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dimanche 13 avril 2025

Prenez moi pour une conne ★★★★☆ de Guillaume Clicquot

Alors qu'ils viennent de marier la dernière, Xavier, le mari d'Orane, lui adresse un mail pour lui dire qu'il est temps de tourner la page, qu'il a rencontré quelqu'un, qu'il ne peut malheureusement pas faire autrement que de la quitter, en lui intimant, bien entendu, le conseil de ne pas s'inquiéter, qu'il lui assurera un confort financier...
Ben voyons !
Xavier : le mal alpha dans toute sa splendeur ! Narcissique à souhait, autocentré, l'autocritique bannie de ses habitudes, misogyne. Allez corsons le trait en ajoutons la vulgarité en présence de ses amis mals alphas tout comme lui, lâcheté et la manipulation. Un patriarche magnanime ... beau portrait, non ?
En ouvrant "Prenez-moi pour une conne ?", nous plongeons dans la tête d'Orane de Lavallière, "une petite bourgeoise soucieuse de son confort et de sa sécurité", une femme blessée au plus profond de son être par la trahison de ce mari, elle qui a tout sacrifié pour sa famille.
Il s'en passe des choses dans ses méninges et dans son corps après cette rupture. De la honte à la culpabilité, de l'hyperactivité à l'épuisement psychologique et à la dépression en passant par le sentiment d'impuissance... Pour remonter la pente, obsédée par son mari, un seul défi à relever : le supprimer !
Ça tombe bien, tout le monde la prend pour une conne 😅 ( le trait est un peu forcé même !) Mais in fine, "il faut beaucoup de patience , d'abnégation et d'intelligence pour passer pour une conne".

Écrit par le scénariste du film "Maman ou papa", pas de doute que cette histoire puisse être aisément adaptée au cinéma !

Un roman noir à l'humour caustique qui fait réfléchir sur la condition des femmes, hautemenent diplômées qui ont dû renoncer à la vie professionnelle après leur mariage, par tradition, pour se dévouer corps et âme à leur mari et leurs progénitures. Et qui dénonce plutôt bien le patriarcat.

N.B : Quelques erreurs d'orthographe et de frappe qui me surprennent toujours !

« Message de l'auteur

En étudiant la quatrième de couverture de ce roman, certains de mes fidèles lecteurs diront que je suis obsédé par le thème de la séparation. Ils n'ont pas totalement tort, c'est ce que je crains le plus. Cela étant dit, ce récit porte plus spécifiquement sur la violence de la trahison. Plus l'amour, l'amitié, la confiance et la complicité sont grands, plus l'être trahi est atteint. Or, je crois que les traîtres n'ont aucune idée des dégâts qu'ils font ou, pire encore, s'en moquent, pensant que leurs victimes se remettront. Depuis que je vis de mon écriture, j'ai eu à surmonter à plusieurs reprises la cruauté de ces désillusions humaines. Pour quelqu'un qui offre sa confiance, ses souvenirs, ses sentiments et ses émotions, son humour et son autodérision, ses forces et ses faiblesses, les ravages sont colossaux, les cicatrices profondes et la résilience incertaine. Récemment, une de ces injustices destructrices est arrivée à l'une de mes proches, faisant écho à ma propre expérience. Mon empathie fut donc totale. J'étais sous l'emprise de cette pulsion colérique et néanmoins velléitaire qui nous fait fantasmer un acte chevaleresque. J'avais envie de réagir à sa place, de punir son bourreau, avant de m'avouer, comme elle, impuissant. Alors, je me suis interrogé sur cette impunité : qu'est-ce qui est le plus cruel en définitive ? La violence physique ou la violence psychologique ? 
Maintenant que je vous ai avoué tout cela, je vous demande de m'oublier, d'oublier que je suis un homme. Je vous place désormais entre les mains d'Orane de Lavallière, 58 ans. Laissez-vous porter par sa voix de femme: elle a tant de choses à raconter... »

« J'apprécie de plus en plus ces documentaires animaliers. Le monde est si simple pour ces créatures. La nature ne se pose pas de questions, l'instinct de survie est la loi et l'équilibre des espèces n'entraîne aucun jugement. J'envie cette existence psychologiquement paisible. Toute ma vie, je me suis posé des questions, toute ma vie je me suis sacrifiée pour les autres, toute ma vie je me suis préoccupée du « qu'en dira-t-on ? ». Tu sais, Xavier, combien je suis un être civilisé, en contrôle permanent et en angoisse perpétuelle. Suis-je plus heureuse que ce scarabée qui n'a pour seule peur que celle de mourir ? »

« Nathalie était pour moi ce que Lili des Bellons était à Marcel Pagnol, une bouffée de liberté. 
Ses parents tenaient un petit restaurant de fruits de mer à Luc-sur-Mer, une ville voisine. Les miens appréciaient leur cuisine, leur accueil chaleureux, et admiraient leur courage. Et ils étaient sincères. Leur génération, qui, lorsqu'ils étaient enfants, avait connu la guerre, la faim puis la reconstruction, avait encore le sens du mérite et de l'effort ; leurs valeurs ne se limitaient pas à la seule réussite financière. »

« Ne le prenez pas pour vous, mais vous savez, le suicide est la forme extrême de la communication. Consciemment ou inconsciemment, mettre en péril sa vie est l'ultime moyen que les humains utilisent pour envoyer un message aux vivants. Que ce soit juste une tentative ou un acte imparable, que ce soit en silence ou de façon spectaculaire, le suicide est porteur de sens, même si celui-ci est ensuite interprété comme une fuite, une décision irrémédiable.
C'est toujours plus acceptable pour ceux qui restent de se dire que le désespoir est incurable et qu'ils ne pouvaient rien y faire. L'impuissance est plus facile à avouer que la culpabilité. »

« - Il n'empêche que, quand je vois toute la misère du monde, je me fais honte de vous ennuyer avec mes états d'âme.
Françoise sourit.
- Vous êtes amusante. Vous minimisez déjà votre état. Vous parlez de déprime au lieu de dépression et vous trouvez toujours quelque chose qui vous est supérieur pour vous effacer.
- Je suis catholique, c'est dans ma culture.
- Moi je dirais que c'est parce que vous êtes une femme. Vous vous autocensurez avant même d'essayer. Beaucoup de sociologues estiment que, si on a peu de femmes à la tête des grandes entreprises ou de l'État, c'est à cause de cela.
- Oui, c'est toujours de notre faute...
- Un peu quand même!
- Oui, mais on part avec un handicap : « La femme doit sans cesse conquérir une confiance qui ne lui est pas d'abord accordée. »
La psy fut surprise par cette citation et moi aussi d'ailleurs. J'ai rarement la mémoire des mots d'auteur. Celle-ci avait donc dû me marquer.
- Vous avez lu Simone de Beauvoir? Vous m'étonnez! ironisa Françoise.
- J'ai l'air si coincée que ça ?
- Franchement ?... Oui ! 
Je sentais qu'il y avait plus de provocation que de franchise dans cet aveu. J'en souriais donc. Et elle poursuivit sur ce registre.
- Mais si vous avez lu cette bonne vieille Simone, vous avez dû prévoir ce qui vous est arrivé. Donc vous avez fait l'autruche. 
Là, je le pris comme une agression. Cette nouvelle vérité m'irritait.
- Oui ! Parce que je ne sais pas me battre! On n'apprend pas aux petites filles à se bagarrer, on ne les encourage pas non plus, contrairement aux garçons, dixit Simone. J'ai fait de la danse, pas du rugby ! Curieusement, mes parents préféraient que je me foule la cheville plutôt que je revienne du sport avec le nez cassé, l'arcade sourcilière ouverte et deux dents cassées. Alors, oui, je suis prudente, oui, je n'aime pas le risque et les conflits : j'aime mon confort ! C'est cela que vous vouliez m'entendre dire ?
Françoise semblait contente de son effet et de ma réaction. 
- Tout à fait. Et ce n'est pas une honte. Il faut juste l'assumer puisque c'est un choix conscient. C'est même votre droit, quoi qu'en dise « Simone », qui, soit dit en passant, n'avait pas d'enfants et donc pas les mêmes responsabilités que vous. Maintenant, quels outils, quelles armes avez-vous utilisés pour conserver cette paix, ce confort ?
Je m'arrêtai, repensant à tous mes renoncements silencieux, toutes les fois où j'avais joué les aveugles, les naïves, toutes ces occasions de me mettre en colère que j'aurais évitées en feignant de ne rien comprendre.
- Vous voyez, Orane, il faut beaucoup de patience, d'abnégation et d'intelligence pour passer pour une conne. »

« - [...] continuez de passer pour une conne ! C'est une bonne méthode : les gens se dévoilent plus facilement quand ils ne se sentent pas en danger. »

« - Il avait dû le sentir. Comme disait notre « copine Simone » : « Personne n'est plus arrogant envers les femmes, plus agressif ou méprisant, qu'un homme inquiet pour sa virilité. » Vous deveniez son « semblable » et il vous a plaquée pour se protéger.
- Oui. Et il a trouvé une autre idiote pour l'aduler aveuglément. Pour lui, les femmes sont des animaux de compagnie qu'on pique ou qu'on abandonne quand ils sont trop vieux. »

« Nathalie et Françoise, chacune à leur manière, m'avaient fait prendre conscience de mes fantasmes mortifères. Je n'ai jamais souhaité le décès de personne, ce n'est pas dans ma nature. Le malheur ou la malchance, même des gens les plus odieux, ne m'ont jamais réjouie. J'ai toujours été contre la peine de mort, je n'admettais pas qu'on réponde à la violence par la violence. Pourtant mon vœu le plus cher était maintenant que Xavier crève dans un accident de voiture, dans un crash d'avion ou d'une crise cardiaque.
Le constat était évident : j'avais changé et je détestais ce que Xavier avait fait de moi, cet être haineux, gangrené par l'injustice. Il me fallait vivre à présent avec ces macabres prières en moi, que seule une intervention divine pouvait exaucer. »

« 3 heures 36... C'est drôle quand j'y pense, Xavier : si tu ne t'étais pas obstiné à vouloir remplacer les radiateurs des chambres, jamais je n'aurais trouvé le moyen de te tuer. Oui, quelle ironie! C'est toi qui m'as refilé le tuyau. Mais pourquoi je te parle? À l'heure qu'il est, soit tu dors, soit tu es mort. Dans les deux cas, tu ne m'écoutes pas, tout au plus tu m'entends. Ça ne change pas trop, finalement. Tu n'as jamais réellement pris en considération mes avis. Tu les suivais certes pour les problèmes quotidiens, matériels, mais pour le reste tu t'en foutais. Tu m'as délégué tout ce qui t'emmerdait et m'imposais ta loi lorsque j'empiétais sur ta liberté ou que je te demandais des petits sacrifices. Notre relation était à sens unique. Ma psy, que tu ne rencontreras jamais, m'a énormément aidée à décrypter ta personnalité. Tu la détesterais comme tu détestes Nathalie. Les hommes de ton genre ne supportent pas les confidences entre femmes, ces discussions secrètes qui échappent à tout contrôle patriarcal et rendent parano celui qui en est le sujet.
L'horloge du four m'indique l'heure et je soupire. Je pars m'allonger sur le canapé du salon, ici peut-être vais-je trouver enfin le sommeil ? J'essaie de me raccrocher à des idées plus douces. Je repense à l'amitié qui était née entre Françoise et moi. »

« 4 h 30... Ce que je te raconte, Xavier, est récent. Eh ouais! Ce n'est que fin janvier que j'ai eu cet éclair de génie. Je me suis vraiment sentie légère à ce moment-là et pourtant je n'avais ni le courage ni l'envie de passer à l'acte. Comme l'avait diagnostiqué Françoise, j'étais trop attachée à mon confort bourgeois pour risquer de finir mes jours en prison. C'est d'ailleurs sans doute pour cela que les pauvres, eux, n'hésitent pas : ils n'ont rien à perdre. Non, moi, ce qui m'a traversé l'esprit, c'est de publier un bouquin. J'avais suffisamment de matière pour écrire un roman policier, mettre sur le papier ce crime fantasmé qui prenait forme. J'aurais pu me venger de toi à coups de clavier, mon bon Xavier, t'humilier avec mon livre en tête de gondole. Je me voyais déjà interviewée par Augustin Trapenard à « La Grande Librairie » : j'y aurais détruit ton honneur, ta réputation, ton image, peut-être même ta relation avec Annabelle. Certes, ma dénonciation n'aurait pas été autant cataclysmique que les révélations de La Familia grande de Camille Kouchner, mais ta déchéance m'aurait suffi. Hélas pour toi, je ne l'ai pas fait. En revanche, je comprends à présent l'impudeur de tous ces gens qui écrivent. C'est une vraie thérapie que de poser sur le papier ses névroses traumatiques. J'imagine que, après ce défouloir, les auteurs ont l'esprit libéré, que leurs souffrances enfermées dans ces pages n'en ressortent jamais. Quel écrivain n'a d'ailleurs pas débuté son œuvre par un récit autobiographique et combien d'entre eux se sont arrêtés là ? J'aurais voulu débrancher mon cerveau et le séquestrer dans un coffre, être inconsciente, insouciante pour enfin t'oublier. Mais cela, c'est l'apanage des enfants. Moi, mon obsession de te voir mort ne me quitta plus. Cela dit, à cette époque, la virtualité de mon meurtre me suffisait pour me défouler, et Françoise Vantalon me servait de livre sur lequel je déposai mes maux. J'aurais pu en rester là. Tu te rends compte, Xavier, qu'il y a encore cinq mois tu ne risquais rien ? Et puis ça a été le déclic. »

« L'éclectisme des affaires me permit aussi de mesurer l'amplitude des dérives humaines et des horreurs auxquelles sont confrontés les enquêteurs. Dans ce métier-là, on ne pouvait pas rester naïf bien longtemps face aux comportements des suspects et manipuler tous ces gens n'était pas évident. »

Quatrième de couverture

« Je m'appelle Orane de Lavallière, j'ai 58 ans. J'ai sacrifié tous mes diplômes pour me dévouer à ma famille et à la réussite de mon mari, Xavier. Ma mission de mère au foyer accomplie, ce salopard m'a quittée pour une jeunette. Une histoire banale. Il m'a prise pour une conne, et il n'avait pas tort. Endormie par mon confort de vie et aveuglée par mes certitudes de petite bourgeoise naïve et coincée, je n'ai rien vu venir. Xavier m'a détruite. Je me suis relevée. Pourtant son souvenir m'obsède, son existence me ronge. Je me sens impuissante. À moins que... »

Grand Prix du Polar 2023 de Forges-Les-Eaux, Prenez-moi pour une conne... est un roman qui brise les codes du genre. Avec un humour corrosif et une plume acérée, Guillaume Clicquot se glisse dans la peau d'une femme meurtrie qui découvre peu à peu que l'image qu'elle renvoie d'elle-même est un atout fabuleux pour éliminer son mari.

Scénariste original des films « Papa ou maman » et « Joyeuse retraite », véritables succès au box-office, Guillaume Clicquot fait de cette histoire machiavélique, un récit jubilatoire. 

Éditions Fayard,  juillet 2023
322 pages 

samedi 15 août 2020

Nous étions faits pour être heureux ★★★☆☆ de Véronique Olmi

Bakhita m'avait subjuguée.
Nous étions faits pour être heureux, un peu moins ;-)
J'y ai retrouvé la musicalité de la plume de Véronique Olmi, mais cela n'a pas suffit apparemment !
Une histoire d'adultère, triste, qui ne tourne pas au mieux, l'histoire aussi d'une enfance traumatisée. « C'était ça, l'histoire de Serge. Un enfant qui voit. Qui entend. Et se tait. »
Lue trop vite peut-être cette histoire dont je peine à me rappeler la teneur quelques jours après l'avoir terminée.
Et pourtant des belles tournures de phrases, une musicalité subtile et belle qui m'a d'ailleurs fait noter plusieurs passages.
J'ai aimé aussi arpenter Paris, le quartier de Montmartre qui me fait vibrer à chaque fois que je m'y rends.
Une escapade agréable sur l'instant, je dirais.
Mais il n'empêche que je lirai son prochain Les Évasions particulières !

« C'est étrange comme il suffit d'un rien pour qu'une vie se désaccorde, elle aussi que notre existence, tellement unique, si précieuse, perde son harmonie et sa valeur. Comme si elle était faite d'air, et rien que de cela. Vivait dans cette maison un homme dont je ne connaissais rien, à part la femme et le piano, un homme dont l'après-rasage était trop sucré, le costume bien trop sombre, et avant de nous rencontrer nous ne le savions pas, mais tous les deux n'avions fait que marcher sur de minuscules planches de bois posées au-dessus de la boue. »

« La lumière avait décliné jusqu'à 19h30, j'avais profité de ce sursis avant la tristesse des jours qui bientôt se termineront en fin d'après midi, avec le froid et les préparatifs communs des fêtes de fin d'année, dans une angoisse que la foule ne diminue pas mais amplifie. »

« La routine peut être un refuge. »

« Marcher dans Paris c'est franchir plusieurs frontières, un pont, un boulevard et tout change, le paysage et les habitants, même si partout les gens sont reliés par des pensées communes : Ça va s'arranger, Je vais y arriver, Il n'y a aucune raison que ça n'aboutisse pas. On est tous nés dans les mêmes conditions : on a passé une tête et on s'est préparé à courir. On a bu on a mangé on a forci dans ce seul but : foncer. »

« Il ne peut rien refuser à Lucie, elle est belle et elle a trente ans de moins que lui, c'est finalement la seule dette qu'il ait en ce monde, cette sensation d'avoir à rendre toutes ces années qu'il lui vole, et tout ce qu'il lui tait, comme on tait l'essentiel de ses frayeurs à une enfant que l'on ne chérit que pour son innocence. »

« L'irrévérence du rêve, sa totale absence de civilité, le lieu où jamais le mensonge n'a eu lieu ? »

« Il y a tant de façons de s'aimer, et ce désir qui se nourrit de lui-même, qui se renouvelle à peine assouvi, les accapare tout entiers. Ce qu'ils ont laissé avant de venir, ce qu'ils rejoignent quand ils se quittent, ils n'en parlent pas. Ils le savent. Il n'est question que de l'instant partagé. Le reste est un décor, celui d'une vie familiale qui ressemble à une position sociale. »

« La solitude est à vous, elle vous tient, et on ne sait jamais si c'est une délivrance ou une malédiction. Va-t-elle vous donner des ailes ou vous réduire à une existence de petits pas ? J'étais entre deux mondes. Si libre. »

« Le silence ressemblait à un chagrin qui se contient.»

« Certains prennent la mer. J'ai pris la musique. Je l'ai suivie. »

Quatrième de couverture

« C'est étrange comme il suffit d'un rien pour qu'une vie se désaccorde, que notre existence, tellement unique, si précieuse, perde son harmonie et sa valeur. »

Quand Suzanne vient dans la maison de Serge à Montmartre, il ne la remarque pas. Elle accorde le piano de son fils. Elle est mariée, lui aussi, et à 60 ans il a ce dont rêvent les hommes : un métier rentable, une jeune femme parfaite, deux beaux enfants. Pourquoi soudain recherche-t-il Suzanne qui n'est ni jeune, ni belle, et apparemment ordinaire ? Pourquoi va-t-il lui confier un secret d'enfance dont il n'a jamais parlé et qui a changé le cours de sa vie ? 

Pour évoquer la passion naissante, les vérités enfouies et coupables, l'auteur de Bord de mer, Le Premier amour et Cet été-là, décline avec subtilité, en musique douce, juste et fatale, ces moments clefs où les vies basculent et cherchent désespérément la note juste.

Éditions Albin Michel, 22 août 2012
230 pages

mardi 11 août 2020

Une partie de badminton ★★★★☆ de Olivier Adam

« La maturité, telle que je la concevais, 
consistait à reconnaître e qu'il pouvait
 y avoir de bizarre ou de douloureux 
dans l'existence, à admettre qu'on ne 
pouvait plus rien y faire, et à aller de
 l'avant en prenant le meilleur de la vie. »
Richard Ford,
Un week-end dans le Michigan

Paul Lerner, la quarantaine passée, écrivain social, personnage attachant, le double fictionnel de l'auteur, raconte son retour en Bretagne, alors que ses livres ne se vendent plus et que vivre à Paris n'est plus dans ses moyen. 
« La vérité c'est qu'il n'avait jamais rien compris à cette vie. Et qu'il avait toujours été incapable de s'y mouvoir »
Une vie au calme, en apparence seulement, car les "emmerdes" ne tardent pas à s'enchaîner, les problèmes à s'accumuler et sa famille à exploser... Une épouse volage, une ado perturbée qui part en vrille, une femme qui le poursuit mystérieusement, un manque d'inspiration... 
Un jour où l'autre on  « en conclut que la vie [est] un sacré sac de nœuds, un putain de sport de rue [...] - Sûr, c'est pas du badminton. » 
Mais Paul ne se laisse pas démonter et essaie de trouver des solutions pour sortir la tête de l'eau. « II était temps que ça cesse. Il avait quarante-cinq ans, merde. Il allait bien devoir un jour sortir de l’adolescence, arrêter de se défausser, de fuir, de se protéger. C’était ça, la vie. Des emmerdes, des deuils, des amitiés brisées, des secrets, des mensonges, des enfants qui partaient en vrille, des pépins de santé, des hauts, des has, le grand manège, du grand n’importe quoi. Et il fallait s’en contenter. La regarder bien en face, telle qu’elle était, et s’y mouvoir debout. »
Une vie de bobo type, votant à gauche, se targuant d'être ouvert sur le monde, tolérant, éco-citoyen dans la mesure du possible, honnissant la Manif pour tous et les replis identitaires, s'inquiétant de la montée du FN et du rejet des étrangers. 
Paul témoin de sa vie personnelle qui déraille mais également témoin des tensions de notre époque,des crises économiques et sociales et notamment des tensions entre économie et écologie, de l' opposition entre le microcosme parisien et le reste de la France.
Très bien écrit, des mots justes teintés d'humour et d'autodérision. 
Merci à Yves Grannonio,  libraire à la Librairie du Château, Brie-Comte-Robert ; une nouvelle fois, ce fut une excellente pioche !
Une belle et étonnante partie à ne pas rater !

« Exister quel sport de rue 
Sûr c’est pas du badminton 
Exister si j’avais su 
Aurais-je décliné la donne ?»

Incipit
« En cale sèche.
Son téléphone se mit à vibrer. Paul Lerner le laissa faire. Il avait depuis longtemps la réputation d’être injoignable. Avec les années, il s’était imaginé qu’on finirait par s’y habituer. Mais non. Tout le monde s’acharnait à le lui reprocher. Sarah, sa compagne. Manon et Clément, ses enfants. Sa mère. Ses amis – mais il lui en restait peu. Son éditeur à l’époque – une époque pas si lointaine en définitive, mais tout cela lui paraissait loin désormais, il y pensait comme à une autre vie, très ancienne, périmée. Et, ces temps-ci, Marion Gardel, rédactrice en chef de L’Émeraude, le journal local dont il rédigeait une bonne partie des articles.
— Ces engins sont pourvus d’une messagerie, lui répétait-il. Utilisez-la. Surtout si c’est pour me rappeler qu’on boucle demain et que j’ai du retard. Je le sais mieux que quiconque, figurez-vous, mais bordel, est-ce que je vous ai déjà plantée ? Oui ou non ? Non. Bon alors.
Paul n’y pouvait rien. Il détestait parler dans ce truc, y coller son oreille. Le sentir vibrer dans sa poche suffisait à lui serrer la gorge.
Il attendit en vain que l’appareil vibre de nouveau, indiquant que Marion Gardel lui avait laissé un message. Puis il se remit au travail. Dans son dos se mêlaient le bruissement des conversations et le vacarme du percolateur. Ils n’étaient pas nombreux, en dehors des week-ends, à s’installer en milieu d’après-midi aux tables calées dans le sable blanc de la paillote qui surplombait la grande plage. Le nouveau propriétaire, un type d’une quarantaine d’années au sourire inaltérable, semblait ne pas se résoudre à ce que la saison touristique ne dure qu’un mois, nichée entre le 14 juillet et le 15 août, et s’échinait depuis quatre ans à ouvrir son établissement dès les premiers jours d’avril pour ne le fermer qu’une fois les congés de la Toussaint consumés. En dehors des vacances, des ponts et de quelques week-ends ensoleillés, il se condamnait ainsi à demeurer seul sous la pluie, attendant qu’à la moindre éclaircie quelques locaux désœuvrés, une poignée de touristes égarés daignent lui commander un café ou un demi qu’ils consommaient à toute vitesse, sous peine de finir frigorifiés avant même d’en avoir bu la dernière goutte. Une telle abnégation frisait l’hérésie économique, personne ne comprenait comment il pouvait s’en sortir avec un si maigre chiffre d’affaires, mais cela faisait le bonheur de Paul. Il y avait établi son QG. C’était devenu une sorte d’extension de sa maison. Son jardin en quelque sorte (le petit carré d’herbe prolongeant la terrasse abritée dont bénéficiaient les Lerner, ainsi qu’on les appelait même si Paul et Sarah n’étaient pas mariés, quoique agréable, n’en méritait pas vraiment le nom). Il se sentait protégé face à ce paysage qui avait toujours eu le pouvoir (comment avait-il pu l’oublier, comment même avait-il cru pouvoir s’en passer ou vouloir autre chose, se demandait-il à présent) de dresser une muraille entre son cerveau et tout ce qui le rongeait. Dans l’ordre chronologique : la mort de son père et l’atmosphère de décomposition qui avait cerné leurs dernières années à Paris, l’insuccès de ses derniers livres et l’endurance dangereusement érodée de Sarah, son dos foutu et les deux années de douleur constante, de comprimés de codéine, de Lamaline et de capsules d’Acupan qu’il avalait comme des bonbons, les trois opérations des lombaires dans des cliniques hors de prix par de prétendus pontes de la chirurgie, l’interminable succession de convalescences, de rémissions et de rechutes, l’argent qui n’avait soudain plus suffi, même avec le salaire de Sarah, pour leur payer le luxe d’une vie parisienne, l’urgence qu’il y avait eu alors à dénicher un boulot pour assurer le quotidien, les démarches sans succès auprès des maisons d’édition (il ne suffisait pas, découvrait-il, d’avoir publié des romans dont certains avaient trouvé leurs lecteurs pour prétendre au titre d’éditeur ou de directeur de collection), du monde du cinéma (son étoile avait pâli depuis ses derniers succès en tant que scénariste) ou de la presse écrite (où sévissait une crise sans précédent), et pour finir leur retour ici, nimbé d’un tenace sentiment d’échec, à la faveur d’un emploi inespéré dans le canard local. Mais tout n’allait pas si mal. Certes, la ré-acclimatation de Manon s’avérait difficile : elle semblait ne pas se remettre d’avoir été arrachée à sa ville, son quartier, son lycée, ses amies. Quand bien même elle était née et avait passé ses onze premières années ici. Ses parents avaient gâché sa vie, affirmait-elle. Mais ils vivaient là de nouveau, à deux pas des plages et des falaises, à une quinzaine de kilomètres des lieux qu’ils avaient quittés cinq ans plus tôt, histoire de ne pas tout à fait accréditer la thèse d’un complet retour à la case départ. Clément, passé les premières angoisses liées à tout grand changement, s’en sortait plutôt bien, même si voir sa sœur se renfermer sur elle-même et ne plus lui porter qu’une attention négligeable, alors qu’ils avaient été si proches durant tant d’années, lui brisait le cœur. »

«  La mer s'était retirée jusqu'aux confins des premiers îlots. Les bateaux s'échouaient comme en cale sèche, cernés d'oiseaux scrutant les reliefs d'un repas d'ordinaire accessible aux seuls sternes et cormorans, les rares bestioles de leur espèce assez dingues pour s'enfoncer à longueur d'année dans une eau que l'été peinait à réchauffer au-delà de dix-huit degrés et qui le reste du temps oscillait entre neuf et douze degrés. »

« La pluie s'était mise à cingler mais déjà à l'ouest le ciel se déchirait et les rayons de soleil tombaient en rideau à travers les nuages anthracite. La mer s'illumina soudain, virant en un clin d’œil du gris fer à l'émeraude, avant de loucher vers le turquoise fluorescent. »

« Le paysage politique était sens dessus dessous et il ne se voyait pas débattre avec son fils de dix ans des mérites et des manquements de la majorité au pouvoir, les choses étaient devenues si complexes que lui-même ne savait pas toujours comment se positionner vis-à-vis de Macron et ses sbires, comme tous les électeurs de gauche qui avaient dû se résoudre, face à la menace du Front national, à voter pour lui et à assurer à leurs enfants que l'élection du faux jeune homme (Macron lui avait toujours fait penser à ces modèles de voitures dont seuls les vieux pensent qu'ils font jeunes) était, dans ce contexte précis, une bonne nouvelle. Du moins un motif de soulagement, peut-être passager, mais tout de même. »

« Les ventes se concentraient désormais sur une poignée de titres et les autres étaient condamnés à la confidentialité. Il fallait créer l'événement pour s'en sortir. D'une manière ou d'une autre. Être la nouvelle sensation. Ou tenir un sujet qui attire les médias. Qui fasse le buzz. Provoque la polémique. Ou qui intéresse d'emblée les gens. Genre, la Seconde Guerre mondiale. La vie romancée de Trucmuche. Un phénomène sociétal du moment. Ou à défaut se foutre à poil. Seuls les très gros vendeurs ou les auteurs « médiatiques » pouvaient se contenter d'écrire ce qui leur chantait. Pour eux, le simple fait de publier un nouveau livre constituait d'emblée un événement. »

« Sur le bas-côté, des nuées de pêcheurs profitaient de la retenue d'eau pour piéger des poissons dans le vacarme des moteurs. Paul se faisait une tout autre idée de la discipline, le coin regorgeait de rochers où se poser avec sa canne, au pied de falaises surplombant des eaux transparentes, d'un bleu turquoise à vous faire exploser la cornée, mais enfin il fallait s'y faire, les gens étaient parfois étranges, on en voyait pique-niquer à deux pas des plages, dos à la mer, tables et chaises pliantes plantées dans le bitume fissuré d'un parking, collés à leur bagnole. »

« C'est bien moi, pensa-t-il. Jamais à ma place là où je me trouve. Ici, les considérations sans conséquence sur l'état de la mer, le temps qu'il fait, les menus événements de la côte lui avaient manqué. Là-bas, il se languissait sans se l'avouer d'une vie intellectuelle alimentée en permanence. Pourtant qu'avait-il tiré de tout cela ? Qu'y avaient gagné ses livres ? Pas grand-chose si on se fiait à la réception des derniers. Au contraire, même. Certes, toute cette vie l'avait infiniment nourri. Écouter tous ces gens. Sillonner les galeries d'art contemporain. Assister à tous ces spectacles. Voir tous ces films. Mais sans doute comme spectateur plus qu'en tant qu'auteur. Qu'est-ce qui n'allait pas chez lui ? »

« Tout lui paraissait soudain trop petit et immuable, tandis qu'à Paris et autour de la ville, en ses orées gigantesques, tout affluait, refluait, s'irriguait de mouvements incessants, de populations diverses, d'idées de migrations sociales, de mutations urbanistiques, tout se concentrait et lui offrirait, pensait-il, un territoire à explorer, auquel se confronter de nouveau. Paris et sa périphérie tentaculaire présentaient tant de contrastes, de réalités opposées, tant d'horizons divergents s'y croisaient, tant de langues, de parcours, d'origines s'y mêlaient, tant d'opinions, d'itinéraires, de provenances, de croyances s'y affrontaient qu'il lui semblait d'un seul coup que le pays y tenait tout entier. »

« Il avait quarante-cinq ans, merde. Il allait bien devoir un jour sortir de l'adolescence, arrêter de se défausser, de fuir, de se protéger. C'était ça, la vie. Des emmerdes, des deuils, des amitiés brisées, des secrets, des mensonges, des enfants qui partaient en vrille, des pépins de santé, des hautes, des bas, le grand manège, du grand n'importe quoi. Et il fallait s'en contenter. La regarder bien en face, telle qu'elle était, et s'y mouvoir debout. »

« Pour le reste, le travail n'avait jamais été son fort et il avait toujours tout fait pour l'éviter, comprenant vite que l'écriture, quand ça tournait bien, avait l'avantage de vous octroyer des mois de temps libre en échange de cinq ou six passés devant l'ordinateur, et de vous éviter d'avoir à subir des horaires, des contraintes, de vous confronter à la moindre forme d'autorité et d'en détenir sur quiconque. Et pour ce qui était du stoïcisme et de la pudeur, le contenu de ses livres parlait pour lui. De longues plaintes où il n'épargnait rien au lecteur, même en les déguisant, de ses pensées les plus intimes, des épisodes les plus personnels de sa vie et de celle de ses proches. »

« Elle se pelotonna contre lui. Il s'allongea près d'elle et elle se laissa serrer dans ses bras. Il avait le nez dans ses cheveux. Respirait son odeur d'enfant. Il ne pouvait rien y faire. Des années entières, lumineuses, inconditionnelles lui revinrent en mémoire. Des images s'imprimaient en flashs sous ses paupières. Ses grands yeux bleus sous ses cheveux d'une blondeur perdue, son sourire shooté de bonheur et de soleil sur la plage, dans le jardin de ses grands-parents, en robe de princesse ou à fleurs, ses jeux de rôle sans queue ni tête et ininterrompus, sa façon de se jeter dans ses bras, sa voix légèrement voilée et son rire en éclats. L'adolescence était un cimetière. Les dépouilles d'enfants joyeux y reposaient comme la peau d'une mue. »

« Mon pauvre petit papa. C'était un gimmick entre eux. Il s'était imposé à l'âge où elle avait pris conscience de la disposition de son père à la paranoïa, à la plainte et à la dépression. Sa façon de tout voir en noir et de croire qu'on (qui, d'ailleurs ?) s'acharnait contre lui, son aptitude spectaculaire à tout exagérer. La moindre contrariété. La moindre douleur. »

« C'était typique des écolos du dimanche. Toujours à faire pleurer dans les chaumières sur le sort d'une plante sauvage ou d'un animal menacé, toujours à finasser sur les produits qu'ils avalaient, à emmerder le monde avec leurs taxes sur le diesel, mais dès qu'on parlait des gens qui crevaient la dalle, en chiaient pour seulement s'acquitter d'un plein, qui s'entassaient dans des cités insalubres ou dormaient sur le trottoir, là il n'y avait plus personne. Toujours à pleurnicher sur l'avenir de la planète mais insensibles au présent de leur prochain.  »

« Manon en conclut que la vie était un sacré sac de nœuds, un putain de sport de rue et Paul acquiesça.
- Sûr, c'est pas du badminton.
Elle sourit. Sa réplique était tirée d'une chanson du dernier Alain Chamfort (Exister quel sport de ru/Sûr c'est pas du badminton/Exister si j'avais su/Aurais-je décliné la donne) que Manon aimait dans les rares moments de connivence pasticher en hurlant « Exister, ça pue  du cul ». »

Quatrième de couverture

Après une parenthèse parisienne qui n’a pas tenu ses promesses, Paul Lerner, dont les derniers livres se sont peu vendus, revient piteusement en Bretagne où il accepte un poste de journaliste pour l’hebdomadaire local. Mais les ennuis ne tardent pas à le rattraper. Tandis que ce littoral qu’il croyait bien connaître se révèle moins paisible qu’il n’en a l’air, Paul voit sa vie conjugale et familiale brutalement mise à l’épreuve. Il était pourtant prévenu : un jour ou l’autre on doit négocier avec la loi de l’emmerdement maximum. Reste à disputer la partie le plus élégamment possible.

Comme dans Falaises, Des vents contraires ou Les Lisières, Olivier Adam convoque un de ses doubles et brouille savoureusement les pistes entre fiction et réalité dans ce grand livre d’une vitalité romanesque et d’une autodérision très anglo-saxonnes.

Éditions Flammarion, août 2019
377 pages