Un rendez-vous avec l'Histoire. Bien plus que la traversée d'une vie.
Mike Brant n'est finalement qu'un point de départ. Un fil que Serge Airoldi déroule avec une infinie érudition pour remonter jusqu'à Moshé Brand, l'enfant né dans un camp d'internement britannique à Chypre, fils de survivants de la Shoah, héritier d'un silence et d'une douleur qui précèdent sa naissance.
À partir d'un simple vers « Si maintenant j'oublie mon île », l'auteur propose un texte singulier, à mi-chemin entre le récit, l'essai, la méditation et l'enquête. Il s'adresse à Moshé comme à un frère disparu, et cette adresse donne au livre une profonde intensité.
J'y ai trouvé de nombreuses digressions. Sur l'histoire des Juifs, les pogroms, les ghettos, Chypre, Famagouste, la Pologne, les artistes de l'époque, la littérature, ou encore la philosophie. Elles pourraient dérouter celles et ceux qui chercheraient une simple biographie. Pour ma part, elles m'ont semblé donner toute son épaisseur au texte. Parce qu'elles rappellent qu'aucune existence ne se comprend sans l'Histoire qui la traverse.
Serge Airoldi écrit avec une langue foisonnante, exigeante, parfois presque incantatoire. Une langue nourrie de références littéraires qui invite souvent à ralentir, à relire, à s'arrêter. J'ai étiqueté tellement de passages !
L'auteur relie hier à aujourd'hui. Il ne se contente pas d'évoquer la barbarie passée ; il interroge la montée actuelle de l'antisémitisme, les replis identitaires, les discours de haine et cette inquiétante facilité avec laquelle les hommes oublient.
Il rappelle combien la mémoire est une responsabilité. Écrire devient alors un acte de résistance, une façon d'empêcher l'effacement.
Il y a cette île aussi.
Chypre, carrefour des civilisations, terre de naissance de Mike Brant, elle-même fracturée, coupée en deux, devient une magnifique métaphore. Celle de l'exil, des frontières visibles et invisibles, des blessures que les hommes infligent aux territoires comme aux êtres.
Une lecture dense, profondément éclairante. Un livre qui dépasse largement la figure de Mike Brant pour nous parler de notre humanité, de ses faillites, de sa mémoire et de ce qu'il nous appartient encore de transmettre ✨️
📚 Challenge #laouviventleslivres Juillet : les îles ✅️
« Tu es mort ce 25 avril 1975. Tu t'es jeté dans le vide, à Paris. Des témoins disent avoir entendu un cri inhumain, une voix qui hurlait «non», quelque chose comme «non», et un choc violent. Et pendant toutes ces années, je t'ai laissé sédimenter en moi une collection de possibilités.
Vendredi 25 avril 1975. Un jour avant shabbat.
Je ne sais rien de shabbat. Je fréquente un autre livre que le Talmud et la Torah. Et d'ailleurs, affirmer que cet autre livre m'est familier n'est pas la vérité. Ce n'est qu'une vérité. Un semblant de vérité. La mienne, toute imparfaite. Elle consiste à voyager à ma façon dans cet autre livre comme je le fais depuis des décennies avec tellement de textes, certain, comme Flaubert, que l'important, c'est «l'orgie de littérature».
[...]
Le 25 avril 1975, j'avais huit ans. Je croyais alors que la matérialité des vivants de la télévision n'était en rien comparable à celle des vivants de mon entourage. De la vie, je ne savais que l'immédiat, le pli habituel des choses, des gens, les rides, les sourires, la gravité. Le lointain m'était inconnu. »
« À la télévision, les vivants n'étaient jamais que des vortex. Les courants chauds rencontraient les courants froids et une tornade naissait. Cloclo était électrique. Avenue Exelmans, seizième arrondissement, Paris, il n'avait pas encore eu l'idée saugrenue de redresser une applique depuis sa baignoire ou de faire qui sait quoi dans l'intimité de sa salle de bains. Brel clamait le nom d'Amsterdam. J'entendais le mot « putain » - les femmes infidèles d'Amsterdam sur lesquelles le chanteur pissait, disait-il, quelle chose extravagante que cette golden shower dont j'ignorais qu'elle pût nourrir le scénario d'un jeu sexuel - et si d'aventure la chanson de Brel me surprenait en présence d'adultes, je rougissais, feignant de ne pas avoir remarqué, ni les forêts de putains, ni la coupable miction. Johnny, suant toujours, était lourd comme un cheval mort depuis 1969, ne sachant pas, ne sachant plus, s'il existait encore. Tu te souviens de cette chanson de Jean Renard, n'est-ce pas, Moshé ? Tout le monde la chante encore. Et comment aurais-tu oublié quelque chose de Jean Renard ? »
« Il a de la cendre, dit-on d'un homme important chez les Touaregs. La dimension vient du fait que l'homme en question et sa famille avant lui et les générations qui l'ont précédé ont allumé un feu au même endroit, souvent. Toujours.
Avoir de la cendre signifie cette permanence dans le même lieu. Le nomadisme est un aspect du génome et de la mémorisation des géographies. L'errance forme l'identité et l'exil, une manière difficile et douloureuse de l'entre-deux. Mais seuls l'enracinement, la régula-rité du lieu fréquenté, posent la qualité et la vérité de l'homme, de son avenir et de son destin.
Combien parmi les tiens, Moshé, ont eu de la cendre ? Combien en ont eu dans les lieux de l'horreur ? »
« Je me disais: ce doit être pareil avec eux, les vivants de la télévision. Ils apparaissent à l'écran, ils viennent d'ailleurs, moi seul le sais, comme David Vincent le savait pour les envahisseurs - l'homme isolé, confronté à des forces invisibles et occultes. Les envahisseurs ont pris forme. Ils veulent de la cendre chez nous. Il faut convaincre un monde incrédule - a disbelieving world - que le cauchemar a déjà commencé. Ils essaient de nous infiltrer, de modifier la rigueur intangible de ce que nous sommes et peut-être y parviendront-ils. Peut-être y sont-ils déjà parvenus. Ils chantent, ils rient, ils me regardent dans les yeux, ils délivrent des messages secrets et, quand l'Ordre l'a décidé, ils disparaissent dans un halo, dans une cendre virtuelle. À l'époque, ce mot n'existait pas dans notre registre commun. Le réel était encore réel, à considérer, bien sûr qu'il fût un temps où le réel, dans la longue histoire, fut une seule fois bien réel. »
« Pour que l'affaire soit crédible, il faut inventer un scénario à la mesure des hommes. Il faut dire par exemple : « Ce matin, à onze heures quarante, le chanteur Mike Brant s'est jeté du sixième étage d'un appartement situé au numéro 6 de la rue Erlanger dans le seizième arrondissement de Paris. » Et voilà, c'est fini. On attend la fin d'un autre inveideur. Cloclo dans son bain, avenue Exelmans, si près de la rue Erlanger. Brel aux Marquises. Joséphine Baker à Paris, treize jours avant toi, Moshé, après une attaque cérébrale. Que des endroits où l'on n'est pas. Où l'"on ne peut pas être", nous autres, les non-"inveideurs" qui pouvons replier l'auriculaire quand bon nous chante. »
« Jadis. J'aime beaucoup ce mot. Il vient de l'ancien français, le sais-tu, Moshé : ja a dis. Il y a déjà des jours. Quelque chose est passé. Quelque chose a eu lieu, s'est fragmenté, s'est reconstruit peut-être, s'est fait une raison et alors la chose, deux fois, dix fois, cent fois, a connu la même séquence, up, down, brisure, remodelage, cassure, nuit noire, brouillard, soleil, saisons, défaites, petit bonheur, effondrement.
Une phrase de Gaston Bachelard me revient : « L'ailleurs et le jadis sont plus forts que le hic et nunc. » Je crois bien qu'elle exprime tout de ton histoire, Moshé, des raisons même qui ont inventé ton chemin et des capillarités que ce parcours entretient avec une ascendance, un acide désoxyribonucléique. Un point de départ avec le commencement. Avant lui.
Tu vois, Moshé, ma théorie de l'auriculaire et des inveideurs en a pris un coup avec lui. C. Jérôme. Une fois, pour un carnaval dans notre ville, il est venu donner un gala. On disait comme cela de ton temps. Mon père était en coulisse. Il l'a vu de près, pas à distance. Il m'a dit ensuite que le chanteur était très sympathique, qu'il avait mangé des fruits, je crois, bu de l'eau, ri, dit des choses banales, signé des autographes, embrassé des filles, la femme d'un conseiller municipal, serré des mains. À moins de considérer suprêmement habile la stratégie des envahisseurs ce qu'il ne faut jamais négliger, tout laissait admettre ce jour-là, que le chanteur n'était pas un vortex, que son auriculaire était bel et bien flexible, comme nous tous, que c'était donc un frère, qu'il ne s'était pas, une fois, lancé à l'assaut de notre monde, qu'à la télé il étincelait, brillait de paillettes et que là, en vrai, il était homme, simplement homme parmi les hommes. Capable de faire le spectacle dans un tourbillon de lumières, de flashes, de spots, de drapeaux américains. Mais pas de disparaître, d'un claquement de doigts de ceux de l'Ordre, dans un halo rouge. Comme dans une fable à la télévision. Laissant derrière lui quelques cendres improbables. »
« LA VIE EST UNE GUERRE, tu le sais, Moshé.
Tes parents aussi le savaient. Toute ta parentèle. Tous les tiens. Ils l'ont toujours su.
Ton père, Fishel Brand, naît en 1903, à Biłgoraj, un petit village dans le sud-est de la Pologne, dans la voïvodie de Lublin. L'année suivante, au même endroit, vient au monde Yitskhok-Hersh Zynger dans une famille de tradition hassidique. Exilé aux États-Unis, il deviendra le célèbre écrivain Isaac Bashevis Singer, récompensé par le prix Nobel de littérature en 1978 pour « son art de conteur enthousiaste », justifia alors le comité. Un art « qui prend racine dans la culture et les traditions judéo-polonaises et ressuscite l'universalité de la condition humaine ».
Dans un de ses livres, La Famille Moskat, Singer écrit : « Par la fenêtre, il aperçut le ciel, les étoiles, les planètes, la Voie lactée. La brume blanchâtre qu'il était en train de contempler émanait de ces astres qui dataient de millénaires, du temps du patriarche Jacob, de la construction de la pyramide. Quelle chose étrange que de se trouver ici, au cinquième étage d'un immeuble sis dans la rue Nowolipki, et de se sentir en contact avec l'éternité du cosmos ! Quelle pensée étrange! Les mêmes lois qui commandent au soleil et à la lune, aux comètes et aux nébuleuses, gouvernent également la vie et la mort, Mussolini, Hitler, chaque butor nazi (...) réclamant à grands cris du sang juif. »
Qui sait de quelles étoiles, de quel soleil, de quelle lune et de quelle Voie lactée, Fishel s'est-il toujours souvenu jusqu'au bout de sa vie ?
Quelle couleur de la vie antérieure garde-t-on en mémoire, même pour s'illusionner un peu ? »
« Quand la guerre éclate, le beau nid se déchire. Les Juifs de Biłgoraj sont déportés. Qui sait ce que deviennent les femmes et les enfants dans ces aventures affreuses ? Pardon pour ces phrases lapidaires, Moshé. Quand je dis « déportés », quand je feins de m'interroger sur le sort des femmes et des enfants, ce sont des mots pauvres, des façons sommaires de questionner, je le sais. La réponse, nous la connaissons tous, hélas. Le drame absolu, térébrant, nous le savons à l'instant même de l'interrogation. Il faudrait un livre, une œuvre, des vies entières pour dire seulement la moindre des frayeurs de l'avant, avant la cassure, la blessure. Il faudrait autant de livres pour rapporter toutes les affres, tous les détails de cette fracture, pendant et après. Il faudrait des Aharon Appelfeld, des Marcel Cohen, des Primo Levi, tous les autres dont la voix a pu s'extraire de l'Anéantissement. Il faudrait des Paul Celan pour écrire jusqu'à la fin du monde cette « Fugue de mort ». Todesfuge.
Lait noir de l'aube nous le buvons le soir
nous le buvons midi et matin nous le buvons la nuit
nous buvons nous buvons
nous creusons une tombe dans les airs...
De tout cela, je suis incapable, bien sûr. Et je me sais illégitime de vouloir fouler ce territoire brisé. Pourtant, tout cela m'appartient et me déconstruit aussi. C'est mon histoire parce que c'est ton histoire, Moshé. »
« Parler, écrire, c'est maçonner de la mémoire, c'est façonner cet opus incertum qu'est toute tentative de vie. Ce n'est pas giberner avec le matériau futile, le vent dans les nuagelets. C'est enquéter. À tout prix enquêter. C'est faire haute politique, savoir comment habiter un espace. Épisser les torons disjoints par les trop nombreuses manœuvres. Parler, écrire, c'est quêter. C'est se mettre à l'affût. Trouver la voie de ce gibier si farouche, c'est déjà écrire. Je dis mémoire et aussitôt, j'affirme la nécessité de l'écrire. «Il faut écrire des livres », recommande l'Apocalypse dont je t'ai entretenu immédiatement, Moshé. J'affirme aussi l'injonction de conserver cet esprit-qui-fut, cette matérialité-qui-fut à la façon des Memorbücher, ces livres du souvenir des Morts que la communauté entretient depuis toujours pour extraire les disparus de la géhenne.
Memorbuch de Nuremberg en 1296.
Memorbuch de Metz, 1610-1724, de Francfort (1628-1907), de Fürth (de 1624 jusqu'à l'anéantissement total de la communauté pendant la Shoah). Tous les autres.
Partout des massacres, des synagogues brûlées, des tueries. Des hordes, « réclamant à grands cris du sang juif ». Le sang juif, sache-le, Moshé, est le sang du monde. Tous les sangs sont ceux du monde éternel. Tous les sangs. Tous.
Sang de l'ange blessé. Sang éternel du sang éternel.
Et le souvenir de ce qu'écrit Simone Weil : « Le monde est fait par Dieu avec le cadavre du mal. »
Il faut écrire. Juifs, non-Juifs, là n'est plus la question. Plus jamais. Le géorama d'un monde avec dieu privé, privatif, n'a rien à voir avec le relief de l'âme. Un dieu lui-même a besoin d'une cendre antérieure. La question c'est l'homme avant l'homme, c'est nous avant nous, nous après nous, c'est nous qui avons besoin d'un témoin.
Écrire. Parce que le récit nous oblige. C'est notre ligne de conduite, notre faiblesse, notre hardiesse, notre possibilité - illusoire mais capitale - d'habiter un monde, c'est notre façon. »
« Et ton père, Moshé ?
Fishel s'engage dans un maquis pour combattre les nazis aux côtés de l'Armée rouge. La guerre passe, elle tue les pays, les espoirs, elle mêle le sang à la boue, l'essence à la bouche, les pierres aux ventres, elle s'achève maintenant, la vie reprend. Mais l'épouse chérie et Jacob ont disparu. Les corps sont absents. Quand tout s'arrache, tout devient blanc ou noir. Tout s'éteint dans la cendre froide. »
« La douleur se vit à corps absent. »
« Fishel pousse jusqu'en Allemagne. Un jour, il se trouve sur le quai de la gare de Pocking, en Bavière.
Pocking, c'est là qu'est morte, dans le grand âge, Leni Riefenstahl. C'était en 2003. Elle avait cent un ans. Danseuse, actrice, réalisatrice, photographe, elle a beaucoup servi le maléfice hitlérien. J'écris « maléfice » mais dans le fond, j'ignore comment évoquer ce qu'a fait ce barbare méphistophélique, syphilitique, parkinsonien, accoutumé aux drogues, la bouche garnie de dents gâtées et le ventre de flatulences incontrôlables.
Maleficium : mauvaise action, méfait, crime. Maléfice ne suffit pas. Mauvaise action, méfait, et même crime ne suffisent pas. Ne disent pas assez. Ne contournent pas suffisamment le bloc de haine pour aller voir derrière ce qui anime vraiment la grimace infernale.
Omineux, peut-être, conviendrait à cet individu et à ses cohortes. Omineux omen renvoie au présage funeste. Et dans cette singulière saloperie, je n'arrive pas à concevoir uniquement du passé mais aussi de l'avenir qui ne manquera pas de se rappeler à nous. C'est inévitable.
Le public découvre Leni Riefenstahl au cinéma en 1926 dans La Montagne sacrée un film réalisé par Arnold Fanck. Elle enchaîne alors les tournages : Le Grand Saut, L'Enfer blanc du Piz Palü, Tempête sur le mont Blanc et L'Ivresse blanche. La montagne dessine son théâtre. Elle construit sa gloire.
Joseph Goebbels, futur ministre de la Propagande, découvre l'actrice à l'écran en 1929, lors d'une projection. Il écrit : « Une merveilleuse enfant, pleine de grâce et de charme ! » En 1932, Goebbels la rencontre, à l'hôtel Kaiserhof. Il note : « Très sympathique, intelligente et agréable personne. Nous conversons longtemps. Elle est très enthousiaste pour nous. » La même année, elle tourne La Lumière bleue. Toujours une histoire de montagne. Junta, une fille sauvage vit à l'écart du village avec Vigo, un berger. Elle seule sait escalader les versants voisins où les nuits de pleine lune, dans une grotte, brille une mystérieuse lumière bleue. Tonio, un peintre découvre le secret des cristaux de la grotte et trahit Junta en révélant l'accès aux villageois qui pillent le site. Junta se suicide de désespoir. L'histoire se veut une ode à la tolérance, au respect d'autrui. Lion d'argent à la Mostra de Venise. Il paraît qu'Hitler adorait cette autre nuit de cristal.
Dans ses Mémoires, Leni Riefenstahl se souvient d'un rassemblement politique au Sportpalast de Berlin en 1932. Elle consigne :
« discours (celui d'Hitler) exerçait sur moi une véritable fascination. »
Le 18 mai 1932, elle écrit au Führer:
Très honoré Monsieur Hitler,
Pour la première fois de ma vie, j'ai assisté voici peu à un meeting politique [...] au Sportpalast. Je dois avouer que votre personne et l'enthousiasme des spectateurs m'ont impressionnée. Je souhaiterais faire [...] votre connaissance, mais malheureusement je dois quitter l'Allemagne pour quelques mois [...]. C'est pourquoi une rencontre avec vous avant mon départ sera sans doute impossible [...]. Une réponse de votre part me réjouirait grandement.
Salutations redoublées de votre Leni Riefenstahl
Elle rencontre finalement le très honoré Monsieur Hitler. Plus tard, elle tournera les célèbres films de propagande : La Victoire de la foi, Le Triomphe de la volonté, Jour de la liberté - Notre armée et aussi le fameux Dieux du stade à l'occasion des Jeux olympiques de Berlin.
En juin 1940, quand les troupes allemandes entrent dans Paris, Leni Riefenstahl adresse un télégramme à Hitler :
C'est avec une joie indicible et une grande émotion que nous partageons avec vous mon Führer cette grande victoire qu'est pour l'Allemagne et pour vous l'entrée des troupes allemandes dans Paris. Cela dépasse l'imagination humaine que d'être capable de réaliser des actes sans pré-cédent dans l'histoire de l'humanité. Comment pourrons-nous jamais vous remercier pour cela?
C'était le temps où ce sycophante de Robert Brasillach manquait de peu le prix Goncourt pour Les Sept Couleurs, roman d'inspiration fasciste, déclinant sept genres de narration. Magnifique exercice de style, dit-on. Mais de la crapulerie.
C'était le temps où Fishel devinait peut-être qu'il ne danserait pas toute sa vie. »
« Savons-nous seulement ce que furent les pogroms ? Une infamie bien sûr. Une intense barbarie. Fréquente, éruptive, systématique tout au long des siècles. Un jour, lisant Histoire de mon pigeonnier d'Isaac Babel, je suis tombé sur ces lignes. L'histoire ne se passait pas en Pologne mais dans la région d'Odessa. L'horreur - comme la lune, le soleil, l'éternité du cosmos - ignore les frontières. »
« Le monde n'est que boue, écrit Leopardi. E fango è il mondo.
Tu savais cela, Moshé, que la boue est le monde, que le monde est la boue, que la boue hait le monde, que les Cavaliers se partagent une grande part du monde, son quart, et qu'alors ils font périr les hommes par le glaive, par la famine et par les bêtes sauvages de la terre. Hourvari, charivari, diablerie, vénerie de l'homme contre l'homme. L'homme féral contre l'homme agneau. Hommeries éternelles. Hommes omineux, encore. Toujours. »
« Été 1941 : Pologne, pogrom, massacres tous azimuts. Tout le monde s'y met. Ukrainiens, Polonais, Allemands.
À Łódź, l'envahisseur allemand enferme maintenant les Juifs dans un ghetto. Ce mot vient de Venise, du vénitien sans doute, de la tradition talmudique peut-être. Il dit à la fois le lieu de la fonderie et celui de la séparation. Fusion/fission. La nuance est dans l'étrange écartèlement.
J'ignore ce qui me prend d'écrire sur la guerre, sur les guerres. Ne sait-on jamais ce qui nous pousse à écrire ?
Écrit-on vraiment ce que l'on voudrait écrire? Je ne le crois pas. Je t'en ai déjà parlé, Moshé. J'ai lu, sous la plume de Marcel Cohen, cette idée partagée.
Je ne me sens pas d'écrire davantage sur le Mal, Moshé. Mais dans le même temps, une force étrange m'y pousse, me convoque à cette exigence. Pardonne-moi. Je sais que le désastre prend toujours soin du moindre détail. Maurice Blanchot a théorisé cela. C'est suffisant de le savoir. Tout cela m'accable, et de plus en plus d'ailleurs, à mesure que le temps nous éloigne de cette Catastrophe. Que d'autres bien plus informés que moi, plus légitimes aussi dans la reconstruction des faits, des drames, s'en chargent comme ils l'ont fait depuis l'ouverture au monde du Livre Noir. Le Sale Livre. Tous les livres affreux. »
« On peut toujours être un autre, meilleur. Mais qui est vraiment capable de cet allongeail sublime de la vie vertueuse ?
De Rumkowski, Czerniaków écrivit : « L'homme est incroyablement stupide et suffisant. Il est dangereux, de surcroît, puisqu'il s'obstine à raconter aux autorités que tout va pour le mieux dans sa petite délégation. » Les deux hommes se rencontrèrent lors d'un voyage de Rumkowski à Varsovie, au cours duquel le Judenälteste de Łódź distribuait des brochures vantant la productivité de ses usines. À Himmler, il expliqua : « Nous construisons une ville ouvrière, Herr Reichsführer. Et nous continuerons de travailler aussi longtemps que nous avons une dette envers vous. »
Voilà où nous en sommes, Moshé. Voilà ce qui pèse sur nos épaules pour toujours. Que l'on mesure son jugement à l'encontre de Rumkowski ou bien qu'on accable le bonhomme. Le tableau de l'homme et du monde est là. Et ce tableau m'écœure.
Environ trois mille Juifs de Łódź auraient survécu au Génocide. Ils ne sont plus qu'une poignée aujourd'hui à vivre dans ce haut lieu de l'industrie textile, jadis. Les nazis ont gagné. Une certaine Pologne antisémite aussi. La férocerie est toujours victorieuse. Tu sais, Moshé, une certaine Pologne actuelle me dérange beaucoup, me répugne même. Comme me révulse ce qui se dit, se fait, se pense en Hongrie, en Tchéquie, en Slovénie, en Roumanie, en Allemagne, en Italie. En France bien sûr. Aux États-Unis, au Brésil, en Indonésie. Partout, en somme, où la cruauté et la bêtise oublieuse de l'homme se répandent. »
« En Pologne, une loi a été votée en février 2018. Elle prévoit une peine de trois ans de prison contre les personnes coupables « d'attribuer à la nation ou à l'État polonais, de façon publique et en dépit des faits, la responsabilité ou la coresponsabilité des crimes nazis commis par le III Reich allemand (...), de crimes de guerre ou d'autres crimes contre la paix et l'humanité ». Et s'il n'y avait que ça. Mais il y a le reste qui nous conduirait au bout des nuits si j'avais la force de tout consigner pour dire la pollution ahurissante, la politique affreuse, l'économie scélérate, la mort des petits enfants, des femmes, des hommes, la joue contre la boue, les conflits mortiferes, le travail abrutissant, l'esclavage partout, en tout lieu. Pour dire aussi les mensonges d'État, le vide abyssal dans lequel nous pousse l'idiotisme ravageur qui hérisse la planète, le goût immodéré pour ce qui nous abaisse, nous abrutit, nous réduit. Nous avilit. Que faire quand on sait cela ? Se jeter du sixième étage en hurlant « non » ? Accepter, déglutir, se taire, s'engouer et continuer, s'obstiner pendant les quelques décennies qui nous sont accordées, poursuivre en pleurant secrètement quand revient le printemps, quand le hasard d'une promenade nous offre le spectacle soudain d'un bouquet de jonquilles au bord d'un sentier, d'un faon que le hallier ne protège plus et que nos yeux déshabillent, persuadés que cette apparition nous sauvera, au moins le temps d'un cil ? »
« Voilà pourquoi nous ne dormirons jamais. Parce que le pire a eu lieu. Parce que le pire aura lieu à nouveau. Très vite. La semaine prochaine. Parce que le mensonge tue, et l'omission et le silence et le trop-plein de mots et tout le reste. »
« Quelle foutue sacralité justifiera une seule fois l'ignominie de ces déraillements de l'esprit ? Je m'emporte, Moshé, et je te prie de m'excuser de troubler le silence qui serait peut-être préférable. Je me fâche. Mais personne ne fera croire que ce pays de Pologne a tout entrepris afin que la Mort ne règne pas devant ses fenêtres, au bout du chemin, au coin du potager, à proximité de la marmite où bouillait la soupe aux choux des familles et de la quiétude pour qu'aucun acte antisémite, y compris une fois la guerre terminée, n'ait lieu. Jamais lieu.
Mais rien n'est simple, Moshé. Nous le savons et aucun texte, aucun témoignage, aucun repentir, même le plus long, le plus complet, le plus précis, exhaustif ne peut tout exorciser comme je ne sais quelle autorité morale, comme je ne sais quelle vertu, serait peut-être capable de s'y employer. Alors il faut subir, encore, toujours. Subir le temps, la mémoire enfouie, la disjonction, l'absence de ce qui devait venir un jour, s'épanouir une fois, avant que les sabres, les marteaux, les faucilles, les canons, les bombes et le zyklon n'accomplissent la sale besogne finale. »
« Ils voulaient partir, quitter cette première terre de maudissement, reconstruire, ailleurs.
Que reconstruit-on qui a été détruit à ce point ? Laminé ? Désintégré ? Ce lieu infernal où les nazis ont pissé, vomi, flatulé, où les chiens-loups ont rongé l'os humain et la carne, où plus rien ni personne n'a sou-dain plus parlé de quoi que ce soit ?
Plus rien. Rideau noir sur Pandémonium que nous savons être la grande capitale de Satan et de ses pairs. »
« Se taire est cette île des déportés. Nous le savons, ça se sait. Les déportés se sont tus. Que dire après ? À qui le dire ? Qui peut l'entendre ? »
« Dans Devant la parole, Valère Novarina écrit : « Le langage est une terre, un sol : ici sont des ondulations, là des traces, des failles ; ici des soulèvements, des entrailles, des plis ; là des effondrements, des gouffres ; ici des poussées. La langue est une matière innommable...»
Il écrit aussi : « Le mot, primitivement, est un enfoui : quelque chose le brise du dedans. »
Je crois, Moshé, que tu as vécu comme un enfoui, et tes mots avec. Quelque chose t'a détruit en intérieur, et les a brisés du dedans. Quelque chose s'est abîmé dans ton île. D'ailleurs, tu n'étais qu'une île je crois, portant comme un tatouage sur le cœur ces mots de Rilke: « D'île à île, il n'y a qu'une possibilité : de dangereux sauts... » »
« Tu as chanté, une fois : « Une hirondelle fait mon printemps. » Tu as chanté, aussi: « Si maintenant j'oublie mon île. » Le titre de la chanson était : Un grand bonheur. Rien que ça, Moshé. Un si grand bonheur. Tu as chanté tellement de choses, la main en avant, tendue vers le spectateur, jamais le doigt pointé comme Guy Lux, mais cette main qui avance et qui se retourne lentement pour que s'ouvre la paume. Comme un autre soleil.
Cette île que tu oublies maintenant, c'est Chypre.
Tu aurais pu devenir matador de taureaux, garçon frêle aux yeux en lame de couteau, domptant la matière mise en œuvre. Matador juif chypriote d'origine polonaise cela aurait eu du ferment, de la levure. De la cendre. »
« Depuis toujours, l'île carrefour a noué les cultures, de la Crète minoenne, de la Grèce mycénienne et du bassin levantin. Les tutelles et les commanderies ont été pléthoriques : hellénique, romaine, byzantine, arabe, franque, vénitienne, ottomane et enfin britannique. Et toi, Moshé Brand, fils de Fishel Brand et de Bronia Rosenberg, juifs polonais, tu es né là. Dans l'île-cuivre. Tu es né à Famagouste. »
« Donc, tu as pris du temps avant de parler. Cinq ans. Cela aussi, nous le savons, ça se sait : les enfants de déportés reçoivent ce méchant héritage de la parole impossible de leurs parents, parole enfouie, parole brisée en dedans. Gelée. »
« lagour. Vivre, habiter, rester.
Comment donner corps à ces verbes ? Comment don-ner vertèbres à ces corps ?
Les transferts à Chypre durent vingt mois, d'août 1946 à avril 1948 : cinquante-deux mille deux cent soixante personnes transitent par ces camps. Environ deux mille enfants y naissent, comme toi, Moshé. À la fin de 1946, un petit nombre de détenus est libéré pour des raisons humanitaires. Plus tard, la moitié des mille cinq cents certificats mensuels accordés par la puissance mandataire britannique est attribuée à des internés de Chypre. À la fin de 1947, les orphelins mais aussi les enfants en bas âge et leurs parents, soit près de quatre mille personnes sont autorisées à émigrer en Palestine. Les Britanniques ne libèrent les derniers internés qu'en janvier 1949. »
« La fracture date de ce jour où, en réponse à un putsch de nationalistes chypriotes grecs soutenus par les colonels d'Athènes, la Turquie envahit, puis occupe près de la moitié de l'île.
Ville portuaire de la côte Est, riche de ses remparts vénitiens, de son ancienne cathédrale Saint-Nicolas édi-fiée sous le règne de la dynastie française des Lusignan, devenue mosquée Lala-Mustapha-Pacha au XVI siècle, Famagouste est séparée du quartier de Varosia.
Autrefois, la station balnéaire était très prisée pour ses plages de sable blanc. L'été, des stars de cinéma comme Richard Burton, Liz Taylor ou Brigitte Bardot leur confiaient leur corps si précieux pour qu'ils prennent une couleur d'or. Ces gens-là logeaient à l'hôtel Largo, sur le boulevard John-Fitzgerald-Kennedy. En ce temps-là, la station comptait quarante-cinq hôtels et dix mille lits, soixante immeubles de studios à louer, trois mille commerces, vingt-quatre salles de spectacles, trois cent quatre-vingts bâtiments en construction. C'était la belle vie. On érigeait, on bétonnait, on colonisait l'espace. La modernité caracolait avec arrogance.
Aujourd'hui, c'est fini. Plus de fêtes galantes. Varosia est fantôme. Un no man's land.
Tu es né sur une île coupée en deux dans une ville dont une partie est devenue ombre, Moshé.
En 1960, au moment de l'indépendance, les Chypriotes grecs souhaitaient l'Enôsis avec la Grèce. L'unification avec la mère patrie. Les Chypriotes turcs, eux, voulaient le Taksim. La séparation avec leurs concitoyens grecs. Les ennemis. Un condensé de l'histoire du monde. Le blanc et noir.
Aujourd'hui, les cinq kilomètres carrés paradisiaques sont le territoire des ruines, la victoire des friches, des barbelés, des sacs de sable, du contrôle militaire pointilleux, des pancartes qui interdisent - « No Photo » -, de la ligne verte qui délimite deux mondes. »
« Entends leur lamento, d'où tu te trouves, Moshé, mesure son intensité tragique, et comprends enfin le monde que tu as quitté un jour et qui nous est arrivé.
Fatigues, prisons, coups, mort, corps abîmés, noyades, effroi, murs, barbelés, hommes et femmes marchandises, à terre, amers tout cela, toujours en surabondance.
Depuis 56, près de deux mille ans de similitudes, d'écorcheries, de tyrannies, de guerres partout où existent les océans, les mers intérieures, les déserts, les prairies fécondes, les forteresses.
« Ne vous conformez pas au siècle présent, mais soyez transformés par le renouvellement de l'intelligence », recommande saint Paul dans l'Épître aux Romains.
Saint-Paul était Paul de Tarse. Il était aussi Saül avant de se convertir.
Comment se transformer par le renouvellement de l'intelligence quand sévissent fatigues, prisons, coups, mort, corps abîmés, noyades, effroi, guerres & guerres & guerres encore ?
Avant d'être apôtre, Paul fut lui-même persécuteur des premiers disciples de Jésus. Il mourut décapité à Rome. »
« Tu dois te demander, Moshé quel est ce professeur d'histoire ? Où veut-il en venir ? Je t'avoue que je ne le sais moi-même. Je saisis simplement toute cette matière et j'en fais une glossolalie.
J'en viens aussi à ce constat effarant, Moshé, qu'avant la tête de Dandolo, il y eut des millions de têtes décapitées. Qu'après lui, d'autres millions ont suivi la route sanglante qui aiguise l'appétit d'horreurs des hommes barbares. À Famagouste, à Lépante, en toute éternité, partout ailleurs à Łódź, à Auschwitz, à Alep, à Aden, là où une vie ne devient jamais rien d'autre qu'une dis-traction pour le coutelas, le gaz, la bombe, et demain qui sait quelle autre méthode. »
« Zoran Mušič s'est éteint en 2005. Il a connu presque tout un siècle. Dans un entretien donné au Figaro en avril 1995, il disait : « Tous les jours, à toute heure, sur toute la planète, la barbarie ne cesse de grandir. L'homme, pour une idéologie, pour de l'argent, pour un peu plus de puissance, saccage ce qui pourrait être un paradis, abandonne sa liberté, sa dignité et rêve de bruit de bottes, de cadavres soumis, d'invasions barbares et de viols par le fer et le feu. » »
« Le vendredi 25 avril 1975, tu as pris ton petit déjeuner en écoutant cette nouvelle chanson qui allait devenir un tube posthume. Le mensonge désespéré d'un homme qui veut faire croire à ses retrouvailles avec un bonheur, malgré la séparation douloureuse. Inacceptée.
Dis-lui,
Fais-ça pour moi, dis-lui
Que j'ai bien fini, oui
D'être malheureux. »
« Tu avais mal, Moshé, et ce mal est incurable. Ce mal pèse sans discernement dans la balance sinon pour déséquilibrer salement ce que la beauté espère, tendrement.
Mais avec le poids d'un pétale.
Je relis ces mots de Robert Musil, où il est question de « la nature ambiguë de la vie qui alourdit toute grande aspiration d'une aspiration plus vulgaire ». Musil écrit encore, et cela ne doit pas nous rassurer : « À tout pro-grès, elle lie une régression et à toute force une faiblesse ; elle ne donne à personne un droit qu'elle n'ait enlevé à un autre, elle n'ordonne aucun chaos sans créer de nou-veaux désordres, et elle semble ne provoquer le sublime que pour décorer la platitude. »
Je souffre de lire ces mots et, hélas, tout autour de moi, je ne leur trouve que de cruelles confirmations. »
« LA VIE EST UNE CATABASE, Moshé. Tôt ou tard, la chute survient et alors, s'approchent de toi les rives de l'Achéron et la confluence avec le Phlégéthon et le Cocyte où règnent Hadès et Perséphone. »
« La Dame de Bethléem profite d'un silence pour asséner : « Vous savez, la dépression fait tout faire, à commencer par le pire. » Je me sens suffisamment en confiance pour oser lui parler de cette malédiction qui frappe les jeunes artistes dont beaucoup meurent à vingt-sept ans: Jim Morrison, Jimi Hendrix, Janis Joplin, Jean-Michel Basquiat... Elle ajoute : Amy Winehouse, et met un terme à la liste en assurant : « Vous savez, il n'y a aucune malédiction dans tout cela. Simplement, l'entourage. Soit il est bon et tout peut se passer à peu près correctement. Soit il est mauvais et alors... » »
« Dans l'édition du Petit Parisien, en date du 1er février 1943, Darquier s'illustre par une série de « projets ». Ce jour-là, le quotidien annonce la création de la Milice par Laval. Il consacre toute sa une et une grande place aux déclarations de Goering, de Goebbels et à « l'alternative » que pose Hitler : « Ou l'Allemagne et ses alliés remporteront la victoire ou la vague bolcheviste détruira l'Europe. » Darquier, lui, rêve notamment « d'instituer le port obligatoire de l'étoile jaune en zone non occupée », « d'interdire aux Juifs l'accès et l'exercice des fonctions publiques », « quels que soient la valeur intellectuelle et les services rendus par un individu juif, il n'en demeure pas moins qu'il est juif... ». L'objectif de Darquier est « d'éliminer progressivement l'influence juive » et de « reprendre en main l'éducation nationale du pays, en particulier celle de la jeunesse pour remettre en honneur les principes français issus de la race française qui ont fait de la France, pendant un millénaire, le premier pays du monde ». »
« La Dame de Bethléem fait la moue. Je viens de lui résumer cette histoire. Elle me dit ne pas comprendre comment s'articulent les forces du mal alors que l'intelligence peut conduire l'homme à des choses si hautes et si belles. »
Quatrième de couverture
« La vie est une errance, Moshé. Comment l'ignorerais-tu, toi dont les parents ont achevé leur périple européen dans le port de Marseille ? Ils voulaient partir, quitter cette première terre de maudissement, reconstruire, ailleurs.
Que reconstruit-on qui a été détruit à ce point ? Laminé ? Désintégré ? »
Peu nombreux se souviennent d'une chanson de Mike Brant intitulée "Un grand bonheur".
C'est un seul vers de cette chanson, « Si maintenant j'oublie mon île », qui a touché Serge Airoldi au point de prendre la plume.
Âgé de huit ans au moment du suicide de la star, l'auteur revient sur le parcours meurtri qui va de Moshé Brand, l'enfant du rêve israélien, à Mike Brant, la star de variété des années 1970, jusqu'à son suicide en 1975.
Sous un texte attachant et sensible, il fait redécouvrir la fragilité d'un homme à qui tout réussissait.
Serge Airoldi vit et travaille à Dax. Longtemps journaliste, il a publié plusieurs textes littéraires depuis 2004 : récits, fictions, poésies, traductions... Il collabore régulièrement à des revues.
Éditions de l'Antilope, mai 2021
153 pages


