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mardi 26 novembre 2019

La faille du temps ★★★★☆ de Jeanette Winterson

« Après cinquante ans, nus découvrons
avec surprise et un sentiment
d'absolution suicidaire 
que nos intentions et nos échecs
auraient pu ne jamais arriver -
et doivent être mieux réalisés.
« Pour Sheridan », Robert Lowell »

Jeanette Winterson revisite « Le conte d'hiver » de William Shakespeare. C'est donc l'histoire d'une enfant abandonnée, perdue que reprend l'autrice et qu'elle situe à notre époque. 
Un court résumé du conte d'hiver original écrit par W. Shakespeare attend le lecteur en début du livre; place ensuite à l'adaptation contemporaine de Jeannette Winterson. On vole un peu à vue au début de l'histoire car il n'est pas chose aisée de resituer les personnages. Mais très vite la faille du temps se matérialise et nous happe jusqu'au dénouement. Quand l'ordre établi est bouleversé, que la jalousie nécrose et tourne à l'obsession, que la folie rôde, que le chaos est inévitable, que le désespoir s'invite ... il y a l'amour pour absorber la chute, réparer, réconcilier, sortir des torrents et cheminer vers la résilience. 
Très belle histoire, modernisée avec talent, à mon avis.
J'ai beaucoup apprécié les mots de l'autrice en fin d'ouvrage qui éclairent sur son choix de reprendre cette grande oeuvre.
« J'ai écrit cette reprise parce que cette pièce m'habite depuis plus de trente ans. Elle m'habite parce qu'elle fait partie des écrits et de cet univers sans lesquels je ne pourrais pas vivre, une pièce en dehors de laquelle je ne pourrais pas vivre.Cette pièce parle d'une enfant trouvée. Et j'en suis une. Cette pièce parle du pardon et des futurs possibles - de la façon dont le pardon et le futur sont liés dans les deux sens. Le temps est bien réversible. »
Je lance un appel : Suis à la recherche de la vidéo de la mise en scène de Pierre Pradinas dans laquelle Romane Bohringer joue Hermione et est bouleversante. Cette pièce a été jouée à la cartoucherie en 2003. theatreonline/Le-Conte-d-hiver 

« C'est moi. Shep. Je suis un homme sans histoire et je vis avec mon fils, Clo. Il a vingt ans. Il est né ici. Sa mère était canadienne d'origine indienne. De mon côté, je suis arrivé sur un navire négrier - OK, pas moi, mais mon ADN, si, avec l'Afrique toujours inscrite dedans. Notre ville, La Nouvelle-Bohême, était une ancienne colonie française. Des plantations de canne à sucre, de grandes maisons coloniales, la beauté et l'horreur tout à la fois. Les balustrades en fer forgé que les touristes adorent. Les petits bâtiments du dix-huitième siècle peints en rose, jaune ou bleu. Les devantures des magasins en bois avec leurs grandes vitrines connexes. Les ruelles pleines de portes sombres menant aux filles de joie.Et puis il y a le fleuve. Vaste comme l'était l'avenir. Et puis il y a la musique - toujours une femme qui chante quelque part, un vieux qui joue du banjo. Une simple paire de maracas que la fille agite à la caisse, peut-être. Un violon qui vous rappelle votre mère, peut-être. Une mélodie qui vous donne envie d'oublier, peut-être. Qu'est-ce que la mémoire, de toute façon, si ce n'est pas une méchante chicane du passé ?
Ma femme n'existe plus. Cette personne n'existe plus. Son passeport a été annulé. Son compte en banque fermé. Quelqu'un d'autre porte ses vêtements. Mais elle m'occupe l'esprit. Si elle n'avait jamais vécu et qu'elle m'avait occupé l'esprit, on me traiterait de fou et on m'enfermerait. Dans le cas présent, je suis en deuil.
[...] parfois, il faut bien accepter que votre coeur sache mieux que vous ce qu'il faut faire.
J'apprends à être un père et une mère pour elle. Elle pose des questions sur sa mère et je lui dis que nous ne savons pas. Je lui ai toujours dit la vérité - ou juste ce qu'il fallait. Elle est blanche et nous sommes noirs, donc elle sait qu'elle a été trouvée.L'histoire doit bien commencer quelque part.
C'est l'injustice de la situation qui contraria Leo pendant qu'il payait son amende et les frais de procédure. Leo n'avait pas inventé le capitalisme - son boulot était de faire de l'argent dans un système dont le principe était de faire de l'argent. Ce qui impliquait aussi le risque d'en perdre ; en fait; le krach était un jeu de chaises musicales - tant que la musique jouait, personne ne s'inquiétait qu'il n'y ait pas assez de chaises. Qui veut s'asseoir quand on peut danser ? Il lui était déjà arrivé de perdre des sommes équivalent au PIB d'un petit pays, mais il avait toujours eu le temps de les regagner et plus encore.. Quand la musique s'arrêtait, il avait - temporairement - racheté toutes ses chaises.
- Il y a un vieux diction qui dit que ce qui ne peut être guéri ne peut être pleuré.
- C'est du Shakespeare, dit Tony.
- Le conte d'hiver.

- [...] en ce moment je lis l'autobiographie de Benjamin Franklin. Le gars sur le billet de cent dollars ? Je veux dire qu'on dépense de l'argent et on ne sait rien des gens qui ont leur tête sur les billets. Benjamin Franklin a dit que si on avait choisir entre la liberté et la sécurité, il fallait choisir la liberté.
- J'imagine qu'il ne connaissait pas le terrorisme, à l'époque.
- C'est juste une façon de nous faire peur.
- Je ne suis pas d'accord. Des gens meurent pour de bon.
- Oui, mais un gars avec une bombe dans un sac à dos, ça arrive combien de fois, et à combien de gens ? Alors que ne pas avoir de travail, de maison, de sécurité sociale, d'espoir, c'est le quotidien de millions, voire de milliards de gens. Pour moi, c'est ça la menace. Ça et le changement climatique. Et la guerre, la sécheresse, la famine....
- Justement... Donc c'est bien de sécurité, dont on a besoin. D'un avenir sécurisé.
- Non ! On a besoin d'être libres du contrôle de ces sociétés qui gouvernent le monde pour quelques riches et ruinent l'existence de tous les autres.
Zel s'excluait si souvent de l'endroit où il avait envie de se trouver, pour ensuite regarder bêtement par la fenêtre de son désir, abattu ou blessé, sachant qu'il était le seul responsable de son état, mais reproduisant sans cesse le schéma.
Nos habitudes et nos peurs prennent les décisions à notre place. Nous sommes l'algorithme de nous-mêmes - si vous aimez ça, vous aimerez peut-être aussi ça.
Avec toi dans ce lit trempé de nuit, c'est du courage pour la journée à venir que je recherche. Pour que, quand la lumière se fera, je puisse me tourner vers elle. Il n'y a rien de plus simple. Rien de plus difficile. Et au matin, ensemble, nous nous habillerons et partirons.
Elle marche pour ne plus être immobile. Comme si elle pouvait s'extirper du temps par la marche, le mettre derrière elle, là où il devrait toujours être. Mais elle ne le peut pas parce qu'il est toujours là, juste devant elle, le passé juste devant elle, et tous les jours elle se cogne dedans comme si l'avenir lui claquait la porte au nez.
Et une pierre après l'autre, l'histoire fut révélée, scintillante et concentrée, comme le temps est concentré dans un diamant, comme la lumière est concentrée dans chaque pierre précieuse. Les pierres parlent, et ce qui était silence ouvre la bouche pour raconter une histoire, et l'histoire se grave dans la pierre pour la briser. Ce qui est arrivé est arrivé.
Leo, vous êtes un de ces types qui font le monde tel qu'il est. Je suis un de ces types qui vivent dans le monde tel qu'il est. Pour vous, je suis un Noir comme vous en voyez surtout faire le vigile ou le livreur. Et comme l'argent et le pouvoir sont les choses qui comptent le plus à vos yeux, vous imaginez que c'est ce qui compte le plus pour ceux qui ne les ont pas. C'est peut-être le cas pour certains.... Parce que, vu la façon dont les types comme vous ont organisé le monde, y a qu'un ticket de loto qui pourrait changer les choses pour les types comme moi. Travailler dur et garder espoir, ça ne marche plus. Le Rêve américain est fini.  
Peut-être me souviendrai-je alors que même si l'histoire se répète et que la chute est inévitable, je suis porteuse d'une histoire dont la brève excursion dans le temps ne laisse pas de traces, que j'ai connu une chose qu'il valait la peine de connaître, fougueuse, invraisemblable et à rebours de tout automatisme. Pareille à une poche d'air dans un bateau chaviré. L'amour. Sa taille. Son échelle. Inimaginable. Vaste. Ton amour. Le mien. Notre amour. Authentique. Oui. Et j'ai beau chercher mon chemin dans le noir à la lumière d'une lampe torche, je suis le témoin et la preuve de ce que je connais : cet amour. L'atome et le grain de mon existence. (PERDITA)  »
 

Quatrième de couverture

« Captivant, addictif à la manière d’une bonne série télé. »
The Independent

« Une des plus talentueuses romancières contemporaines, 
Jeanette Winterson, reprend Le Conte d’hiver, et le résultat est un 
roman dont la lecture est un plaisir radieux. »
The New York Times
Par une nuit de tempête à La Nouvelle-Bohême, une ville du sud des États-Unis, un Afro-Américain et son fils sont témoins d’un terrible crime. Sur les lieux gisent un corps et une mallette remplie de billets. Quelques mètres plus loin, à l’abri, un nourrisson. Abasourdis, craignant la police, ils décident de fuir avec l’argent et le bébé. Mais que s’est-il passé avant leur intervention ? Que faisait là cette toute petite fille ? Qui est-elle ?
C’est ce que Jeanette Winterson s’attache à démêler dans cette libre adaptation du Conte d’hiver de Shakespeare. Sous sa plume unique, chacun des personnages de la tragédie prend vie à travers son double contemporain : financier londonien avide, créateur de jeux vidéo, chanteuse à succès, tenancier de club de jazz…

Superbe réflexion sur le pouvoir destructeur de la jalousie et de l’avidité, La Faille du temps rappelle l’intemporalité du génie shakespearien et donne à voir l’immense talent et le prodigieux savoir-faire de la romancière.

Jeanette Winterson est née en 1959 à Manchester et a grandi dans le nord de la Grande-Bretagne. Elle relatera ces années de formation dans Les oranges ne sont pas les seuls fruits (L’Olivier, 2012). Traduite dans près de trente pays, elle connaît depuis Pourquoi être heureux quand on peut être normal ? (L’Olivier, 2012) un immense succès en France.

Éditions Buchet-Chastel, mars 2019
307 pages 
Traduit de l'Anglais (Royaume Uni) par Céline Leroy

samedi 8 octobre 2016

Le Songe d'une nuit d'été de William Shakespeare***


Editeur L'Avant-Scène Théâtre, octobre 2011
Adaptation française de Nicolas Briançon et Pierre-Alain Leleu
Première parution, octobre 1600

Résumé éditeur


Quelques jours avant les noces de Thésée, la forêt d’Athènes est le lieu d’un indéniable désordre. Hermia, qui refuse le parti qu’on lui destine, s’y enfuit avec son bien-aimé Lysandre, poursuivie par le parti en question, Démétrius, lui-même poursuivi par Héléna qui l’idolâtre. Obéron s’emploie à se venger de sa maîtresse Titania, la reine des fées, en ordonnant à Puck de lui rapporter un filtre d’amour. Puck en profite pour charmer les jeunes Athéniens mais ne réussit qu’à créer davantage de confusion. Pendant ce temps, une troupe de comédiens amateurs répète sa pièce pour les noces. L’un d’entre eux, changé en âne par le facétieux lutin, devient l’objet d’amour de la reine des fées envoûtée…

Mon avis ★★☆☆☆


J'ai eu envie de lire cette pièce après avoir revu récemment Le cercle des poètes disparus et son Puck magistral. 
Je me souviens avoir adoré cette pièce montée par une troupe du festival d'Avignon, il y a de celà quelques années déjà, avoir ri, avoir été émue...je n'ai pas retrouvé ses émotions à la lecture; je me suis parfois ennuyée même. Cette comédie féérique légère doit certainement être vue plutôt que lue.
J'en ai aimé la poésie, certaines tirades, l'imbroglio amoureux, j'ai moins aimé l'intrusion de la magie (je ne suis pas une grande adepte des contes de fées, du moins les lire), et n'ai pas franchement rigolé devant cette bande de comédiens improvisés improvisant justement une pièce de théâtre pour le mariage du Duc Thésée.  
À voir jouée donc, pour apprécier cette pièce à sa juste valeur.
Le film réalisé par Michael Hoffman, au casting alléchant ( Rupert Everett, Sophie Marceau, Christian Bale, Michelle Pfeiffer ... du beau linge non ?) me tente bien, par curiosité; les critiques sont mitigées.

Acte I, Scène 1
Hermia : Dieu vous garde, chère beauté ! Où allez-vous ?
Héléna : Vous m'appelez beauté ? Retirez ce beauté ! C'est vous la beauté que Démétrius aime : ô heureuse beauté ! Vos yeux sont des étoiles polaires et la douce musique de votre voix est plus harmonieuse que l'alouette à l'oreille du berger. La maladie est contagieuse : oh ! si votre charme l'tait aussi ! J'attraperais vos paroles, chère beauté, avant de vous quitter. Mon oreille attraperait votre voix, mes yeux vos regards ; ma langue attraperait la douce mélodie de votre langue. Si l'univers était à moi, Démétrius excepté, je donnerais tout pour être changée en vous. Oh ! apprenez-moi à vous ressembler et l'art de gouverner les battements du coeur de Démétrius.
Hermia : Je fronce les sourcils, et cependant il m'aime toujours.
Héléna : Comme certains sont plus heureux que d'autres ! Dans Athènes, je passe pour être aussi belle qu'elle. Mais à quoi bon ? Démétrius ne le pense pas : il ne veut pas savoir ce que tout le monde sait, excepté lui. Et de même qu'il se trompe, adorant les yeux d'Hermia, moi-même, je me trompe admirant ses mérites. Ce qui est bas et vil, exempt de beauté, l'amour peut lui donner et forme et dignité. L'amour ne voit pas avec les yeux, mais avec l'esprit ; ainsi peint-on aveugle le Cupidon ailé. La pensée de l'amour n'a aucun jugement : des ailes, et point d'yeux. Voilà pourquoi, dit-on, l'amour est un enfant : parce que dans son choix, il se trompe souvent.
Acte II, Scène 2
Lysandre : Ô comprenez, ma douce, mon innocente pensée. L'amour sait interpréter le langage de l'amour. Je veux dire que mon coeur est si proche du vôtre qu'ils n'en font qu'un ...Que nos deux âmes liées par un même serment sont deux âmes pour une même foi. Aussi ne me refuser pas une place pour m'allonger à vos côtés, car je peux m'étendre, Hermia, et rester tendre...
Hermia : Joli jeu de mots, Lysandre. Doux ami, au nom de la tendresse et de la courtoisie, éloigne-toi pour t'étendre. Une telle séparation, qu'exige la décence, convient mieux à un amant vertueux. Garde ta distance, et bonsoir, doux ami. Que ton amour ne change pas avant la fin de ta précieuse vie !
Acte V, Scène 1
Puck : Si nous, ombres, vous avons offensés,
Dites-vous simplement, pour tout arranger,
Que vous ne faisiez que dormir
Quand ces rêves venaient surgir.
Ces faibles et vains mensonges,
Ne les prenez que pour un songe.
Chers spectateurs, ne nous condamnez pas,
Nous ferons mieux une prochaine fois.
Aussi vrai que Puck est mon nom,
Si par hasard nous échappons
À vos vils sifflets de serpent,
Nous ferons mieux avant longtemps.
Ne tenez pas Puck pour menteur.
Sur ce, il est largement l'heure,
Peut-être nous verrons-nous demain ?
En attendant, battez des mains.
Il sort.
FIN

jeudi 1 septembre 2016

Hamlet de William Shakespeare***


Editions Hatier, Collection : Classiques & Cie Lycée, janvier 2012
157 pages
Traduit par Michel Grivelet

Quatrième de couverture



Qui a tué le roi Hamlet ? Sa veuve, la reine Gertrude ? Son frère Claudius, devenu roi en épousant la veuve ? Le jeune prince Hamlet, visité par le fantôme de son père, les soupçonne tous deux...

"Il est admis par tous qu'Hamlet est plus vivant qu'un homme qui passe." Alfred Jarry

Mon avis ★★★☆☆


To be, or not to be, that is the question....


J'adore cette pièce, malheureusement, je ne suis pas tombée sur une très bonne traduction, et j'en ressors plutôt déçue.

De célèbres vers sont écorchés, quel dommage ! Je vous conseille d'éviter la traduction de Michel Grivelet (ce n'est que mon avis).
Voici deux traductions, parmi tant d'autres, qui ont irrité mes sens :

"Etre ou bien ne pas être ; c'est cela la question." Acte III, Scène Première. 

HAMLET : Madame, puis-je me mettre à vos genoux ? 
OPHÉLIE : Non, monseigneur.
HAMLET : Je veux dire la tête sur vos genoux.
OPHÉLIE : Oui, monseigneur.
Acte III, Scène 2
J'avais préféré une autre traduction de ce vers de Hamlet : "Madame, me coucherai-je entre vos genoux ?", qui sonne davantage ambigu.

Néanmoins, Hamlet est une très grande pièce, (qui mérite bien plus que trois étoiles) une des plus longues de William Shakespeare, une oeuvre (que dis-je, un chef-d'oeuvre !) dense et foisonnante : trahison (le grand Hamlet s'est fait doubler par son frère Claudius), mort, vengeance, folie, manipulation, amour, conditions sociales, des personnages aux actes froidement prémédités et monstrueux mais qui ne sont pas présentés comme des êtres puissamment maléfiques. 

J'adore la richesse du texte, le langage cru et poétique à la fois, l'humour, le rythme soutenu du texte du début jusqu'à la fin, l'intrigue simple, la plume de William Shakespeare talentueuse et profondément efficace, les monologues exceptionnellement captivants (ceux de Hamlet sont riches et extrêmement beaux), les personnages aux caractères distincts et facilement identifiables qui me captivent.

Une pièce à lire et à relire, à voir surtout et à revoir.


Reproches d' Hamlet à Ophélie, Eugène Delacroix, Photo RMN Grand Palais 
Le chant et la folie d'Ophélie, Eugène Delacroix, Photo RMN Grand Palais 
Le suicide d'Ophélie, Eugène Delacroix, Photo RMN Grand Palais 


Extraits


GERTRUDE : Cher Hamlet, bannis cette couleur de nuit,
  Et vois d'un œil ami le roi de Danemark.
  Ne reste pas toujours, les paupières baissées,
  Cherchant ton noble père dans la poussière.
  C'est le sort commun, tu le sais, tout vivant doit mourir,
  Passant par la nature jusqu'à l'éternité.
  Acte Premier, Scène 2
HAMLET : [...]
  Mort de seulement deux mois - non, pas tant, pas deux -
  Un roi si excellent, auprès de celui-ci
  Tel Hypérion auprès d'un satyre, si tendre pour ma mère
  Qu'il n'eût pas enduré que le vent des cieux
  Touchât trop rudement son visage. Ciel et terre !
  Faut-il m'en souvenir ? Oh ! elle se pendait à lui
  Comme si l'appétit allait en grandissant
  D'être rassasié ! Et pourtant, dans le mois -
  N'y pensons pas; fragilité, ton nom est femme -
  Un petit mois, les souliers étaient encore neufs
  Qu'elle avait pour suivre le corps de mon pauvre père,
  Comme Niobé, toutes larmes, eh bien, elle, oui elle -
  Ô Dieu ! une bête, bien que dépourvue de raison,
  Eût pleuré plus longtemps ! - épousait mon oncle,
  Le frère de mon père, mais pas plus pareil à mon père
  Que moi à Hercule; en moins d'un mois,
  Avant même que le sel de très trompeuses larmes
  Eût cessé d'irriter et de rougir ses yeux,
  Elle l'avait épousé. Oh ! très coupable hâte
  Si leste à se jeter en des draps incestueux !
  Ce n'est pas bien, et rien n'en sortira de bien.
  Mais brise-toi, mon coeur, je dois tenir ma langue.
  Acte Premier, Scène 2
HAMLET : L'esprit de mon père en armes ! Tout n'est pas comme il faut,
Je flaire un mauvais coup. Que n'est-t-il déjà nuit !
Jusque-là, sois calme, mon âme. Les actes criminels,
Seraient-ils recouverts par la terre tout entière,
Inévitablement viendront à la lumière.
Acte Premier, Scène 3
POLONIUS : Et prends soin de graver ces quelques préceptes
  Dans ta mémoire. Ne dis pas mot de tes pensées,
  Ni n'agis sous le coup d'une pensée sans règle.
  Montre-toi familier, en aucun cas vulgaire.
  Les amis que tu fais, les ayant éprouvés,
  Fixe-les à ton coeur par des cercles d'acier,
  Mais ne va pas blaser ta main à recevoir
  Tout blanc-bec frais éclos, en camarade. Prends garde
  D'entrer dans une querelle, mais, y étant,
  Soutiens-la à faire prendre garde à ton adversaire.
  Prête l'oreille à tous, ta voix à peu de gens.
  Prends l'avis de chacun, mais réserve le tien.
  Aie des habits de prix autant que peut ta bourse,
  Mais sans extravagance; cossus mais pas voyants.
  Car  c'est le vêtement qui souvent montre l'homme.
  Et les meilleurs en France des gens de qualité
  L'emportent ici surtout en noble distinction.
  Ne sois ni emprunteur ni prêteur, car souvent
  On y perd et le prêt et l'ami, et emprunter
  Émousse le tranchant d'une bonne gestion.
  Ceci par-dessus tout - sois loyal à toi-même,
  Et de là doit s'ensuivre, comme la nuit le jour,
  Que tu ne saurais être déloyal à personne.
  Adieu - ma bénédiction mûrisse en toi ces choses.
  Acte Premier, Scène 3
HAMLET : Elle ne veut pas parler. Je m'en vais donc la suivre.
HORATIO : N'en faites rien, monseigneur.
HAMLET : Eh, que craindrais-je ?
  Je fais cas de ma vie autant que d'une guigne,
  Et quant à mon âme, que pourrait-elle lui faire
  puisqu'elle est immortelle comme elle l'est elle-même ?
  Acte Premier, Scène 4
POLONIUS : Ophélie, promenez-vous ici. - Sire, s'il vous plaît,
  Nous allons nous poster. - Lisez donc cet ouvrage,
  afin que l'apparence d'être ainsi occupée colore
  votre solitude. En ceci souvent on est à blâmer :
  les preuves en surabondent, vidage dévot
  et pieuse action nous servent à enrober de sucre
  le diable même.
  Acte III, Scène Première
HAMLET : On m'a parlé aussi de la façon que avez de vous
  peindre, bien sûr. Dieu vous a donné un visage, et vous vous
  en faites un autre. Vous vous trémoussez, vous ondulez des
  hanches, vous zézayez, vous affublez de sobriquets les créa-
  -tures de Dieu, et mettez ces manières de dévergondées sur le
  compte de votre ignorance. Allons donc, j'en ai assez.Cela
  m'a rendu fou. Ecoutez, on ne fera plus de mariages. Ceux
  qui sont déjà mariés - à l'exception d'un seul - vivront. Les
  autres resteront comme ils sont. Au couvent, va.
Acte III, Scène Première
CLAUDIUS : Comment va notre cousin Hamlet ?
HAMLET : A la perfection, ma foi, nourri comme le caméléon.
  Je mange de l'air, bourré de promesses. On n'engraisse pas
  de chapons à ce régime-là.
  Acte III, Scène 2
HAMLET : Ce drôle n'a donc pas conscience du métier qu'y fait
  pour chanter en creusant en creusant une tombe ?
HORATIO : L'habitude lui rend la chose indifférente.
HAMLET : C'est bien cela ; la main qui travaille peu n'en est
  que plus délicate.
  Acte V, Scène Première
ROSENCRANTZ : Je ne vous comprends pas, monseigneur.
HAMLET : J'en suis bien aise. En sotte oreille malin propos sommeille.
  Acte IV, Scène 2
CLAUDIUS : Eh bien, Hamlet, où est Polonius ?
HAMLET : A souper.
CLAUDIUS : A souper ? Où cela ?
HAMLET : Non pas là où il mange, mais où qu'il est mangé. Une
  certaine assemblée de vers politiques se sont mis après lui.
  Il n'y a que le ver pour faire aussi bonne chère qu'un empereur.
  Nous engraissons toutes les autres créatures pour nous
  engraisser, et nous nous engraissons nous-même pour les asticots.
  Roi bien gras et mendiant maigre, cela ne fait qu'un
  menu varié - deux plats, mais pour une seule table. Tout finit
  par là.CLAUDIUS : Hélas, hélas !
HAMLET :On peut prendre un poisson avec un ver qui a mangé
  d'un roi, et manger le poisson qui s'est nourri de ce ver.
CLAUDIUS : Que veux-tu dire par là ?
HAMLET : Rien, sinon vous montrer comment un roi peut se
  rendre en voyage officiel dans les tripes d'un mendiant.
  Acte IV, Scène 3


Pour en savoir plus sur la château d' Hamlet :






jeudi 30 juin 2016

Macbeth de William Shakespeare****


Editions Gallimard, collection Folio Classique, mai 2010
151 pages (c'est bien trop court !!)
Traduit de l'anglais par Yves Bonnefoy
Première publication en 1623

4ème de couverture


"Ce qu'un homme ose, je l'ose ! Viens à moi sous l'apparence de l'ours russe le plus farouche, du rhinocéros le plus hérissé, du tigre le plus féroce de l'Hyrcanie. prends toute forme sauf celle-ci, et mes nerfs assurés ne trembleront pas. Ou encore : revis, et défie-moi au combat à l'épée jusque sur la lande déserte et si je reste ici à trembler de peur, tu pourras me dire une poule mouillée. Va-t'en, va-t'en, horrible spectre, image sans substance !" (Acte III, scène 4).

Mon avis ★★★★☆


Une pièce absolument divine au climat fantastique et ténébreux empreinte d'ignominies, de culpabilité, de violence, d'illusion, de confusion, de désespoir, de folie, de trahisons et de vengeance, dans laquelle le Mal est omniprésent, tel un poison aliénant la raison.

Le couple démoniaque que forment Lady Macbeth et Macbeth est au coeur de cette pièce. 

Macbeth, présenté au début comme un personnage ambitieux mais réaliste, qui fait preuve de bon sens, va très rapidement (trop rapidement, tout se passe trop vite à mon goût*) s'embarquer dans le chemin du péché, après avoir entendu les prédictions, aveuglé par le gain du pouvoir, et surtout, poussé dans ses retranchements par sa femme, l'inspiratrice, la démoniaque, l'hystérique à l'âme meurtrière.

L'image sur la couverture représente la scène de somnambulisme de Lady Macbeth, scène mémorable dans laquelle elle délire complètement, prise de remords, qui se lave les mains de façon compulsive pensant ainsi effacer toutes traces du délit.

A lire ou écouter en VO ! C'est la réflexion que je me suis faite au vu de certaines notes du traducteur; certains jeux de mots disparaissent en français, et c'est bien dommage !

Au programme prochainement, visualiser l'adaptation cinématographique de Justin Kurzel avec Marion Cotillard et Michael Fassbender (sortie en France en novembre 2015).

* je n'avais pas eu cette sensation en écoutant la pièce de théâtre. 

Extraits 


"L'immonde est beau, le beau est immonde.
Planons dans le brouillard et les miasmes du monde" 
-Les trois sorcières,Acte I,scène I-
"Je n'ai jamais vu un jour si horrible et si beau." -Macbeth,, Acte I scène III-
"Advienne que pourra!
On peut survivre aux hures les plus sombres." -Macbeth, Acte I, Scène III-
"Le ciel fait des économies : il a éteint toutes ses chandelles ..." -Banquo, Acte II scène I-
"Aucun art ne permet, décidément,
De juger de l'esprit à la figure.
Ce gentilhomme-là, je lui aurais fait
La confiance la plus entière." -Duncan, Acte I, Scène IV-
"Me voici résolu! Et je rassemble
Toutes mes énergies pour ce terrible exploit.
Allons, dupons-les tous de notre air affable!
Trompeur
Doit être le visage quand l'est le coeur." -Macbeth, Acte I, Scène VII
"On a tout dépensé en pure perte
Quand on a eu ce que l'on désire, mais sans bonheur.
Et mieux vaut être ce que l'on a détruit
Que de n'en retirer que cette joie qui s'angoisse." -Lady Macbeth, Acte III, Scène II
" Ce qui n'a pas de remède.
Ne lui consentons pas de souvenir!
Ce qui est fait, c'est fait." -Lady Macbeth, Acte III, Scène II
"Ah, malheureux pays,
Presque effrayé de se reconnaître! Peut-on encore
L'appeler notre mère, c'est notre tombe ! On n'y rencontre
Rien qui sourie, sinon qui ne sait rien.
Et les soupirs, les gémissements, les cris qui déchirent l'air,
Nul n'y fait plus attention; l'extrême de la douleur
Y est le lot de tous; sonne le glas des morts
Sans qu'on demande, ou presque, pour qui il sonne,
Et s'achève la vie des honnêtes gens
Avant celle des fleurs de leur bonnet :
On les voit morts avant qu'ils ne soient malades."  -Ross, Acte IV scène III-
"Donne des mots à ta peine! Le chagrin qui ne parle pas
Murmure de se rompre au coeur accablé." -Malcolm, Acte IV, Scène III
"Macbeth est un fruit mûr, et les puissances célestes
Ont préparé leur gaule...Toi, si tu peux,
Accepte notre secours,
Car trop longue est la nuit qui cherche en vain le jour." -Malcolm, Acte IV, Scène III
"La vie n'est qu'une ombre qui passe, un pauvre acteur
Qui s'agite et parade une heure, sur la scène,
Puis on ne l'entend plus. C'est un récit
Plein de bruit, de fureur, qu'un idiot raconte
Et qui n'a pas de sens." -Macbeth, Acte V, Scène V-


vendredi 24 juin 2016

Beaucoup de bruit pour rien de William Shakespeare*****

Editions Flammarion, collection GF-Bilingue, 1999
337 pages
Pièce écrite en 1598-1599

Résumé (éditions Humanis)


  Don Pedro, Prince d’Aragon, revient de guerre victorieux avec sa compagnie sur les terres de son ami Léonato, gouverneur de Messine. Béatrice, la nièce de Léonato, une « dame à l’esprit plaisant », retrouve Bénédict, un chevalier du Prince. Ce sont de vieilles connaissances qui s’échangent des moqueries brillantes. Claudio, jeune et naïf ami de Bénédict, tombe amoureux de la jeune Héro, fille de Léonato. Leur mariage s’organise presque immédiatement, et par manière de plaisanterie, la compagnie de Don Pedro complote pour faire tomber Béatrice et Bénédict amoureux. 
  Dans le même temps, le fourbe Don Juan, frère bâtard de Don Pedro, conspire par jalousie à saboter les fiançailles de Héro et Claudio. Il envoie son acolyte courtiser Marguerite, la femme de chambre de Héro, qui s’habille comme sa maîtresse, et fait croire à Claudio que sa promise lui est infidèle.
  À la cérémonie de noces, Claudio humilie publiquement Héro, l’accusant de « sauvage sensualité » et d’ « impiété ». Le prêtre, qui soupçonne un malentendu, suggère en secret à la famille de Héro de la cacher pour quelque temps et de faire croire à sa mort jusqu’à ce que son innocence soit prouvée.
  Peu après la cérémonie, Béatrice et Bénédict s’avouent leur amour ; Bénédict, fiancé et désormais loyal à Béatrice, provoque à sa demande son ami Claudio en duel pour venger la mort supposée de Héro. Heureusement, la maréchaussée locale appréhende les complices de Don Juan, ce qui prouve l’innocence de Héro et la duplicité de Don Juan. Léonato exige que Claudio témoigne au monde de l’innocence avec laquelle Héro est morte, pende l’épitaphe sur sa tombe, et épouse une autre de ses nièces, « presque la copie de l’enfant morte ». Claudio accepte et se prépare à épouser la supposée cousine de Héro, voilée. 
  À la cérémonie, le masque de la mariée tombe et découvre Héro. Bénédict demande sa main à Béatrice, qui accepte après une brève dispute d’amoureux. Les deux couples et leurs compagnons dansent pour fêter la double union.

Mon avis ★★★★★


Une très belle comédie que je n'avais jamais eu l'occasion de lire.

Amour, conspirations, manigances, humour, tromperies, suspense, personnages fourbes, misanthropes, jaloux, amoureux, ... une pièce tout en quiproquos, limpide, aux nombreux rebondissements, dans laquelle tous les ingrédients sont réunis pour passer un excellent moment de lecture. Et ce fût mon cas ! 

L'adaptation cinématographie de Kenneth Branagh (couverture de l'édition que j'ai lue) a eu beaucoup succès et il me tarde de la visionner.

L'année 2016 marque les 400 ans de sa mort, à cette occasion, et parce que quelques unes de mes récentes lectures m'en ont donné l'envie, je vais consacrer un peu de mon temps lecture à ce grand auteur et me plonger, me replonger dans quelques-unes de ses oeuvres.

Ma prochaine lecture de William Shakespeare, ce sera Macbeth.

Extraits & Citations


"... il vaut mieux pleurer de plaisir que prendre plaisir à voir pleurer." (Leonato)
 "Se pourrait-il que Dédain meure, tant qu'elle a pour se nourrir un aliment qui lui convient aussi bien que le signor Bénédict ?  Courtoisie elle-même se change par force en dédain, dès que vous paraissez en sa présence." (Béatrice à Bénédict) 
Bénédict – Ah ! ma chère madame Dédaigneuse ! vous vivez encore ?Béatrice – Et comment la Dédaigneuse mourrait-elle, lorsqu'elle trouve à ses dédains un aliment aussi inépuisable que le seigneur Bénédict? La courtoisie même ne peut tenir en votre présence ; il faut qu'elle se change en dédain.Bénédict – La courtoisie est donc un renégat ? – Mais tenez pour certain que, vous seule exceptée, je suis aimé de toutes les dames, et je voudrais que mon cœur se laissât persuader d'être un peu moins dur ; car franchement je n'en aime aucune.Béatrice – Grand bonheur pour les femmes ! Sans cela, elles seraient importunées par un pernicieux soupirant. Je remercie Dieu et la froideur de mon sang ; je suis là-dessus de votre humeur. J'aime mieux entendre mon chien japper aux corneilles, qu'un homme me jurer qu'il m'adore.Bénédict – Que Dieu vous maintienne toujours dans ces sentiments ! Ce seront quelques honnêtes gens de plus dont le visage échappera aux égratignures qui les attendent.Béatrice – Si c'étaient des visages comme le vôtre, une égratignure ne pourrait les rendre pires.Bénédict – Eh bien ! vous êtes une excellente institutrice de perroquets.Béatrice – Un oiseau de mon babil vaut mieux qu'un animal du vôtre.Bénédict – Je voudrais bien que mon cheval eût la vitesse de votre langue et votre longue haleine.Béatrice – Allons, au nom de Dieu, allez votre train ; moi j'ai fini. 
- Béatrice _Est-ce que vous ne m’aimez pas ?
- Benedict_ Ma foi, non. Pas plus que de raison. Alors vous ne m’aimez pas?
- Béatrice _ En vérité, non, sinon par retour d’amitié.

(dialogue entre Bénédict et Béatrice, avant que leur union soit célébrée...)
"De ce qu'une femme m'a conçu, je la remercie; de ce qu'elle m'a élevé, je la remercie aussi très humblement; mais de ce que je préfère qu'on ne sonne pas l'hallali sur mon front et refuse de suspendre mon cor à un invisible baudrier, je demande pardon à toutes les femmes ... Comme je veux faire à aucune le tort de me méfier d'elle, je me ferai à moi-même l'obligation de ne me fier à aucune; et c'est ainsi qu'en fin de compte - un compte qui pourrait bien se solder à mon profit - j'ai résolu de demeurer garçon." (Bénédict, à propos des femmes)

"..lorsque les canailles riches ont besoin des canailles pauvres, les canailles pauvres peuvent faire leur prix." 


"...Car ainsi en est-il : ce que nous possédons, nous ne l'estimons pas à sa valeur tant que nous en jouissons, mais qu'il manque ou se perde, alors nous en grossissons le prix, alors nous lui trouvons des mérites que sa possession ne nous avait pas fait voir tant qu'il était nôtre." 

"... ne vous moquez pas de mes contradictions: car l'homme est un être inconstant."


"C'est le métier de tout homme de parler de patience à ceux qui se tordent sous le poids de la souffrance; mais nul n'a la vertu ni le pouvoir d'être si moral, quand il endure lui-même la pareille."



"Le talent se dénonce par cela même qu'il dissimule ses perfections."

"L'amitié est constante en toute chose, excepté dans les intérêts et les affaires d'amour."

"... avant de narguer les autres à coups de vieilles formules, faites votre examen de conscience."