jeudi 2 novembre 2017

Le triomphe de Thomas Zins ★★★★☆ de Matthieu Jung

Une belle découverte pour moi et pour laquelle je remercie vivement les éditions Anne Carrière et Babelio Masse critique. Un moment de lecture assez troublant, parfois déroutant, assurément très dense, une plongée réelle et vertigineuse, dans la France des années 1980, de l'ère Mitterrand, dans une société qui broie les singularités.

Un pavé de 750 pages (un peu long et fastidieux, peut-être aurait-il mérité d'être raccourci quelque peu) que j'ai dévoré, les pages se tournent très facilement, et il a été impossible pour moi de fausser compagnie à Thomas Zins, le héros, l' anti-héros surtout de cet opus ô combien intrigant. 

Ah cette période déstabilisante et inconstante de l'adolescence, empreinte d’ambiguïté (à l'instar de Thomas, personnage tendre et insensible, fragile et solide à la fois), de doutes comme de rêves, d'interrogations, une période d'initiation, de construction ... dans la rupture parfois, et les désillusions; elle en a fait couler de l'encre. Se révéler aux autres, à soi-même, avec ses différences, ses propres désirs et aspirations, et s'assumer tel que l'on est, ouvertement, et ainsi prendre le pouvoir sur sa propre vie, même si elle se révèle être aux antipodes des standards de la société et d'autrui...Un challenge déjà pas évident à relever à l'âge adulte, alors en pleine puberté, une mission difficile, voire impossible ... pour Thomas Zins. 
«Ils sont là à nous casser les couilles avec leurs droits de l'homme et tutti quanti, mais la vérité c'est qu'un être humain, suffit de le faire souffrir suffisamment fort et suffisamment longtemps pour le transformer en une gentille petite chiffe molle bien obéissante. On peut tuer quelqu'un rien qu'en lui parlant. Quelqu'un à qui tu répètes à longueur de temps quelque chose qu'il ne parvient pas à supporter, s'il n'entend plus jamais nulle part dire le contraire, au bout d'un moment il meurt. Soit il se suicide, soit il tombe malade et il meurt.»
Le triomphe de Thomas Zins est un roman d'apprentissage original, aux notes sombres, que je qualifierais davantage de roman de dés-apprentissage ! Car sans vouloir trop en dire, c'est bien d'une descente aux enfers dont le lecteur se rend témoin en tournant les pages de ce roman.

L'écriture de Matthieu Jung est captivante, riche, très recherchée, le vocabulaire des adolescents de l'époque côtoie un langage parfois très soutenu (morigéner, puînée...un vocabulaire que l'on n'emploie pas tous les jours !), et les portraits des protagonistes sont saisissants.

J'ai aimé les passages que Matthieu Jung insère dans son récit, qui évoquent Tchernobyl ou encore Hiroshima (évoqué dans un très court et édifiant passage ) ou qui relatent certains pans de la vie du grand-père et du père de Thomas Zins, nous donnant notamment des détails très intéressants sur la Guerre d'Indochine et les conflits qui ont impliqué la France, et sur le retour malheureux en France des soldats impliqués dans ces conflits, traités en paria et traînés aux gémonies.
«Un zéro, broyé sans recours par l'Histoire. Dans les manuels scolaires, prévaudrait désormais la version des faits succincte et manichéenne forgée par les gaullistes : pendant la Seconde Guerre mondiale, l'Indochine était un repaie de colons véreux (tautologie) et de pétainistes veules (pléonasme). Dans cette atmosphère méphitique, la graine de héros germait mal.»
Je ne résiste pas à la tentation de partager avec vous ce bouleversant passage sur Hiroshima, qui m'a profondément chamboulée et émue aux larmes :
«Si Enola Gay n'avait pas largué «Little Boy», papa serait mort. [...] «S'il n'y avait pas eu Hiroshima, nous ne serions jamais revenus d'Indochine.» Les Japs auraient exterminé les Blancs, jusqu'au dernier. Ou bien ils auraient laissé les Viets fanatiques exécutés la besogne. La cité Herault, à grande échelle. Dans la marmite bouillante, la marmaille. [...] Si plusieurs dizaines de milliers d'êtres humains n'avaient pas été pulvérisés en quelques secondes, les 6 et 9 août 1945, si des innocents n'avaient pas vu leur peau fondre comme un plastique surchauffé puis se décoller de leur chair en lambeaux noirâtres, si les rescapés n'avaient pas agonisé durant des semaines, rien n'existerait de ce qui est aujourd'hui. Dans les visages de ceux qui n'étaient pas morts sur le coup, les orbites elles-mêmes avaient disparu. En lieu et place des narines et de la bouche, ne subsistaient plus que trois orifices informes, par où circulaient d'ultimes, d'atroces souffrances.Quelle cause mérite-t-elle que tant de martyrs éprouvent ces indescriptibles souffrances ? Imagine que cinquante méduses t'injectent simultanément leur venin. Ou bien pose trois secondes sur ton vente la semelle d'un fer à repasser réglé à pleine puissance. A lors tu sauras à quel prix tu as payé ta vie et à quels procédés, pour se perpétuer, l'humanité recourt.»
Ces courts chapitres, imbriqués dans le récit, n'ont pas de réel lien avec la trame, mais ils n’enlèvent rien à la qualité de cet opus, je dirais même qu'ils ajoutent de la substance et de la profondeur à ce roman. Assurément, un roman d'une grande qualité. Thomas Zins, un être insaisissable ... saisissant, qui ne va me quitter de si tôt ! A découvrir !


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«L'acné juvénile, une taille inférieure de presque dix centimètres à la moyenne nationale, zéro roulage de pelle au compteur et un dépucelage inenvisageable pour cause d'atrophie zobienne auraient démoli n'importe qui, surtout si on ajoute à ces tares un zozotement, des jambes arquées et des cheveux si noirs qu'en cinquième Noëlle Gaudel traitait Thomas de Portugais!Seulement un dur à cuir comme Zins ne s'avoue pas vaincu devant l'adversité. Il rame fort contre le courant pour quitter la mauvaise passe.
Cet entêtement, chez les prolétaires, à confondre miches et nichons, à cause de l'assonance de ces deux noms communs...La simple lecture d'un San Antonio permet pourtant de vérifier que «miches» ne signifient pas «seins» mais «fesses»!
Il n'avait plus autant reniflé depuis la quatrième, le jour où le père Goriot a rendu l'âme à la pension Vauquer sans avoir embrassé un dernière fois ses filles, drame à la suite duquel Thomas Zins a résolu d'abandonner la carrière de footballeur professionnel pour devenir écrivain. Oui, Honoré de Balzac a convaincu le collégien que rien désormais sur terre ne lui procurerait plus de joie que d'agencer des mots en phrases, et des phrases en chapitres, et des chapitres en romans, afin de provoquer émotions violentes et méditations fécondes chez ses «frères humains».
Alors, insurgé sans émeute, diplômé en solitude, encerclé de boudins, l'atrophié zobien Thomas Zin a choisi l'exil.
Ce que sa mère peut énerver Thomas, parfois...Elle et ses amies fustigent sans arrêt les bonshommes, n'empêche qu'à l'heure d'aller se faire trouer la peau sur le champ de bataille, elles ne se bousculeront pas au portillon. Jusqu'à preuve du contraire, les cimetières militaires ne sont pas peuplées de femmes. Ce ne sont pas des poilues qui reposent, anonymes, sous les milliers de croix blanches alignées dans la campagne meusienne. Il est certes affreux de perdre un fils ou un mari ou un frère, mais quand on est une mère éplorée ou une veuve éplorée ou une sœur éplorée la vie continue, alors que quand on est mort, on est mort.[...] Quelle perspective atroce, de mourir à la fleur de l'âge, sans avoir connu l'amour !
Les battements de son coeur s'accélèrent. Il transpire, maintenant ! Il va puer le fauve, à ce train-là. Qu'est-ce que tu veux, bon sang ? C'est satisfaisant, peut-être de te tripoter ta nouille chinoise avant de t'endormir en ressassant les occasions manquées de la journée ? Tu l'aimes, ta vie ? Que préfères-tu ? Rester un éternel adolescent qui se réfugie dans l'imaginaire ou te colleter à la réalité pour infléchir le cours des événements ? Après l'enterrement du père Goriot, est-ce que Rastignac rentre pleurnicher à la pension Vauquer ? Non. En contemplant Paris du sommet d'une colline, il déclare : «À nous deux maintenant !»
- Ah ! socialiste ! Tu veux que je te dise ? Ton Mitterrand, c'est un sâpré salopard. Il nous a fait de belles promesses pour se faire élire, et maintenant, à Pompey, à Neuves-Maisons, il veut nous fermer les aciéries. Mais pas question, pas question. On le laissera pas faire, à la C.G.T.Comment reprocher son égarement idéologique à ce brave mais inculte prolétaire, dont les œillères du stalinisme réduisent le champ de vision historique ? 
Avec l'amour, on guérit de tout.De tout.
Les bourgeois sont bourrés de défauts, d'accord, mais ils connaissent les bonnes manières. À peu près leur seule vertu, d'ailleurs, à ces vachards. Mamie, par exemple. L'exploitation ouvrière, elle s'en tamponne le coquillard, n'empêche qu'à table, si papa sauce son assiette avec un morceau de pain qu'il a planté au bout de sa fourchette, elle s'exclame : «Serge enfin! Où as-tu attrapé cette manie ? » Bientôt, au contact de cette grand-mère de compétition, Céline apprendra à son tour les règles de savoir-vivre.
Durand, un lieutenant homosexuel, s'est attiré les faveurs d'un officier japonais qui, contre paiements en nature, l'a autorisé à organiser un juteux marché noir de denrées alimentaires. Pour les brebis galeuses de cette engeance-là, la devise qui prévaut ici se résume à : «Chacun pour sa peau». L'infortune agit sur les âmes avec l'implacable efficacité d'un révélateur chimique.  
- Comment ça, tu ne te marieras jamais ?- Non, le mariage c'est pour les bourgeois.Quand mamie prend cet air pincé, là, ça signifie qu'elle est vexée, donc que son petit-fils a vidé juste. Bien fait. De temps en temps, elle traite maman de haut, bien lui faire comprendre que papa, l'aîné des enfants Zins, a commis une erreur en la choisissant pour épouse. Et pourquoi a-t-il commis une erreur ? Parce-que maman vient d'une classe inférieure et qu'elle ignore tout des codes sociaux requis. Elle dit ce qu'elle pense, notamment. Or tu ne sais jamais ce que pensent les bourgeois. Si tu commets une gaffe devant eux, ils ne t'en feront pas la remarque, mais ton impair sera noté dans le grand registre invisible qu'eux seuls compulsent et, jusqu'à ton dernier souffle, tu seras catalogué dans la catégorie de «plouc» ou «malotru», et tricard à jamais. 
Parcours magique quotidiennement renouvelé, bonheur de flâner dans les librairies d'occasion lorsque y règne le calme feutré qui précède la fermeture, joie de picorer quelques pages d'un livre au titre attirant, allégresse de dénicher un joyau signé Cavafy, Gripari ou Peyreffitte, bohème déclinante d'un Paris où, les uns après les autres, les cinémas d'art et d'essai et les librairies d'occasion ferment et sont rachetés par de cupides marchands du Temple qui viennent écouler leurs stocks de vêtements. D'ici la fin du mois, les guirlandes de Noël auront terminé de défigurer la ville.
Col roulé Benetton bleu ciel rentré dans son 501, ceinture Façonnable en tissu bleu marine traversé d'une bande rose pâle horizontale et cuir lisse marron foncé aux deux extrémités avec boucle arrondie dorée, mocassins Sebago bleu marine cousus main sur semelle cuir, achetés sept cent cinquante francs chez Caractère, Burlington bleu foncé à losanges blanc et bleu marine, liserés jaunes. En principe, il est paré.
Quand on est adolescent, on ne s'habille pas en fonction de ses goûts, on se contente d'imiter les autres afin d'éviter les bâches - un minimum de jugeote permet de le deviner.
Les doigts croisés derrière sa nuque, il s'applique à distinguer, sur l'écran sombre et infini qui a été déroulé au-dessus de lui, le graphisme étincelant des constellations.»

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Quatrième de couverture

Thomas Zins a quinze ans et il ambitionne de devenir enfin un homme. Le jour de son entrée en seconde, une aventure s’offre à lui, promesse d’un amour absolu, d’un amour de légende. Elle s’appelle Céline Schaller, elle a « de magnifiques yeux gris-bleu, soulignés d’un trait de maquillage trop appuyé, qui donne à son visage quelque chose de vulgaire ». Au premier regard qu’elle pose sur lui, Thomas vibre de tout son être. Dans ce frisson, il puise l’énergie de déplacer les montagnes. Mais à peine a-t-il triomphé que le jeune conquérant fait l’amère expérience de l’insatisfaction. Il lui faut plus, il lui faut tout ! Prêt à vendre son âme à quiconque se propose de le guider dans sa quête de succès mondains et érotiques, il devient la proie de corrupteurs plus aguerris que lui. Mauroy, Fabius et Chirac se succèdent à Matignon. Renaud, Gainsbourg et les Rita Mitsouko occupent les premières places du « Top 50 ». Bernard Giraudeau, Gérard Lanvin et Valérie Kaprisky se partagent le haut des affiches de cinéma. Thomas Zins, pour sa part, passe les « années Mitterrand » à saccager son rêve. Moderne en diable par les dévoilements qu’il opère, le roman d’apprentissage que nous offre Matthieu Jung nous ramène aussi aux classiques du genre, puisque sa figure centrale est celle d’un grand héros romantique.

Editions Anne Carrière, août 2017
750 pages
Prix de la feuille d'or 2017 au Livre



Matthieu Jung est né à Nancy et vit à Paris. Il est l’auteur de Principe de précaution (Stock, 2009) et de Vous êtes nés à la bonne époque (Stock, 2011).




mercredi 1 novembre 2017

L'Art de perdre ★★★★★♥ de Alice Zeniter

«... entre ces poussières, comme une pâte, 
comme du plâtre qui se glisserait ans les fentes, 
comme les pièces d'argent que l'on fond sur la montagne 
pour servir de montures aux coraux parfois gros 
comme la paume, il y a les recherches menées par Naïma
 plus de soixante ans après le départ d'Algérie 
qui tentent de donner une forme, 
un ordre à ce qui n'en a pas, n'en a peut-être jamais eu.»
Naïma, petite fille de harkis, vit en France. Ses origines lui ont été tues, passées sous silence, le silence de la honte, de la peur, un silence que Naïma tentera de comprendre et de taire. 
Et c'est à coup de flash-backs, qu'Alice Zeniter nous fait découvrir l'histoire de cette famille, ce qui l'a poussée à fuir l'Algérie et amenée, en 62, à fouler le sol français. Alice Zeniter remet les pendules à l'heure avec l'Histoire de France, et rétablit, au travers de cette saga familiale sur trois générations, une vérité historique. 
Grâce à la littérature, l'Histoire s'exprime, grâce à la littérature, les silences, les zones d'ombre sont comblés, et elle nous permet, à nous lecteurs, de mieux comprendre l'Histoire, notre histoire passée et ses conséquences sur le présent, ses blessures. 
La Guerre d'Algérie est une période charnière de l'histoire contemporaine française, et pourtant, peu connue. Sauf erreur, elle n'était pas au programme des cours d'histoire du collège et lycée dans les années 90, ou en tout cas, si cette période l'était, je n'en garde aucun souvenir. Un sujet controversé, pour lequel les débats sont encore vifs, et qui ne s'intègre pas dans l'enjeu de mémoire... Pas évident, peut-être, d'évoquer la violence coloniale française, de mettre en lumière des événements jusque là censurés, occultés, niés. 
«Personne ici n'ignore ce qui s'abat quand la France se met en colère. L'autorité coloniale a veillé à ce que sa puissance punitive marque les mémoires. En mai 1945, lorsque la manifestation de Sétif a tourné au bain de sang, le général Duval - capable de mesurer son propre impact sur la population - a déclaré au gouvernement : je vous ai donné dix ans de paix. Au moment où la région du Constantinois sombrait dans le chaos et les cris, certains des hommes de l'Association défilaient sur les Champs-Elysées à grands éclats de cuivre. Sur la large avenue parisienne, ils paradaient, avançaient à pas rythmés, en héros de la patrie. Les femmes agitaient les mains et les mouchoirs. A Sétif, les corps troués étaient alignés sur les bords de route et comptés par l'armée française qui refuserait toujours d'en donner le nombre exact. Ils n'ont pas oublié. Sétif, c'est le nom d'un ogre terrifiant qui rôde, toujours trop proche, dans un manteau à l'odeur de poudre aux pans ensanglantés.»
Pas évident de dire la réalité coloniale...
Alice Zeniter, tout en profondeur, nuances et subtilités, avec empathie, délicatesse, force et courage aussi, et avec une exigence littéraire remarquable, nous donne une édifiante idée de cette réalité, et délivre un message fort. Nous portons en chacun de nous, une manière différente de penser et disposons, selon l'époque, le moment, à chaud, d'outils de penser différents qui nous amène à faire des choix, nos propres choix, pas toujours les bons, peut-être, et sans que l'on ait l'impression, parfois, de choisir ... un camp. 
«Choisir son camp n'est pas l'affaire d'un moment et d'une décision unique, précise. Peut-être, d'ailleurs, que l'on ne choisit jamais, ou bien moins que ce que l'on voudrait. Choisir son camp passe beaucoup de petites choses, des détails. On croit n'être pas en train de s'engager et pourtant, c'est ce qui arrive. Le langage joue une part importante. Les combattants du FLN, par exemple, sont appelés tout à tout fellaghas et moudjahidines. Fellag, c'est le bandit de grand chemin, le coupeur de route, l'arpenteur des mauvaises voies, le casseur de têtes.Moudjahid, en revanche, c'est le soldat de la guerre sainte. Appeler ces hommes de fellaghas, ou des fellouzes, ou des fel, c'est - au détour d'un mot - les présenter comme des nuisances et estimer naturel de se défendre contre eux. Les qualifier de moudjahidines, c'est en faire des héros.»
Un très grand roman, toujours en lice pour le Goncourt, et qui mériterait de l'obtenir.
Un grand merci à Babelio, aux éditions Flammarion et à Alice Zeniter pour ce grand moment de lecture.


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«Une ancienne tradition kabyle veut que l'on ne compte jamais la générosité de Dieu. On ne compte pas les hommes présents à une assemblée. On ne compte pas les œufs de la couvée. On ne compte pas les grains que l'on abrite dans la grande jarre de terre. Dans certains replis de la montagne, on interdit tout à fait de prononcer des nombres. Le jour où les Français sont venus recenser les habitants du village, ils se sont heurtés au silence des vieilles bouches : Combien d'enfants as-tu eu ? Combien sont restés vivre avec toi ? Combien, combien, combien... Les roumis ne comprennent pas que compter, c'est limiter le futur, c'est cracher au visage de Dieu.
Les garçons s'écartent aussitôt mais ne s'enfuient pas [...] Ils s'écartent tout simplement, parce que la présence d'un adulte rompt l'existence du cercle qui n'est un cercle que de garçons, tient par la magie de l'enfance et s'effondre quand les grands veulent l'approcher (parfois, cela serre le coeur d'Ali, parfois cela serrera le coeur de Hamid : cette frontière qu'on ne peut franchir qu'une fois, dans un seul sens).
Malgré le ressentiment, malgré les disputes, la famille opère comme un groupe uni qui n'a pas d'autre but qu celui de durer. Elle ne cherche pas le bonheur, à peine un tempo commun, et elle y parvient. Les saisons la rythment, les gestations des femmes ou celle des animaux, les cueillettes, les fêtes du village. Le groupe habite un temps cyclique, sans cesse répété, et ses différents membres accomplissent ensemble les boucles du temps. Ils sont comme les vêtements d'une même lessive qu'emporte le tambour de la machine à laver et qui finissent par ne plus former qu'une seule masse de textile qui tourne et tourne encore.
C'est ça une guerre d'indépendance : pour répondre à la violence d'une poignée de combattants de la liberté qui se sont généralement formés eux-mêmes, dans une cave, une grotte ou un bout de forêt, une armée de métier, étincelante de canons en tous genres, s'en va écraser des civils qui partaient en promenade.
Le mariage, c'est un ordre, une structure. L'amour, c'est toujours le chaos - même dans la joie. Il n'a rien d'étonnant à ce que les deux n'aillent pas de pair. Il n'y a rien d'étonnant à ce que l'on choisisse de construire sa famille, son foyer, sur une institution qui est durable, sur un contrat évident plutôt que sur le sable mouvant des sentiments.- L'amour, c'est bien, oui, dit Ali à son fils, c'est bon pour le coeur, ça fait vérifier qu'il est là. Mais c'est comme la saison, ça passe. Et après il fait froid.
Regardez bien tout ce qui se trouve autour de vous, fabriquez-vous des souvenirs de chaque branche, de chaque parcelle, car on ne sait pas ce qu'on va garder. Je voulais tout vous donner mais je ne suis plus sûr de rien. Peut-être que nous serons tous morts demain. Peut-être que ces arbres brûleront avant que j'aie réalisé ce qui se passe. Ce qui est écrit nous est étranger et le bonheur nous tombe dessus ou nous fuit sans que l'on sache comment ni pourquoi, on ne saura jamais, autant chercher les racines du brouillard.
Sur les zones fantômes, vidées de leurs habitants, on lâche des bombes et parfois du napalm. Naïma n'en croira pas ses yeux quand elle lira cette information, tant elle a toujours été persuadée que le liquide meurtrier appartenait à une autre guerre, plus tardive, qui en aurait eu l'exclusivité. Les militaires, entre eux, parlent de«bidons spéciaux».Cette guerre avance à couvert sous les euphémismes.
Les bateaux sont énormes et sur la mer, leurs flancs sont un mur de métal. Les bateaux sont énormes, comme l'est la foule qui cherche à embarquer et qui s'agglutine sur les quais. Les bateaux sont énormes mais vus de derrière cette marée humaine qui exige ou supplie d'obtenir une place, ils le sont un peu moins.

Naïvement, elle pense que les coupables des attentats ne réalisent pas à quel point ils rendent la vie impossible à toute une partie de la population française - cette minorité floue dont Sarkozy a dit à la fin du mois de mars 2012 qu'elle était musulmane d'apparence. Elle leur en veut de prétendre la libérer alors qu'ils contribuent à son oppression. Elle répète ainsi un schéma historique de mésinterprétation, amorcé soixante ans plus tôt par son grand-père. Au début de la guerre d'Algérie, Ali n'avait pas compris le plan des indépendantistes : il voyait les répressions de l'armée française comme des conséquences terribles auxquelles le FLN, dans son aveuglement, n'avait pas pensé. Il n'a jamais imaginé que les stratèges de la libération les avaient prévues, et même espérées, en sachant que celles-ci rendraient la présence française odieuse aux yeux de la population. Les têtes pensantes d'Al-Qaïda ou de Daech ont appris des combats du passé et elles savent pertinemment qu'en tuant au nom de l'islam, elles provoquent une haine de l'islam, et au-delà de celle-ci une haine de toute peu bronzée, barbe, et chèche qui entraîne à son tour des débordements et des violences. Ce n'est pas, comme le croit Naïma, un dommage collatéral, c'est précisément ce qu'ils veulent : que la situation devienne insoutenable pour tous les basanés d'Europe et que ceux-ci soient obligés de les rejoindre.
... Hamid a voulu devenir une page blanche. Il a cru qu'il pourrait se réinventer mais il réalise parfois qu'il est réinventé par tous les autres au même moment. le silence n'est pas un espace neutre, c'est un écran sur lequel chacun est libre de projeter ses fantasmes.
La plupart des choses que les femmes ne font pas dans ce pays ne leur sont même pas interdites. Elles ont juste acceptées l'idée qu'il ne fallait pas qu'elles les fassent. Tu as vu à Alger le nombre de terrasses où il n'y a que des hommes ? Ces bars ne sont pas interdits aux femmes, il n'y a rien pour le signaler et si j'y entre, le personnel ne me mettra pas dehors, pourtant aucune femme ne s'y installe. De même qu'aucune femme ne fume dans la rue - et ne parlons pas de l'alcool. Moi je dis que tant que la loi ne me défend pas les choses, je continuerai à les faire, dussé-je être la dernière Algérienne à boire une bière tête nue.
Mais peut-être qu'Ali n'est pas fou, se dit Naïma...Peut-être que la douleur lui donne le droit de crier, ce droit qu'il n'a jamais pris auparavant. Peut-être que, parce qu'il a mal à son corps pourrissant, il trouve enfin la liberté de hurler qu'il ne supporte rien, ni ce qui lui est arrivé ni cet endroit où il est arrivé. Peut-être qu'Ali n'a jamais été aussi lucide que lorsqu'il insulte ceux qui ouvrent sa porte. Peut-être que ces cris ont été étouffés quarante ans parce qu'il se sentait obligé de justifier le voyage, l'installation en France, obligé de masquer sa honte, obligé d'être fort et fier face à sa famille, obligé d'être le patriarche de ceux qui pourtant comprenaient mieux que lui le français. Maintenant qu'il n'a plus rien à perdre, il peut gueuler.»
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Quatrième de couverture

L’Algérie dont est originaire sa famille n’a longtemps été pour Naïma qu’une toile de fond sans grand intérêt. Pourtant, dans une société française traversée par les questions identitaires, tout semble vouloir la renvoyer à ses origines. Mais quel lien pourrait-elle avoir avec une histoire familiale qui jamais ne lui a été racontée ?
Son grand-père Ali, un montagnard kabyle, est mort avant qu’elle ait pu lui demander pourquoi l’Histoire avait fait de lui un « harki ». Yema, sa grand-mère, pourrait peut-être répondre mais pas dans une langue que Naïma comprenne. Quant à Hamid, son père, arrivé en France à l’été 1962 dans les camps de transit hâtivement mis en place, il ne parle plus de l’Algérie de son enfance. Comment faire ressurgir un pays du silence ?
Dans une fresque romanesque puissante et audacieuse, Alice Zeniter raconte le destin, entre la France et l’Algérie, des générations successives d’une famille prisonnière d’un passé tenace. Mais ce livre est aussi un grand roman sur la liberté d’être soi, au-delà des héritages et des injonctions intimes ou sociales.

Editions Flammarion, août 2017
507 pages
Prix littéraire Le Monde 2017
Prix des libraires de Nancy-Le Point 2017



Alice Zeniter est née en 1986. Elle a publié quatre romans, dont Sombre dimanche (Albin Michel, 2013) qui a reçu le prix du Livre Inter, le prix des lecteurs de l'express et le prix de la Closerie des Lilas et Juste avant l'oubli (Flammarion, 2015), prix Renaudot des lycéens. Elle est dramaturge et metteur en scène.





Un grand merci à Babelio et à Alice Zeniter 
pour cette intéressante et chaleureuse rencontre 

En plus => un documentaire cité par Alice Zeniter : L'Avocat de la terreur par Barbet Schroeder

En 62, Ali et sa famille posent le pied en France,
 dans le camp de Joffre (ou camp de Rivesaltes), un enclos de fantômes. 
«Leur histoire en France commence dans un carré de toile et de barbelés.»

mercredi 18 octobre 2017

Seuls sont les indomptés ★★★★★♥ de Edward Abbey

Superbe lecture, superbe plume, une troisième rencontre avec Edward Abbey qui se solde de nouveau par «Waouh» ! 

Je continue de marcher sur les pas d'Edward Abbey. Après «Le feu sur la montagne», sublime et «Désert solitaire», et bien, sublime aussi !, j'ai voulu découvrir ses premiers écrits, comment il avait commencé, quels furent ses premières pensées couchées sur papier. Mettait-il déjà en exergue la force d'une amitié solide ? Décrivait-il déjà si merveilleusement bien les grands espaces sauvages qu'il affectionnait tant ? Avions-nous déjà envie de chevaucher aux côtés de ces personnages aux caractères bien trempés, avides de libertés, de les suivre dans leur combat face à la modernité omniprésente et destructrice ? Sentions-nous déjà la rage qui les animent devant les désastres engendrés par le progrès ?  Allais-je être de nouveau chamboulée, bouleversée par ses mots ? Force est de constater que oui ! 

Edward Abbey distille amour et bienveillance, il allie subtilement poésie et colère, dissémine des touches d'humour et d'ironie pour alléger la rage qui anime ses personnages. En l’occurrence, dans cet opus, Jack Burns, cow-boy solitaire, un indompté au coeur tendre, un réfractaire qui aspire à un mode de vie en osmose avec la Nature, sans artifice, dans des endroits où l'homme blanc n'a jamais mis les pieds (en dehors des toilettes pour femmes !), un Professionnel de la débrouille, prisonnier de la réalité, en quête d'un tunnel pour retourner dans son univers onirique de gamin, un monde de grands espaces, de chevaux et de soleil. Mais un homme dévoué à son ami, Paul Bondi. Ils ont tous deux déjoué la loi militaire en vigueur sur le territoire américain en ne s'inscrivant pas à la conscription en septembre 1948. Paul a été rattrapé par la justice et mis en cellule pour quelques années. Jack chevauchera alors des journées entières à travers les plaines du Nouveau-Mexique pour rejoindre la ville, et tenter de libérer son ami. S'en suivront des dialogues forts et poignants entre les deux hommes, chacun ayant suivi un chemin différent depuis l'époque où ils étaient étudiants, et ayant ainsi une vision divergente de la vie, de la justice, des obligations. L'un est prêt, a toujours été prêt à tourner le dos à la justice, libre de penser, d'agir, de choisir par lui-même; l'autre, davantage philosophe, et plus à même d'emprunter le chemin vers le conformisme.
« - [...] Chaque fois que je me retrouve en cabane, je ne pense qu’à une chose.- À sortir ?- Exact.Tu ne seras jamais philosophe, dit Bondi. Pas à ce rythme-là. Seul un philosophe peut transcender ces barreaux et ces murs sans quitter son corps. Ni même ouvrir les yeux.  Malgré la surprise et le ravissement de ces retrouvailles, Bondi avait conscience de la présence d'une troisième partie, le moniteur objectif de son cerveau, qui inspectait et jaugeait avec un certain détachement critique, l'apparence, le discours et les réactions de son vieil ami. Il semblait un peu lent, remarqua le moniteur, comme émoussé par trop de vent, de soleil, et de n'avoir eu pour compagnie que des animaux - comme s'il n'avait pas encore totalement de son rêve du loup sauvage, avec son rocher et son ombre noir. Une concentration artificielle au sein du monde naturel.Je serais peut-être jamais philosophe, admit Burns. Mais il y a une chose pire encore, une seule. C’est que toi t’en seras toujours un. »
La suite nous embarque dans une chasse à l'homme sans merci, une traque haletante, démente, inimaginable. On ne joue pas avec le gouvernement américain, l'obéissance est due, toute forme de rébellion, tout manquement aux règles met le feu aux poudres, une fois l'engrenage de la répression lancé, il est difficile de le contrer, de le stopper... Ce roman a finalement traversé le temps sans prendre une ride ;-)

Merci Edward Abbey, merci aux éditions Gallmeister de nous offrir cette pépite ... et tant d'autres.

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«Comme tous les bêtes cow-boys d'aujourd'hui et d'hier,ils se nourrissaient de sable, de cactus et de gnons,et le jour de la paye d'une pute qui sent l'oignon.
Le silence était intense, brûlant, infini. L'homme entendait ce silence, ou ce qui semblait être la musique de ce silence, le chant du sang dans ses oreilles.
Il regarda au sud : le sommet de la montagne s’incurvait vers l’est, puis de l’ouest, descendait en paliers tranquilles dans l’ombre de Scissors Canyon à vingt kilomètres. Au-delà se dressaient les pics pyramidaux, bleus et embrumés des Manzano et une chaîne de montagnes indomptées qui s’étirait sur cent kilomètres vers le Mexique. Burns scruta au sud, loin au sud, jusqu’à ce que sa vue se trouble de désir impatient, et que le pincement de son cœur lui remonte dans la gorge.
Le soleil était maintenant bas sur l'horizon occidental, globe de feu s'enfonçant entre les cônes noirs de deux volcans éteints : une immense onde de lumière recouvrait le désert, noyant les peupliers de Virginie, les masures d'adobe, les saules roux des berges des canaux, se déversant sur la mesa, se mélangeant au fer et au granit des escarpements montagneux à quinze kilomètres de distance.
De l’autre côté du fleuve, à des kilomètres de là, la ville attendait, s’ébrouait doucement et en silence - vagues volutes de fumée et de poussière, éclats d’objets en mouvement renvoyant le soleil, ombres mouvantes - pas complètement réveillée et trop lointaine pour se faire entendre. Dans la lumière du petit matin, vue depuis l’ouest par l’homme adossé à son genévrier, la ville était une flaque d’ombre bleu-gris indistincte, aux marges floues, aux extrémités sud et est invisibles, toutes fondues sous les vastes ailes de l’ombre des Sangre Mountains.
Car bien sûr, c'est un cauchemar. J'en déteste chaque minute. J'en suis profondément malade - mais je ne peux pas fuir. J'ai trop d'engagements à tenir, trop de faiblesses, trop d'idées optimistes. [...] Optimistes ? continua-t-il. Non, pas vraiment. Je n'imagine pas le monde s'améliorer. Comme toi, je le vois plutôt empirer. Je vois a liberté qu'on étrangle comme un chien, partout où mon regard se pose. Je vois mon propre pays crouler sous la laideur, la médiocrité, la surpopulation, je vois la terre étouffée sur le tarmac des aéroports et le bitume des autoroutes géantes, les richesses naturelles vieilles de milliers d'années soufflées par las bombes atomiques, les autos en acier, les écrans de télévision et les stylos-billes. C'est un spectacle bien triste. Je ne peux pas t'en vouloir de refuser d'y prendre part. Mais je ne suis pas encore prêt à battre en retraite, malgré l'horreur de la situation. Si tant est qu'une retraite soit possible, ce dont je doute.
Que faites-vous dans la vie ? J'établis une métaphysique fondée sur la théorie des plans de réalité unipolaire, ai-je dit. Vous pourriez répéter ? ont-ils demandé. Ce serait redondant, ai-je répondu.- Et c'est là qu'ils t'ont foutu en prison, dit Burns. Je peux franchement pas leur en vouloir.- Non, pas tout à fait. Ils ne comprenaient pas ce qui clochait, chez moi, ni ce contre quoi je m'élevais. L'obéissance est une telle habitude fondamentale dans l'esprit américain contemporain que toute forme de désobéissance est considérée comme une sorte de folie.
Parce que je suis un anarchiste, je ne suis pas seulement un anarchiste jeffersonien. Je suis aussi un anarchiste cynique. Pourquoi ? Parce que je perçois clairement le désespoir total des idéaux anarchistes : tout est contre eux - la pression massive de la surpopulation, l'industrialisation, la militarisation, le poids des sentiments, l'élan de l'histoire. Une cause perdue. Une cause jamais trouvée, si je puis dire, même. En voie de d'extinction en Amérique à l'instant même de sa naissance : Thoreau, le mythe de la Frontière, la Première Guerre mondiale...Bref, Jack, en résumé, mon anarchisme n'est que sentimentalisme. En pratique, je suis un bon citoyen, : je siège à divers comités, je vote aux élections, je me présenterai un jour au conseil d'administration de l'école.
Bondi resta sur sa paillasse sans rien dire, sans rien dire à voix haute, occupé qu’il était à écorcher son âme, à essayer d’examiner sous le scalpel stérile de la logique les entrailles molles luisantes veinées de bleu de son esprit.
En silence et à la hâte, ils se mirent à l'ouvrage sous l'oeil du gardien posté sur le seuil, si distant à l'abri de son pouvoir et de son autorité, si présent dans sa menace.
- Mais Jack...(Jerry hésita:) Tu vas revenir, pas vrai ?- Bien sûr. Quand je serai plus qu'un visage placardé sur des murs de bureaux de poste, je reviendrai en douce. Tu me verras arriver sur la mesa, un soir, quand tout sera calmé.- Ne dis pas des choses pareilles. Tu sais bien que tu ne peux pas continuer ainsi...Tu vis au XXème siècle.- Je n'accorde pas ma vie en fonction des chiffres sur un calendrier.- C'est ridicule, Jack. Tu es un animal social, que ça te plaise ou non. Tu dois faire des concessions...Ou ils vont te traquer comme un ... comme un... Qu'est-ce que les gens traquent, de nos jours ?- Les coyotes. Avec des fusils de cyanure. [...] Je ferais mieux de me magner.
Le vent soulevait la poussière autour d'eux - il sentait les parfums de sel de roche et de silex, les fumets de fougère en décomposition, la résine des pins en contrebas - et fouette les petits trembles, les saupoudra, homme et cheval, de petites feuilles mortes, sèches et dorées.
De l'arroyo noir s'éleva le cri du cheval [...] tandis que sur la vaste quatre voies à côté d'eux, les voitures rugissaient, sifflaient et tonnaient, acier,caoutchouc et chair, visages sombres derrière les vitres, coeurs battants, mains froides - la folie des  hommes et des femmes emmurés dans leurs machines.»
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Quatrième de couverture

Au milieu des années 1950, Jack Burns reste un solitaire, un homme hors du temps. Il s’obstine à parcourir le Nouveau-Mexique à cheval, vit de petits boulots et dort à la belle étoile. Lorsqu’il apprend que son ami Paul vient d’être incarcéré pour avoir refusé de se soumettre à ses obligations militaires, Jack décide de se faire arrêter. Retrouver Paul en prison et s’évader ensemble, tel est son plan. Mais il n’imaginait pas que son évasion déclencherait une traque d’une telle ampleur. Nul ne peut impunément entraver la marche de l’ordre et du progrès.

Seuls sont les indomptés est un chef-d’œuvre d’Edward Abbey, auteur insoumis et emblématique de l’Ouest américain, qui dévoile avec cette échappée sauvage le prix à payer pour la liberté.

Editions Gallmeister, juin 2015
350 pages
Traduit de l'anglais par Laura Derajinski et Jacques Mailhos 
Parution originale The Brave Cowboy, 1956

Edward Abbey (1927-1989) est né dans la ville d'Indiana, en Pennsylvanie, le 29 janvier 1927. En 1944, âgé de dix-sept ans, il quitte la ferme familiale pour aller à la découverte de l'Ouest américain : il tombe amoureux du désert, un amour qui l'animera sa vie durant. Après un bref séjour dans l'armée en Italie entre 1945 et 1947, il rejoint l'université où il rédige une thèse sur "L'anarchie et la moralité de la violence". Il commence à travailler en tant que ranger dans divers parcs nationaux américains et passe notamment deux saisons au parc national des Arches dans l'Utah. Cette expérience lui inspirera son récit Désert solitaire publié en 1968.
Le succès de ce livre et du roman Le Gang de la clef à molette, paru en 1975, ont fait de lui une icône de la contre-culture et le pionnier d'une prise de conscience écologique aux États-Unis. En 1987, il se voit offrir l'un des prix littéraires les plus prestigieux de l'Académie américaine des arts et des lettres. Mais il déclinera cet honneur : il avait prévu la descente d'une rivière de l'Idaho la semaine de la cérémonie de remise du prix… Il meurt en 1989 à l'âge de soixante-deux ans des complications d'une intervention chirurgicale. Il laissera derrière lui une femme et quatre enfants, une douzaine de livres et un message pour la postérité : "No comments." Il demanda à être enterré clandestinement dans le désert par ses proches. Aujourd'hui encore, personne ne sait où se trouve sa tombe.

À PROPOS DU LIVRE

Le livre a été adapté en 1962 au cinéma par David Miller, avec Kirk Douglas et Gena Rowlands dans les rôles principaux.

DANS LA PRESSE

Force est de reconnaître la formidable puissance d'évocation de l'écriture d'Abbey, mais surtout une mise en perspective qui sera une des constantes de son œuvre.
Lionel Destremau, LE MATRICULE DES ANGES

Une chasse à l'homme impitoyable dans les montagnes désertiques du Nouveau-Mexique.
Emmanuel Romer, LA CROIX

LES LIBRAIRES EN PARLENT

Un hymne à la liberté! Il est des formules tellement usées qu'elles en perdent leur signification. Seuls sont les indomptés redonne à celle-ci tout son sens.
Point Virgule - Namur - Belgique

C'est une bombe ! Un Edward Abbey inédit en France, sorte de post-western libertaire et écologiste, doté d'un cow-boy hors du temps qui défie l'entêtante avancée du monde moderne. 
Le Bal des ardents - Lyon

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