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samedi 20 juin 2026

Les Soeurs Blue ★★★★☆ de Coco Mellors

J'ai dévoré ce roman 💙
Difficile de lâcher les sœurs Blue tant elles sont extravagantes, attachantes, agaçantes parfois, mais profondément humaines. Coco Mellors - que je découvre avec ce roman - signe un roman vibrant sur la famille, le deuil, l'addiction, la culpabilité et surtout sur ce lien si particulier qui unit les sœurs.

Sa plume est fluide, vive, drôle, juste. J'ai ri beaucoup, j'ai été émue aussi. J'ai tourné les pages sans m'en rendre compte tandis que je découvrais les failles, les blessures et les espoirs de chacune de ces quatre femmes. J'ai aimé leurs personnalités si différentes, leur cheminement, leurs erreurs, leurs combats. J'ai surtout aimé les voir s'aimer malgré tout ce qui les a tiraillées et meurtries.

Il y a des passages sur la boxe que j'ai trouvés vraiment forts. Bien plus qu'un simple sport, elle apparaît ici presque comme une métaphore de la vie ✨️ apprendre à encaisser, à répondre plutôt qu'à réagir, continuer à avancer malgré les coups.

« Une sœur n'est pas une amie. »
Une phrase simple qui ouvre sur des pages magnifiques sur ce lien originel, complexe, indéfectible, parfois douloureux aussi.

Cette lecture a d'ailleurs trouvé un écho très personnel en moi. J'ai une sœur jumelle avec laquelle j'ai pris mes distances pour diverses raisons. Alors, à plusieurs reprises, je me suis retrouvée dans ces pages. Je me suis souvenue de nous, avant que nos vies d'adultes, de femmes, d'épouses et de mères, avant que certains événements douloureux ne nous éloignent. Une lecture qui n'a donc pas toujours été confortable, mais qui m'a touchée en plein cœur.

Les passages consacrés à la douleur, au deuil et à l'addiction m'ont saisie aussi 🥺 Coco Mellors trouve les mots justes pour parler de ce qui semble parfois impossible à exprimer. 
« C'est la famille, [...] l'origine de tout le réconfort et de tout le chaos de la vie. »
Un roman généreux, émouvant, lumineux malgré les épreuves qu'il traverse. Un très beau moment de lecture 🤍

« Une sœur n'est pas une amie. Comment expliquer ce besoin de réduire une relation tellement originelle et complexe au lien banal et remplaçable qu'est l'amitié ? C'est pourtant un réflexe de notre époque, pour désigner le plus haut degré d'intimité possible. Ma mère est ma meilleure amie. Mon mari est mon meilleur ami. Non. En vérité, être sœurs, ça signifie avoir grandi dans la même matrice, avoir les ongles qui ont poussé dans le même utérus, avoir été propulsées en hurlant par le même canal pelvien, donc non : ce n'est pas la même chose qu'être amies. On ne se choisit pas, et on n'a pas la chance de profiter de cette période furtive lors de laquelle on apprend à se connaître.
On fait partie l'une de l'autre, depuis le premier instant. Vous n'avez qu'à regarder un cordon ombilical - robuste, sinueux, disgracieux et pourtant essentiel - et le comparer à un bracelet d'amitié tissé et coloré. La voilà, la différence entre une sœur et une amie. »

« « Vivre à L.A., c'est comme sortir avec quelqu'un de très beau mais qui n'a rien d'intéressant à racon-ter, décréta Avery. Au début c'est sympa, parce que quand même, c'est beau à regarder, mais on finit par se rendre compte qu'on a besoin de fréquenter des gens qui lisent des livres et qui ne se sont pas fait refaire le nez. »
Bonnie fronça les sourcils. Avery avait-elle seulement mis les pieds à L.A. au cours de la dernière décennie ? Comment pouvait-elle prétendre savoir ce que c'était que d'y vivre ? »

« À l'entraînement, Bonnie avait appris la différence entre répondre et réagir. Répondre consistait à se servir des outils qu'on lui avait enseignés afin de contrer une attaque, de manière froide et objective et en accord avec sa stratégie. Réagir, en revanche, c'était fonctionner uniquement à l'adrénaline, ce qui exposait en général à plus de danger encore. Dans la lumière du petit matin, au milieu de son salon vide, Bonnie baissa les yeux sur ses chaussures et ses pieds ravagés. Et pour la première fois depuis la mort de Nicky, elle s'autorisa à pleurer. »

« - J'avais arrêté de venir pendant un petit moment.
- Pourquoi ?
- Honnêtement ?
- Ouais.
- Je n'étais plus capable d'écouter les gens parler de Dieu en boucle.
Charlie avait haussé les sourcils.
« Continue.
' Disons que... J'en avais assez d'entendre dire que la Puissance Supérieure ne nous éprouve pas au-delà de ce qu'on peut supporter. Si c'était le cas, il n'y aurait pas les viols, les enfants battus, l'inceste, les violences domestiques, et les gens ne souffriraient pas de stress post-traumatique ou de trauma complexe ou d'addictions invalidantes, qui découlent tous directement du fait d'être éprouvé au-delà de ce qu'on peut supporter. » »

« Je crois que les choses arrivent, avait-elle dit. Point barre. Ça s'arrête là. Il nous arrive des choses et on doit apprendre à vivre avec, tant qu'il n'est pas question de suicide, bien sûr. Si on arrive à y trouver du sens, tant mieux, mais dans le cas contraire, on doit quand même vivre avec. Le sens, on le plaque dessus après coup, c'est une façon de s'anesthésier. "Arrivent" est le seul mot dans cette phrase qui soit empirique. Le reste, ça aide juste à dormir la nuit.  »

« Le langage savait s'en saisir, mais pas la mater. Chaque fois que Nicky tentait de trouver les mots justes, la douleur semblait changer de forme. Parfois, elle disait que c'était un élancement sourd, funeste et implacable, comme un ciel s'obscurcissant avant l'orage. Parfois, c'étaient des décharges électriques brûlantes qui lui vrillaient tout le corps et la forçaient à se plier en deux, le souffle coupé. Ou bien elle disait qu'elle sentait comme des vagues déchaînées, qui gagnaient en puissance avant de venir s'écraser sur le rivage. Et ce rivage supplicié qui luttait inlassablement, c'était son ventre. Et une fois que la douleur avait disparu, Nicky se mettait à l'attendre comme un mari volage parti en claquant la porte mais qui finirait toujours par revenir. Parfois, disait-elle, l'attente était pire que le mal.
Si les mots étaient défaillants, les chiffres ne valaient guère mieux. Combien de fois avait-on demandé à Nicky d'évaluer sa propre douleur sur une échelle de un à dix ? C'était un casse-tête insoluble : en choisissant un chiffre trop bas, elle était presque certaine de ne pas obtenir de quoi suffisamment la soulager et en visant trop haut elle se ferait traiter d'hystérique et ne serait pas entendue. Quel était le nombre magique ? Elle avait tenté six, sept, huit, neuf... Elle n'avait jamais osé s'envisager comme un dix. Avery l'avait vue se tordre de douleur dans des salles d'attente d'hôpital et dans des cabinets de médecins, à essayer désespérément de trouver la combinaison adéquate de mots et de chiffres qui déverrouillerait l'accès au soulagement permanent. »

« C'est la famille, [...] l'origine de tout le réconfort et de tout le chaos de la vie. »

« L'amour qu'elle portait à ses sœurs était trop problématique, trop envahissant. »

« La main humaine n'est pas taillée pour détruire. Vingt-sept os dans chacune, pour la plupart pas plu épais qu'une cigarette slim. C'est pourquoi un bon bandage est essentiel, et c'est là que l'entraîneur entre en scène. La transformation cosmique que tout boxeur doit subir avant d'entrer sur le ring, cette révolution qui le fait passer de mortel à combattant, démarre à l'instant où l'entraîneur commence à lui bander les mains. »

« En Angleterre, il y avait un dicton chez les fans de football : C'est l'espoir qui tue. La défaite est toujours plus amère quand on s'est laissé aller à espérer la victoire. Ne pas rêver au-dessus de ses moyens, c'était ainsi qu'aimaient vivre les Britanniques. L'instinct de se protéger sous couvert de pragmatisme. C'était ainsi que leur mère avait toujours fonctionné. Mais Avery était américaine. Elle croyait à l'espoir, elle en avait bouffé au petit déjeuner, au même titre que ses céréales et que les infos locales qui racontaient les exploits de gens ordi-naires qui avaient sauté sur les voies du métro pour sauver de parfaits inconnus. Et il n'y avait pas meilleure allégorie de l'espoir que l'abstinence. »

« Et si l'addiction était de famille, peut-être la guérison l'était-elle aussi. Oh, voilà qu'il était de retour, enflant démesurément à l'intérieur d'elle, ce penchant puéril, haut en couleur, typique-ment américain: l'optimisme. Peut-être que ça fonctionnera pour Lucky, songea-t-elle. Peut-être que tout ira bien pour elle. Elle ne pouvait s'en empêcher. Ces peut-être fleurissaient en elle, puissants et poétiques comme des pissenlits, ces mauvaises herbes ravissantes qui s'invitaient sans prévenir et savaient toujours trouver les fissures où pousser. Elle laissa l'espoir monter, monter et monter encore. »

« D'après mon expérience, [...] c'est ne pas faire qui est le plus difficile. »

Quatrième de couverture

« Ce portrait complexe de quatre soeurs est extrémement nuancé et captivant. »
Vogue

Les sœurs Blue sont aussi exceptionnelles et inoubliables qu'elles sont différentes :

Sérieuse et responsable, Avery semble être la fille aînée parfaite. Mais cette avocate à Londres cache une liaison secrète qui risque de bouleverser sa vie.

Déprimée après sa première défaite, Bonnie voit sa carrière de boxeuse remise en question. Alors qu'elle tente de se reconstruire à Los Angeles, un acte de violence va l'obliger à fuir la police.

Lucky, la benjamine rebelle, est mannequin à Paris où elle passe son temps de soirée en soirée avant que ses excès ne la rattrapent.

Un an après la mort soudaine et accidentelle de Nicky Blue, ses trois sœurs se rendent à New York pour empêcher la vente de l'appartement familial.
Entre crises et disputes mais aussi fous rires et gestes d'amour, elles tentent tant bien que mal de surmonter leurs difficultés et de trouver leur chemin.

Un roman vif, drôle et émouvant de l'étoile montante de la littérature américaine.

Éditions Calmann Levy,  mars 2026
494 pages
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Marie de Prémonville 

vendredi 6 mai 2022

Vies et morts de Stanley Ketchel ★★★★☆ de James Carlos Blake

Une biographie romancée d'un boxeur de légende
, Stanislaus Kaicel (1886–1910), alias Stanley Ketchel.
Révéler ou imaginer l'intime, s'emparer du parcours d'un homme, peindre ses tranches de vies, le visiter l'égratigner, retranscrire ses combats dans les moindres détails, ses multiples combats, ses K.O administrés avec une rare violence, ses douleurs, ses rages. Nous amener à comprendre comment Stanislaus est devenu Stan the Man aux yeux des plus grands boxeurs. 
Stanley Ketchel avait un père pas simple, de ceux qui cognent. Il a rendu tous les coups sur le ring comme en dehors du ring. Et nous lecteurs, on en prend aussi des coups. 
Si vous aimez la boxe et la violence inhérente à ce sport, les personnages aux vies multiples, aux morts multiples aussi, vagabonder, sauter de wagons en wagons, alors n'hésitez pas. La vie de Ketchel n'est pas des plus inspirante, peut-être ; elle est celle d'un écorché qui a utilisé comme langage, celui des poings.
J'ai profondément aimé marcher dans les pas de ce célèbre boxer, et avec lui, entrapercevoir Jack London, et parce qu'en fond, c'est aussi l'Histoire et ses tendances, ses mœurs qui laissent une empreinte et donnent un puissant intérêt à ce roman. 

« Il entendit parler des coups de grisou qui avaient causé la mort de dizaines de mineurs. il entendit parler des violentes luttes ouvrières en Pennsylvanie, dans le Kentucky, le Colorado, des combats de rue entre les grévistes et la police soutenue par les détéctives de l'agence Pinkerton, de grévistes abattus, tabassés jusqu'au sang, emportés dans le fourgons. Il entendit souvent les mêmes histoires amères sur l'assassinat du président McKinley, deux ans auparavant, par un étranger, un misérable dont on n'arrivait même pas à prononcer le nom et encore moins à l'écrire, un anarchiste huileux, l'exemple même qui prouvait que ces hordes de sales immigrants qui envahissaient le territoire américain allaient semer la discorde et corrompre la race, un salaud, un lâche qui avait tiré par surprise sur un homme qui lui tendait la main. Puis il entendit tout un tas de rumeurs sur le successeur de McKinley, le jeune Roosevelt, héros de la récente guerre contre l'Espagne à Cuba, un homme de l'Ouest par l'esprit et peu importait qu'il fût né à l'Est une cuillère d'argent dans la bouche, un homme qui promettait de diriger le pays avec une main de fer dans un gant de velours, programme pour lequel Stanislaus éprouvait une vive admiration. »
« London couvrait le combat pour le San Francisco Chronicle. Il avait trente-quatre ans et paraissait plus en forme qu'il ne l'était vraiment. Ketchel avait entendu parler de lui, bien sûr, et il s'excusa de n'avoir lu aucun de ses livres.
- Oh, au diable, c'est sans importance. Mais à bien réfléchir, j'ai là quelque chose qui pourrait retenir votre attention. 
Il sortit un petit volume de sa serviette et se mit à écrire quelques mots sur la page de titre puis il le tendit à Ketchel. 
- Tenez, Champion, J'espère que ça vous plaira.
C'était un exemplaire de La Route, avec cette dédicace :

À Stanley Ketchel,
Dont les poings transmettent une vérité poétique
Bien plus forte que n'importe quelle plume.
Avec mon admiration sans bornes.
Jack London »
« - Tu vas te contenter de regarder, chéri ? dit la fille. Ou tu vas te décider à faire quelque chose ?
Sur ce, London passa sa langue dans la fente de son décolleté et toute la tablée hurla de rire.
La nuit se prolongeait dans un brouillard toujours plus épais, un tintamarre de notes de ragtime et de rires tonitruants, avec parfois le bruit d'un verre cassé suivi du cri joyeux d'une fille.
À un moment, London demande à Johnson s'il couchait avec des Blanches simplement pour choquer la société des Blancs. 
- Hé mon pote, bien sûr que non ! répondit Johnson, qu'est-ce que j'en ai à faire de ce que pense la société des Blancs !
- C'est parce que nous, il ne peut pas nous dire ce qu'on a à faire comme avec ces Blanches avec leurs petits culs, dit une des filles.
- Hé, ma petite, personne t'a sonnée, dit Johnson. La vraie raison c'est toutes les Noires avec qui j'ai couché m'ont trompé, et je dis bien toutes. Alors que les filles avec des petits doigts de pied roses ne m'ont jamais fait ça. 
- Pauvre Little Arthur, dit la fille sur ses genoux en caressant son crâne chauve, on est si méchantes avec vous, les salopes de Noires.
- La vérité absolue, merde ! dit Johnson en montrant ses dents en or et passant sa main dans le dos de la fille. »

« La plupart des gens par ici te diront que la région la plus belle des Ozarks est un peu plus au Sud, dit le colonel. Et je ne peux qu'être d'accord avec eux. Il y a des montagnes, là-bas, même si quelqu'un comme toi qui as vu les Rocheuses rirait de ce que les habitants du Missouri considèrent comme des montagnes. C'est plutôt de grosses collines, traversées de ravins et de rivières encaissées, avec des grottes un peu partout. Il y a parfois des vallées si profondes et étroites et si boisées que le soleil ne perce jamais à travers le feuillage. Le plus souvent elles sont plongées dans le brouillard. C'est vrai que c'est bien joli, mais c'est un enfer que d'essayer de faire pousser quoi que ce soit sur ces rochers. Alors que par ici j'ai pu planter un peu de maïs, un peu de blé. 
Tout ce que Ketchel savait des Orzaks, c'est que pendant la guerre de Sécession, c'était l'une des régions où régnaient de terribles bandes d'irréguliers confédérés comme celle de William Clarke Quantrill et Bloody Bill Anderson. Il avait lu les récits de leurs exploits audacieux. Il voyait maintenant pourquoi ces bandes s'étaient aussi bien débrouillées. Ce pays était idéal pour monter des embuscades. »
« - Je sais ce que tu veux, mon salaud ! Mais c'est pas possible. Tu ne peux pas me battre. Je sais que t'en crèves, mais tu ne peux pas et je sais que tu serais prêt à risquer ta vie pour y arriver. Mais tu vois... j'ai pas envie de te tuer seulement parce que t'es prêt à l'accepter. »

« ... Il est accroché sous un wagon de marchandises par une nuit étoilée et il rit à une blague que vient de faire le hobo qui s'appelle Steamer et il voit l'autre qui s'appelle Eight Ball qui tombe et qui se fait déchiqueter et il se souvient des hivers de Butte à vous geler les os et de la puanteur des étés et de l'absence de couleur et d'oiseaux et les yeux si parlants de Kate Morgan et son cul magnifique et les rires et quand il lui apprend à tirer au revolver et il l'aime plus qu'il n'aimera jamais personne sur terre et le brouillard bleu de San Francisco comme un rêve et de la jolie Molly à la Saint-Sylvestre si heureuse puis si effrayée et le combat contre Joe Thomas la nuit sous l'orage et les rires avec les merveilleuses soeurs Arapaho quand ils dansaient ensemble tous les trois et qu'elles le convainquaient de se faire tatouer et tous ces jours merveilleux dans les camps d'entraînement et les parties de poker avec Joe O'Connor et The Goat et quand il s'est fait prendre à tricher et le train qui traverse ce pays d'une beauté inouïe et la déception de Billy Papke sur son visage ensanglanté après leur dernier combat et la rousse aux côtés de Jack Johnson et ses seins comme des pêches et lui qui se demande s'ils sont couverts de taches de rousseur et le gros costaud de Jack à terre qui lève les yeux vers lui incrédule et qui rit avec ces dents en or tandis qu'il frappe encore une fois Jeffries et qu'il agite le bras pour dire aurevoir dans sa Packard jaune et la magnifique dédicace de Jack London qui titube sur la table chez Raul en gueulant à propos de la poussière et des cendres et la grande vie à New York avec Willie Britt et les fleurs écrasées sur sa tombe et Jewel qui lisait sur son derrière et Evelyn qui lui montrait la meilleure place au théâtre et qui sanglotait dans son oreiller et sa mère au piano et lui et John en train de chanter et Killer Kid Tracy qui dit où est-ce qu'on envoie le corps...
... Il rit il saigne et ... »

Quatrième de couverture

Stanislaus Kaicel (1886–1910), alias Stanley Ketchel, est considéré comme l’un des meilleurs boxeurs poids moyens de l’histoire. D’origine polonaise, il fuit un père alcoolique et violent, vagabonde à travers l’Amérique misérable et trouve une place de videur de saloon dans le Montana. Un monde de mineurs violents, de capitalistes impitoyables et de prostituées au grand coeur, qui va lui donner sa chance. Dur, agressif et sans scrupule, Ketchel monte sur le ring pour vivre une carrière aussi fulgurante que tragique. Surnommé “l’assassin du Michigan”, il battra par K.-O. tous les adversaires de sa catégorie pour oser affronter, en 1909, le champion des poids lourds, Jack Johnson, lors d’un combat féroce qui deviendra mythique et changera son destin. Entre les derniers saloons de l’Ouest sauvage et les grands hôtels de New York, sa destinée de champion maudit, flamboyant et charismatique revêt les accents d’une authentique épopée américaine.

Sacrément dur et étonnamment émouvant.
KIRKUS REVIEWS

James Carlos Blake naît au Mexique en 1947 dans une famille mélangeant des ascendances britanniques, irlandaises et mexicaines. Il émigre aux États- Unis où il est successivement mécanicien, chasseur de serpent, préposé à l'entretien d'une piscine dans une prison puis professeur dans un collège. En 1995, son premier roman, L’Homme aux pistolets, sur le célèbre hors-la-loi John Wesley Hardin, remporte un grand succès.

Auteur d’une dizaine de romans, d’essais et de biographies, il aime brosser les portraits flamboyants de bandits, célèbres ou non, de marginaux et de personnalités historiques hautes en couleur. Il est notamment lauréat du Los Angeles Times Book Prize et du Southern Book Award.

Éditions Gallmeister,  septembre 2020
378 pages
Traduit de l'américain par Elie Robert-Nicoud

vendredi 22 février 2019

Quand Dieu boxait en amateur ★★★★★♥ de Guy Boley


Superbe. Un uppercut littéraire, oui. L'image coule de source, ce livre parle entre autres de boxe, l'auteur en parle d'ailleurs tellement bien. 
« Ce n'est rien d'autre que ça, la boxe : adrénaline fleurdelisée sur liberté incandescente. Une vie  d'éclair, de rédemption, un naufrage sans radeau où celui qui se noie n'ira pas plus profond que le bleu du tapis. Elle est bien loin de ce que d'aucuns en disent : sport violent où deux tas de viande abrutis se martèlent le visage. La boxe n'est pas un jeu. On joue à la raquette, on joue au ballon rond. On ne joue pas à la boxe. C'est pour cela qu'on l'appelle le noble art. Car il faut de la noblesse pour monter sur un ring. »
Un hommage vibrant, attendrissant à son père. Ce livre ... pour le glorifier. Le déifier. Et sanctifier son nom sur l'autel païen qu'on nomme littérature.
Une touchante histoire d'amitié.
Une excellent moment de lecture; Guy Boley manie les mots comme un boxeur manie ses poings, avec puissance et précision, et beaucoup de talent. Des mots, des phrases, des paragraphes percutants, touchants, qui donnent des frissons, qui enchantent.
Des mots qui parlent de la vie, simplement. Et je suis tombée sous le charme de sa plume. 
Rendez-vous donc pris avec son précédent opus Fils du feu.
« Je n'ai compris cela qu'après. Il faut que les gens meurent pour que le linceul devienne ce palimpseste où leur vie fut écrite avec leur destinée, et non avec celle qu'on leur avait, de leur vivant, forgée. »


« Oui, elle a dû ressembler à ça : à une grande solitude océanique, morne et triviale, la joue sur le carrelage, le corps sur la moquette. Et le vide sidéral de toute sa vie passée l'aspirant dans cette dignité.
[...] les rêves n'enfantent que chimères, et les chimères des trous au creux de l'estomac...
On ne choisit pas son enfance, on s'acclimate aux pièces du puzzle, on bricole son destin avec les outils qu'on a sous la main...
[...] si courette est le diminutif de petite cour, on devrait dire ruette pour une petite rue alors qu'on dit ruelle. Décidément, les voies de la grammaire, semblables à celles du Seigneur, lui sont impénétrables.
Ça fait les hommes, la boxe affirme sa mère. Tout comme la gnôle, les tranchées, l'enclume ou le pas de l'oie.
Faut grandir ? Soit, grandissons. Travailler ? Soit, travaillons. Toujours il obéit. A sa mère, à la vie, à la petite et à la grande Histoire. Au destin qu'il se forge, entre enclume et marteau, phalanges et sac de frappe.
... le combat se rapproche. Pas le plus important, juste un petit. Un de ceux qui, aboutés et gagnés, préludent au championnat suprême, celui pour lequel tout boxeur digne de ce nom accepte de croiser les gants, celui dont la victoire vous met la ceinture à la taille et inscrit votre nom au panthéon de la boxe.
Il pense que la boxe n'est pas une métaphore de la vie, mais son eucharistie : prenez et frappez car ceci est mon corps. »

Quatrième de couverture

Dans une France rurale aujourd’hui oubliée, deux gamins passionnés par les lettres nouent, dans le secret des livres, une amitié solide. Le premier, orphelin de père, travaille comme forgeron depuis ses quatorze ans et vit avec une mère que la littérature effraie et qui, pour cette raison, le met tôt à la boxe. Il sera champion. Le second se tourne vers des écritures plus saintes et devient abbé de la paroisse. Mais jamais les deux anciens gamins ne se quittent. Aussi, lorsque l’abbé propose à son ami d’enfance d’interpréter le rôle de Jésus dans son adaptation de La Passion de Notre Seigneur Jésus-Christ, celui-ci accepte pour sacrer, sur le ring du théâtre, leur fraternité.
Ce boxeur atypique et forgeron flamboyant était le père du narrateur. Après sa mort, ce dernier décide de prendre la plume pour lui rendre sa couronne de gloire, tressée de lettres et de phrases splendides, en lui écrivant le grand roman qu’il mérite. Un uppercut littéraire.

Éditions Grasset, août 2018
180 pages
Sélection Prix Goncourt 2018



Guy Boley est né en 1952. Après avoir fait mille métiers (ouvrier, chanteur des rues, cracheur de feu, directeur de cirque, funambule, chauffeur de bus, dramaturge pour des compagnies de danses et de théâtre) il a publié un premier roman, Fils du feu (Grasset, 2016) lauréat de sept prix littéraires (grand prix SGDL du premier roman, prix Georges Brassens, prix Millepages, prix Alain-Fournier, prix Françoise Sagan, prix (du métro) Goncourt, prix Québec-France Marie-Claire Blais).