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mardi 13 février 2018

Couleurs de l'incendie ★★★★★ de Pierre Lemaitre

Il n'y a, à tout prendre, ni bons ni méchants,
ni honnêtes gens ni filous, ni agneaux ni 
loups; il n'y a que des gens punis et des 
gens impunis.
Jacob Wassermann

Un superbe roman aux couleurs ... du talent !
La suite d'Au revoir là-haut, mais qui peut très bien être lue sans avoir lu le premier tome de cette trilogie.
Le roman commence en 1927, quatre ans après la fin du premier et deux ans avant la grande dépression.
Pierre Lemaitre nous plonge dans la France de l'entre deux guerres, une France indifférente à ses héros qui peinent à retrouver du travail, et dans laquelle l'injustice sociale règne, dans cette époque instable avec la crise économique de 29 et ces nombreuses faillites, les complots financiers qui sévissent, les médias à la morale douteuse, le cynisme des capitalistes, la montée du nazisme en Europe... une époque qui se dirige droit vers la catastrophe, et qui, étrangement, est bien proche de la nôtre...
Couleurs de l'incendie, c'est aussi une belle histoire de vengeance et d'émancipation féminine, celle de Madeleine Pericourt (découverte dans le premier tome), victime de trahisons et déclassée socialement, mais qui fera tout ce qui est en  son pouvoir pour se relever.
De l'humour, de nombreux rebondissements, une machination machiavélique, un récit tiré au cordeau, une écriture fluide et impeccable, et aucun temps mort... un cocktail gagnant qui fait de ce roman un excellent moment de lecture, un roman haletant, un plaisir de lecture qui vaut absolument le détour, même si celui-ci est, à mon avis, d'une moindre intensité que le précédent.
Pierre Lemaitre prend des libertés avec l'Histoire, et j'ai beaucoup apprécié le «dessous des cartes» qu'il nous propose à la fin du roman et qui nous permet de resituer certains événements du roman dans la vraie Histoire.
Vivement le troisième volume !
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«Si, les obsèques de Marcel Péricourt furent perturbées et s'achevèrent même de façon franchement chaotique, du moins commencèrent-elles à l'heure. Dès le début de la matinée le boulevard de Courcelles était fermé à la circulation. Rassemblée dans la cour, la musique de la garde républicaine bruissait des essais feutrés des instruments, tandis que les automobiles déversaient sur le trottoir ambassadeurs, parlementaires, généraux, délégations étrangères qui se saluaient gravement. Des académiciens passaient sous le grand dais noir à crépine d'argent portant le chiffre du défunt qui couvrait le large perron et suivaient les discrètes consignes du maître de cérémonie chargé d'ordonner toute cette foule dans l'attente de la levée du corps. On reconnaissait beaucoup de visages. Des funérailles de cette importance, c'était comme un mariage ducal ou la présentation d'une collection de Lucien Lelong, le lieu où il fallait se montrer quand on avait un certain rang".
Depuis quelque temps, vieillir était devenu son activité principale. «Je dois me surveiller en permanence, disait-il, je crains de sentir le vieux, d'oublier mes mots ; j'ai peur de déranger, d'être surpris à parler tout seul, je m'espionne, ça me prend tout mon temps, c'est épuisant de vieillir...»
Son article, intitulé «Ouf, un scandale !», faisait mine de se féliciter de la succession des affaires qui ne cessaient de secouer le pays. Autrefois exceptionnelles, elles s'étaient «heureusement imposées aujourd'hui comme la matière première des journalistes, ravissant les lecteurs les plus exigeants par l'extrême diversité de leur éventail. Le rentier peut ainsi se repaître de scandales boursiers, le démocrate de scandales politiques, le moraliste de scandales sanitaires ou moraux, l'homme de lettres d'affaires artistiques ou judiciaires... La République en offre pour tous les goûts. Et tous les jours. Nos parlementaires manifestent dans ce domaine une imagination qu'on ne leur connaît ni en matière de fiscalité ni sur l'immigration. L'électeur attend avec impatience qu'ils mettent cette créativité au profit de l'emploi. Entendez : du chômage, puisqu'en France les deux mots ne sont pas loin de devenir des synonymes».
Que les parlementaires continuent donc à parlementer stérilement, comme ils en raffolent, mais qu'ils laissent se consacrer au bien ceux qui ont le courage de se lever de bonne heure, c'est à dire à l'heure où l'Assemblée et le Sénat dorment encore du sommeil du juste.
- Ce n'était pas à proprement de l'information, c'était des nouvelles. Un quotidien diffuse les nouvelles utiles à ceux qui le font vivre.- Quoi... Ces articles... étaient payés ?- Tout de suite les grands mots ! Un journal comme le nôtre ne peut pas exister sans appuis, vous le savez bien. Lorsque l'Etat soutient un emprunt de cette importance, c'est qu'il l'estime nécessaire à l'économie du pays ! Vous n'allez tout de même pas nous reprocher d'être patriotes !- Vous publiez sciemment des informations mensongères...- Pas mensongères, là, vous allez trop loin ! Non, nous présentons la réalité sous un autre jour, voilà tout. D'autres confrères, dans l'opposition par exemple, écrivent l'inverse, ce qui fait que tout cela s'équilibre ! C'est de la pluralité de points de vue. Vous n'allez pas, en plus, nous reprocher d'être républicains !
- [...] Personne ne veut d'une nouvelle guerre. Hitler fait monter les enchères pour devenir chancelier, il hausse le ton, mais il cherchera une voie pacifique. Les conflits coûtent trop cher.- Chacun jugera... Et l'histoire dira.
Que les riches soient riches, c'était injuste, mais logique. Qu'un garçon comme Robert Ferrand, visiblement né dans le caniveau, se complaise à être entretenu par la grue d'un capitaliste, ça renvoyait tout le monde dos à dos, l'humanité n'était décidément pas une bien belle chose.
- On peut tout contrôler, monsieur le président, à la condition, je cite, «de ne pas violer le secret des relations entre leurs banquiers et leurs clients». Et comme la plupart des exilés fiscaux choisissent la Suisse, ça nous renvoie à la case départ.[...]- Quand même, il y a le bordereau de coupons...Il faisait allusion à une procédure de transmission automatique de nom des contribuables qui devaient quelque chose au fisc.- Abandonné en février 1925. Les banquiers n'en voulaient pas. Il faut «veiller à ce que les mesures gouvernementales ne portent pas atteinte au secret des banques».- Alors, si je comprends bien...on ne fait rien !- Absolument. Tout le monde pense que si on contrôle les riches, ils vont aller mettre leur argent ailleurs. «Et quand la France, je cite, sera un pays de pauvres, qu'est-ce qu'on fera ?»
Son talent, elle le doit entièrement à la peine, au chagrin, parce que c'est son signe de naissance, elle est une enfant de la douleur, du début à la fin, voici la fin.
Nos parlementaires généralement si fiers de leur Révolution française sont pourtant bien mal placés pour reprocher aux Français de lutter pour leurs libertés parce que, lorsque «le gouvernement viole les droits du peuple, l'insurrection est le plus sacré des devoirs». C'est dans l'article 35 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen. »
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Quatrième de couverture

Février 1927. Le Tout-Paris assiste aux obsèques de Marcel Péricourt. Sa fille, Madeleine, doit prendre la tête de l'empire financier dont elle est l'héritière, mais le destin en décide autrement. Son fils, Paul, d'un geste inattendu et tragique, va placer Madeleine sur le chemin de la ruine et du déclassement.
Face à l'adversité des hommes, à la cupidité de son époque, à la corruption de son milieu et à l'ambition de son entourage, Madeleine devra déployer des trésors d'intelligence, d'énergie mais aussi de machiavélisme pour survivre et reconstruire sa vie. Tâche d'autant plus difficile dans une France qui observe, impuissante, les premières couleurs de l'incendie qui va ravager l'Europe.

Couleurs de l'incendie est le deuxième volet de la trilogie inaugurée avec Au revoir là-haut, prix Goncourt 2013, où l'on retrouve l'extraordinaire talent de Pierre Lemaitre.

Éditions Albin Michel,  janvier 2018
535 pages

mardi 25 octobre 2016

Robe de marié de Pierre Lemaitre *****


Editions Calmann-Lévy, janvier 2009
271 pages
Prix du polar lycéen d'Aubusson - 2012
Prix Sang d'encre
Prix des lecteurs Goutte de Sang d'encre, Vienne, 2009
Meilleur polar francophone 2009 au Salon de Montigny

Quatrième de couverture


Il n’y a qu’une seule maladie mentale : la famille.

Évidemment, je m’y attendais puisque j’en suis l’auteur mais… à ce point-là ! Quelle vision, c’est à peine croyable…

Son mari n’est plus que l’ombre de lui-même. Les vertèbres ont dû être salement touchées. Il doit maintenant peser dans les quarante-cinq kilos. Il est tassé dans son fauteuil, sa tête est maintenue à peu près droite par une minerve. Son regard est vitreux, son teint jaune comme un coing. Et il est tout à fait conscient. Pour un intellectuel, ça doit être terrible.

Quand on pense que ce type n’a pas trente ans, on est effaré… Quant à elle, elle pousse le fauteuil avec une abnégation admirable. Elle est calme, son regard est droit. Je trouve bien sa démarche un peu mécanique mais il faut comprendre : cette fille a de gros soucis…

En tout cas, elle ne tombe pas dans la vulgarité : pas d’attitude de bonne sœur ou d’infirmière martyre. Elle serre les dents et pousse le fauteuil, voilà tout. Elle doit pourtant réfléchir et se demander ce qu’elle va faire de ce légume. 
Moi aussi d’ailleurs.

Mon avis  ★★★★★


En admiration, je suis ! Mr Lemaitre, je vous ai dévoré ...euh, votre livre, et d'ailleurs quasiment tous vos livres. Robe de marié est l'un des meilleurs à mon avis. Vous nous emmenez une fois de plus dans des sentiers psychologiques bien tortueux et surprenants empreints d'une bonne dose de machiavélisme et d'une effroyable touche démoniaque. Comment peut-on perdre aussi rapidement le contrôle de sa  propre vie ? C'est absolument dément, à peine croyable. Vous êtes impitoyable !
Un excellent thriller psychologique, sous haute tension, à la structure redoutablement efficace, et au scénario astucieux, où la manipulation et ses ravages règnent en maîtres. Pierre Lemaitre a l'art de bluffer son lecteur, et ce bouquin, un putain de bon bouquin, est absolument addictif. 
Mention spéciale pour la structure déstabilisante ! C'est un coup de coeur pour moi assurément !

«Je surveille particulièrement leurs habitudes. Les habitudes, c'est ce qui vrille le moins, ce sur quoi on se repose, ce qui est solide. Ce dont on ne doute pas facilement. C'est sur cela que je dois travailler.

Le net est un immense supermarché tenu par des assassins. On y trouve tout, armes, drogues, filles, enfants, absolument tout. Ce n'est qu'une question de patience et de moyens. J'ai les deux. J'ai donc fini par trouver. Ça m'a coûté une petite fortune, rien de grave donc, mais plus de deux mois de délai, ce qui me rendait dingue. Peu importe, le paquet est arrivé des Etats-Unis, une centaine de petites gélules roses. J'ai goûté le produit, c'est totalement sans saveur, parfait. À l'origine un médicament antiobésité réputé révolutionnaire. Au début des années 2000, le laboratoire en a vendu plusieurs milliers, à des femmes principalement. Il avait de quoi séduire : côté obésité, on n'avait jamais vu un truc pareil. Mais le produit s'est révélé un excitateur de monoamine oxydase. Il booste une enzyme qui détruit les neurotransmetteurs : la molécule antiobésité était par ailleurs une sorte de «prodépresseur». On s'en est rendu compte au nombre de suicides. Dans la plus grande démocratie du monde, le laboratoire n'a eu aucun mal à étouffer l'affaire. On a évité les procès à l'aide du plus puissant inhibiteur du sentiment de justice : le carnet de chèques. La recette est simple : devant une résistance résolue, on ajoute un zéro. Rien ne résiste à ça. Le produit a été retiré du marché, mais personne évidemment n'a été capable de récupérer les milliers de gélules vendues, qui sont aussitôt devenues l'objet d'un trafic que le net a ouvert à l'ensemble de la planète. Ce truc est une véritable bombe antipersonnel, et pourtant on se l'arrache, c'est à peine croyable. Il y a des milliers de filles qui préfèrent mourir qu'être grosses.

Chaque page est un viol, chaque phrase une humiliation, chaque mot une cruauté.

Elle voudrait bouger mais elle ne peut pas. Mon Dieu, Sophie, dans quel merdier tu t'es mise ? Comme si ça ne suffisait pas déjà...Tu devrais partir tout de suite, là maintenant, avant que le téléphone sonne à nouveau, avant que la mère inquiète, d'un coup de taxi ne débarque ici avec ses cris, ses larmes, la police, les questions, les interrogatoires.Sophie ne sait plus quoi faire. Appeler ? Partir ? Elle a le choix entre deux mauvaises solutions. C'est toute sa vie ça.»

vendredi 14 octobre 2016

Sacrifices de Pierre Lemaitre*****


Editions Albin Michel, octobre 2012
363 pages

Quatrième de couverture


« UN ÉVÉNEMENT 
EST CONSIDÉRÉ COMME 
DÉCISIF LORSQU'IL DÉSAXE 
COMPLÈTEMENT VOTRE VIE.
PAR EXEMPLE, TROIS 
DÉCHARGES DE FUSIL À POMPE
SUR LA FEMME QUE VOUS AIMEZ. »

Atmosphère glaçante, écriture sèche, mécanique implacable : Pierre Lemaître a imposé son style et son talent dans l'univers du thriller. Après Alex, il achève ici une trilogie autour du commandant Verhoeven, initiée avec Travail soigné.

«Lemaitre hisse le genre noir à une hauteur rarissime chez les écrivains français : celle où se tient la littérature.» 
Jean-Claude Buisson, Le Figaro Magazine


«Nous ne connaissons que le centième de ce qui nous arrive.
Nous ne savons pas quelle petite part du ciel paie tout cet enfer.»
William Gaddis, Les Reconnaissances

Mon avis ★★★★★


«C'est un lien sacrement fort, ce qu'on est pour les autres.»

La boucle est bouclée ! Après Travail Soigné et Alex, Pierre Lemaitre clôt brillamment la trilogie avec Sacrifices.
Un petit peu de réchauffé, notamment avec le personnage de Verhoeven, qui se met une fois de plus à dos sa hiérarchie, et enfreint les règles du bon soldat...mais comment lui en vouloir ? Tout le reste est tellement bon ! Une nouvelle fois, Pierre Lemaitre nous tient en haleine, n'a pas son pareil pour insinuer le doute, prendre son lecteur à revers, distiller suspense, rebondissements et humour noir. Que d'intensité une fois de plus, impossible de lâcher cet opus, un sprint du début à la fin, et une accélération irréelle en toute fin de course pour aboutir à un final renversant. Je finis sur les rotules, à bout de souffle, épuisée ... mais pas vaincue du tout, j'en redemande !! Je voulais laisser un peu de temps avant de m'attaquer à Robe de marié ... mais je ne vais pas tenir bien longtemps, à mon avis. Il m'attend bien sagement déjà, entre Darren Williams et Olivier Turc, pas tout à fait en pole position ... mais après tout ... c'est qui le patron ? ... Pierre Lemaitre, j'en ai bien l'impression !

Petit conseil, lire Travail soigné avant de vous plonger dans Sacrifices, pour vous imprégner au mieux des réflexions de Verhoeven, des ses états d'âmes, et ainsi mieux appréhender le déroulé de cette histoire.
«Qu'est ce que c'est beau chez les bourgeois. Ils seraient moins cons, ça donnerait presque envie d'en faire partie. Je me gare à deux pas du lycée, des filles de treize ans y portent des vêtemnts qui valent treize fois le SMIC. De temps en temps, on regrette que le Mossberg ne soit pas reconnu comme instrument d'égalisation sociale.
Qu'est-ce que tu veux, j'ai une taille de caniche mais des aspirations cosmiques.
Oublier est inévitable. Mais oublier, ce n'est pas guérir.
- Cette patiente a besoin de repos, lâche-t-il enfin. Elle a subi un traumatisme très violent. (Là, il fixe Camille.) Son état tient du miracle, elle pourrai être dans le coma. Elle pourrait être morte.
- Elle pourrait aussi être chez elle. Ou à son boulot. Tiens, elle pourrait même finir son shopping. Le problème, c'est qu'elle a croisé la route d'un type qui n'avait pas de temps à perdre, lui non plus. Un type comme vous. Qui pensait que ses raisons valent mieux que celle des autres.
En fait, ce sont souvent les événements qui décident pour nous. D'où la nécessité de calculer. D'anticiper.
Être vexé c'est le pire, pour un homme comme moi. La colère, on fait avec, on finit pas se calmer, on relativise, mais l'amour-propre, c'est terrible les dégâts que ça peut faire. Surtout chez un homme qui n'a plus rien à perdre, un homme qui n'a plus rien à lui. Un type comme moi, par exemple. Pour une blessure d'amour-propre, il est capable de tout. »
Du même auteur sur ce blog


      

                                         

dimanche 31 juillet 2016

Alex de Pierre Lemaitre*****


Editions Albin Michel, février 2011
392 pages
Prix des lecteurs policier du Livre de poche, 2012
CWA International Dagger, 2013


Quatrième de couverture


Qui connaît vraiment Alex ? Elle est belle. Excitante.Est-ce pour cela qu'on l'a enlevée, séquestrée, livrée à l'inimaginable ? Mais quand la police découvre enfin sa prison, Alex a disparu.Alex, plus intelligente que son bourreau. Alex qui ne pardonne rien, qui n'oublie rien, ni personne.Un thriller glaçant qui jongle avec les codes de la folie meurtrière, une mécanique diabolique et imprévisible où l'on retrouve l'extraordinaire talent de l'auteur de Robe de marié.

Mon avis ★★★★★


Palpitant, j'ai adoré ! 

Le suspense, attendu, fût au rendez-vous, et j'ai retrouvé avec plaisir, Camille Verhœven, ce policier atypique, toujours aussi profondément cynique, marqué par le drame que l'on connait ('Travail soigné') et qui dans cette histoire ne lâchera rien, jusqu'à ce que justice soit faite !
- Bah, la vérité, la vérité ...Qui peut dire ce qui est vrai et ce qui ne l'est pas, commandant ! Pour nous, l'essentiel, ce n'est pas la vérité, c'est la justice, non ?
Le scénario est excellent
Alex, d'abord captive, puis en fuite et enfin ... le dénouement, l'explication.
Qui est véritablement Alex ?
A vous de le découvrir, si ce n'est pas déjà fait.







lundi 11 juillet 2016

Trois jours et une vie de Pierre Lemaitre****


Editions Albin Michel, mars 2016
279 pages

4ème de couverture


« À la fin de décembre 1999, une surprenante série d’événements tragiques s’abattit sur Beauval, au premier rang desquels, bien sûr, la disparition du petit Rémi Desmedt.
Dans cette région couverte de forêts, soumise à des rythmes lents, la disparition soudaine de cet enfant provoqua la stupeur et fut même considérée, par bien des habitants, comme le signe annonciateur des catastrophes à venir.
Pour Antoine, qui fut au centre de ce drame, tout commença par la mort du chien… »


Mon avis ★★★★☆


Mais quelle incroyable histoire ! Un thriller psychologique d'un très très haut niveau, absolument fascinant et addictif !

Dévoré ce matin, impossible de le lâcher; j'étais heureusement bien installée, une tasse de café fumante à mes côtés, totalement négligée pendant ma lecture, et dont le contenu, refroidi a fini dans l'évier. 

Je vous ai entièrement consacré ma matinée, Monsieur Lemaitre; je me suis retrouvée à Beauval, j'ai suivi Antoine en 1999, 2011 et 2015, suis entrée dans ses pensées, ai partagé ses doutes, son effroi et désarroi, ses peurs, sa paranoïa, retenu mon souffle à plusieurs reprises, le coeur battant la chamade, un noeud à l'estomac discret au début, s'intensifiant jusqu'au dénouement, taraudée, préoccupée, désemparée, intriguée, estomaquée, secouée ...

Pierre Lemaitre, je vous admire ! Je vous ai découvert  avec Au-revoir là-haut, un coup de coeur; j'ai lu ensuite Travail Soigné, un polar génial, et maintenant, ce drame psychologique qui est à vous couper le souffle !

Bravo et merci pour ce grand moment de lecture; je sais qu'il y en aura d'autres (Alex et Sacrifices attendent sagement dans ma PAL) , ce qui me réjouit énormément ...

Amis lecteurs, je vous conseille vivement cette lecture ! 

Extraits


"La rumeur est une chose fragile, elle prend ou elle ne pend pas." p.81
"Elle [Mme Courtin] fréquentait l'église quand elle avait besoin de secours. Dieu était un voisin un peu distant qu'on avait plaisir à croiser et à qui on ne rechignait pas de demander un petit service de temps à autre. Elle allait à la messe comme on visite une vieille tante. Il entrait aussi dans cet usage utilitaire de la religion une large part de conformisme." p.91
"Tous trois alignés faisaient face à l'assemblée des fidèles. Et l y avait, dans le tableau de ce taureau retenant sa fureur, de cette femme dévastée et de leur fille immature qui transpirait le sexe et l'échec, quelque chose de déchirant. On aurait dit que cette famille, à laquelle manquait ostensiblement le petit Rémi, offrait à Dieu le spectacle de sa détresse." p.102
"L'exaspération villageoise transpirait depuis deux jours trouvait dans cette circonstance exceptionnelle une voie nouvelle d'expression, on se plaignait de la mairie, autant dire du maire, autant dire du patron de l'entreprise Weiser. Il y avait dans cette irritation confuse, toute l'animosité que la menace sociale faisait peser depuis longtemps sur la collectivité et qui, à défaut de savoir s'exprimer ouvertement, se reportait sur cet événement." p.129
"Beauval, c'était un peu ça, une ville où les enfants ressemblaient à leurs parents et attendaient de prendre leur place." p.195
"Tout le monde adorerait ce fait divers parce que, face à lui, chacun se sentirait merveilleusement normal. [...] Le crime de Beauval exorciserait les velléités de violence de tout un peuple, on pourrait se délecter de placer la faute sous la responsabilité d'un seul, de la satisfaction de voir quelqu'un puni pour une action dont n'importe qui serait capable." p. 213 
"Telle était sa punition : purger sa peine en toute liberté au prix de son existence toute entière." p.260


Du même auteur, sur ce blog



dimanche 5 juin 2016

Travail soigné de Pierre Lemaître****


Editeur : Le Livre de Poche (2012) 
416 pages
Editeur d'origine : Le Masque
Prix Cognac 2006


Résumé éditeur


Dès le premier meurtre, épouvantable et déroutant, Camille Verhoeven comprend que cette affaire ne ressemblera à aucune autre. Et il a raison. D’autres crimes se révèlent, horribles, gratuits… La presse, le juge, le préfet se déchaînent bientôt contre la « méthode Verhoeven ». Policier atypique, le commandant Verhoeven ne craint pas les affaires hors normes mais celle-ci va le placer totalement seul face à un assassin qui semble avoir tout prévu. Jusque dans le moindre détail. Jusqu’à la vie même de Camille qui n’échappera pas au spectacle terrible que le tueur a pris tant de soin à organiser, dans les règles de l’art.

Mon avis   ★★★★☆


Waouh ! Quel final époustouflant !

Le personnage du commandant Camille Verhoeven est novateur et absolument pas banal, il ne mesure qu'un mètre quarante cinq ! Il est jeune commandant, gnome de la PJ, petit troll prétentieux et amoureux ...tiraillé entre son travail prenant, cette enquête absolument déroutante dans laquelle il va se retrouver impliqué (mais chut, je n'en dis pas plus) et sa vie privée, sa vie de jeune couple auprès d'une femme aimante et conciliante. J'ai beaucoup aimé son sens de la répartie, et son humour, dans la première partie du roman.

L'intrigue est excellente : un meurtrier, complètement dingue, un véritable pervers s'inspire de scènes de romans policiers pour accomplir ses assassinats, ce qui fait aussi de ce thriller un très bel hommage aux classiques de la littérature policière. L'auteur cite de nombreuses références dont les très grands "American Psycho", "Dahlia Noir", "De sang froid" ou encore "Nécropolis"( ce dernier écrit par Liebermann que je vous conseille au passage vivement, c'est un chef-d'oeuvre), et bien d'autres, que je vais m'empresser de rajouter à ma PAL comme par exemple : Le Crime d'Orcival d'Emile Gaboriau, Laidlaw de William McIlvanney, Le Meurtre de Roger Ackroyd ...
"Le roman policier a longtemps été considéré comme un genre mineur. Il aura fallu plus d'un siècle pour qu'il acquière droit de cité dans la "vraie" littérature.Sa longue relégation au rang de "paralittérature" répond à la conception que lecteurs, auteurs et éditeurs se firent longtemps de ce qui était censé être littéraire et donc à nos usages culturels, mais aussi, croit-on généralement, à sa manière même, à savoir le crime. Cette fausse évidence, aussi ancienne que le genre lui-même, semble ignorer que meurtre et enquête figurent en place privilégiée chez les auteurs les plus classiques, de Dostoïevski à Faulkner, de la littérature médiévale à Mauriac. En littérature, le crime est aussi ancien que l'amour"
Certaines scènes sont d'une extrême violence et d'une horreur sans limite, ce sont de véritables scènes de boucherie qui sont par moment décrites. On a du mal à réaliser que certaines ont été d'ailleurs bien réelles, puisque certains romans ont été inspirés de faits réels. Effroyable !
Et d'autres sont empreintes d'humour, comme la scène du constat accablant sur l'enquête qui piétine (p 141).

Je me suis doutée bien trop tôt de la chute, dès le moment où ...stop, je m'arrête là, je risquerai d'en dire un peu trop et de déflorer l'intrigue, ce serait très dommage!; mais finalement, le fait d'avoir deviné la fin, a rendu, très certainement pour moi, ce thriller davantage poignant.

Un petit bémol, la première longue, simple et "plate" (voilà, je l'ai écrit, autant être honnête) partie, mais une fois celle-ci franchie, alors, c'est un rythme haletant qui nous attend, une atmosphère empreinte de stress, d'horreur et d'angoisse. Impossible de lâcher le livre, in fine la nuit fût courte pour moi ! 

Bonne nouvelle, Pierre Lemaître a donné une suite à ce premier roman avec 2 autres tomes : "Alex" et "Sacrifices". 
Hâte de les découvrir.

Citations & Extraits


"Camille passa en revue ces détails, sortit un calepin de sa poche mais l'y replaça aussitôt comme si la tâche était si monstrueuse que toute méthode était inutile, tout plan voué à l'échec. Il n'y a pas de stratégie face à la cruauté. Et pourtant, c'est pour ça qu'il était là; face à ce spectacle sans nom." p27

"Ces filles étaient exactement comme cette femme, celle qu'il aimait aujourd'hui. Et elles étaient arrivées un beau jour, quoi, invitées ? Recrutées ? Forcées ? Enlevées ? Payées ? Toujours est-il qu'elles s'étaient fait découper, tronçonner par des types qui avaient seulement envie de découper en morceaux des filles aux fesses blanches et onctueuses, et qu'aucun d'eux n'avait été ému par un seul de leurs regards suppliants lorsqu'elles avaient compris qu'elles allaient mourir, que même ces regards les avaient peut-être excités t que ces filles faites pour l'amour, pour la vie, étaient venues mourir, on ne savait comment, dans cet appartement-là, dans cette ville-là, dans ce siècle où lui, Camille Verhoeven, flic tout ce qu'il y avait de plus ordinaire, gnome de la PJ, petit troll prétentieux et amoureux, où lui, Camille caressait le ventre sublime d'une femme qui était toujours la nouveauté absolue, le vrai miracle du monde." p 72
"Maleval avait dit : "Louis a toujours l'air d'un communiant mais c'est un cachottier. L'aristocratie quand ça se dévergonde, c'est tout de suite l'excès." p 83

"Tout le monde connaissait Armand. Sa solidité n'avait aucun équivalent. Un point de suspension dans son discours pouvait être l'équivalent de deux cents heures de travail."   p 85
"On jurerait le combat du Bien contre le Mal, disait sa mère. Vois David, ses yeux fous, et chez Goliath, le calme de la douleur. Où est le Bien, où est le mal ? En voilà une grande question..." p 105 (à propos du Goliath tenant la tête de David)

"- Votre idée, c'et que le meurtrier de Tremblay a, en quelque sorte, mimé le livre.
- Mimé ? demanda Camille. Tu as de ces mots ... Il coupe une fille en deux, la vide de ses entrailles, lave les deux morceaux de cadavre, lui shampouine la tête avant de balancer le tout dans une décharge publique ! Si c'est un mime, heureusement qu'il n'a pas la parole." p 123

"L'escalier sentait l'encaustique. Son père avait passé sa vie dans son officine nappée d'odeurs de médicaments, sa mère sentait l'essence de térébenthine et l'huile de lin, Camille avait des parents à odeurs." p 130
"Les relations entre les gens ressemblent souvent à des lignes de chemin de fer. Lorsque les voies s'écartent et s'éloignent l'une de l'autre, il faut attendre un aiguillage pour avoir une chance de les voir reprendre un chemin parallèle." p 152
"- Sur le plan sexuel, quel genre d'homme était-il? demande abruptement Camille.
- Un rapide, répondit Mme Cottet, bien décidée à répondre à son agacement. Fulgurant même, si je me souviens bien. Pas tordu. Imagination restreinte. Jusqu'à la simplisterie même. Plutôt buccal, raisonnablement sodomite, que vous dire d'autre...
- Je pense que ça suffira...
- Éjaculateur précoce.
- Merci, madame Cottet...., Merci..."