solitaire et désabusé, Patrick Amiot exécute cette mission sans états d’âme et en toute impunité. Jusqu’au jour où les renards envahissent la ville, ensauvagent les habitants et paralysent le chantier. Objet de tous les fantasmes, cristallisant les peurs et les passions, Goupil provoque une guerre urbaine sans merci. Lutetia devient un terrain de chasse, le théâtre d’un affrontement social où l’homme et l’animal se confondent…

Éditions Arthaud Poche,  mai 2022
157 pages

lundi 16 mai 2022

Les enchanteurs ★★★☆☆ de Geneviève Brisac

« Pour survivre, il ne faut ni obéir, ni désobéir, il faut ruser. »
Un récit, une autofiction, tout en distance, non sans implication mais en retenue, j'ai trouvé, comme si l'exercice de pleinement se livrer avait été compliqué. Pas évident à expliquer, mais c'est un peu comme si on m'avait, oralement, raconté une histoire sans me regarder droit dans les yeux. La technique de narration du double y est certainement pour quelque chose, ce mélange de "je" et de "elle" demande un peu de concentration et je ne l'étais certainement pas assez ;-)  Je n'ai pas totalement adhéré à la détresse de Nouk. Je l'ai entraperçue mais je n'y ai pas toujours cru. 
Donc j'étais plutôt mitigée en refermant ce livre, mais cette lecture a fait son chemin, et je me dis que c'était plutôt astucieux finalement d' embarquer le lecteur dans ce mélange de "je", de "elle", dans ce tourbillon de la vie , à l'instar des thèmes abordés qui donnent le tournis, d'alléchants sujets qui me parlent et qui peuvent clairement donner le vertige  : le féminisme, l'univers misogyne dans certains milieux (ici dans le monde de l'édition avec les trophées de chasse des éditeurs de l'époque, on est en 1970 (et d'aujourd'hui ?)), l'engagement militant pour de nos nobles causes, l'abus de pouvoir, le management du pouvoir en entreprise et ses déceptions, ses désillusions ...
Le fond est intéressant, nécessaire. La forme, pas si mal in fine, avec un peu de recul ;-) 
Geneviève Brisac est une auteure prolifique ; je me suis notée "Petite" pour poursuivre ma découverte de l'auteure.

« Merci, oh merci !
De n'avoir jamais rien compris...
Merci, oh merci !
De m'avoir donné cette rage
Libre, libre, libre
De venir jusqu'ici »
Anne Sylvestre (citée en exergue) 

« Comme tant d'autres, convaincus de jouer une partie décisive avec l'histoire de leur temps, Nouk consacre ses journées à défendre le peuple chilien contre les attaques fascistes, bataille perdue ô combien.
Augusto Pinochet prend le pouvoir le 11 septembre 1973. Les camionneurs et les tanks ont gagné. Dans son palais de la Moneda, le président Salvador Allende se suicide d'une rafale de mitraillette dans la tête. Le palais est pillé et saccagé par les militaires. La violence se déchaîne. Je n'arrive pas à y croire. Des milliers de révolutionnaires et de démocrates chiliens sont assassinés et des milliers d'hommes et de femmes, torturés. Le stade de Santiago se remplit de corps maltraités. Les putschistes y déversent leurs victimes humiliées, insultées, tabassées. On viole, on torture, on terrorise à tout-va.
Nous avions si souvent crié plus jamais ça.
Nous l'avions promis à nos ancêtres assassinés.
Juré de faire de nos corps un rempart au fascisme.
Nous nous réunissons sans cesse, nous manifestons sans cesse, et nous créons des dizaines de comités de soutien au peuple chilien. Venceremos.
Nouk roule dans sa 4L dorée, pleine à ras bord de tracts et d’affiches vainement solidaires du peuple chilien. El pueblo unido. Elle pense comme tout le monde à la guerre d’Espagne, Andaluces de Jaén.
Jamais elle ne repense à cette École remplie de filles en robe de chambre. Un autre monde. »

« - Et le soir, tu fais quoi ? Tu vas à des réunions encore ?
- Oui, mais les temps ont changé. C'est le temps des réunions de femmes. Le temps des combats pour l'avortement libre et gratuit. Le temps de la lutte contre le viol. Viol de nuit, terre des hommes.
- Alors, le soir, Nous se rend discrètement, non sans timidité, à des réunions féministes, au lieu de réviser ses poèmes ?
- Oui, et elle rédige des tracts qui disent "notre corps nous appartient".
- Permets-moi de sourire. Elle se rend donc dans une tour de la faculté de Jussieu où se tient le comité de soutien au peuple chilien ?
Oui. Ampoules qui pendent de plafonds aux coffrages démolis. Chaises précaires. Je vais à mes réunions, mes réunions, mes réunions. Pompidou meurt. Je prends des notes. Giscard est élu. Je prends des notes, assises sur un radiateur éteint. Je lis, je lis, je lis le tendre Antonio Gramsci. Je prends des notes. L'indifférence est le pire des crimes/ J'étudie. Je travaille probablement cent fois moins que les autres. Mais comment comparer ma vie et celles des autres. Celles que je vois par la fenêtre ouverte ne sont que des destins imaginés.
Ce qui est sûr : je sais désormais prendre des notes ( du moins on peut l'espérer).
En mai, le concours de l'agrégation. Vingt-deux ans. On m'agrège. J'attends. Mais quoi ? Que la vie commence ! »

« - Il ne l'aime plus ?
- Peut-être ne l'a-t-il jamais aimée. Peut-être. Comment savoir ? Voici ce qui s'est passé : ils vivaient tous les deux dans une bergerie en pierres sèches, sans eau courante, sans électricité, elle à écrire, lui à rêver. C'était bien. C'était l'été. Cigales, tomates en terrasse, odeurs de prunes, vols de moustiques. Le soir, la lampe à pétrole se balançait au vent. Il y avait, inoubliables, les odeurs d'eucalyptus. Et Consuelo les a rejoints. Elle travaillait avec Nouk.
- Consuelo ?
- Une camarade chilienne.
- Une rescapée du coup d'Etat ?
- Oui. Ce soir-là, Nouk les a vus. Il caressait les cheveux lisses et doux de Consuelo. Il avait passé une veste sur des épaules nues, car elle frissonnait dans la nuit. Toutes les deux regardaient la mer, au loin. 
- Et alors ?
- Je ne sais pas, c'était limpide. Ils s'aimaient. Le mot prenait enfin sens. Nouk était enceinte, Berg l'abandonnait. OK.
- Elle n'a rien dit ?
- Chacun est libre, non ? Qu'aurait-elle dit ? Elle est partie pleurer comme une idiote dans la garrigue. Elle s'est mise, bizarrement, à cracher un peu de sang. Et puis voilà.
- Et elle est restée ?
- Oui, elle est restée, mais , par un mécanisme étrange, c'est elle qui est devenue la prisonnière. Plus elle luttait pour les droits et la liberté des femmes, plus le filet qui l'étranglait déjà se resserrait. Parce qu'il l'avait abandonnée, Berg avait peur désormais de la perdre. »

« - Tu ne peux pas raconter dans l'ordre ?
- Les choses finissent toujours par ressembler à la manière dont elles ont commencé. Alors, oui, je reprends du début. »

« - Réunions du matin, réunions de bilan, réunions de projets, c'est là que vous apprenez tous à faire semblant de travailler, à faire des phrases, à vous mettre en avant, à vous vanter, c'est très français. Mais on perd son temps. Ah ça, vous savez prendre des notes et parler dans le vide pendant des heures, mais quoi d'autre ? Ici, chacun est libre, tu comprends, libre, vraiment libre, chacun fait son travail, tu n'es même pas obligée de faire tes horaires, tu viens quand tu veux, tu pars quand tu veux. Je veux que les types qui travaillent avec moi aient les mêmes droits et les mêmes devoirs que moi. Ce qui compte, c'est le résultat. Et tu n'as plus aucun prétexte pour ne pas faire de ta vie une oeuvre d'art. Remarque, avec des enfants, ce n'est pas très bien parti. »

« La vie de Nouk à sa grande surprise est désormais une vie d'employée de maison d'édition comme les autres, routinière et prévisible. Employée avec enfants. Elle n'avait pas imaginé cela, mais elle s'y est habituée très vite.
Il suffit de ne penser à rien, sinon aux choses à faire. Fais ton petit programme, comme dit Werther.
- C'est ce que tu voulais, non ? Être normale ? »

« [...] l'imprévu nous ramène à l'essentiel. »


Quatrième de couverture

À dix-huit ans, Nouk pensait que le monde allait changer de base. Il semblerait que quelque chose ait mal tourné...
Nouk est rebelle, insolente. Quand Olaf l'embarque dans sa maison d'édition, elle n'imagine pas qu'il puisse un jour se séparer d'elle. C'est pourtant ce qu'il fait. N'a-t-elle vraiment rien vu venir ?
Avec Werther, c'est autre chose. Ce grand éditeur, excentrique et visionnaire, devient son mentor. Mais il se montrera incapable de la protéger.

Cinglant, poétique, d'un humour féroce, Les Enchanteurs jette un regard lucide sur le mélange détonant que forment le sexe et le pouvoir dans l'entreprise.
Mais c'est d'abord la désillusion, la colère et la mélancolie que convoque ici Geneviève Brisac, dans un hymne à la résistance, c'est-à-dire à la vie.

Geneviève Brisac construit une oeuvre d'une absolue sincérité tout en s'attachant à transmettre sa passion pour les grandes écrivaines qui ont marqué la littérature. Lauréate du prix Femina avec Week-end de chasse à la mère (L'Olivier, 1996), elle a récemment publié avec succès Vie de ma voisine et Le Chagrin d'aimer (Grasset), ainsi qu'un recueil d'essais, Sisyphe est une femme (L'Olivier, 2019).
 
Éditions de l'Olivier,  janvier 2022
183 pages