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lundi 27 mai 2024

Les frères Lehman ★★★★★ de Stefano Massini

Quel livre, quel pavé !
Quel souffle !
Immense moment de lecture, immense bouquin. Grandiose ! Le travail de l'écrivain est remarquable. Il fallait oser cette écriture en vers libres, non dénuée d'humour sur un sujet plutôt ardu - c'est mon.avis ;-) - qu'est la finance.

Une rencontre hors norme avec cette famille qui a baigné dans les chiffres - l'auteur en relate les débuts, les choix, les doutes, l'ascension, les difficultés qui ont parsemés les chemins empruntés par les Lehman se succédant les uns les autres à la tête de leur empire au fil des décennies.

Ravie de ce moment de lecture, j'en suis sortie instruite, avisée, amusée, abasourdie... Il y a comme un sentiment de satisfaction à avoir tourné la dernière page de cet opus, clairement accessible malgré cette structure en vers libre mais néanmoins, dense et volubile.

Un livre qui rejoint la pile des gros gros pavés qui sonnent un peu comme des défis - Confiteor en occupe la première place pour le moment ;-)

Je recommande vivement !

« Vue de près
en ce froid matin de septembre
observée sans bouger
tel un poteau télégraphique
sur le quai number four du port de New York
l'Amérique avait surtout des airs de carillon :
une fenêtre s'ouvrait ?
une autre se refermait
une charrette virait à un coin de rue ?
une autre apparaissait plus loin
un client quittait une table ?
un autre s'asseyait,
« comme si tout était préparé », pensa-t-il 
et, un instant,
- dans cette tête qui brûlait de la voir depuis des mois - 
l'Amérique
la vraie Amérique
ne fut ni plus ni moins qu'un cirque de puces
en rien imposante
plutôt drôle.
Amusante.»

« À droite, en bas et à l'intérieur du comptoir
étoffes enroulées
étoffes brutes
étoffes enveloppées
étoffes repliées
tissus
linge
chiffons
laine
jute
chanvre
coton.
Coton.
Surtout du coton
ici
dans cette rue ensoleillée de Montgomery, Alabama,
où tout - c'est connu - tient
repose,
sur le coton.
Coton
coton
de toutes sortes et qualités : 
le seersucker 
le chintz
la toile à drapeaux
le beaverteen
le doeskin qui ressemble au daim
et pour terminer 
le dénommé denim 
cette futaine robuste, 
tissu de travail, 
- « il ne se déchire pas ! » -
est arrivée d'Italie en Amérique
- « il ne se déchire pas ! » -
ce bleu à chaîne blanche
que les marins de Gênes emploient pour emballer les voiles
le dénommé blu di Genova
en français bleu de Gênes
déformé et devenu en anglais blue-jeans:
il faut le voir pour le croire :
il ne se déchire pas.
Baroukh HaShem! pour le coton blue-jeans des Italiens.
»

«  Dommage qu'il n'y ait rien de plus dérangeant
pour un Cerveau
que le sort ingrat de tomber amoureux :
il est bien connu en effet
que de tout ce qui se meut au monde l'amour
est ce qu'il y a de moins cérébral. »

« HANOUKKA

Baroukh ata Adonai 
Elohènou mélekh haolam 
acher kidéchanou bemitsotav 
vetsivanou lehadlick nère 
chèl Hanoukka*

C'est le soir de Hanoukka 
le moment où Henry allume la septième bougie 
debout derrière la table 
avec toute la famille 
Baroukh HaShem ! 
C'est le soir de Hanoukka 
avant d'ouvrir les cadeaux 
quand à la porte des Lehman 
on frappe si fort que tout semble s'écrouler. 
On n'a jamais vu Crâne-rond Deggoo aussi agité 
privé de son chapeau de paille 
il tremble, pleure, crie :
« God bless you, Mister Lehman : le feu ! 
Aux plantations, le feu ! »
* Bénédiction pour l'allumage des bougies (fête de Hanoukka) : Béni sois-Tu, Éternel notre Dieu. Roi du monde, qui nous a sanctifiés par Tes commandements et nous a ordonné d'allumer la lumière de Hanoukka.  »

« CHERS FILS, S'ENRICHIR N'EST PAS UN COMMERCE, 
C'EST UNE SCIENCE. SOYEZ RUSÉS, MAIS ÉGALEMENT
PRUDENTS,
VOTRE DÉVOUÉ PÈRE. »


« « Si vous ne vendez plus, à quoi vous sert un magasin ? »
« En réalité, nous vendons encore, Mister Newgass. »
« Que vendez-vous ? »
«Nous vendons du coton 
Mister Newgass. »
« Le coton n'est-il pas du tissu ? »
« Quand nous le vendons... il n'en est pas encore 
Mister Newgass. »
« Et si ce n'est pas du tissu, qui vous l'achète ? »
« Ceux qui le transformeront en tissu 
Mister Newgass.
Nous sommes au milieu, voilà.
Nous sommes au milieu, Mister Newgass. »
« Qu'est-ce donc que ce métier, 
être au milieu ? »
« Un métier qui n'existe pas encore,
Mister Newgass :
nous l'avons inventé nous-mêmes. »
« Baroukh Hashem !
Personne ne vit d'un métier qui n'existe pas ! » 
« Nous si, les Lehman Brothers.
Notre métier est celui de... »
« Allez, quoi ? »
« C'est un mot inventé :
nous sommes des intermédiaires, voilà. »
« Ah! Et pourquoi devrais-je donner ma fille à 
"intermédiaire" ? »
« Parce que nous gagnons de l'argent,
Mister Newgass!
Ou mieux nous en gagnerons. 
Je le jure : ayez confiance en moi. » »



« Mayer vit à Montgomery, 
où le coton est chez lui. 
Emanuel habite New York 
où le coton se mue en billets de banque. 
Mayer vit à Montgomery 
au milieu des plantations du Sud. 
Quand il parcourt la grand-rue en voiture 
les Noirs se décoiffent par respect. 
Emanuel vit à New York, 
et quand il traverse Manhattan en voiture personne ne se décoiffe
car New York compte des centaines d'hommes comme lui.
Malgré tout, Emanuel a le sentiment d'être l'unique
le plus grand
et il n'y a rien de plus dangereux qu'un bras 
qui a l'impression d'être grand : 
un cerveau dans le pire des cas pense en grand 
hélas, un bras agit.  »

« Il avait une épouse. 
Un siège à Montgomery.
Un bureau à New York.
Des liasses de billets de banque au coffre
24 fournisseurs de coton au Sud.
51 acheteurs au Nord
le tout saupoudré d'un glaçage sucré.
Bercé par ces pensées
il sombrait avec sérénité
dans le sommeil
quand le temps d'une fraction de seconde
un vent glacial
lui caressa l'oreille : 
une seule chose au monde
risquait de tout détruire,
une guerre
entre le Nord et le Sud.
Mais ce n'était qu'une mauvaise pensée,
une de ces pensées qui vous caressent l'oreille au moment de
vous endormir.
Il l'enferma dans un tiroir
et
s'abandonna tranquillement
au sommeil. »

« Depuis que les Nordistes ont gagné la guerre le sucre est un marché plat.
Plus d'esclaves
plus de travail
plus de marchandises
plus de gains :
plus de douceur
mais de l'amertume.

De fait on ne vend plus de sucre,
on investit dans le café.
Plus lucratif.

Le problème, c'est que le sucre se voyait, comme le coton. 
Pas le café. Il pousse au Mexique, au Nicaragua.
Pour ne pas dire plus loin, au Brésil.
Il se peut qu'il y ait encore là-bas des gens
à qui briser le dos
alors qu'ici une fois les esclaves libérés
tout le monde exige un salaire.

Le café est donc intéressant.
On l'achète, on l'embarque dans des bateaux
on le débarque partout,
prêt à être vendu
par ceux qui savent en augmenter le prix
réduire les coûts du transport
s'occuper des fournisseurs.
Bref, par ceux qui par profession
aiment négocier. »

« Ce n'était pas tout. 
Emanuel Lehman 
ne pouvait qu'estimer enthousiasmant 
le fait que, pour donner du pain au grand repas de l'industrie, 
tous ces gens 
venus de toutes parts 
grattaient l'intestin de la Terre 
et lui volaient rien de moins que de l'énergie. De l'énergie pure. »

«  du matin jusqu'au soir
sans interruption
car ce qu'il y a d'exceptionnel 
- du moins aux yeux de Mayer -
c'est que là, à Wall Street,
il n'y a ni fer
ni tissu
ni pétrole
ni charbon
il n'y a rien
et pourtant
tout est là
jeté
parmi des montagnes
des avalanches
de mots :
bouches ouvertes
qui soufflent soufflent soufflent de l'air
et parlent
et disent
et négocient
et crient
du matin jusqu'au soir
sans interruption
et
dehors
devant ce temple de mots
Solomon Paprinski
à partir d'aujourd'hui
effectuera son exercice
tous les jours
debout sur le fil.»

« Cher Sigmund, dans les affaires
dire "confiance"
équivaut à dire "force"
car
personne au monde
ne confie son argent
à un tiroir
à la serrure cassée.
Le mécanisme est identique
il n'y a pas de différence :
à chaque instant
le système financier
détermine dans quel tiroir
son argent sera le plus en sécurité
et pour ce faire
examine les serrures
la résistance du bois
la forme de la clef surtout 
demande partout 
impitoyablement 
quelle a été au fil du temps 
la réputation de l'écrin. 

« Bien sûr, mon oncle : j'ai compris. 
C'est très clair et je vous en remercie. »

« J'insiste, Sigmund : la confiance est force voilà pourquoi il faut la défendre bec et ongles. »

« Bec et ongles, mon cher oncle, naturellement. »

Oui. Bec et ongles. 
Telle est la raison pour laquelle, 
a ajouté Mayer, 
Wall Street
évoque un marché aux poissons : 
chacun crie les mérites de son étal 
chacun s'égosille pour vendre ses thons 
chacun vante ses rougets 
chacun méprise les dorades d'autrui 
et il suffit d'une caisse de sargues 
placée à moitié prix
pour changer à l'improviste inexplicablement le destin commercial du hareng ou de la perche.

« Je vois très bien tout le tableau, mon cher père :
je suis prêt à accomplir mon devoir. »

« Ton devoir consiste à esquiver les couteaux »
a conclu son cousin Philip 
juste avant de tourner au coin de la rue. 
« Résumons-nous :
il n'y a qu'une seule règle pour survivre à Wall Street et elle consiste à ne pas succomber 
ce qui signifie 
que le financier ne doit pas 
lâcher prise un instant: 
qui s'arrête est perdu 
qui reprend son souffle est mort qui s'installe est piétiné 
qui réfléchit peut le regretter amèrement 
et donc courage, cher Sigmund :

chaque banquier est un guerrier 
et ceci est le champ de bataille.
Je suis sûr que tu seras à la hauteur.
Dans le cas contraire, n'oublie pas :
le rire hystérique
est préférable aux pleurs
et le bavard l'emporte sur le bégayeur.
En gros
on ne se trompe jamais en exagérant.
Si quelque chose tourne mal,
ne dis pas que tu es un Lehman
et vice versa
si tout se passe bien 
martèle-le pour qu'on l'entende. [...] »»

« Jamais au grand jamais
Sigmund n'aurait imaginé 
qu'il existait sur la planète Terre 
un endroit 
où les mathématiques 
se muaient en religion
et où ses rites 
chantés tout haut 
n'étaient que des refrains numériques.

Le première conversation qu'il perçut, 
entre deux énergumènes barbus 
fut en effet la suivante :
« Salut, Charles. »
« Bonjour, Golfaden. »
« Tu appliques le 12,70 ? »
« 14,10 ! »
« Net ? »
« Avec 3 et demi de frais. »
« 11,10 par combien ? »
« 91 ou tout au plus 94. »
« Tu as fait une hausse de 2%. »
« Après que j'avais baissé de 4. »
« Moi je t'applique le 12,45. »
« Si tu y arrives. »
« Avec toi on ne peut pas discuter. »
« Dans ce cas au revoir. »»

« Obligations ?
Inventions modernes. »

« Charles Dow
s'est présenté
pour interviewer
les présidents émérites.
Philip s'est assis
au fond de la salle et a écouté sans broncher.
Mais à la question :
« Si la banque était une boulangerie quelle serait la farine ? »
Emanuel a répondu :
« Les trains ! »
Mayer :
« Le tabac ! »
De nouveau Emanuel:
« Le charbon ! »
Et Mayer :
« Autrefois le coton ! »

Alors
Philip
a pris la parole
et commenté l'Écriture
comme un gamin à sa bar-mitsvah pour être accueilli, au Temple, parmi les adultes : 
« Cher monsieur Dow
la farine de votre question
n'est
ni le commerce
ni le café
ni le charbon
ni le fer des rails :
ni mon père ni mon oncle ici présents
ne craignent de vous dire que nous sommes commerçants
d'argent.
Les gens normaux, voyez-vous, 
n'utilisent l'argent que pour acheter. 
Mais ceux qui - comme nous - possèdent une banque
utilisent l'argent 
pour acheter de l'argent 
pour vendre de l'argent 
pour prêter de l'argent 
pour changer de l'argent 
et c'est avec tout cela 
que 
croyez-moi 
nous pétrissons notre pain. » »

« Le mécanisme est simple :
une banque ayant un débiteur 
vend ce crédit à une autre mettons
qui l'achète à un prix inférieur. 
« En d'autres termes » a expliqué Philip à son père 
« si vous me devez 10 dollars 
et que je crains que vous ne me remboursiez pas 
je peux transmettre cette dette à un autre 
qui, évidemment, ne me versera pas 10, mais 8 dollars : 
pour moi c'est une affaire car j'encaisse au moins 8 sur 10 
pour lui c'est une double affaire 
parce qu'il a certes dépensé 8 tout de suite, 
mais quand vous le paierez vous lui en donnerez 10 
et il en gagnera 2 sans rien faire. 
Multipliez, mon cher père, par cent débiteurs
ce sont 200 dollars que la banque empoche.
Nous pourrions même hasarder 
que la haute finance espère 
que les gens ne paient pas leurs dettes : 
un prêt sans problème est certes une bonne affaire, 
mais une dette cédée à un tiers 
est une occasion exceptionnelle. 
Mon invention vous plaît-elle ? » »

« Le petit connaît les races 
il distingue un barbe d'un écossais
un arabe d'un pur-sang 
il connaît la valeur de l'un
et la valeur de l'autre.
Car ici à New York
depuis que le nouveau siècle a commencé
le mot d'ordre est valeur.
Tout
a un prix
toute chose a une cotation.
Tout à New York
porte une étiquette 
comme les chaussures dans les vitrines
comme les fruits sur les étals
mais le frisson
le vrai frisson
réside dans le fait que
ce prix
peut
doit
toujours
se transformer
changer
changer
changer. »


« Donnez-moi mon argent. 
Quel argent ?
Il n'y a pas d'argent.
L'argent, c'est un fantôme.
L'argent, ce sont des chiffres.
L'argent, c'est de l'air. »


« La peur des autres.
Se répand partout.
Dans la banque en particulier 
songe Harold en regardant l'enseigne : 
les autres sont si présents chez nous 
que nous les portons même dans notre nom 
LEHMAN BROTHERS. »

Quatrième de couverture

11 septembre 1844, apparition. Heyum Lehmann arrive de Rimpar, Bavière, à New York. Il a perdu 8 kilos en 45 jours de traversée. Il fait venir ses deux frères pour travailler avec lui.

15 septembre 2008, disparition. La banque Lehman Brothers fait faillite. Elle a vendu au monde coton, charbon, café, acier, pétrole, armes, tabac, télévisions, ordinateurs et illusions, pendant plus de 150 ans.

Comment passe-t-on du sens du commerce à l'insensé de la finance ? Comment des pères inventent-ils un métier qu'aucun enfant ne peut comprendre ni rêver d'exercer ?

Grandeur et décadence, les Heureux et les Damnés, comment raconter ce qui est arrivé ? Non seulement par les chiffres, mais par l'esprit et la lettre ?

Par le récit détaillé de l'épopée familiale, économique et biblique. Par la répétition poétique, par la litanie prophétique, par l'humour toujours.

Par une histoire de l'Amérique, au galop comme un cheval fou dans les crises et les guerres fratricides.

Éditions Globe,  septembre 2018
838 pages
Traduit de l'italien par Nathalie Bauer
Prix Médicis Essai 2018
Prix du meilleur livre étranger 2018

lundi 2 janvier 2023

Isadora ★★★★☆ d'Amelia Gray

Étrange, complexe et singulière lecture. 
Portrait d'une danseuse américaine du début du XXème siècle, une danseuse aux pieds nus, une artiste en avance sur son temps et une mère meurtrie par la mort de ses enfants qui doit faire face à la douleur, se reconstruire, continuer, se libérer en dansant « Danser, c’est exprimer sa vie intérieure »
Amelia Gray nous donne à voir, avec humour (noir) et poésie, l'histoire fascinante de cette femme. En analysant profondément la psychologie de l'artiste et de la coterie qui l'entourent (mari, soeur, beau-frère, mère, amant...), elle densifie incroyablement cette biographie. Je découvre une auteure qui a une imagination débordante et qui m'a donné du fil à retordre ! La prose est grandiose, la langue très belle, mais la lecture a été fastidieuse pour moi. Je ne regrette pourtant pas cette lecture transpercée par de belles et fortes émotions, et me réjouis d'avoir été au bout ;-).
Pour les amoureux de la grande littérature.
Vous l'avez lu ? Vous connaissez cette auteure ?

« Avril 1913: le monde goûte à la prospérité des temps modernes. Alors que la Grande Guerre éclatera dans quelques mois, l'Europe vibre d'inventions, d'art et de changements sociétaux. Sans se douter qu'un conflit mondial l'attend au tournant, la classe moyenne grandissante savoure un sentiment de paix, de prospérité et d'optimisme.

Isadora Duncan s'est placée au cœur même de tout cela. Née en Californie, elle a convaincu sa mère, ses deux frères et sa sœur de la rejoindre sur le Vieux Continent: nous sommes en 1899, à l'aube du xx siècle, et elle a vingt-deux ans. Les Duncan s'installent à Londres l'année où le RMS Oceanic fait son voyage inaugural et où Marconi réussit la première liaison radio transmanche.

À une époque où les danseuses se ceignent de corsets et le public la précision rigoriste du ballet, Isadora consacre le travail de toute une vie à une théorie de la danse soutenant que, si l'idéal de beauté est à trouver dans la nature, alors le danseur idéal doit se mouvoir naturellement. À vingt-six ans, elle donne à Berlin une conférence intitulée «La danse de demain », qui tourne en dérision les muscles et les os déformés» des plus grands danseurs de ballet du monde et dénonce la tragédie de la restriction des corps alors inhérente au genre. Elle exhorte son public grandissant à s'intéresser à l'art et aux idées des Grecs, dont la théorie des formes de Platon, qui conforte l'idée selon laquelle l'art doit aspirer à l'émulation de la nature. Les danses d'Isadora, simples valses et mazurkas à première vue, cherchent par l'aisance de leurs mouvements à saisir l'expression vitale et viscérale de la beauté dans sa forme la plus pure.

Ravie de l'intérêt lui que porte la presse à sensation, Isadora connaît un succès fulgurant et se sert de sa réputation pour accéder à la gloire. Bannie de certains théâtres parce qu'elle se produit en tunique et pieds nus, elle trouve, grâce à son talent intuitif et novateur, un premier public à Vienne, Paris, Londres, Moscou et New York.

Sa vie sentimentale tout aussi prolifique fait jaser la bonne société. En 1906, elle donne naissance à Deirdre, dont le père est Gordon Craig, un metteur en scène et scénographe qu'elle appelle Ted. Quatre ans plus tard naît Patrick, le fils de Paris Singer. Capitaliste invétéré, Paris jouit de la fortune accumulée par son père, inventeur de la machine à coudre, tout autant qu'il est hanté par le succès de ce dernier, que lui rappellent sans cesse les vitrines du monde moderne faisant partout la réclame des neuf cents points par minute. Paris offre à Isadora la possibilité de faire coïncider l'ambition de ses idées et la réalité de ses finances, et malgré des disputes explosives, dans les années qui suivent la naissance de Patrick, le couple est heureux. 
Au début du xx siècle, Paris et Isadora parcourent l'Europe avec les enfants. Isadora travaille sans relâche, donne spectacles et conférences, organise des fêtes qui durent des semaines. Avec Elizabeth, sa soeur à l'infinie patience, elle crée ses premières écoles, pour enseigner à une génération de danseuses le genre de mouvement naturel qui deviendra bientôt la danse moderne. Et c'est ainsi que la famille s'attelle à la difficile tâche de bâtir un mouvement artistique.

Avril 1913: Isadora Duncan est à l'apogée de son pouvoir. Elle se trouve à l'aube d'un grand bouleversement, tant dans son existence personnelle que dans le monde. Une énergie enfle autour d'elle, qui la fascine et imprègne son travail. Isadora augure que de cette énergie naîtra une révolution artistique et qu'elle-même se trouvera à l'avant-garde d'une époque consacrée au sublime.
Malheureusement, elle se trompe. »

« Qu'est-ce que l'amour sinon des griffes et des regards en arrière? Otant les peluches du carré de dentelle à son cou, la fillette lisse avec un peu de salive la rose de coton accrochée à son cour Chaussettes blanches et chaussures souples, manches purilles à des cloches de plongeur. Le tailleur avait béni cette robe et lui avait souhaité le meilleur en cousant son nom dans les ourlets : Deirdre, toujours sérieuse et qui se tient bien quand parlent les adultes. »

« Tu dois l'imaginer même si je suis sûre que tu préférerais t'y soustraire, et je dois te le décrire même si je préférerais de toute évidence oublier. C'est là le devoir des vivants, le sort jeté à ceux qui doivent poursuivre leur route tandis que les morts ont trouvé le repos. Tu devrais aller t'asseoir dans un endroit calme des coulisses, peut-être près du cagibi où tu caches le gin. »

« Un cri pénétrant jailli de mes entrailles s'est répandu brusquement vers les murs et le sol. Il formait une résidence sonore qui résonnait dans l'écale vide de mon corps, mes côtes telle une toile d'araignée en lambeau tendue sur ma colonne vertébrale, berceau affaissé pour mon cœur en charpie. »

« Bien sûr, ils ont un problème d'inondation. Une fois qu'Étienne à l'œil jaune a eu fini de nous adresser, entre deux rots, ses condoléances élémentaires, tout en jouant avec la chaîne de la pendule à coucou de son bureau pour en rééquilibrer les poids, j'aurais dû appeler la voiture, laisser diverses excuses sur un bout de papier et me faufiler dehors par la petite porte, les yeux fixés devant moi, d'une manière à peine visible, tout en giflant les enfants pour ramener de la couleur à leurs joues. Mais le devoir est un piège efficace, auquel il est difficile d'échapper dans les meilleures conditions, aussi nous trouvons-nous tous les trois confinés par la mort dans un sous-sol mal éclairé, tandis qu'en haut ils s'occupent de toilettes bouchées. Une coulée d'égouts pestilentielle traverse le hall en marbre, jusqu'au tissu dont on a recouvert la table où gisent les enfants. L'eau noire imprègne bientôt le linge, encore cette matière liquide qui vient faire des ravages pour nous rappeler son pouvoir. »

« J'ai bâti mon monde sur l'impression que j'avais d'être portée en avant sur mes orteils, rassemblant dans mes bras ouverts la vie côtière telle une moisson pour la libérer ensuite, sans songer un seul instant à tempérer cela par l'idée que cette énergie pourrait s'éteindre. »

« Paris découvrit que la culpabilité était une émotion robuste. Elle pouvait se conserver des années dans le climat tempéré de la mémoire, rangée comme un bon fromage parmi les meules moisies de l'amour et de la peur. La culpabilité élabore un récit: la vieille femme pose sa fourchette pour songer à une fille qu'elle a évitée sur le chemin de l'école. L'homme marque une pause sur le seuil de sa maison pour se souvenir d'un chien qu'il a torturé vingt ans plus tôt avec un pétard. La culpabilité conçoit son propre châtiment: la femme achète des rubans aux enfants qu'elle croise dans le parc, mais ils la fuient en hurlant; l'homme nourrit un chien bâtard sur un terrain vague avec du riz et du lait, essuie la gale souillée autour de ses babines, accroupi pour tenter de saisir une expression dans son regard. Mais la culpabilité n'est pas une chose logique, une série de poids et de contrepoids à équilibrer. C'est un manège précaire, où sont sculptés à la main tous les choix que celui qui l'emprunte aurait pu faire. Ici, Paris insiste pour qu'ils fassent le chemin à pied ; là, il vérifie les freins ; ici, il envoie leur mère au lieu de la gouvernante; là, c'est lui-même qui  y va. Les anneaux d'or lui échappent des mains. Sa vie entière, il cherchera à les atteindre. »

« Au chevet d'Isadora à Corfou, où la maladie, joviale, menace de la faire chavirer

Si j'avais eu tort tout ce temps et qu'il existe bien une vie après la mort, je peux divertir l'équipe céleste des heures durant en leur décrivant dans le moindre détail cette chambre de quatre sous. Un mobilier tristounet entoure le lit, et même si l'hôtelier a fait grand cas de la salle de bains privée, j'aimerais autant prendre mon bain devant tout le monde si cela peut me donner des témoins pour les araignées. La salle de bains n'est équipée que d'une seule fenêtre hublot, à peine assez grande pour que je puisse y passer le bras. Dehors, les goélands plongent en diagonale vers l'abîme et en remontent avec des bouts de poisson ensorcelé.
Peut-être suis-je en convalescence en enfer, dans un cercle de la souffrance où les damnés battent les tapis avec des raquettes de tennis et poussent des chariots de bois par les chemins pavés tandis que geint inlassablement une insignifiante sirène, et à l'instant où cela me devient insupportable, la sirène s'éteint en un gémissement déçu et le ferry baisse sa passerelle pour le débarquement des passagers. Le charme de ce port s'est tari moins d'une heure après notre arrivée et à présent, au bout d'un mois, j'aimerais autant être roulée en boule dans une eau fangeuse au fond d'un puits. »

« Max se surprit à penser souvent à Elizabeth, et lors- qu'il fut temps de quitter le foyer familial, il envisagea de se faire engager dans son école. Cette première soirée ouvrit aussi la voie à leur relation amoureuse, qu'il avait toujours appréciée car elle avait pour fondations des idées communes. Il avait su tout de suite que les conversations avec Elizabeth lui offriraient une plus grande connaissance du monde que ce qu'il obtiendrait assis aux pieds d'un penseur célèbre. Les idées d'Elizabeth étaient pour lui très claires, très faciles à interpréter. Si elle parlait d'un paysage, il en comprenait la nature par la description simple qu'elle en faisait; elle évoquait toute l'existence à l'avenant, qu'elle songeât au dîner ou se livrât à un plaidoyer sur la nécessité de l'affection physique. Elle vivait dans le monde comme une invitée familière. Max trouvait dans la vie d'Elizabeth une logique à la sienne. Et c'est ainsi qu'il tomba amoureux. »

« Nous nous retrouvâmes à essayer de nous immiscer dans une communauté soudée où tous attendaient des autres qu'ils leur donnent la réplique, prêts à humilier quiconque osait sortir du rang. Le changement exigeait du courage, et le courage, visiblement, exigeait du changement. »

« Son sexe s'enchâsse parfaitement entre mon pouce et mon index. Je me demande pourquoi on n'a pas pris l'initiative de mesurer la valeur de chaque homme à sa longueur, puis d'accrocher le résultat à son col avec son groupe sanguin et ses plus grandes peurs. »

« C'était une saison particulièrement bonne pour la danse, et on sentait en ville que si les choses continuaient ainsi, nous finirions peut-être l'année par d'incalculables progrès dans les domaines de l'art et de la science, progrès qui nous projetteraient dans l'ère de la dignité humaine et de l'amour. Je me produisais au centre de la grande salle de la Gaîté-Lyrique, le public debout autour de moi. D'immenses fenêtres ouvraient sur la neige, et l'étoile de boussole gravée dans le bois me donnait l'impression de danser sur une carte du monde.
Je dansais sans doute sur du Chopin, car à l'époque il n'y en avait que pour Chopin. Avant que le pianiste ne se lançât, j'aimais rester debout une minute en silence, afin de m'imprégner de mon public et de respirer avec lui. J'espérais que tous auraient le sentiment que j'improvisais spécialement pour eux, alors que j'avais en réalité pratiqué chaque mouvement en séquence pendant des semaines, même ma façon d'aller me mettre en position et l'aisance avec laquelle je demandais au pianiste un certain mouvement ou une certaine cadence.
L'impression de spontanéité finit d'ailleurs par faire bien son œuvre, de sorte que je me sentis peu à peu trop obligée de prouver ma propre maîtrise, ce qui fit perdre à toute l'entreprise une partie de sa magie, mais ce fut bien après cet hiver de 1909, où la magie était présente à profusion. »

« Les fleurs étaient si fraîches que la vie semblait encore pulser en elles, leur impudeur conférait à la pièce une teinte franchement sexuelle. J'ouvris enfin la porte en grand et Paris Singer m'apparut dans toute sa splendeur, colonne faite homme - quiconque n'est jamais tombé amoureux d'une colonne de pierre n'a pas passé assez de temps en leur compagnie. »

« Paris, fils d'Isaac, descendu du mythe, à la barre de la fortune de son père, Isaac Singer, lequel avait légué à ses enfants un si opulent banquet que ceux-ci ne pouvaient qu'espérer trouver l'énergie requise pour en consommer une tranche minuscule. Ils étaient contraints de sourire vaillamment lors des soirées, tandis les que gens regardaient autour d'eux comme si Isaac en personne écoutait la conversation. Les femmes racontaient à Paris leurs rêves dans lesquels son père se présentait au pied de leur lit, entre deux rangs de machines à coudre, inventeur nimbé de poudre d'or, et leur faisait violemment l'amour dans des kilomètres de pantalons à ourlets. »

« Maintenant que l'un et l'autre sont enfin partis, le calme du matin revient. J'ai devant moi de douces heures de contemplation pour constater que le chagrin présente des contours parfaits en tant qu'aventure intime et que la mélancolie peut s'interpréter devant un public ; le chagrin véritable, en revanche, mérite qu'on le protège et qu'on le choie. Le chagrin est le seul espoir de la pauvre âme qui se débat dans l'eau, la seule pierre que le corps peut porter et qui sera peut-être assez lourde pour le couler. »

« Les hommes ne méprisent rien tant que leur propre confort et détestent les femmes qui, dans leur vie, le leur offrent. Ils attendent de leur épouse la sécurité et  des autres femmes le danger, sans se rendre compte que toutes risquent la mort à fréquenter des inconnus et passent donc leur vie à tenir ces menaces à distance, une tasse qui ne doit jamais se renverser sur les hommes qu'elles aiment, lesquels pendant ce temps les détestent pour ce qu'elles feignent d'être. La maternité est une situation encore plus sombre, car la mère laisse grandir dans son corps l'architecte de sa propre fin ; l'enfant qui ne la tue pas en couches lui brisera plus tard le cœur. Les hommes, eux, doivent se fabriquer le genre de danger qui se présente sans relâche aux femmes. »

« C'était perturbant de se dire que l'art, tout comme l'invention, pouvait être transformé et dépasser ce pour quoi il avait été créé, simplement en continuant d'exister. Bien sûr, une toile pouvait être détruite, mais le dommage psychique d'un changement de régime politique sur une œuvre d'art pouvait être plus dévastateur encore. Il s'imagina les machines à coudre de sa famille créant les uniformes de compagnies entières de soldats en guerre, les coutures parfaites des drapeaux ennemis. »

« Les voyages permettent de se complaire dans le narcissisme le plus pur. La petite chèvre sur le rivage m'a rappelé la Californie, les dômes vitrés de l'hôtel deux autres que j'avais vus à Moscou. Je n'avais jamais vu de porte aussi étrange, si bien qu'aussitôt elle devient pour moi le symbole de Constantinople, de toute la Turquie, et l'expérience ne sert qu'à aplatir un peu plus le monde. C'est une pratique honteuse, mais la plupart des touristes s'y adonnent, font en sorte que le monde se rapporte à eux et non le contraire, et ainsi nous évitons la peine de nous fondre dans quoi que ce soit de nouveau. »

« Depuis très jeune, Paris était si naturellement fait pour profiter de la largesse de son père qu'il en était venu à attendre les mêmes cadeaux du monde. En ce sens, il devint un membre de la classe des consommateurs, même s'il combattait amèrement cet honneur.

Lorsque Isadora se présenta dans sa vie, il saisit sa chance de servir de canal pour son travail. Il s'émerveillait de la voir produire et consommer en très grande quantité et en circuit fermé, traversant au pas de course sa salle de répétition à sa dixième heure de pratique avec le même plaisir qu'elle consacrait aux interminables après-midi passés à lire de la poésie dans son bain. Elle demeurait trois jours entiers au lit et occupait le quatrième à rédiger assez de notes de conférence pour remplir une bassine. Elle n'était ni la rêveuse frivole à laquelle il s'était attendu, ni le miracle né de la terre génératrice qu'elle semblait vouloir être aux yeux de tous; elle était quelque chose de tout à fait autre et de tout à fait séduisant. Elle ne désirait que contrôler les limites de son corps - ce qui la distinguait on ne peut plus de Paris, qui voulait pour sa part contrôler la superficie de multiples propriétés –, mais dans son petit domaine à elle, elle était insatiable et sans compromis, de telle manière que, par comparai- son, Paris se sentait amateur et négligent. Même si elle appréciait toujours les fleurs qu'il lui portait, elle semblait hermétique aux louanges et aux sentiments, si bien qu'il se gardait de faire trop l'éloge de ses talents stupéfiants; il pouvait déposer des cadeaux à ses pieds, mais en cela il ne serait pas différent de ces autres qui se prosternaient devant elle, de ces faux amis qui attendaient dehors lors des obsèques, essayant de l'apercevoir pendant qu'elle entrait. Paris s'enorgueillissait de comprendre Isadora mieux que la plupart des gens ne le pourraient jamais. Elle travaillait à ressembler à une silhouette sur un vase, mais elle était plus essentielle que la silhouette ou le vase lui-même, ou même que le musée dans lequel il était exposé. Elle était une tour, une flèche, un clocher rutilant en cuivre forgé dans le feu et s'élevant par-dessus le chaos pour percer le ciel sans nuages. Il pouvait difficilement lui avouer tout cela et endurer ensuite une de ces semaines où il devrait la regarder se pavaner, mais c'était vrai et elle le savait. »

« Dans le puits de ténèbres autour de nous, des murmures s'élèvent. Je n'ose pas regarder. Ils desserrent les lanières de ma tunique et exposent mes seins. Ils me tripotent et me reniflent comme des chiots, leurs joues incroyablement froides se réchauffent à mon contact. Ils tètent dans un silence de glace pendant que, les rivés droit devant moi, au-delà du plafond, à travers la yeux charpente et le toit, je m'aperçois que je flotte, légère comme l'air, sans oser respirer pour ne pas les perdre à nouveau.  »

« Je leur ai appris à écouter le point qui pulse sous leurs côtes, à se déployer à partir de lui comme une bannière, je leur ai appris à courir et à bondir, à se changer en colonnes si parfaites qu'ils pourraient durer toujours. Je leur ai appris à consommer la beauté, à l'accueillir en eux et à fabriquer la danse que cette beauté leur avait offerte, un art qui n'existe que comme la beauté seule peut exister, en tant que la vie elle-même rassemblée dans un instant. Je leur ai appris tout cela, mais je ne leur ai jamais appris à nager. »

« Isadora parle

- Tous les hommes sont mes frères, toutes les femmes sont mes sœurs, et tous les petits enfants de la terre sont mes propres enfants. Quelle si fragile chose est l'art dans un monde où les enfants meurent? On m'a apporté mes bébés qui se tenaient main dans la main.
« Pour échapper aux griffes du fleuve, je dus le remercier pour ce qu'il me donnait et en demander encore. Alors qu'il semblait emporter la vie, il me donna tout de la vie. La mort m'enseigna qu'il n'y avait pas de malveillance dans un fleuve. Et donc j'appris, ainsi qu'apprend un enfant, un mot après l'autre: le monde ne nous enlève rien, il recèle seulement ce que nous remettons entre ses mains. À la mort des enfants, j'appris que tous les fleuves de la terre étaient mes enfants. »
« La vie est une bête glorieuse, la mer son œil de Léviathan. Je me montre mal en point face à vous, portant le monde comme un vêtement, j'ai combattu cet animal, mais à présent, je le chevauche. Je me serre contre lui autant que je peux, j'empoigne sa fourrure à la racine tandis qu'il court et je garde la tête haute, car la vie est une bête qui rue autant qu'elle peut pour écraser sa charge, l'unique but du voyage entraperçu çà et là le long du chemin. » »

« Elle croit que ses souffrances seront récompensées par la gloire, que la joie et la douleur trouveront un équilibre sur la balance de sa vie, mais elle se trompe. Le bonheur ne se gagne pas. Nous tombons dessus tels des ivrognes, avant de retrouver notre contenance et de poursuivre notre chemin en titubant, à la recherche du monde entier comme on danse. »

« Je me suis appuyée sur plusieurs ouvrages dans l'écriture de ce roman. En particulier, 1913: In Search of the World Before the Great War, de Charles Emmerson (non traduit en français), et Isadora : A Sensational Life, de Peter Kurth (non traduit en français). Mes remerciements tout particuliers à Mary Sano et à son Studio of Duncan Dancing à San Francisco, qui contribue à faire vivre la méthode d'Isadora avec beaucoup de sensibilité et de dévouement, et propose volontiers des leçons même aux plus empotées. »

Quatrième de couverture

Isadora Duncan est au sommet de sa carrière, quand, en 1913, ses deux enfants meurent à Paris dans un accident de voiture. Incapable de danser, et à la limite de la folie, elle entame alors un voyage en Méditerranée en quête d'une manière de se réinventer en tant que femme et en tant qu'artiste.

Avec ce roman biographique, féministe et psychologique d'une rare finesse, Amelia Gray dresse le portrait magistral de l'une des plus grandes artistes du xx siècle.

C'est flamboyant, c'est créatif, c'est cruel, terriblement ambitieux aussi, comme si l'écriture d'Amelia Gray collait parfaitement au rythme et aux mouvements de la danse d'Isadora.

Éditions de l'Ogre,  août 2022
570 pages
Traduit de l'américain par Nathalie Bru