dimanche 3 mai 2026

Hamnet ★★★★☆ de Maggie O'Farrell

Lire Hamnet, c'est entrer dans une histoire que l'on croit connaître et découvrir qu'elle ne parle pas de ce que l'on imaginait.
William Shakespeare reste en retrait. Ici, tout gravite autour d'Agnès. Une mère. Une femme à part, en décalage, attentive à ce que les autres ne voient pas, les plantes, les souffles, les signes infimes. Une femme que certains jugent étrange, mais qui semble simplement habitée par une autre manière d'être au monde.
« Les autres mères de cette ville, à cette heure, beurrent les tartines de leurs enfants, leur servent le ragoût. Mais celle de Susanna... Celle de Susanna se donne en spectacle, comme toujours, à s'arrêter brusquement pour observer les nuages, pour murmurer quelque chose à l'oreille d'une mule, pour ranger un bouquet de pissenlit dans ses jupons. »
Ce qui frappe, c'est la manière dont Maggie O'Farrell donne à voir la vie dans ce qu'elle a de plus concret, les gestes du quotidien, les enfants qui grandissent, les tensions dans une maison trop pleine et puis, sans prévenir, le malheur. Le roman devient alors une traversée du manque. Un manque qui ne se dit pas toujours, mais qui imprègne tout. Qui se glisse dans les silences, dans les habitudes qui continuent malgré tout, dans cette sensation vertigineuse que tout peut être repris à n’importe quel moment.
Agnès, elle, ne compose pas avec l'absence. Elle la traverse. Entièrement. Dans son corps, dans ses gestes, dans sa façon d'habiter le monde après.
En parallèle, se dessine quelque chose de plus discret. Comment une vie, avec ses joies et ses pertes, peut se transformer en création. Pas une explication, plutôt une résonance avec Hamlet.
Ce que j'ai aimé, profondément, c'est cette écriture sensorielle, presque organique. Ces scènes empreintes de la matière, un grenier, des fruits, des voix d'enfants, du vivant ! Ce foisonnement de vie (sauvage) m'a presque surprise, comme si j'avais oublié à quel point il pouvait manquer, parfois, dans ma vie d'adulte.
Lu en deux jours, comme happée, sans vraiment m’en rendre compte. Mais j'ai quand même l'intuition que ce livre me restera longtemps en mémoire. 
Un livre à ressentir ❤️ Un livre de l'intime. 
Il me reste à découvrir l'adaptation cinématographique de ce livre et I am I am I am de cette autrice sur les conseils d'Émilie @emlespetitsplaisirs !

 NOTE HISTORIQUE

« Dans les années 1580, un couple qui habitait Henley Street, dans la ville de Stratford, eut trois enfants: Susanna, puis Hamnet et Judith, des jumeaux.

Le garçon, Hamnet, mourut en 1596, à l'âge de onze ans.

Quatre ans plus tard environ, son père écrivit une pièce de théâtre intitulée Hamlet. »

« Les autres mères de cette ville, à cette heure, beurrent les tartines de leurs enfants, leur servent le ragoût. Mais celle de Susanna... Celle de Susanna se donne en spectacle, comme toujours, à s'arrêter brusquement pour observer les nuages, pour murmurer quelque chose à l'oreille d'une mule, pour ranger un bouquet de pissenlit dans ses jupons. »

« Le silence [...] est une arme puissante. »

« Les pommes alignées par dizaines bougent, tressautent, tanguent, chaque fruit logé dans un creux spécialement taillé pour lui dans les étagères de bois qui occupent les murs de ce petit grenier. 
Saute, saute, tangue, tangue.
Elles ont été placées ici avec soin, de cette manière précisément queue vers le bas, étoile du calice au sommet. La peau ne doit pas toucher celle de sa voi-sine. Les fruits doivent demeurer ainsi tout l'hiver, juste maintenus par ces creux taillés dans le bois, chacun séparé par la largeur d'un doigt, ou ils s'abîmeront. S'ils se touchent, des taches marron apparaîtront, qui les feront ramollir, moisir, puis pourrir. Ainsi doivent-ils être conservés, en rangs, séparés, queue vers le bas, dans cette atmosphère confinée.
Les enfants de la maison se sont vu attribuer cette mission : cueillir les fruits sur leurs branches torturées, les empiler dans des paniers, les emporter jusqu'ici, dans le grenier à pommes, et les aligner sur ces éta-gères, soigneusement séparés par la même distance, afin de leur permettre de s'aérer, de se conserver, de leur durer l'hiver et le printemps, en attendant que les arbres recommencent à donner.
Mais ce jour-là, les pommes bougent. Remuent, encore et encore, d'un côté puis de l'autre, ballottées, poussées, obstinément. »

« Eliza devra, a déclaré Mary, partager son lit avec Agnes jusqu'à ce que le mariage ait lieu. Sa mère a fait cette annonce les lèvres pincées, rigides, sans regarder Eliza dans les yeux, tandis qu'elle étendait sur le lit une couverture supplémentaire. Le regard d'Eliza s'était alors posé sur la moitié de la paillasse, près de la fenêtre, inoccupée depuis la mort de sa sœur Anne. En levant les yeux, elle s'était aperçue que sa mère faisait de même, elle avait eu envie de lui demander: Penses-tu à elle, te surprends-tu parfois à guetter le son de ses pas, de sa voix, de sa respiration la nuit, car cela m'arrive à moi, constamment. Je reste convaincue qu'un jour, je me réveillerai et la trouverai près de moi, comme avant; que tout cela n'aura été qu'un pli, une ride dans le temps, et que tout reprendra comme à l'époque où elle vivait et respirait. »

« Assis par terre, jambes tendues, le petit garçon fait tomber les aiguilles, une par une, d'un air grave, dans un bol en bois, avant de les remuer avec une cuillère. Eliza écoute les chapelets de sons qui jaillissent en même temps que son souffle, tandis qu'il mélange: un « gui » pour « aiguille », un « iza » pour « Eliza », un « oup » pour « soupe ». Les mots existent, pour qui sait écouter. »

« Quelles que soient les tensions qui existent entre elles et ces tensions, bien sûr, sont nombreuses pour qui vit dans une telle promiscuité, avec tant à faire, tant d'enfants, de bouches à nourrir, de repas à préparer, de vêtements à laver, à repriser, d'hommes à surveiller, à rassurer, à apaiser, à conseiller, à cet instant, Agnes et Mary ne font plus qu'une. Alors que d'ordinaire, les plaintes, les piques, les frictions sont monnaie courante entre elles ; les disputes, les chamailleries, les soupirs ; alors que l'une peut s'en aller jeter aux cochons le repas préparé par l'autre sous prétexte de le trouver trop salé, trop grossier ou trop épicé ; alors que les sourcils se soulèvent devant le moindre ouvrage reprisé, le moindre vêtement confectionné, la moindre broderie. Alors que leur quotidien est ainsi fait, dans un moment tel que celui-ci, toutes deux fonctionnent comme les deux mains d'un même corps. »

« Elle et le médecin s'observent un moment, par cette lucarne à travers laquelle sa mère passe d'ordinaire ses remèdes à ses clients. C'est à cet instant qu'Hamnet se rend compte, doté de cette acuité propre à l'enfant qui se prépare à devenir homme, que ce monsieur n'aime pas sa mère. Qu'il la méprise. Cette femme vend des remèdes, fabrique ses propres médicaments, prélève des feuilles, des pétales, de l'écorce, des jus, saurait com-ment aider les gens. Ce monsieur, comprend-il tout à coup, aimerait la voir tomber malade. Sa mère lui vole ses patients, son travail, son argent. Comme le monde adulte, à cet instant, lui paraît étrange, si complexe, si glissant! Comment pourra-t-il un jour s'y frayer un chemin ? Comment réussira-t-il ? »

« Ce qui est donné peut être repris, à n'importe quel moment. La cruauté et la dévastation vous guettent, tapies dans les coffres, derrière les portes, elles peuvent vous sauter dessus à tout moment, comme une bande de brigands. La seule parade est de ne jamais baisser la garde. Ne jamais se croire à l'abri. Ne jamais tenir pour acquis que le cœur de vos enfants bat, qu'ils boivent leur lait, respirent, marchent, parlent, sourient, se chamaillent, jouent. Ne jamais, pas même un instant, oublier qu'ils peuvent partir, vous être enlevés, comme ça, être emportés par le vent tel le duvet des chardons. »

« De nouveau, il éprouve cette sensation qui depuis toujours l'habite que Judith est l'autre face de lui, qu'ils s'imbriquent, elle et lui, comme les deux moitiés d'une coquille de noix. Que sans elle il est incomplet, perdu. Que sur sa face demeurera pour le restant de ses jours une plaie béante, à l'endroit où Judith lui aura été arrachée. Comment vivra-t-il sans elle ? Cela est impossible. Cela serait comme demander à un cœur de vivre sans poumons, comme dépouiller le ciel de la lune et dire aux étoiles de la remplacer, comme croire que l'orge peut pousser sans pluie. Comme par magie, des larmes sont apparues sur ses joues à elle, des graines d'argent. Il sait que ces larmes sont les siennes, tombées de ses yeux à lui, mais elles pourraient aussi bien être à elle. Car ils sont un, les mêmes. »

« Même à travers le brouillard de l'épuisement, même sans avoir encore pris sa main, Agnes sait qu'il l'a trouvée, l'a embrassée, l'habite cette vie qu'il devait vivre, ce travail pour lequel il était fait. Ce constat la fait sourire, là sur ce lit voir ce dos si droit, ce torse bombé, ce visage duquel s'est envolée toute inquiétude, toute colère, qui rayonne de satisfaction. »

« Je suis mort ;
Toi, tu vis ;
puise ton souffle dans la douleur, Pour raconter mon histoire. »
Hamlet, acte V, scène 2 

« Hamlet, là, sur scène, est deux personnes à la fois : le jeune homme, vivant, et le père, mort. Vivant et mort à la fois. Son mari l'a ramené à la vie, de la seule manière qu'il pouvait. Tandis que le fantôme parle, Agnes voit que son mari, en écrivant ces mots, en s'attribuant le rôle du fantôme, a pris la place de son fils. A pris la mort de son fils, l'a faite sienne ; s'est placé entre les griffes de la mort pour faire ressusciter son fils. « Ô horrible! Ô horrible ! Très horrible ! » murmure son mari d'une voix macabre, rappelant l'agonie de ses dernières heures. Son mari a fait ce que n'importe quel père aurait fait, a échangé sa place, a pris pour lui la souffrance de son fils, s'est offert pour que son petit garçon puisse vivre. »

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Quatrième de couverture

Un jour d'été 1596, dans la campagne anglaise, une petite fille tombe gravement malade. Son frère jumeau, Hamnet, part chercher de l'aide. Agnes, leur mère, cueille des herbes médicinales dans les champs, et leur père est à Londres pour son travail. Tous deux sont inconscients de cette maladie, de cette ombre qui plane sur leur famille et menace de tout engloutir...

Une écriture splendide pour une histoire bouleversante. Celle d'un frère et d'une sœur unis par un lien indéfectible, d'un couple atypique marqué par un deuil impossible, d'une maladie « pestilentielle» qui se propage. Mais surtout, tendre portrait d'un petit garçon qui inspira à son père, William Shakespeare, sa pièce la plus célèbre.

Sur l'auteure

Née en 1972 en Irlande du Nord, Maggie O'Farrell a grandi au pays de Galles et en Écosse. À la suite du succès de son premier roman, Quand tu es parti, elle a abandonné sa carrière de journaliste littéraire pour se consacrer à l'écriture. Elle est l'auteure de La Maîtresse de mon amant, La Distance entre nous, L'Étrange Disparition d'Esme Lennox, Cette main qui a pris la mienne, lauréat du prestigieux Costa Book Award 2010, En cas de forte chaleur, Assez de bleu dans le ciel, I am, I am, I am et Hamnet, lauréat du Women's Prize for Fiction, et élu meilleur livre 2020 par le Guardian et le New York Times.

« Un fascinant roman sur l'amour, la liberté, la fraternité, le deuil. Une épopée intemporelle. »
L'Express

« Un roman d'une beauté folle. »
Olivia de Lamberterie - ELLE

« Une lecture d'une puissante densité. »
Christine Ferniot - Télérama

Éditions de l'Observatoire,  mai 2022
399 pages
Traduit de l'anglais (Irlande) par Sarah Tardy

mercredi 29 avril 2026

La forêt barbelée ★★★★☆ de Gabrielle Filteau-Chiba

Un recueil qui m'a traversée.
Dans la lignée de "Mes forêts".
Avec, en ouverture, les mots de Cécile Coulon ❤️
« Être capable d’écrire et de dire "je viens en paix", vous n’imaginez pas l'ampleur du geste, ce qu'il faut changer de soi-même pour vivre autrement. »
« je viens en paix »
On croit que c'est simple. Ça ne l'est pas.

Certains poèmes résistent. Je n'ai pas insisté. Je les ai laissés faire. Les sensations, elles, sont restées.

Huit ans seule, en forêt.
Gabrielle Filteau-Chiba ne raconte pas.
Elle encaisse. Elle apprend. Elle tient.
Les saisons ne sont pas un décor. Elles attaquent. Elles déplacent. Elles obligent.

Ici, rien n’est confortable.
« vague de froid
les clous éclatent dans les murs
les cordes du piano droit cèdent

rationner toute chose
onces de courage
lampées de feu
rameaux
énergie »
Même le courage se rationne.

Et nous ?
Nous coupons.
Nous traquons.
Nous détruisons.
Avec méthode.
Avec des mots propres pour salir moins.

Et au milieu de tout ça, ses mots.
Bruts. Vivants. Indociles.

Une ode au sauvage.

Et quelque chose en moi se souvient.
Courir.
Marcher longtemps.
Se laver dans une rivière glacée, l'été,
quand la peau brûle presque du froid.
Rejoindre une cabane.
Regarder la montagne en silence.

Être là, simplement. Sans posséder. Sans prendre.

Une traversée âpre et lumineuse, au rythme des saisons.
Une poésie qui griffe autant qu'elle console.
Et qui, doucement, remet le vivant à sa place. Et nous avec.

Le challenge d'avril #laouviventleslivres sur le thème de la forêt m'a inspirée 😉
Quatre livres, trois forêts.
Celle, intime et habitée, d'Hélène Orion et de Gabrielle Filteau-Chiba ; celle, mémorielle et troublée, de Jean-Yves Jouannais dans "Une forêt" ; et celle, âpre et frontale, que l’on traverse chez Caroline Hinault dans "Traverser les forêts".
Quatre manières d'entrer en forêt, et d'en ressortir un peu moins indemne.

« Vous qui n'avez pas encore lu les romans ou les poèmes de Gabrielle Filreau-Chiba, je vous envie et trépigne à vos côtés pour savoir ce que ce sera, pour vous, une fois ce recueil refermé, une fois ses livres lus et relus, ce que ce sera donc de savoir qu'on peut écrire comme cela, c'est-à-dire avec une douceur vertigineuse vissée dans l'âme, douceur éloignée volontairement des grandes villes, douceur violente dans son exil, fragile et sauvage, oui, c'est cela qui parfois manque à la poésie contemporaine, de la dou-ceur fragile et sauvage, capable de dévaster sur son passage quelques idées de carton construites, quelques immeubles aussi, et de suspendre le temps à la branche d'un arbre sous lequel l'autrice a choisi de vivre, d'écrire, de respirer.

En tant qu'autrice, je suis avide de celles et ceux qui comprennent le besoin de se glisser à la marge d'un système pour en révéler ses dysfonctionnements, pour redonner au temps qui passe toute la longueur, toute l'épaisseur de chaque seconde, pour être apprivoisés par la forêt, par la tempête, par les grandes émotions du ciel, et de raconter tout cela à travers les formes qui nous conviennent, le roman, le poème, l'illustration. Gabrielle Filteau-Chiba est de celles qui rassurent l'autrice que je suis par les thèmes qu'elle aborde, la façon dont elle les aborde, et la douceur, encore, qu'elle y injecte.
En tant que lectrice, je suis émerveillée : chaque année, ou plutôt chaque paire d'années, une voix s'élève, nouvelle, on se dit mais pourquoi personne ne m'en a parlé avant, mais comment ai-je pu passer à côté ? Et l'on est si heureux de reconnaître cette voix, de se dire que d'autres livres sortiront, d'apprendre que le poème, si parfait dans sa sauvagerie, sera lui aussi de la partie.

Pour Gabrielle Filteau-Chiba, la forêt est une cathédrale : ici, à Clermont-Ferrand, la cathédrale, c'est un phare. J'admets que c'est cette phrase qui m'a poussée vers ses textes: j'y ai décelé ce murmure qui court dans les très bons livres, ce souffle, à la fois discret, explosif, mais qui encore une fois prend son temps, pour dire, expliquer, ressentir. Il y a dans cette écriture un déploiement sensuel rare. Gabrielle Filteau-Chiba écrit qu'elle crie pour ne pas qu'on entende trembler sa voix, mais n'est-ce pas exactement la définition de l'écriture ? De cet acte si simple et indéfinissable où le tremble-ment n'est recouvert que par les mots solides et le style haut ? Aurait-elle pu écrire j'écris pour ne pas qu'on entende trembler ma voix ? Je ne veux pas me mettre à sa place, mais j'ai hâte d'avoir la réponse !

Gabrielle Filteau-Chiba a quitté un emploi à Montréal, à l'âge de vingt-trois ans, pour aller vivre sur la rive sud du fleuve Saint-Laurent, dans la forêt, entre les murs d'une cabane, sans électricité. Celles et ceux qui ont passé une bonne partie de leur adolescence à rêver en lisant Walden ou la Vie dans les bois sentent s'allumer cette petite lumière d'admiration, de stupeur, à ceci près que Thoreau habitait à dix minutes de chez ses parents, qu'il mangeait chez sa mère quatre fois par semaine. Pas vraiment le cas de Gabrielle Filteau-Chiba, qui a dit, lors d'une interview au moment de la sortie de Sauvagines, qu'en arrivant dans la forêt, elle avait peur de tout, de son ombre, des coyotes, des bruits, et qu'en même temps un grand fou rire, une grande joie s'était emparée d'elle, que ces trois années furent trois années de joie pure, de lecture, d'apprentissage des sons, des styles de bûches - la température descend jusqu'à moins quarante-, la solitude évidemment, et le retour au temps long, percé par les hiboux, les coyotes, les oiseaux.

Là où les trois romans de l'autrice embrassaient pleinement la question de l'éco-anxiété, du sentiment d'urgence à protéger les arbres primaires, de la nécessité de se battre et de porter sa sensibilité en étendard, ses poèmes prennent, encore, une sente ténue. Ils font un pas de côté dans le grand pas de côté, une cachette dans la cachette: là on chasse celui qui croit chasser, on traque le braconnier, on se fait traqueur pour ne plus se sentir traquée. Les poèmes n'évacuent pas la question politique, mais cette question est tendue entre deux êtres qui se pourchassent, sous les arbres :

Nature d'amour
si tu m'aimes en retour
aide-moi 

Dans la peur, dans le doute, dans la cuirasse que la poétesse revêt pour chasser le chasseur, il y a, en cathédrale, la prière, évidente, sublime, qui me touche et m'émeut plus  que je n'ose le dire, car cet appel c'est celui qu'on a dans le cœur et dans la bouche lorsque l'on fait partie de celles et ceux qui ont moins peur en forêt que dans le métro, de celles et ceux qui préfèrent les bruissements de feuilles mortes au raffut du trafic aérien, et qui savent rester des heures avec eux-mêmes, encabanés dans leur corps et leur mémoire. La prière à la nature, à la nature d'amour, raconte une autre histoire : celle des peuples qui protègent plus qu'ils n'abîment, qui rendent hommage plus qu'ils n'avilissent, qui cachent plus qu'ils ne traquent. Les vers de ces poèmes sont saisissants de simplicité et de rage : la douceur est nourrie par le sentiment d'urgence, par la nécessité absolue de faire corps avec le paysage. Gabrielle Filteau-Chiba lui parle, à cette forêt, à cette nature, elle la convoque, la supplie aussi.

Impossible de ne pas être envahie par l'amour, la colère et la douceur, à la lecture de ces poèmes. L'œuvre est comme un tableau où les lignes bougent sans cesse à l'abri des regards des visiteurs : les couleurs sont vagues et multiples, les traits tirés et défaits en mille branches, terriers et nids, les personnages sont plus des ombres que des corps, menaçants, des ombres qui arrachent et salissent par le sang, des ombres qui vendent et retournent et tuent, l'autrice elle, le répète :

je viens en paix

Ça aurait pu être je crois le titre de ce recueil, un titre mais aussi un hurlement désespéré, car comment faire avec les corps que nous avons, les vies que nous vivons, les animaux que nous tuons, pour dire en arrivant dans la forêt « je viens en paix » ? La grande force des poèmes c'est d'être capable de le dire, de le faire, d'y croire. Dans la peur qui inonde tout, il y a cet espoir fou, venir en paix dans la forêt. Se saisir de son vertige, écrit Gabrielle Filteau-Chiba, nous ne savons plus faire cela, au mieux nous le contournons, au pire il nous jette dans la fosse, au pire du pire nous le remplissons de très grosses voitures et de fourrures à tête de renard.

C'est cela que nous propose la poétesse de ses terres, qui sont pour nous terres de larges paysages, de froids inimaginables et d'accents vivants : apprendre à dire « je viens en paix ».
D'où que nous soyons nous avons appris les guerres, les conflits, les combats, nous avons récité que ces guerres, ces conflits et ces combats furent nécessaires, gagnés ou perdus, nous nous sommes enfoncés dans l'histoire comme dans du coton mouillé. Gabrielle Filteau-Chiba renverse ce que nous avons appris par cœur, ses poèmes sont des leçons, pas celles de l'école ni celles de nos parents, des leçons de l'âme, du sensible, du silence interieur. Être capable d'écrire et de dire « je viens en paix », vous n'imaginez pas l'ampleur du geste, ce qu'il faut changer de soi-même pour vivre autrement. Le dernier combat sera contre ce mauvais sentiment que nous portons en nous, la certitude d'être plus fort que la nature qui nous entoure.

Vous qui bientôt lirez les premières pages de ce recueil, je vous envie d'entrer en lieu sacré du cœur car ici, dans ces poèmes, entre ces arbres couverts de neige, de brume ou de fumée, la voix d'une poétesse est pareille au grand feu qui éclaire les hommes sans brûler leur cabane.

Cécile Coulon »

« j'ai la phobie du noir des gens 
de me tromper de sentier 
de tomber sur tu sais qui

je l'entends qui tire 
à toute heure d'la nuit 
j'ai trouvé des crânes troués

j'essaie de faire ma forte 
en même temps 
j'ai peur à l'infini »

« je caresse ma première chienne 
ma sang-mêlée chérie 
traqueras-tu avec moi 
ceux qui osent nous braconner »

« éclairez-moi 
pourquoi on se plie aux lobbys 
si l'argent ne se mange pas

comme disaient mes profs de droit 
t'as pas la note de passage 
parce que t'as rien compris

le crime doit être commis 
on dédommage après coup 
inondation d'argent liquide

et la poussière va sous le tapis »

« tu dormiras enfin tout ton saoul 
du sommeil des planteuses d'ail 
des jardinières maraîchères 
des accoucheuses de miracles

saisis ton vertige à deux mains 
et ramone comme une grande

prends toujours de l'avance 
prépare-toi au pire 
au froid

graisse et débarre les fenêtres 
aère tes esprits

n'oublie jamais d'ouvrir les clés 
il faut une fente qui aspire 
les tracas les tristesses 
et laisse entrer la joie »

« je viens en paix

parce que la seule martre 
que je connais n'a que trois pattes 
je comprends qu'elle prenne l'eau 
m'évite comme calamité

trop tard 
est-il trop tard

parce que je rêve encore moi 
au retour des amitiés fortuites 
de coureuses-rieuses des rives 
qui se croisant se saluent

petite 
je viens en paix 
lis dans mes paupières basses 
mes mains vides 
tendues en désarroi 
toutes les excuses de mon espèce

l'homme en chasse est loin maintenant 
ne t'en fais pas »

« je reprends le sentier des avalanches 
songe à tout ce que j'y ai enfoui
haricots iroquois
vivaces alpines
bulbes de lys

lubies

j'aurai au moins des bouquets 
de médecines douces et d'épices 
à en combler le grenier 
de mes doutes

le précipice 
de mes origines »

« cannage

je voudrais mettre en pots 
des réserves de pluie 
faire rougir à contre-soleil 
mon huile de millepertuis

je voudrais mettre en pots 
l'avertissement des tamias 
des miels et des baumes 
mille réserves de joie

les années nostalgies 
les immortaliser 
tresses de foin d'odeur 
couronnes de cornouiller

je pourrais mettre en mots 
mon instinct de survie 
et tout l'espoir 
en moi »

« ne plus courir

pourquoi se faire aller le globe 
c'est jamais mieux ailleurs

j'ai pourtant d'la chance du bois cordé 
du cannage des bouts de chandelles 
des allumettes des briquets 
enfin ma propre tanière

mais je ronge mon frein quand même 
dans l'antre des murènes 
je fomente sans répit 
des plans d'évasion

j'ai toujours envie de m'en aller 
telles mes amies d'eau vive 
ondines fées furtives 
jamais attrapées

pour ne plus fuir 
faut-il se barbeler »

« l'irrévérence est une hérésie en soi »

« dewors

ça commence mal à matin 
les mésanges sont parties 
une scie à chaîne de malheur 
chuinte un peu trop près 
à mon goût

comment donc qu'on bûche accidentellement 
qu'on couche sans honte aucune 
une vingtaine de mes belles 
au bois dormant

elles et moi nous avions 
le même âge

timber

j'expire ma fumée
le bûcheron me tend des verts 
quatre-vingts huards froissés 
la valeur marchande de mes sœurs 
décapitées 

je crache à terre 
un mauvais sort vers toi 
mauvais karma exposant deux 
c'est tellement pas 
tellement pas 
la première fois

plus tard je me servirai de rubans blancs 
pour marquer clairement mes limites

chercheurs de trouble 
dewors

c'est chez nous 
on tue pas toute icitte »

« kintsugi

j'aime le marin des faïences 
sur les porcelaines crème et blanches 
et les vaisselles les plus polies 
celles dont les fêlures se parent 
des couleurs de mes baies confites

elles m'apprennent à faire la paix 
à sucrer mes amertumes 
à mettre en lumière ces blessures franches 
là où j'ai cédé

à voir le sourire dans mes rides 
à composer avec les saisons 
à admirer les failles 
les manquements 
avec indulgence

belle brisée 
recolle tes morceaux 
laque tes plaies 
orne-les des plus douces 
poussières d'or »

« il y a sous la neige 
et l'herbe dessous 
tant d'espoirs fertiles 
en dormance »

« vague de froid

les clous éclatent dans les murs 
les cordes du piano droit cèdent

rationner toute chose
onces de courage
lampées de feu
rameaux
énergie»

« nocturnes

dehors
forêt noire
domaine ébène

je préfère de loin 
les présences 
qui acceptent de négocier

elles me flairent 
et quand je hurle
elles reculent

dans mon fanal 
la flamme à mèche courte 
ne tremble plus »

« silence

gorgée
présage d'embâcles

suées
frissons d'eaux de vie

je remue-ménage la lie 
cherchant encore au fond 
à trier mes pommes pourries

dans cette tranchée mienne 
il y a un silence d'intendance 
qui vaut franchement la peine »

« gouttes de pluie

métronome de la fonte 
seaux pleins d'eau grise 
mon toit fuit plus vite 
que la sève des érables

je pleure en silence 
mes dégâts matériels

grand'pa dirait 
pour me consoler 
il faut apprivoiser 
les fins d'épreuves aussi

je rafistole la gouttière 
la pluie lave mes reins

j'ai su j'en suis fière 
enfiler les hivers 
gardant vivants en moi 
d'invincibles soleils »

« carpe diem

une femme 
m'a lu les paumes

m'a avoué désolée 
que mes lignes de vie 
étaient bien bien courtes

je la remercie 
chaque jour »

« éden

les larmes chaudes 
déboulent

la marée monte

moi aussi j'ai les joues peintes 
maintenant striées

le cœur militant

les espoirs cartonnés
dans l'encre partout
la poésie civile
gueule

il est où le bonheur promis
si notre éden qui se meurt 
on nous le marginalise
si on nous enferme
nous empêche
de le défendre »

« baleines

elles m'ont soufflé des graves 
une mélodie presque une supplication

berceuse triste chantée seulement 
lorsqu'on sait de source sûre 
qu'on se quittera

qu'on va peut-être 
mourir bientôt

l'île comme moi en tremblait de tout son long

je me pince 
je dis non

si vous êtes là 
ô beautés monumentales 
c'est qu'il y a des chances 
qu'on peut rêver d'océans 
où l'on ne reconnaîtra plus 
les reines à leurs cicatrices »

« primevères

je n'ai plus besoin de retenir mon souffle
les abeilles sont revenues
les mâles s'amourachent 
des primevères

la rivière se lisse de pollen 
phosphorescent

je pense aux univers minuscules 
essentiels »

« enchâssées

nous les mères qui veillent 
les gardiennes des enfants 
nous interjetons appel 
encore et encore

le poing haut 
l'avenir au ventre 
le front en sueur 
l'âme en larmes

nous ne livrerons pas 
nos veines rivières 
à vos plans charlatans 
de mises à mort »

« il faut être junkie d'espoir
pour refaire forêt 
et ne pas perdre le moral 
à la voir qui recule
et recule encore »

Quatrième de couverture

Pendant huit ans, Gabrielle Filteau-Chiba a vécu au cœur de la forêt québécoise. Seule dans une cabane, elle a dû apprendre à vivre dans ce nouvel environnement.
Répartis en quatre saisons, ses poèmes témoignent de cette quête de sens. Ils décrivent son apprentissage des dangers de la nature et son adaptation progressive. Dominée par la beauté de la flore et de ses occupants, sa poésie met également en garde contre les menaces qui continuent de planer sur ces territoires sauvages.

« J'en viendrai 
là c'est clair 
à aimer la pénombre 
à préférer au jour 
mes nuits de veille 
raconter le ruisseau gelé 
la soif du lac abreuvoir 
ce quelque part où enfin 
étancher toutes les bêtes en moi »

Gabrielle Filteau-Chiba est née à Montréal en 1987. En 2013, elle quitte le confort d'une vie citadine pour vivre isolée dans la région du Kamouraska. Elle est l'autrice d'une trilo-gie romanesque remarquée: Encabanée (Le Mot et le Reste /Folio), Sauvagines et Bivouac (Stock / Folio), en cours d'adaptation au cinéma.

Éditions Castor Astral,  mars 2024
113 pages 

Mes forêts ★★★★☆ de Hélène Orion

Après avoir traversé La Forêt de Caroline Hinault, j'ai ouvert Mes forêts de Hélène Orion, et, à bien des égards, j'y ai retrouvé les miennes.
Ses mots m’ont ramenée à mes propres souvenirs, mon enfance sur les sentiers corses et drômois, des voyages au Québec, dans les Rocheuses, les forêts qui aujourd'hui m'entourent... J'y ai retrouvé les odeurs d'hier et d'aujourd’hui, les murmures, les craquements, le souffle, les bruissements, ceux de la forêt, mais aussi ceux du temps.
La forêt comme refuge. Comme échappatoire salutaire.
Mais aussi comme territoire vivant, parfois rude, jamais apprivoisé.
« mes forêts sont des rivages 
accordés à mes pas la demeure 
où respire ma vie »
Ce recueil est une traversée sensible, une promenade qui éveille et remue.
Hélène Orion y interroge notre lien au vivant, notre place, notre manière d’habiter le monde.
À lire pour s'élargir. Pour se souvenir. Et peut-être, reprendre le sentier de notre humanité.

« … une porte ouverte sur la force des mots pour dire le monde. Et l'aimer. »

Challenge #laouviventleslivres 🌿💚


« Le tronc

tout un champ de colonnes 
effleure les nuages

lentes cicatrices 
dans la bouche de l'hiver 
un visage d'épines insoumises

les forêts entendent nos rêves 
et nos désenchantements »

« Les brèches

maintiennent la vie 
dans sa fragilité

l'aube s'infiltre 
touche l'écorce blessée

qu'en est-il du chaos 
qui flotte
dans le bégaiement des feuilles

la forêt défriche 
en moi tant d'années »

« Le temps

comme s'émiette la tour
on dirait une pluie de chimères
venues accabler la terre

on n'a pas vu la feuille 
qui se froissait
pas vu les déchirures
dégriser le vent»

« Le feu

qu'on entend venir 
on dirait une bête 
prête à tout dévorer

au milieu d'un champ 
de longues allumettes 
soudain la flèche 
soudain l'embrasement 
du cortège redouté

le feu promet l'éclaircie 
qui donnerait envie de grandir »

« Mes forêts sont un champ silencieux
de naissances et de morts 
la mémoire de saisons 
qui se lèvent et retombent

mes forêts sont du temps qui s'immisce 
à travers tronc branche racine 
elles traversent le feuillage du jour 
capturent l'ombre     capturent l'éclat

elles sont la solitude disséminée 
comme poussière de notre passage 
une poignée de roches 
qui savent les âges       mes forêts 
sont des traits de craie noire 
les lettres désarticulées de mots 
inconnus d'un matin qui hésite à venir

elles sont des ossements 
que lèche l'invisible 
une géométrie de souffles 
et de pas qui se perdent

mes forêts sont lièvres et renards 
jungle d'insectes qui scintillent 
un soir d'été quand c'est l'hiver 
elles sont coyote ours noir orignal 
sittelle geai bleu mésange »

« Où aller sans commencement et peut-être sans fin »
SILVIA BARON SUPERVIELLE 

« écoute

l'écho de nos rêves 
dans le vent qui s'enfuit 
le souffle des mers 
nous enlace comme un corps 
choses muettes et nues 
que ton chant accorde 
pour éclairer le néant 

une fleur déchire le silence 
un mouvement d'herbes le froisse 
écoute les cloches          les pétales 
la chair et la joie »

« mes forêts sont des rivages 
accordés à mes pas      la demeure 
où respire ma vie »

« Aux aguets, nous faisons écho
Aux rumeurs de l'abîme »
KATHLEEN RAINE 

« Le jeune érable frémit 
sous les coups du tonnerre 
la foule autour de lui 
hurle contre le vent

quand j'ai ouvert les yeux 
ce n'était plus à l'intérieur 
de moi que la pluie s'immisçait

le bois racontait une histoire 
d'air rouillé      de pas égarés 
dans le brouillard de l'aube

grandir    disait-il 
ne suffit pas 
à remplir le cœur »

« À l'instant où 
rien ne s'est encore passé

avant qu'un rayon 
ne presse d'éclore 
le premier bourgeon
avant la première fleur
à l'instant où rien ne remue 
sur la toile
c'est encore l'infini

quand le cœur ignore 
les erreurs de l'enfance »

« Où avons-nous été, et pourquoi descendons-nous ? »
ANNIE DILLARD 

« Avant l'horizon

La terre a commencé à recueillir nos histoires

dans les arbres et sous la couche d'humus 
au creux des vents et des vagues 
parmi les fissures de pierres 
qui encerclent les feux 
des voix se sont levées

on a bu au sein de la mère 
on a mis la main dans celle du père 
autour de la table les places ont été assignées 
et l'on a prononcé le mot famille

on l'a ouvert très grand 
jusqu'à l'humanité 
puis on l'a refermé sur nos intimités

on a recouvert nos épaules de fourrures 
mangé la chair des bêtes 
brûlé leurs carcasses

avec la cendre 
on a nourri d'autres bêtes 
enrichi le sol 
inventé d'autres matières

puis nos mains ont dessiné 
quelques traits sur les murs d'une grotte

l'art allait nous protéger de la haine

mais la haine a continué

la porte du ciel s'est refermée 
sur le babil des peuples
et les peuples se sont séparés

on a piétiné la terre des uns 
volé celle des autres
on a arraché des enfants à leur famille
on leur a inculqué nos croyances
on a balayé leurs rituels    enseigné notre dieu
chassant avec lui l'esprit de la Lune
et du Soleil   celui des saisons     de l'humain
de la Terre

on a dit que le coyote     l'ours blanc 
nous appartenaient 
que les oiseaux volaient dans notre ciel 
les poissons nageaient dans nos mers 
[...]
puis la main se met à écrire 
invente des forêts imaginaires 
et des visages s'y promènent

l'horizon est apparu 
le monde aurait une histoire »

« dans le paysage du temps

la nuit s'approfondit

et l'on se met à rêver 
du haut des falaises de Rilke 
dans la forêt de Dante 
on voit le passé 
déjà      on lit le futur 
on aperçoit l'aigle et la corneille 
qui déchirent le rideau de l'histoire 
pour rejoindre nos pas

on traverse le bois de Walden 
la mémoire des saisons de Zanzotto 
les paysages intérieurs 
d'Hopkins        les clairières de Zambrano

vers la connaissance de soi 
on a marché      on s'est plongé 
dans le long travail de l'amour 
on a trébuché 
rebondi      puis chuté de nouveau

le temps jamais ne s'arrête 
nous dit l'arbre
           nous dit la forêt

et sur la branche du présent

un poème murmure
un chemin vaste et lumineux
qui donne sens
à ce qu'on appelle humanité »

« mes forêts sont un long passage 
pour nos mots d'exil et de survie 
un peu de pluie sur la blessure 
un rayon qui dure 
dans sa douceur

et quand je m'y promène 
c'est pour prendre le large 
vers moi-même »

Quatrième de couverture

Hélène Dorion, première Québécoise et première femme vivante au programme du baccalauréat, vit environnée de lacs et de forêts, de fleuves et de rivages, de brumes de mémoire et de vastes estuaires où la pensée s'évase. À travers cette expérience immersive dans la forêt des mots, elle nous invite à traverser les paysages pour aller vers « ce que l'on nomme humanité ».

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En supplément : un entretien exclusif avec Hélène Dorion, ainsi qu'un dossier consacré à la poésie, la nature et l'intime, pour élargir les horizons du lecteur et lui donner envie de poursuivre le voyage. 

Éditions Bruno Doucey,  2021, 2023
155 pages