« L’amour fou est une prison dont on ne veut pas s’évader. »
Tout est là.
Dans Un rêve d’amour, Catherine Hermary-Vieille ressuscite la passion incandescente de Marie d’Agoult et Franz Liszt, une histoire d’amour qui consume autant qu’elle élève. On s’y laisse prendre avec délice, comme dans un roman-salon où les cœurs battent au rythme des concerts, des lettres et des élans irrépressibles.
C’est un somptueux voyage dans le XIXᵉ siècle, traversé par les grandes figures de l’époque, Balzac, Chopin, Rossini, Mendelssohn, Lamartine, et par des lieux chargés d’histoire, de Vichy aux scènes européennes. La culture affleure à chaque page sans jamais alourdir le récit : elle nourrit la passion, lui donne chair, l’inscrit dans un monde en pleine effervescence artistique.
Ce roman raconte un amour absolu, exigeant, parfois étouffant, mais toujours vibrant. Une passion qui enferme autant qu’elle libère, et dont on comprend, page après page, qu’elle ne pouvait être vécue qu’au prix du renoncement.
Car à travers la passion de Marie d’Agoult et Franz Liszt, Un rêve d’amour ne raconte pas seulement un grand amour romantique : il met aussi en lumière la condition féminine au XIXᵉ siècle.
Marie aime, écrit, pense, mais elle doit surtout renoncer. À sa place sociale, à sa respectabilité, à sa liberté. L’amour, ici, est à la fois un élan et une assignation.
Catherine Hermary-Vieille décrit avec finesse cette tension : une femme brillante, cultivée, pourtant enfermée dans les limites que son époque impose. Face au génie masculin célébré, le sacrifice féminin apparaît comme une évidence silencieuse.
Un roman qui rappelle que les grandes histoires d’amour sont aussi, trop souvent, des histoires où les femmes disparaissent derrière le mythe.
Une lecture savoureuse, élégante, habitée, où l’amour devient destin, et le rêve, une nécessité.
J'ai adoré cette lecture ! Elle n'a pas été sans me rappeler Indiana de Georges Sand ou encore Les grandes oubliées de Titiou Lecocq.
« Mai 1835
Un départ définitif, une fuite, un vertige. Officiellement je rejoins ma mère pour quelques semaines en Suisse, en réalité je vais pour toujours lier ma vie à celle de Franz Liszt. Il a huit ans de moins que moi, c'est un pianiste de génie, il est beau, il m'aime. »
« Mes sens n'étaient pas éveillés encore, mais mon amour flambait sous ses mains d'artiste. »
« La passion est un envoûtement. On s'y soumet, on espère, on attend. »
« Paris m'a tout de suite enivré. Cette ville est le centre du monde pour les musiciens. Je suis l'ami de Mendelssohn, de Chopin, du violoniste Paganini. Chopin et moi avons ensemble joué un concerto pour deux pianos. Un grand moment. »
« Nous reprenons nos promenades, nos visites, lui ses concerts. Je lis beaucoup les philosophes grecs et latins qui m'obligent à voir plus loin que moi-même, à ne pas me perdre dans des rêveries. Je lis également Balzac, Sainte-Beuve, Alfred de Vigny, des ouvrages politiques aussi qui me font comprendre combien ma société est injuste. Franz n'ayant jamais été royaliste, nous avons de grandes discussions sur les différentes formes de gouvernement. Je me réfugie dans Montaigne.
Je revois mes quelques amis genevois, Adolphe Pictet surtout, des scientifiques et des journalistes qui écrivent des articles pour le journal de Genève. Je suis fière de pouvoir être une interlocutrice de valeur.
Franz me pousse à écrire, j'ai une belle plume et des idées intéressantes, affirme-t-il, pourquoi ne pas me prouver à moi-même qui je suis ? Mais qui suis-je en vérité ? Une aristocrate en rupture de ban, une femme ne vivant que pour l'homme qu'elle aime. »
« J'ai si peur de la solitude, d'être loin pour la première fois de Franz, je crains tout ! Les femmes surtout. Et je suis jalouse qu'il revoit sans moi des êtres que j'aime : Chopin, Lamartine, Vigny. Sera-t-il séduit par une autre que moi ? La passion est un vent qui emporte et efface, brise le cœur, elle est bonheur fou et inquiétude permanente.
Il part. Je ne vis plus que pour sa première lettre. Une lettre de lui. »
« L'amour fou est une prison dont on ne veut pas s'évader. »
« Tout le long de la route Franz garde ma main dans la sienne, le major marche d'un pas militaire, Puzzi vagabonde. Je regarde intensément mon amant, son visage parfait, son profil de médaille. Je serre fort sa main. Il lève les yeux vers moi. Comment donner un nom au bonheur ? »
« Dans mon coin je lis un livre de Schelling, philosophe allemand amoureux de la nature. J'aime la langue allemande, ma langue maternelle. Franz et moi la parlons souvent, même si nous privilégions le français. »
« Octobre à Paris. La plus belle saison. Les feuilles rougissent, le soleil se fait oblique et enveloppe de douceur cette ville que j'aime tant. Marie, qui a quitté Genève pleine d'appréhensions, est sereine. La société qui fut la sienne ne cherche aucunement à la revoir. Elle en est bannie et l'a accepté. Restent les artistes, les hommes politiques, et surtout mes propres amis, Balzac, Chopin, Meyerbeer, Rossini. Ils sont tous venus nous voir et apprécient Marie, sa grande culture, son amour pour les arts, l'attention qu'elle porte aux autres. Le fragile, le doux Chopin est séduit par sa grâce et lui a dédié une petite œuvre impromptue. »
« Depuis que Franz est mon amant cette jalousie a été omniprésente. On dit que la jalousie est la preuve d'un amour-propre excessif. Sans doute est-ce vrai mais c'est aussi et avant tout la terreur d'être comparé à quelqu'un d'autre. »
« Mon premier, mon grand amour fut une de mes élèves Caroline de Saint-Cricq. J'avais dix-sept ans, elle seize. Je la demandai en mariage. Mais son père comme toute réponse me mit à la porte et ne tarda pas à la marier. Caroline garde une place privilégiée dans mon cœur, celle d'un premier amour chaste et lumineux.
Les Pleyel organisèrent alors pour moi un concert à l'Opéra qui fut un immense succès. Mais plus rien, hormis Caroline, ne pouvait me redonner goût à la vie. À cette époque je pensais entrer au couvent.
La lecture me rendit la raison, Victor Hugo surtout, et une violoniste au tempérament ardent m'initia à la sensualité. Depuis je sais qu'hormis la musique, les femmes feront toujours partie de ma vie.
Mais les aristocrates qui me recevaient dans leurs luxueux salons me faisaient pitié, ils étaient, en particulier leurs femmes, prisonniers de leur orgueil et de leurs préjugés, prisonniers de leur milieu social. J'eus une très courte liaison avec une baronne mais la terreur d'être découverte la rendait inaccessible au plaisir.
Puis j'ai rencontré Marie. Une femme différente de ses consœurs de la haute aristocratie. Pas d'une rare beauté mais celle-ci fragile, lumineuse. Une grande culture et en même temps une retenue qui l'empêchait de s'imposer avec fatuité, comme tant d'autres n'ayant pas ses connaissances. Elle avait lu en grec Platon, Socrate, la plupart des philosophes anciens qui peut-être lui avaient procuré ce mépris du bavardage. »
« Comment envisager un avenir sans elle, avec deux enfants ? C'est impossible et je ne le veux pas. Nous trouverons un compromis.
J'y pense en me promenant dans les magnifiques jardins de la ville au milieu d'amandiers, de citronniers, de magnolias, de lauriers, de chèvrefeuilles. Je m'assieds sur un banc posé au pied de la statue de Dante et de Béatrice avant de rentrer à pas lents pour le déjeuner. Mon après-midi se passera devant mon piano. Nous dînons tôt et souvent voguons sur le lac jusqu'au coucher du soleil. Ces moments pourraient convenir à la définition du bonheur. Pourquoi ces mots de Dante me reviennent-ils en mémoire ? « Ce sont les Dante qui font les Béatrice, et la vraie Béatrice est morte à dix-huit ans. » »
« ADDENDUM
Liszt mourut à Bayreuth dans les bras de sa fille Cosima en 1886.
Trois années plus tôt Wagner décédait à Venise. Liszt avait assisté à ses obsèques célébrées à Bayreuth sous le rite luthérien.
Marie d'Agoult était morte dix années avant Franz en 1876.
Après la mort de Richard Wagner, Cosima vécut dans la plus profonde solitude avant de reprendre la direction du festival de Bayreuth. À quatre-vingts ans elle en laissa la responsabilité à son fils Siegfried.
Cosima mourut en 1930. Son corps repose à côté de celui de Wagner. »
Quatrième de couverture
La brève et intense passion entre Marie d'Agoult et Franz Liszt défraye la chronique des années 1830. Entre Paris, Venise, Milan, Florence, Genève et Nohant, telle Anna Karénine, Marie d'Agoult sacrifie tout pour vivre au grand jour une folle idylle avec Franz Liszt, l'un des grands génies musicaux de son époque. À l'évidence, la haute société ne voit pas d'un très bon œil cette femme trop libre pour son temps dont le salon accueille de nombreux républicains (Grévy, Carnot, Littré...) et qui soutient ouvertement la première femme à devenir bachelière en France, Julie-Victoire Daubié. Deux des enfants nées de cette liaison connaissent aussi des destins singuliers. Cosima Wagner crée bientôt le festival de Bayreuth, tandis que Blandine épouse et soutient l'un des hommes politiques les plus singuliers du XIX siècle, Émile Ollivier.
En évoquant cette histoire d'amour entre un musicien ambitieux et une aristocrate en rupture de ban, Catherine Hermary-Vieille nous entraîne dans le sillage des grands personnages de l'époque. George Sand évidemment, mais aussi Chopin, Blanqui, Sainte-Beuve, Balzac, Lamartine, Alexandre Dumas. Elle compose surtout un roman ardent et documenté sur une passion magnétique entre deux fortes personnalités. Un roman où dansent les grandes figures artistiques du XIX siècle, que l'auteur nous rend familières voire intimes.
Catherine Hermary-Vieille est une romancière et biographe française. Son premier roman, Le Grand Vizir de la nuit, remporte le Prix Femina en 1981. Elle excelle dans le genre du roman historique et ses livres rencontrent un franc succès.
Éditions Intervalles, août 2025
121 pages

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