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vendredi 3 janvier 2025

Le sang des mirabelles ★★★★☆ de Camille de Peretti

Une bien agréable lecture que celle-ci. J'ai découvert l'écriture de Camille de Peretti avec L'inconnu au portrait, écriture à laquelle j'avais succombé. Et bien, il n'y a pas de doute, je la relirai sans hésiter.
Dans Le sang des mirabelles, l'autrice nous plonge au coeur du Moyen-âge pour suivre la destinée de deux sœurs Eléonore, dite la Salamandre et Adélaïde,  dite l'Abeille. L'une destinée à donner un héritier à l'adipeux Guillaume, dit l'Ours et la deuxième, a un penchant pour l'apprentissage des remèdes et de la chirurgie, elle désire soigner. Toutes deux savent lire et écrire, toutes deux sont fougueuses et passionnées, toutes deux aspirent à être des femmes libres. 
Un roman historique original, captivant et intéressant. Je me suis glissée dans cette lecture sans difficulté comme on se glisse dans un bon lit douillet, j'ai ri à certaines cocasseries de la langue de l'époque, retiendrai le terme de "coquefredouille" entre autres ;), aimé la thématique abordée : l'émancipation de la femme. 
L'intrigue est simple, l'histoire plutôt linéaire, peu de personnages rentrent en jeu, ce qui en fait la lecture idéale en cette période de vie au ralenti 😉 

« Femme, tu es la porte du diable. »
Tertullien (155-222)

« [...] les signes sont-ils interprétables quand on a perdu la raison ? »

« Coquefredouilles [pauvres diables], corne de bouc ! Pauvre de moi, entouré par la merdaille, par une armée d'abrutis, de galeux, environné de conseillers sotards, tous autant que vous êtes et qui n'avez rien vu venir ! Tous des ases [bons à rien] ! »

« Manon a toujours pensé que dans la mort, le seigneur Ours se changerait vraiment en ours et la Salamandre en salamandre, quand elle, Manon, resterait simplement Manon, une femme sans crocs ni griffes pour se défendre. Dans la mort, les seigneurs restaient plus forts. Mais on lui a raconté aussi que tous les hommes seraient punis, les méchants condamnés à bouillir dans une grande marmite pour l'éternité, l'avare étranglé par le cordon de sa bourse, le gourmand avec le ventre près d'éclater, et la luxurieuse mordue aux seins et au sexe par des crapauds répugnants. »

« Elle ne respecte pas la matière comme sa sœur a appris à la respecter, ne se rend pas compte que le métier d'apothicaire demande précision et tact, et qu'un mauvais dosage pourrait s'avérer fatal. On trouve toujours simple ce qu'on ignore. »

« La mère attend son fils depuis longtemps. Impatiente de le serrer dans ses bras, elle le tiendra comme on tient sa revanche. Elle a appris qu’il n’y avait que deux manières de prendre le pouvoir en ce monde quand on naissait femelle, par le bas-ventre ou par le ventre. Écarter les jambes pour y faire entrer le pendeloche de son seigneur ou écarter les jambes pour en expulser l’enfant qui vous protègera. Sans mari et sans fils, point de salut. »

« L'esquisse d'un sourire se dessine sur les lèvres de la chambrière : que l'on mange du blanc de cygne ou de la potée de choux, quand la mort frappe, la seigneurie comme la servantaille n'est plus qu'un amas de chair flasque et froide. »

« Plus nous appréhendons les choses, plus nous découvrons le puits sans fond de notre ignorance. Adélaïde, ebahie, explorait cet abîme...»

Quatrième de couverture

« Depuis deux saisons déjà, le vieux Hibou lui avait ouvert les portes de son officine et l'avait laissée feuilleter les pages de ses livres. Elle s'y était plongée avec délice, elle avait tout dévoré. Quelques mois et tout avait changé; la jeune fille savait désormais que le monde ne se réduisait pas à une bobine de fil et à une aiguille. »

Au cœur du Moyen Âge, deux sœurs se bâtissent un destin singulier. Bravant les conventions, l'une découvre le véritable amour tandis que l'autre s'adonne en secret à sa passion pour la médecine. Mais cette quête d'émancipation n'est pas sans danger à une époque vouant les femmes au silence. Une magnifique saga, qui renouvelle le genre du roman historique.

Camille de Peretti est née en 1980 à Paris.
Elle est l'auteur de six romans dont Thornytorina (Belfond, 2005, prix du Premier roman de Chambéry) et Blonde à forte poitrine (Kero, 2016).

Éditions Calmann Levy,  juin 2019
332 pages

mercredi 26 juillet 2023

Un simple dîner ★★★★★ de Cécile Tlili

Un huis-clos intimiste qui m'a tenue en haleine. 
Un simple dîner, au premier abord. Il sera épicé - Claudia a préparé ce qu'elle sait faire de mieux, son excellent curry. 
L'atmosphère s'y densifie et devient de plus en plus pesante au fil des pages. Les personnages se révèlent à nous par petites touches savamment distillées. Et cette sensation que j'ai eu d'être dans cet appartement, spectatrice privilégiée de ce dîner aux subtiles saveurs qui laissera pourtant un goût amer à Etienne et Claudia, Johar et Rémi. Cette note amère libérera les émotions et déclenchera pour certains d'entre eux la volonté accompagnée d'une force insoupçonnée de s'extraire de la cage, de s'affranchir des cases dans lesquelles la société les a piégés.

Une lecture coup de coeur empreinte de nostalgie. 
Elle parle de la place des femmes dans la société, de l'amour qui parfois se détend avec le temps, de fossé qui se creuse indubitablement, de l'envie à un moment de sa vie de retrouver la liberté de sa jeunesse passée. 
Un regard délicat sur la vie, celle que l'on se rêvait à vingt ans, celle que l'on a vingt ans plus tard. Ce regard que l'on porte sur celui/celle que l'on est devenu. 
Les chemins empruntés tout tracés ou que l'on bâtit à la sueur de son front pour se hisser au sommet nous font parfois passer à côté de l'essentiel. Il n'est jamais trop tard pour s'en rendre compte ...
« Vous ne connaissez pas les compromis nécessaires au maintien d'un couple dans la durée. Vous n'êtes pas encore ces acrobates sans cesse en équilibre sur la corde de leur histoire d'amour, risquant de basculer à tout instant dans l'amitié, l'indifférence ou la haine. Vous nous avez donné la petite impulsion qui nous a permis de nous redresser, ce soir. »
Un roman fort de cette rentrée littéraire, à mon humble avis !

Merci Cécile Tlili pour ce dîner ! Je reprendrai bien un peu de dessert ;-)
Merci également aux éditions Calmann-Lévy et à Babelio.  

« Rien que pour cette liberté de pouvoir s'échapper à tout instant avec un alibi incontestable, elle se dit que cela vaut la peine de se calciner les poumons. C'est peut-être le seul trait d'union entre l'adolescente qu'elle a été et la femme qu'elle est devenue, la cigarette. La seule rayure laissée apparente sous la couche de vernis dont elle a recouvert sa vie. »

« Étienne observe le plan de travail de granit où Claudia finit de garnir les assiettes, la table de bar, les meubles de cuisine aux lignes d'une sobriété parfaite. Son regard file vers les grands miroirs de la salle à manger et du salon qui se renvoient leurs reflets à l'infini, vers le parquet centenaire dont il aime entendre le craquement sous son pied. Jamais il ne pourra renoncer à tout cela. Au contraire : il est programmé pour en avoir toujours plus ; toujours plus grand, toujours plus beau. Il ferme les yeux. »

« Johar savoure les bulles dorées qui éclatent sur sa langue. Elle se sent forte, ses jambes puissamment ancrées dans le sol, son corps concentrant vers lui toutes les lumières du salon. Si les lampes tournoient légèrement autour d'elle, c'est pour mieux l'auréoler de leurs rayons chatoyants. L'agitation qui a suivi son annonce leur a donné chaud à tous, ils transpirent, tout particulièrement elle dans son pantalon de tailleur trop épais et sa blouse à manches longues. Elle sent un filet de sueur ruisseler le long de sa colonne vertébrale et se demande si des auréoles d'un gris plus sombre se sont déjà formées au niveau de ses fesses. Elle aurait dû assumer une robe d'été. Sa robe portefeuille noire aurait été parfaite pour ce moment de triomphe. Elle s'imagine dominer la scène de son port altier, ses hanches mises en valeur par l'élégance du drapé. Rémi cherche de nouveau à l'enlacer mais elle ne lui donne pas de prise, elle est une statue qu'on touche du bout des doigts sans savoir si on y est autorisé. Comme il lui paraît loin le temps où elle n'aurait pas imaginé fêter un succès ailleurs que dans les bras de Rémi, son plus grand admirateur, son meilleur soutien. Leur complicité d'alors lui est devenue totalement étrangère. »

« Elle écoutait le frémissement de l'huile dans les poêles, le tremblement du couscoussier.
La suite, Johar est incapable de la revoir avec ses yeux d'enfant. Elle ne lui apparaît qu'à la lumière accusatrice de son regard d'adulte. Les hommes - ses oncles, les aînés de ses cousins, et souvent des invités dont elle ne savait pas précisément situer la place dans la famille - attendaient, tranquillement attablés, le défilé des plats. À la fin du repas seulement, les femmes et les enfants, en cercle sur les petits tabourets ou accroupis directement au sol, se partageaient en vitesse les restes tièdes. Ils saisissaient à pleines mains les fritures devenues molles. Ils trituraient la semoule, que la sauce avait figée en boules compactes, à la recherche d'un morceau de viande oublié. Puis, sa mère préparait le thé. Elle faisait bouillir les feuilles, jetait les premières eaux, trop amères, et goûtait à plusieurs reprises afin d'être certaine d'avoir ajouté la quantité parfaitement écœurante de sucre qu'attendaient les mâles. Pendant ce temps, sa tante remplissait trois grandes bassines de fer-blanc d'eau chaude additionnée de lessive en poudre, et commençait à y mettre la vaisselle à tremper. Les hommes, repus de gras, d'épices et de sucre, commençaient à faire la sieste, tandis que les femmes et les aînées s'affairaient encore jusqu'en milieu d'après-midi, jusqu'à l'heure où la ville, le pays entier, se
figeait dans une gelée de sommeil et de chaleur. 
À l'adolescence, ce rituel avait fait hurler de rage Johar contre sa mère. Plus que l'original tunisien, c'était sa réplique noiséenne qui la rendait folle. »

« Pendant longtemps, sa colère quant à la soumission de sa mère avait alimenté sa rage de réussir. Elle s'était juré de ne jamais cuisiner. Elle veillait scrupuleusement à une répartition parfaitement équilibrée des tâches quotidiennes entre Rémi et elle. Surtout, elle avait décidé qu'elle deviendrait le type de femme que l'on n'imagine pas reléguée en cuisine. Elle deviendrait une tout autre femme que sa mère. Puis, un jour que Johar n'aurait su dater précisément, la colère envers sa mère s'était tarie, faisant place à une indifférence sèche. »

« Rémi recueille précieusement la goutte de nostal gie qu'il a décelée dans la voix de Johar. Le souvenir de leurs premières années l'émeut donc, elle aussi. Lui a soigneusement consigné dans sa mémoire ces histoires de virées en voiture qui s'achevaient sur le bas-côté d'une route de campagne à attendre l'arrivée d'une dépanneuse, la tête dans les mauvaises herbes, de randonnées en montagne qu'ils terminaient de nuit et en courant, parce que aucun d'eux ne savait lire une carte topographique. Il conserve, bien ordonnées dans son cerveau, les photos des fous rires de Johar lorsqu'il rentrait à la maison affublé des perruques les plus extravagantes des coiffeurs afro du boulevard de Strasbourg, par lequel il aimait faire un petit détour avant de rentrer rue Cail, quand il savait qu'il la retrouverait pétrie du stress de ses prochaines échéances professionnelles. Il consulte encore parfois cet album photo intime avec mélancolie. Mais, avec les années, les clichés s'y sont faits plus flous, plus rares, jusqu'à laisser totalement vierges les pages de la période récente. Johar n'a plus besoin des perruques. Johar n'a plus peur. Elle est devenue une machine, elle maitrise l'art de la guerre. Rémi se demande si elle sait seulement pour quoi elle se bat. »

« Johar l'écoute faire renaître les soirées où ils s'étaient découverts pareillement insatiables d'alcool et de fête, grisés par l'excitation des premiers succès de Johar, les virées à la campagne dans la Peugeot 205, les nuits passées à dessiner un avenir auquel ne ressemble nullement leur quotidien d'aujourd'hui. Ils étaient si juvéniles, si bruts encore, si émouvants dans leur soif de vivre intensément que, même si elle sait que les mots ne sont pas grand-chose face à des années d'indifférence, elle accueille avec une curiosité mêlée de gratitude ce sentiment de nostalgie qu'elle a, toute sa vie, rejeté avec dédain. »

« Vous ne connaissez pas les compromis nécessaires au maintien d'un couple dans la durée. Vous n'êtes pas encore ces acrobates sans cesse en équilibre sur la corde de leur histoire d'amour, risquant de basculer à tout instant dans l'amitié, l'indifférence ou la haine. Vous nous avez donné la petite impulsion qui nous a permis de nous redresser, ce soir. »

« Étienne n'appartient pas à la catégorie de personnes qui se laissent aller aux regrets. Il est de la caste de ceux à qui le monde est dû. »

Quatrième de couverture

« Dans le miroir de la salle de bains, elle se dévisage, et se voit telle que les amis d'Étienne vont la voir : une fille fade et gauche, une fille qu'il a choisie parce qu'elle ne risque pas de lui faire de l'ombre. »

Un soir de canicule, en août à Paris, deux couples se rejoignent pour dîner. La soirée aura lieu chez Étienne. Claudia, sa compagne, d'une timidité maladive, a cuisiné toute la journée pour masquer son appréhension. Johar et Rémi, leurs invités, n'ont pas l'esprit tranquille non plus. Autour de la table, les uns nourrissent des intentions cachées tandis que les autres font tout pour garder leurs secrets. L'odeur épicée d'un curry, une veste qui glisse d'un fauteuil, il suffit d'un rien pour que tout bascule.

Avec ce huis-clos renversant, Cécile Tlili interroge la place des femmes dans la société et tisse, avec délicatesse, une ode à l'émancipation et à la liberté.

Cécile Tlili a cofondé une école alternative pour les enfants neuro-atypiques. Un simple diner est son premier roman.

Éditions Calman Levy,  août 2023
179 pages

samedi 19 mars 2022

La maison des voix ★★★★☆ de Donato Carrisi

Étourdissant thriller psychologique. 
Dévoré tellement il est captivant. 
Il a été un peu long pour moi à démarrer, le temps que le scénario se mette en place, mais honnêtement une broutille. J'ai vite été embarquée au point d'avoir été vraiment frustrée quand il a fallu que je lâche par moment ce livre ;-) J' avais entendu parlé de l'imagination de Donato Carrisi ; je ne saurais vous dire si elle en est à son apogée, car première rencontre pour moi avec l'auteur, mais là, je dois dire que je suis bluffée !
Pas trop envie de parler de l'histoire pour ne pas spoiler. Juste ajouter que l'aspect psychologique est très présent et c'est ce qui m'a plu. De même que les thèmes profondément humains (famille, identité...)
Donato Carrisi joue dans La maison des voix avec son lecteur, et les séances d'hypnose auxquelles on assiste entre une patiente tout droit débarquée d'Australie (dont la version adulte m'a toutefois un peu agacée, mais une broutille encore une fois) et son thérapeute en proie aux doutes, nous dévoilent par fragments un passé insoupçonnable. 
Quand le passé vient flirter avec le présent, la vérité éclate par petits bouts jusqu'au dénouement final qui m'a scotchée ! 
Génial !
Des livres de l'auteur à me conseiller ?

« - La question est de savoir si on peut vraiment choisir d'oublier quelque chose. C'est comme si la psyché établissait automatiquement que pour survivre au traumatisme, il faut le nier de toutes ses forces : elle nous cache ce lourd fardeau pour nous permettre d'aller de l'avant. »

« - Je comprends que ça puisse être frustrant, mais ne pensez pas que je ne vous croie pas : au contraire, je suis ici pour vous aider à vous souvenir et à vérifier si ce souvenir est réel ou non. 
 - Il l'est, répondit-elle gentiment.
 - Je vais vous expliquer quelque chose. Il est prouvé que les enfants n'ont pas de mémoire avant trois ans [...]. À partir de là, ils ne se souviennent pas automatiquement : ils apprennent à le faire. Or, dans ce travail d'apprentissage, réalité et imagination s'entraident et, inévitablement, se mélangent ... Pour cette raison, on ne peut pas se permettre d'exclure le doute. »

« Le monde dans les pages d'un livre est à la fois fascinant et menaçant, comme un tigre en cage. On en admire la beauté, la grâce, la puissance... mais on sait que si on tend le bras entre les barreaux pour le caresser, il n'hésitera pas à nous l'arracher. »

« - Pour revenir à votre histoire, demandez à qui vous voulez : chaque adulte se souvient d'un événement inexplicable dans son enfance, affirma-t-elle, avec certitude. Mais en tant qu'adultes, on relègue ces épisodes au rang de fruits de notre imagination, parce que quand ils sont arrivés on était trop petits pour les rationaliser. 
[...]
- Et si les enfants possédaient un talent spécial pour voir les choses impossibles ? Si, dans les toutes premières années de notre vie, on avait la capacité de regarder au-delà de la réalité, d'interagir avec des mondes invisibles, et qu'on perdait cette capacité en devenant adultes ? 
Le psychologue laissa échapper un petit rire nerveux, mais c'était pour sauver les apparences : en réalité, ces paroles l'inquiétèrent. 
Hanna Hall tendit sa main froide pour lui serrer le bras, puis parla d'une voix qui lui glaça le coeur : 
- Quand Ado venait me voir la nuit, dans la maison des voix, il se cachait toujours sous mon lit ... Mais ce n'est pas lui qui m'a appelée par mon prénom cette fois-là... Ce sont les étrangers, déclara-t-elle avant de conclure : Règle numéro deux : les étrangers sont le danger. »

« Vous avez remarqué que, quand on demande à un adulte de décrire ses parents, il ne dit jamais comment ils étaient dans leur jeunesse, mais il parle plutôt d'eux déjà vieux ? »

« Ma mère disait toujours que, quand on a pas de famille, on ne connait pas la vraie peur, poursuivit la femme pour lui laisser entendre qu'elle avait compris qui posait sur la photo. »

« Le psychologue observe, disait toujours monsieur B. De même que le documentariste n'intervient pas pour sauver le bébé gazelle des griffes du lion, le thérapeute n'interfère pas avec la psyché du patient. »

« Pour un enfant, la famille est l'endroit le plus sûr au monde, ou alors le plus dangereux : les psychologues pour enfants le savent bien. C'est juste qu'un enfant ne fait pas la différence. »

« L'identité d'un individu se forme dans les premières années de sa vie. Le prénom non seulement en fait partie, mais encore il en constitue la clé de voûte. Il devient l'aimant autour duquel se rassemblent toutes les particularités qui définissent qui nous sommes et qui nous rendent uniques. L'aspect, les signes distinctifs, les goûts, le caractère, les qualités et les défauts. L'identité est fondamentale pour définir la personnalité. La transformation de la première risque de faire basculer la seconde vers quelque chose de dangereusement indéfini. »

« Vous avez remarqué que, quand on demande à un adulte de décrire ses parents, il ne dit jamais comment ils étaient dans leur jeunesse, mais il parle plutôt d'eux déjà vieux ? »

Quatrième de couverture

« UN TOUR DE FORCE PSYCHOLOGIQUE 
AUSSI INVENTIF QUE CAPTIVANT » 
Corriere della Serra

Florence, de nos jours. Pietro Gerber est un psychiatre 
pour enfants, spécialiste de l’hypnose. Il arrive ainsi à extraire 
la vérité de jeunes patients tourmentés.

Un jour, une consœur australienne lui demande de poursuivre 
la thérapie de sa patiente qui vient d’arriver en Italie.
Seul hic, c’est une adulte. Elle s’appelle Hanna 
Hall et elle est persuadée d’avoir tué son frère pendant son enfance.

Intrigué, Gerber accepte mais c’est alors qu’une spirale infernale 
va s’enclencher : chaque séance d’hypnose révèle plus encore 
le terrible passé d’Hanna, mais aussi qu’elle en sait beaucoup 
trop sur la vie de Gerber. Et si Hanna Hall était venue
le délivrer de ses propres démons ?

AVEC LA MAISON DES VOIX, DONATO CARRISI 
RENOUVELLE LE THRILLER PSYCHOLOGIQUE 
ET NOUS LAISSE SANS VOIX.

Éditions Calmann Lévy, novembre 2020
299 pages
Traduit de l'italien par Anaïs Bouteille-Bokobza

mardi 13 avril 2021

Ours ★★★☆☆ de Philippe Morvan

Au contact de la guerre, il a foulé les territoires de la cruauté, du morbide, de la malsanité, de la démence. Des actes inhumains, perpétrés sciemment pourtant par des humains. « L'homme, seul, pouvait s'abaisser ainsi. » Gabriel Morange s'est forgé une carapace. Mais s'endurcir devant l'horreur, c'est aussi gage de meurtrissures, de cauchemars, de traumatismes.

La violence gratuite, haineuse, incontrôlée, dominante et jouissive...il y a des condamnations qui se sont embourbées dans les prétextes de guerres. Des guerres déclenchées par avidité, par l'envie irrésistible et meurtrière de dominer, d'anéantir. Nous honorons des héros historiques, des stratèges grandioses. C'est aussi leur soif de chair et de sang que nous vénérons, peut-être...
« L'engagement fut rapide et d'une extrême brutalité. Le corps expéditionnaire prit les habitants par surprise, aux premières heures du jour. Ce fut un massacre. Ni l'âge ni le sexe des victimes n'arrêtèrent le bras vengeur des soldats. Un nombre inconcevable d'enfants furent passés au fil du sabre. Des viols furent perpétrés. La nouvelle carte de cette razzia se répandit en Kabylie et, au-delà, dans l'Algérie toute entière. L'armée française venait de dévoiler son vrai visage le plus impitoyable, celui d'un prédateur sans merci. »
De la Kabylie à Annam, puis en Amérique sur les territoires des Navajos et en terres Apaches, Philippe Morvan nous embarque sur les traces de l'un de ses ancêtres et nous fait passer par d'intenses émotions et surgir des sentiments de peur, de colère, de rage, de tristesse et de joie. « Aucun être humain ne peut vivre sans sa liberté. » Et cette dernière ne devrait pas avoir de prix.

Ours est un beau témoignage empreint d'amour et d'une belle humanité, il est un bel hommage aux peuples opprimés. 
Ours est un homme bon. Un messager de tous les peuples martyrs...

« Il ferme les yeux et, à cet instant, au crépuscule de son existence, un torrent de souvenirs déferle en lui. Des tranches de vie, éphémères, s'incrustent une dernière fois de ses pensées, avant de se perdre dans les méandres de l'oubli.
Au moment où la mort pointe le bout de son nez rongé, tout ressurgit, tout remonte à la surface.
Comme les débris d'un naufrage. »

« Le silence, ça n'était rien d'autre que du mépris. Et même la pire des méchancetés, la plus vile saloperie, aurait été préférable à ce mépris-là. »

« L'existence était déjà rude en période de paix, alors, quand un conflit se dessinait à l'horizon - et les monarques d'Europe ne manquaient pas d'imagination pour en créer à l'envi - elle devenait vite insupportable. »

« Une vengeance qui, comme toutes les vengeances, fit la part belle à l'émotion, et au comportement grégaire. Quand il agissait en meute, l'homme n'avait plus rien de rationnel. Et aucun autre animal sur terre ne lui arrivait à la cheville en matière de cruauté. »

« L'engagement fut rapide et d'une extrême brutalité. Le corps expéditionnaire prit les habitants par surprise, aux premières heures du jour. Ce fut un massacre. Ni l'âge ni le sexe des victimes n'arrêtèrent le bras vengeur des soldats. Un nombre inconcevable d'enfants furent passés au fil du sabre. Des viols furent perpétrés. La nouvelle carte de cette razzia se répandit en Kabylie et, au-delà, dans l'Algérie toute entière. L'armée française venait de dévoiler son vrai visage le plus impitoyable, celui d'un prédateur sans merci. »
« Il se demandait même si cette prétendument nécessaire mission de civilisation des peuples ne cachait pas en réalité d'autres buts, beaucoup moins nobles ? Comme piller les richesses d'un pays... Et aussi, si le commandement militaire y croyait vraiment, lui, à ces théories ? Si les hommes de science n'avaient pas inventé tout ça afin de manipuler les pécores ? Mais alors, de quels autres mensonges leurs maîtres étaient-ils capables ? Cela lui donnait le vertige, quand il y pensait. »

« La guerre avait fait de lui un homme vide. »

« J'ai vu de quoi était capable l'homme blanc, en Algérie, en Annam, mais ici, c'est encore pire. On voudrait anéantir ce peuple, qu'on ne s'y prendrait pas autrement... Mais j'ai du mal à imaginer qu'on puisse sciemment envisager une telle ignominie. Je me refuse à le croire. »

« Certains soirs, au cours de longues discussions, alors qu'Ahiga dormait lovée contre son chien, elle lui avait expliqué comment l'Indien emprunte à la nature avec respect, n'en retirant que l'indispensable. Pourquoi il faut remercier la Terre Mère après une chasse réussie, ou une cueillette de baies abondante. Elle avait aussi parlé des Blancs, ses semblables, et le "padre" avait eu honte.
- L'homme blanc ne traite pas notre Mère avec respect. Il tue, il pille, il brûle. Il croit pouvoir dominer notre Mère. Mais il se trompe, on ne peut pas dominer celle qui nous a créés. Un jour, notre Terre Mère le lui fera payer. »

«- Je ne suis pas votre ennemi !
Pour la première fois l'homme laissa entrevoir l'ébauche d'une émotion, il sourit.
- Ah non ? Et quoi d'autre ? Vous n'êtes que ce que vous semblez être. Croyez-vous qu'un seul des vôtres me considérera un jour autrement que comme un ennemi ? Un Peau-Rouge sanguinaire, tout juste bon à être abattu tel un vulgaire coyote dans un poulailler ? Et si moi, guerrier Nde, je suis votre ennemi, comment dois-je vous appeler, vous, qui avez envahi mon pays, m'avez imposé votre langue, votre religion, vos lois, volé mes terres de chasse, massacré mes enfants ? [...] On croit toujours être différent des autres, mais quand on fait partie d'un tout, on est pour le moins complice...
[...]
- La paix ? Je n'y crois plus. L'homme blanc n'a aucune parole, et il n'a qu'un seul but : exterminer nos tribus qui empiètent sur ce qu'il croit être son pays, mais qui est et restera le nôtre à jamais. Alors, ils nous enferment dans ses réserves, comme des animaux, parqués comme les moutons des Navajos. Mais peut-on empêcher un aigle de vouloir voler ? Ils peuvent nous enchaîner, nous couper les ailes, ils ne réussiront jamais à nous arracher notre soif de liberté. »

« Les grands bonheurs étaient faits de petites choses, anodines, mais qui mises bout à bout en constituaient la substance même. Comme ces événements, souvent insignifiants, qui formaient patiemment l'ossature d'une vie et, ensemble, lui donnaient de la chair, toute son épaisseur, la bienveillance texture qui possédait le don de, parfois, rendre les gens heureux. »

Quatrième de couverture


Éditions Calmann-Levy, octobre 2018
367 pages

lundi 5 avril 2021

Les Lettres d'Esther ★★★★☆ de Cécile Pivot

Prendre le temps...d'écrire. 
Prendre le temps de dire. 
Prendre le temps d'attendre que la lettre voyage, que la réponse se forme, et qu'elle voyage à son tour. 
Prendre le temps. 
Il est où ce temps où nous prenions le temps ? Où nous étions patients ?

Merci Cécile Pivot pour ce moment suspendu, cette intrusion dans ces tranches de vie qui attendent, qui souffrent, qui pleurent, qui ne savent pas quoi faire du chagrin, qui peinent, qui étreignent, qui aiment ... et qui nous parlent. 
Le deuil qui éloigne, la dépression qui délite l'amour, qui fait peur, l'argent que l'on amasse et qui nous fait oublier l'essentiel, vivre et aimer, le temps qui passe et que l'on ne rattrape plus mais qui se savoure encore malgré tout, malgré la solitude.

J'ai aimé ces pages, ces échanges, qui m'ont mis les larmes à l'oeil, qui m'ont rappelé le temps d'avant, qui raccrochent à la vie, ordinaire, celle baignée d'amour, celle qui nous capte, nous émeut. Celle à saisir pleinement. 

Yves Granonio de la Librairie du Château de Brie-Comte-Robert a une nouvelle fois frappé fort. Un conseil lecture qui date certes, mais qui a fait mouche ! Merci Yves !

« « Contre quoi vous défendez-vous ? »  [...] J'aime cette question, parce que je suis convaincue que nous nous défendons tous contre quelque chose. Et aussi parce qu'elle laisse une grande liberté à celui qui répond. Il peut être évasif, avancer un lieu commun ou, au contraire, dévoiler une part plus intime de ce qu'il est. »

« Nous ne nous écrivons plus de lettres. Nous considérons qu'elles nous font perdre du temps et nous privent de l'image et du son. Pourtant, je savais mieux que quiconque, pour avoir correspondu avec mon père pendant vingt-deux ans, que l'on ne dit pas les mêmes choses à l'écrit et à l'oral. Nous usons d'autres mots et expressions, soignons notre style. Nos pensées empruntent des chemins différents, plus difficiles d'accès, plus tortueux, plus imprévisibles. Plus exaltants, aussi. Nous nous livrons, nous exposons, prenons des risques. Écrire une lettre, la poster, attendre une réponse en retour donne une autre valeur aux jours, un poids plus conséquent, me semble-t-il, au message dans l'enveloppe. Il prend son temps et trace sa route. »

« Dans un mail, nous parons au plus pressé, ne nous préoccupons pas de style. Notre graphie dit aussi des choses de nous. Tout comme notre papier à lettres. Ce que je préfère dans la correspondance écrite, c'est l'idée que le temps prend son temps. Que la lettre voyage jusqu'à l'autre. Et les questions que nous posons à son sujet. Quand la lira-t-il ? Quand nous répondra-t-il ? Est-ce une belle lettre ? L'ai-je convaincu ? Ai-je employé les mots qu'il faut ? [...] « Éloge de la patience et de la lenteur » »
« Tous autant que nous sommes, nous bâtissons notre vie d'adulte sur notre enfance. Elle est plus ou moins solide, stable, fiable, mais dit beaucoup de nos peurs, de nos incapacités, de nos enthousiasmes et du feu qui nous anime. »

« Pourquoi avons-nous peur de nous retrouver face à nous-mêmes ? Nous refusons d'être confrontés au vide, à l'inaction, aux questions sans réponse. Nous devons coûte que coûte avoir un projet. »

« C'est peut-être à cause de mon « passé épistolaire » que j'ai du mal avec les mails, les textos ou les réseaux sociaux. Sur Instagram, où l'on partage photos et vidéos, pas besoin de phrases, ou si peu, pour exposer son ego. Décors de rêve, visages souriants, corps bronzés, chats pitres, plats appétissants ... Au mieux, on ajoute une légende, histoire de faire rire. Cette surenchère dans le bonheur dégoulinant et factice, ce narcissisme assumé, revendiqué, me heurtent. WhatsApp ne vaut pas mieux. On ne peut plus assister à un dîner, à une fête, partir en week-end ou en voyage sans créer un groupe, sans se tenir collectivement informés de nos moindres faits et gestes, avec photos et commentaires à l'appui, affligeants la plupart du temps. Que signifie cette impossibilité de se contenter du moment présent et de le laisser partir ? Pourquoi ne sait-on plus apprécier les choses et les événements pour ce qu'ils sont ? Notre jardin est en friche. »

« Dans une de ses lettres, il écrivait que débarrasser la chambre de son frère mort avait été une épreuve plus douloureuse encore que l'enterrement. C'était une vie qui disparaissait en quelques heures, qu'on enfouissait dans des cartons, qu'on refermait avec du gros scotch. Je comprenais mieux ce qu'il avait ressenti, cette fulgurance qu'on oublie vite, sauf à se flinguer : l'insignifiance de nos vies. Et la vanité de l'homme, qui croit qu'elles ont de l'importance. »

Quatrième de couverture

"Cet atelier était leur bouée de sauvetage. Il allait les sauver de l’incompréhension d’un deuil qu’ils ne faisaient pas, d’une vie à l’arrêt, d’un amour mis à mal. Quand j’en ai pris conscience, il était trop tard, j’étais déjà plongée dans l’intimité et l’histoire de chacun d’eux."

En souvenir de son père, Esther, une libraire du nord de la France, ouvre un atelier d’écriture épistolaire. Ses cinq élèves composent un équipage hétéroclite :
une vieille dame isolée, un couple confronté à une sévère dépression post-partum, un homme d’affaires en quête de sens et un adolescent perdu.
À travers leurs lettres, des liens se nouent, des coeurs s’ouvrent. L’exercice littéraire se transforme peu à peu en une leçon de vie dont tous les participants
sortiront transformés.
Roman initiatique, pétri de tendresse et d’humanité, ces Lettres sont un éloge de la lenteur, une ode au pouvoir des mots.


Cécile Pivot est journaliste. Elle a déjà publié Comme d’habitude (Calmann-Lévy, 2017) et Lire ! (Flammarion, 2018). Battements de coeur est son premier roman (Calmann-Lévy, 2019) a été 

mercredi 24 mars 2021

Les Lumières d'Oujda ★★★★★ de Marc Alexandre Oho Bambe

« L'homme libre est celui qui choisit son exil. » 
Mahmoud DARWICH, cité en exergue

"Les Lumières d'Oujda", c'est une traversée littéraire humaine, poignante, multiple par les formes proposées : cri, chant, récit, documentaire, slam, poésie ... pour témoigner de vies tourmentées, ballottées, en fuite, en partance pour un ailleurs pas forcément plus vert et difficilement atteignable. 

Personnellement, je me prends une claque à chaque fois que des mots touchent des vies humaines en difficulté. Ici il est question de nos semblables hommes, femmes, ados, enfants ... « Elles et Ils, Ulysse modernes. / Résistants, résilients magnifiques. » qui rejoignent la route parce que rester dans leur pays n'est plus possible, n'est plus humain, n'est plus vivable, n'est plus. Rester c'est ne plus être libre. Ne plus être soi-même. 
« Se parler.
S'écrire.
S'ouvrir.
Se demander comment on va.
Et où on en est.
De son chemin.
Intérieur.
Son parcours, sa traversée.
De toutes les frontières, qui nous rapprochent ou nous éloignent. De nous. Du monde.
Je crois au pouvoir de la parole. Je crois à la résilience.
Par les mots.
Les nôtres.
Et ceux d'autres, aussi.
Tuteurs.
Professeurs.
D'espérance.
Qui peuvent.
Nous aider, nous soigner, nous accompagner.
Sur la route de nous-mêmes. »
Marc Alexandre Oho Bambe, vos mots n'empruntent pas un chemin facile, ils s'alignent à la ligne souvent d'une manière singulière. J'ai aimé votre sens de la formule, votre déroute des mots, des maux. Sur le fil menaçant, des vies ... s'inventent, se rencontrent, s'aiment, se découvrent, se fracassent aussi.
Et quel témoignage vous nous livrez en postface ! « "On" ne peut rien faire pour les migrants, on ne peut pas aider "ces" gens-là ? » Des petits mots qui restent en travers de la gorge, c'est sûr.

Les Lumières d'Oujda, un roman polyphonique qui nous entraîne sur les routes de l'exil. 
Profondément humain, empreint de poésie, d'amour, de vibrations. Des trajectoires de vies qui ébranlent.
« Bonjour mon frère, comment va ta douleur ? »
« Il y a des phrases comme ça étincelles éternelles.
Des phrases qui font.
Du bien.
Et donnent.
Lumière et force.
Pour continuer.
La marche du monde ....
Même quand.
Rien ne marche. »

« C'est vraiment arrivé, à Oujda j'ai pleuré.
Je pleure encore.
Devant toutes ces grenades dégoupillées.
Le long des routes du monde.
Jeunes gens aux regards hagards.
Adolescents incandescents aux vécus de mèche allumée.
Gamins, gamines.
En quête d'azur.
De vie meilleure.
D'Europe.
D'ailleurs.
D'eldorado, qui chante.
Faux. »

« Et nous passions des heures à rapper Caroline ensemble, à l'heure de nous-mêmes et de notre amour-défonce.
Je me fis arrêter un soir rempli de joie, ivre d'espérance, piégé par les Stups qui me remirent entre les mains de la police des frontières et d'un juge, sosie presque parfait d'il Cavaliere, alors au sommet de sa gloire. Passée.
Extra-communitare, pour certains Italiens une tare. Les mecs de la farce de l'ordre qui me serrèrent n'y allèrent pas de main morte, je m'étais rendu sans faire d'histoires, mais ils me sonnèrent littéralement, m'assommèrent de coups de poing. Républicains sûrement. »

« « À demain. » Elle m'avait dit à demain.
Demain ?
Demain n'existe pas.
Non, demain n'existe pas.
Là où dansent les poètes sans papiers.
Avec les fées.
Avec l'amour, avec la mort, avec la mort de l'amour.
Nous vivions sans nous soucier du lendemain.
Carpe diem. »

« La vie ?
Parfois, une partie d'échecs.
Avec soi-même. »

« L'humanité à laquelle il ne croit plus, parce qu'il l'a vue lui, il l'a vue, lui, il l'a vue crever mille fois, et expirer.
En même temps que sa foi.
Expirée, elle aussi.
Dans un mouroir à ciel ouvert.
Désert traversé.
À la nage.
En solitaire.
En quête de la bonne heure.
L'heure de soi-même. 
L'heure de vivre.
Ou de revivre.
Enfin.
Et ne plus mourir.
Sans cesse ! »

« Partir.
Revenir.
Devenir.
Partir de rien.
Revenir à tout, à soi.
Devenir soi-même, sinon rien.
Refuser toute compromission, toute concession, tout ce qui ne nous convient pas, ne nous convient plus, ne nous a jamais convenu et qu'on a accepté parce qu'on pensait ne pas avoir d'autres choix que celui d'être un ou une autre, qu'on n'était pas, qu'on ne voulait pas, qu'on n'aimait pas.
Pas tellement. Pas du tout. Et pourtant. »

« Revenir 
à la page
pas à pas
à la vie
à l'amour
c'est bien
de cela
qu'il s'agit
pour ne pas perdre
ne jamais perdre
le fil 
de soi »

« Mais comment faire face, entendre l'indicible, même quand c'est notre métier d'écouter ?
Comment accueillir ces paroles de rescapés ?
Comment soutenir les regards d'enfants, d'adolescents, de femmes et d'hommes, réduits en esclavage, puis à néant, brisés par leurs semblables humains. Humains ?
Comment garder la juste distance, avec ses émotions et les leurs, la terreur dans leurs yeux, la solitude de celles et ceux qui ont tant marché, marché la terre tonnerre au coeur ? Comment, oui, comment ne pas penser qu'il est trop tard, trop tard pour arrêter l'hécatombe, entraver la fin du monde, trop tard pour empêcher l'humanité d'exploser ? Comment ? »

« Des fugees.
Comme s'appelaient certains jeunes, entre eux, fugees.
En hommage peut-être, à Lauryn, Wyclef, et Pras.
Fugees.
Hip-hop.
Résistance.
Résilience.
Espérance.
RAP (Réapprendre à parler), c'était bien de cela qu'il s'agissait, aussi.
Réapprendre à parler.
Pour se défaire de l'orage.
Dire, être. Au monde. Présent à soi et à ses rêves.
Déportés.
Dire, être. Au monde.
Se réunir. Se recentrer. Se renouer. Se retrouver.
Après la perte. De tout repère humain.
Chez soi.
Chez l'autre.
L'autre qui nous a marchandisés, esclavagisés, moqués, humiliés, tabassés, volés, emprisonnés, expulsés.
L'autre.
L'enfer c'est, parfois. »

« Se parler.
S'écrire.
S'ouvrir.
Se demander comment on va.
Et où on en est.
De son chemin.
Intérieur.
Son parcours, sa traversée.
De toutes les frontières, qui nous rapprochent ou nous éloignent. De nous. Du monde.
Je crois au pouvoir de la parole. Je crois à la résilience.
Par les mots.
Les nôtres.
Et ceux d'autres, aussi.
Tuteurs.
Professeurs.
D'espérance.
Qui peuvent.
Nous aider, nous soigner, nous accompagner.
Sur la route de nous-mêmes. »
« Est-ce donc ainsi que les Hommes vivent ?
Oui, sous les tropiques amers.
Des hommes sans foi ni loi, peuvent.
Esclavagiser qui bon nègre leur semble.
La traite arabo-musulmane semble avoir laissé des traces.
Et une certaine nostalgie chez certains.
Alors l'occasion est belle de revenir en arrière, de prendre par-derrière les droits de l'Homme qui n'a pas de droits, celui qui en a le moins, toujours pour certains, sur cette Terre.
Le nègre.
Noir.
D'Afrique.
Noir des îles.
Noir désir.
Le nègre.
Noir.
Sur tous les continents.
Reste un nègre.
Dans le regard.
De haine, de méfiance ou d'envie, porté.
Sur lui.
Depuis des générations.
Parfois.
Sans foi ni loi.
Elles non plus. »
« Beyrouth
De terre
De mer
De feu 
Et de rêves brisés

Beyrouth
De guerre
De trêve
Et de dette
De sang versé

Beyrouth
De partage
De dattes
De lumière
Et d'humanité

Beyrouth
De communautés
De doxas et paradoxes
Noyée
Bombardée
Détruite
Ressuscitée
Mille fois »
« Il me faut un peu de temps.
Pour faire le tri.
Dans mes sentiments.
Mes envies.
Ma vie.
Pour me ressembler parfaitement à nouveau.
Rassembler mes morceaux épars.
Débris d'être.
En deuil perpétuel. »

« Ma soeur, mon frère, mon coeur
Les hommes détestent les hommes
Quand ils n'ont pas de raisons
Ils en cherchent et à force
De réflexion et d'autopersuasion
Ils finissent par trouver
Ils finissent
Par trouver
La douleur
Et la mort
La douleur
Et la mort
De l'humanité »
« L'humanité qui se brûle à son essence geint et meurt d'avoir trop marché ressuscite et marche encore même quand rien ne marche pour les femmes les hommes enfants du monde qui marchent à la marge profonde des sommets G7 sans têtes ni coeurs à l'idéal commun humain seul capable de faire advenir les utopies qui manquent tant à l'humanité dépassée qui ne fait que passer...passer sa route égarée passer sa route écumer ses jours ses nuits sur la route passer sa route sortir de route passer sa route tracer sa route sans cesse entre défaites et déroutes passer sa route trépasser sur toutes les routes les routes du monde qui gronde la route les routes la route les routes la route les routes la route les routes la route les routes qui mènent les humains à la fronde aux frontières du réel... Ce n'est pas moi, c'est l'homme qui n'a pas peur pas peur de prendre la route dans tous les sens pour se sauver ou sauver ce qui reste d'humain, d'humanité, en lui...

La route
Quitte la barre
Et repart
Du tribunal
De l'Histoire. »

« L'évidence nous guide, rencontre après rencontre, les visages, les regards, les sourires et les larmes, les voix s'entremêlent, les destins s'entrelacent, les histoires s'enlianent, jusqu'à devenir une seule et même mémoire à trous, mémoire vive, vivante, vibrante, mémoire du monde qui tourne à l'envers de lui-même, à l'endroit des femmes, des hommes et des enfants qui subissent le désordre mondial. »

« L'humanité, qui résiste.
Comme elle peut.
L'humanité qui rime avec solidarité.
L'humanité piétinée aussi, gazée, excommuniée.
Par une République qui arbore fièrement les valeurs liberté, égalité, fraternité sur le fronton de toutes ses administrations, mais n'en est plus à cette contradiction près. »

Quatrième de couverture

« Et la nuit tombe sur Oujda,
enveloppant dans l’épaisseur
de son manteau toutes les détresses
et toutes les espérances. Humaines. »

Après avoir tenté l'aventure à Rome, le héros est rapatrié au Cameroun, son pays natal. En quête de sens, porté par l'amour de Sita, sa grand-mère, il s’engage
dans une association qui lutte pour éviter les départs « vers les cimetières de sable et d’eau ». Au Maroc, il rencontre le père Antoine, qui accueille des réfugiés,
et Imane, dont il ne lâchera plus la main. Au rythme de cette épopée chorale lumineuse, les parcours s’enchevêtrent, les destins s’entremêlent, entre l’Afrique mère fondamentale et l’Europe terre d’exils. La voix et le phrasé uniques de Marc Alexandre Oho Bambe effacent les frontières entre roman, poésie et récit initiatique.

Poète, écrivain et slameur connu sous le nom de Capitaine Alexandre, Marc Alexandre Oho Bambe est pétri d'influences multiples, dont Aimé Césaire et René Char. Après plusieurs ouvrages de poésie, dont Le Chant des possibles (La Cheminante, 2014) et un premier roman remarqué, Diên Biên Phû (Sabine Wespieser, 2018), il signe Les Lumières d'Oujda

Éditions Calmann Levy, août 2020
327 pages

mardi 11 août 2020

Pêcheur d'Islande ★★★★★ de Pierre Loti

« Vivre et travailler en mer, c'est retrouver les forces vives de l'aube du monde, les énergies intactes de l'origine. "Cet air du large" qu'aspirent à plein poumons les marins en mer d'Islande est "vierge comme aux premiers jours du monde, et si vivifiant que, malgré leur fatigue", ils se sentent "la poitrine dilatée et les joues fraîches". »

Un classique émouvant, un récit vivifiant, avec pour personnages principaux la Mer et la Bretagne.
Une mer qui donne et qui reprend, dévoreuse d'hommes, pourvoyeuse de veuves...

Pierre Loti raconte avec simplicité et justesse, les rudes conditions de vie des marins de Paimpol, ces pêcheurs qui partaient pour de longues et éprouvantes campagnes de pêche en Islande, « une race vaillante de marins qui est répandue surtout au pays de Paimpol et de Tréguier et qui s'est vouée de père en fils à cette pêche-là ». Il décrit formidablement les sentiments des personnages, des mères, des épouses tiraillées par la peur de perdre les êtres aimés. 

Pêcheur d'Islande est aussi une belle histoire d'amour, timide, compliquée, passionnante entre Gaud, jeune fille bretonne, issue d'une famille riche, et Yann, pêcheur "islandais".

Une belle aventure humaine qui m'a touchée. 
Prendre le large avec Pierre Loti, c'est la garantie de l'évasion. Évasion réussie pour ma part ! 

« La lumière matinale, la lumière vraie, avait fini par venir ; comme au temps de la Genèse, elle s'était séparée d'avec les ténèbres qui semblaient s'être tassées sur l'horizon, et restaient là en masses très lourdes ; en y voyant si clair, on s'apercevait bien à présent qu'on sortait de la nuit - que cette lueur d'avant avait été vague et étrange comme celle des rêves. »

« Elle aussi lui souriait, en le regardant toujours bien en face ; répondant très peu de chose, mais écoutant avec toute son âme, toujours plus étonnée et attirée vers lui. Quel mélange il était, de rudesse sauvage et d'enfantillage câlin ! Sa voix grave, qui avec d'autres était brusque et décidée, devenait, quand il lui parlait, de plus en plus fraîche et caressante ; pour elle seule, il savait la faire vibrer avec une extrême douceur, comme une musique voilée d'instruments à cordes. »

« Le gai temps de juin souriait partout autour d'elle. Sur les hauteurs pierreuses, il n'y avait toujours que les ajoncs ras aux fleurs jaune d'or ; mais dès qu'on passait dans les bas-fonds abrités contre le vent de la mer, on trouvait tout de suite la belle verdure neuve, les haies d'aubépine fleurie, l'herbe haute et sentant bon. Elle ne voyait guère tout cela, elle, si vieille, sur qui s'étaient accumulées les saisons fugitives, courtes à présent comme des jours... »

« Un vrai printemps, ce dernier jour, c'était particulier et étrange de voir tout à coup ce grand calme, et plus un seul nuage dans ce ciel habituellement tourmenté. Le vent ne soufflait de nulle part. La mer s'était faite très douce ; elle était partout du même bleu pâle, et restait tranquille. Le soleil brillait d'un grand éclat blanc, et le rude pays breton s'imprégnait de cette lumière comme d'une chose fine et rare ; il semblait s'égayer et revivre jusque dans ses plus profonds lointains. L'air avait pris une tiédeur délicieuse sentant l'été, et on eût dit qu'il s'était immobilisé à jamais, qu'il ne pouvait plus y avoir de jours sombres ni de tempêtes. Les caps, les baies, sur lesquels ne passaient plus les ombres changeantes des nuages, dessinaient au ciel leurs grandes lignes immuables ; ils paraissaient se reposer, eux aussi, dans des tranquillités ne devant pas finir... Tout cela comme pour rendre plus douce et éternelle leur fête d'amour - et on voyait déjà des fleurs hâtives, des primevères le long des fossés, ou des violettes, frêles et sans parfum. »

Quatrième de couverture

C'est l'histoire d'un amour longtemps jugé impossible que nous conte ce roman, publié en 1886, et depuis lors admiré par plusieurs générations. Mais c'est surtout un grand drame de la mer, et l'une des expressions les plus abouties de thème éternel. Marin lui-même, Pierre Loti y déploie une poésie puissante, saisissante de vérité, pour dépeindre la rude de vie des pêcheurs, l'âpre solitude des landes bretonnes, le départ des barques, la présence fascinante et menaçante de l'Océan.

Éditions originales Calmann-Levy, 1886
319 pages
Lu en version poche aux éditions Le Livre de poche

samedi 4 juillet 2020

Les Refuges ★★★★★ de Jérôme Loubry

Essayer de taire cette envie d'en dire beaucoup sur ce livre pour ne pas déflorer le scénario, l'intrigue. 
Un Roi des Aulnes, diable cornu au rire malfaisant, une île fantôme mystérieuse, un chocolat Meunier comme Bien-être de l'Univers, chocolat chaud à la saveur âcre, des suicidés, des enfants noyés disparus à jamais, un passé déchiré, un chaton par enfant, une énigme échouée sur le rivage imprégnée du souffle du diable... un cocktail assourdissant, savamment dosé, qui nous embarque , nous entraîne, nous saisit page après page. 
Des pages que l'on tourne à une allure folle tant l'histoire est prenante, intrigante. Impossible d'abandonner Sandrine, personnage centrale de ce thriller psychologique. Impossible. Entamez ce livre, oui faites-le si ce n'est déjà fait, et prévoyez quelques heures devant vous. 
Jérôme Loubry malmène ses lecteurs, nous donne froid dans le dos, nous emmène chasser le diable, nous invite dans une danse macabre, dans les refuges de Sandrine ; mais comment lui en tenir rigueur ? 
Cette histoire est incroyable, remarquablement construite. Les refuges de Sandrine sont-ils réellement les siens ? Et attention, quand il sonnera 20h37, il sera trop tard !
Saisissant, troublant, étourdissant, vertigineux à vous glacer le sang !

« Mais les ruptures se nourrissent du temps et du silence.
Elles dévorent nos remords et les digèrent jusqu'à les rendre inaudibles. »

« ... le temps est une notion instable. »

« Il y a des règles dans notre métier. Une pendule indiquant une heure erronée peut avoir sa place dans mon bureau, mais une cliente démontrant un souci "balancier" ne le pourrait nullement. »

« La folie serait la finalité de son isolement.Aussi inévitable que l'orage qui gronde au loin et qui s'approche avec détermination.
Aussi imperturbable et décidée que les bombardiers allemands dans le ciel couleur d'encre des nuits parisiennes. »

« Son souvenir s'évanouit, aussi fugace et solitaire qu'un feu follet dans un cimetière berrichon. »

« ... la folie se pare bien souvent d'un voile de normalité. »

« Il avait rêvé d'une île noyée dans la brume ; il en foulait l'herbe humide jusqu'à s'imprégner de l'odeur de chlorophylle, touchait les rochers recouverts de lichen poisseux et entendait le feulement d'un animal invisible s'élever par-delà les roulements marins. Une large forêt s'était présentée devant lui puis s'était effacée comme une mauvaise pensée. Et là, seule et immobile dans ce décor de pierres et d'herbes folles, telle Niobé transformée en rocher, une femme habillée de sang l'avait fixé sans esquisser le moindre mouvement. Sa robe pourpre dansait au gré des bourrasques marines comme le pavillon d'un bateau fantôme. »

« - Un refuge ?- Voyez-vous, hier, je vous ai parlé de troubles post-traumatiques. Savez-vous que lorsqu'un individu est sujet à un stress intense, son cerveau érige un bouclier naturel afin de le protéger ?
- Quel genre de stress ?
- Les plus élevés. Viol, violences physiques ou psychologiques, peur, isolement... Dans ces cas là, le cerveau déconnecte le circuit émotionnel afin de préserver la victime. C'est un processus complexe et je vous passe les détails techniques, mais le cerveau est capable de produire des drogues dures dans le but d'anesthésier les émotions. »

« Après tout, que devient un cauchemar quand vous le videz de son potentiel effrayant ? Un rêve, tout simplement. »

« Tu sais, mamie, je suis persuadée que le temps use tout.
L'amour, la vie, les sourires comme la colère. Et c'est ce que j'ai ressenti quand j'ai croisé le regard de cette petite fille. L'usure. De mon humanité, de ma raison, de mon âme. »

« L'enfant se cache dans le mensonge pour ne pas avoir à affronter la justice de ses parents. La colère, la joie... Lire un livre en est un autre. S'évader de son quotidien pour vivre des aventures par procuration... Mais écrire ce livre en est un également. Derrière ce déluge de mots, l'auteur projette bien souvent ses craintes les plus profondes et les enferme en espérant s'en débarrasser à jamais. Il se réfugie dans la narration de ses pires démons pour ne plus les croiser dans les reflets de son miroir. »

Quatrième de couverture

Installée en Normandie depuis peu, Sandrine est priée d’aller vider la maison de sa grand-mère, une originale qui vivait seule sur une île minuscule, pas très loin de la côte.
Lorsqu’elle débarque sur cette île grise et froide, Sandrine découvre une poignée d’habitants âgés organisés en quasi autarcie. Tous décrivent sa grand-mère comme une personne charmante, loin de l’image que Sandrine en a.
Pourtant, l’atmosphère est étrange ici. En quelques heures, Sandrine se rend compte que les habitants cachent un secret. Quelque chose ou quelqu’un les terrifie. Mais alors pourquoi aucun d’entre eux ne quitte-t-il jamais l’île ?
Qu’est-il arrivé aux enfants du camp de vacances précipitamment fermé en 1949 ?
Qui était vraiment sa grand-mère ?
Sandrine sera retrouvée quelques jours plus tard, errant sur une plage du continent, ses vêtements couverts d’un sang qui n’est pas le sien…

« Aussi effroyable qu’émouvante, une histoire redoutable à lire d’une traite jusqu’au dénouement détonnant. »
Pépita Sonatine, Librairie Lacoste, Mont-de-Marsan

« Encore une intrique surprenante et maîtrisée, à lire aveuglément »
Stéphanie et Maelle, Librairie Thuard, Le Mans

Né en 1976, Jérôme Loubry a publié chez Calmann-Lévy Les Chiens de Détroit, lauréat du Prix Plume libre d'Argent 2018, suivi du Douzième Chapitre, « un polar complètement dingue, angoissant, terriblement prenant », selon Le Parisien.

Éditions Calmann Levy, septembre 2019
395 pages
Prix Cognac du meilleur roman francophone 2019