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mardi 13 février 2024

Les dernières volontés de Heather McFerguson ★★★★☆de Sylvie Wojcik

Un petit tour en Écosse, ça vous tente ? Humer les embruns et les brouillards, admirer la beauté de ces lieux d'eau, de verdure et de lumière, se laisser bercer par quelques airs celtiques, tenter le  haggis, se désaltérer au pub du coin... À l'instar d'Aloïs, je quitterais bien tout moi aussi pour me rendre dans ce petit recoin de terre écossaise. C'est forcément plus simple quand on y hérite d'un toit. Aloïs, lui, à peine a-t-il foulé ces terres qu'il s'y sent comme chez lui, aimanté, charmé par ces vastes étendues sauvages et cette mystérieuse histoire d'héritage. 
Un agréable moment de lecture, tout en douceur, hors du temps, une belle histoire racontée avec poésie, qui transporte, en toute simplicité. 
Un petit livre pour s'évader une heure ou deux qui questionne la raison des silences et le pardon. Un petit bijou sur le pouvoir des mots, de la littérature et une belle référence à  une des œuvres qui m'a fait aimer la lecture : "Le Seigneur des Anneaux".

« Il foule le sable blanc mêlé de fines particules noires, s'installe sur un rocher et grignote quelques biscuits. Il est venu pour réfléchir et s'organiser mais, à mesure que les nuages s'effacent et que la lumière change, tous ces questionnements s'éloignent. La marée monte doucement. Il observe avec fascination le liséré de dentelle blanche aller et venir. Sa pensée se fond dans le paysage. Son esprit se dilue dans la course des nuages et le chuchotement des vagues. »

«[...] ce soir, l'histoire a changé. Comme si un nouveau chapitre s'écrivait au rythme du vent qui siffle dans les bruyères et marbre de noir le sable rose de la baie d'Applecross. »

« La presqu'île est plongée dans un brouillard aux mailles serrées ne laissant passer aucun signe de vie. Quelques kilomètres carrés de prés, de tourbe et de rochers, cinquante moutons et deux hommes soustraits au reste de l'humanité. »

« Impossible de rentrer, pour l'instant ou jamais. Impossible de quitter cette terre qui le retient par sa vérité, son authenticité et sa désolation heureuse, où la nature s'exprime dans toutes ses forces et où il est beau de ne pas pouvoir lutter contre parce que, même quand les éléments se déchaînent, quand la marée vient frapper violemment les rochers ou quand les nuages se mettent en ordre de bataille, il y a toujours une faille, un ruban d'écume assagie ou un rai de lumière qui apporte l'espoir d'un apaisement. »

Quatrième de couverture

Aloïs, libraire à Paris, reçoit une lettre d'un notaire d'Inverness lui annonçant que Heather McFerguson lui lègue sa maison. Qui est cette femme, et surtout pourquoi a-t-elle fait de lui son héritier universel ? Se rendant en Écosse pour tenter d'élucider ce mystère, il ressent immédiatement l'impression d'avoir trouvé sa place. Là-bas, dans ces paysages d'eau, de pierre et de lumière, il renouera peu à peu le fil brisé de son histoire familiale. Il sera question de hasard, d'audace et de renoncement, de choix, de promesses tenues ou non, de silence et de secrets.

Sylvie Wojcik vit à Strasbourg. Elle a publié Les Narcisses blancs (2021) aux éditions Arléa.

Éditions Arlea,  avril 2023
144 pages

lundi 8 juin 2020

Neige ★★★★☆ de Maxence Fermine

« Rien que du blanc à songer. »
Arthur Rimbaud

« Le haïku est un genre littéraire japonais. Il s'agit d'un court poème composé de trois vers et de dix-sept syllabes. Pas une de plus. »


Yuko Akita avait deux passions.
Le haïku.
Et la neige.
« La neige est un poème. Un poème d'une blancheur éclatante.
Elle recouvre en janvier la moitié du nord du Japon.
Là où vivait Yuko, la neige était la poésie de l'hiver. »
La neige, inspirante, sur laquelle glisse les mots. 
« Ne rien enjoliver. Ne pas parler. Regarder et écrire. En peu de mots. Dix-sept syllabes. Un haïku. 
Un matin, on se réveille. Il est temps de se retirer du monde pour mieux s'en étonner. 
Un matin, on prend le temps de se regarder vivre. » 
Une plume poétique et reposante, qui suspend le temps, le temps d'une lecture douceur, d'une lecture tendresse.
Un moment de contemplation intense. Un instant vrai.
Une belle histoire qui m'a laissée songeuse. 
« Il y a deux sortes de gens.
Il y a ceux qui vivent, jouent et meurent.
Et il y a ceux qui ne font jamais rien d'autre que se tenir en équilibre sur l'arête de la vie.
Et il y a les acteurs.
Et il y a les funambules. »  

« La neige est un poème. Un poème qui tombe des nuages en flocons blancs et légers.
Ce poème vient de la bouche du ciel, de la main de Dieu. »

« La neige est un poème. Un poème d'une blancheur éclatante.
Elle recouvre en janvier la moitié du nord du Japon.
Là où vivait Yuko, la neige était la poésie de l'hiver. »

« À chaque jour un autre poème, une nouvelle inspiration, un nouveau parchemin. À chaque jour un paysage différent, une autre lumière. Mais toujours le haïku et la neige. Jusqu’à la tombée de la nuit. » 

« - Qu'est-ce que la poésie ? demanda le prêtre.
- C'est le mystère ineffable, répondit Yuko. 
Un matin, le bruit du pot d'eau qui éclate dans la tête fait germer une goutte de poésie, réveille l'âme et lui confère sa beauté. C'est le moment de dire l'indicible. C'est le moment de voyager sans bouger. C'est le moment de devenir poète. 
Ne rien enjoliver. Ne pas parler. Regarder et écrire. En peu de mots. Dix-sept syllabes. Un haïku. 
Un matin, on se réveille. Il est temps de se retirer du monde pour mieux s'en étonner. 
Un matin, on prend le temps de se regarder vivre. » 

« La neige possède cinq caractéristiques principales. 
Elle est blanche.
Elle fige la nature et la protège.
Elle se transforme continuellement.
Elle est une surface glissante.
Elle se change en eau. » 

« - Elle est blanche. C'est donc une poésie. Une poésie d'une grande pureté.
Elle fige la nature et la protège. C'est donc une peinture. La plus délicate peinture de l'hiver. 
Elle se transforme continuellement. C'est donc une calligraphie. Il y a dix mille manières d'écrire le mot neige.
Elle est surface glissante. C'est donc une danse. Sur la neige tout homme peut se croire funambule.
Elle se change en eau. C'est donc une musique. Au printemps, elle change les rivières et les torrents en symphonies de notes blanches. » 

« La couleur n'est pas au dehors. Elle est en soi. Seule la lumière est dehors.  »

« En vérité, le poète, le vrai poète, possède l'art du funambule. Écrire, c'est avancer mot à mot sur un fil de beauté, le fil d'un poème, d'une œuvre, d'une histoire couchée sur un papier de soie. Écrire, c'est avancer pas à pas, page après page, sur le chemin du livre. Le plus difficile, ce n'est pas de s'élever du sol et de tenir en équilibre, aidé du balancier de sa plume, sur le fil du langage. Ce n'est pas non plus d'aller tout droit, en une ligne continue parfois entrecoupée de vertiges aussi furtifs que la chute d'une virgule, ou que l'obstacle d'un point. Non, le plus difficile, pour le poète, c'est de rester continuellement sur ce fil qu'est l'écriture, de vivre chaque heure de sa vie à hauteur du rêve, de ne jamais redescendre,  ne serait-ce qu'un instant, de la corde de son imaginaire. En vérité, le plus difficile, c'est de devenir un funambule du verbe. » 

« Lorsqu'il mourut, il se laissa gagner par la blancheur du monde.  
Il était heureux.
À hauteur du cœur. »

« Il y a deux sortes de gens.

Il y a ceux qui vivent, jouent et meurent.

Et il y a ceux qui ne font jamais rien d'autre que se tenir en équilibre sur l'arête de la vie.

Et il y a les acteurs.
Et il y a les funambules. »  

Quatrième de couverture

Dans une langue concise et blanche, Maxence Fermine cisèle une histoire où la beauté et l’amour ont la fulgurance du haïku. On y trouve le portrait d’un Japon raffiné où, entre violence et douceur, la tradition s’affronte aux forces de la vie.

Éditions Arléa, janvier 1999 
120 pages 

lundi 5 septembre 2016

Je viens de tuer ma femme de Emmanuel Pons****


Editions Arléa-Poche, mars 2009
168 pages

Quatrième de couverture


"Je viens de mer ma femme. Ce qui m'ennuie, c'est les faire-part. Je dois absolument les écrire avant d'aller à la gendarmerie. Evidemment, je n'ai plus de timbres. Je lui avais pourtant demandé d'en acheter. En prévision." 

Dès lors, les événements s'enchaînent, avec une froideur et une logique implacable, étranges ou macabres, en tout cas toujours rehaussés par l'humour - noir - du narrateur, qui nous promène, de rebondissements en découvertes, dans son monde, où l'amour emprunte des voies bien surprenantes.


Mon avis ★★★★☆


Décapant ce bouquin, empreint d'humour noir, bien grinçant et à l'atmosphère absolument délirante (surtout la première partie), violente et inquiétante à la fois.

Il est complètement "à la masse, le Manu". On le découvre aux premiers abords, triomphant, il vient enfin de se débarrasser de sa femme, avec qui il a partagé onze ans de sa vie. Il jubile, vit son acte comme un exploit  Qu'on ne minimise surtout pas mon acte sous prétexte que d'autres l'ont accompli avant moi. Je partais de très loin. Rien ni personne ne m'a jamais aidé. Jeune, j'ai tout eu : amour, argent, bonne éducation. J'en suis sorti seul. C'est quand même plus fort que le gitan qui poignarde pour sauver sa peau. Lui n'a pas le choix, donc pas de mérite.
Il va enfin pourvoir être lui-même, ne plus avoir à subir les remarques de son épouse Ce que tu as pu me pourrir la vie, quand même ! C'est à peine croyable. Si je ne t'avais pas tuée, je ne pourrais plus me regarder dans une glace tellement j'aurais honte de continuer à te subir sans rien dire.
Et c'est bien son raisonnement, celui du narrateur Emmanuel Pons, pendant les sept jours qui suivent le drame, que nous lisons et c'est absolument délirant.
Tout s'enchaîne très vite : folie meurtrière, désillusions, absence de soutien à priori de son ami psychologue qui déclare "C'est bien, continue" quand Emmanuel lui apprend qu'il vient de tuer sa femme, longues discussions avec sa femme (et oui, il discute avec son épouse congelée), il sous entend ses réponses, et s'emporte même parfois On peut discuter calmement, Sylvie. Tu la ramènes moins, maintenant. Qui c’est qui l’a eu, cette fois le dernier mot, hein ? C’est ton Bibi. Et qui va me foutre la paix ? C’est ma Sisi. (…) Je peux commencer par le dessert, mettre plein de beurre pour cuire la viande, enfumer la maison de saumon grillé… qu’est-ce que tu vas faire ? Rien. T’es finie ma grande. Terminée. T’es juste bonne à filer aux vers. Et encore tu serais fichue de les emmerder il va jusqu'à essayer de la rendre jalouse ... et puis, les remords s'en mêlent, le doute s'installe Elle était insupportable dans sa tristesse, horripilante dans sa détresse et comédienne dans sa douleur. Je ne dois pas l’oublier il revient sur la relation qu'il a eu avec sa femme Tu étais la princesse de tous mes fantasmes, qui n'était peut-être pas si mal finalement . Il nous attendrirait presque, et d'ailleurs c'est bien ce qui se passe.
Oui, mais voilà, les faits sont là, ces pulsions destructrices sont bien réelles, les conséquences dévastatrices, et l'issue implacable.

Il est complètement givré ce bouquin, humour noir au menu, pimenté de touches d'absurde, servi sur un lit d'émotions...c'est absolument génial !! Enfin, ce n'est que mon humble avis.

C'est aussi une belle analyse des rapports de couple et d'amitié.
Un très bon, trop court :-(, moment de lecture. 
Merci Mr Pons.

«
Je suis propre. Ça me donne la fausse impression d'avoir les idées en place. Je ne suis pas dupe. J'avais pris une douche le jour où je me suis marié. Je fais systématiquement une ou deux grosses bêtises par an. 

Elle était trop amoureuse pour me tromper. Pourtant, je ne jurerais de rien. La salope ! Elle a de la chance de ne pas pouvoir répondre.

Si j'apprends que ... Je la découpe, nom de Dieu, je la découpe !

L'art, c'est d'abord une nécessité intérieure, et, à ce titre, ta mort est ma plus belle oeuvre. La preuve ? C'est la seule que tu n'aies pas critiquée.

"C'est bien, continue." Je parlais de l'image que tu te faisais d'elle et qui t'empêchait de la voir telle qu'elle était. Il en va de même pour toi. Si tu ne te tues pas tous les jours, tu ne vis jamais avec toi, mais avec celui que tu crois être. Tu t'accroches à des idées préconçues, à des principes qui te rassurent, jusqu'à ce que quelqu'un les contredise. Si ton esprit avait été vidé chaque matin au réveil, tu n'aurais jamais tué personne.
»


Oherville, dans la vallée de la Durdent,
Normandie,
petit village qui héberge cette histoire

La Durdent