mardi 12 mai 2026

Je suis Romane Monnier ★★☆☆☆ de Delphine De Vigan

J'avais très envie de découvrir , dont les thèmes autour de l'identité numérique et de la place du téléphone dans nos vies me parlaient beaucoup. Malheureusement, la rencontre ne s'est pas vraiment faite. J'ai compris l'intention du roman et les questions qu'il soulève, très ancrées dans notre époque, mais je suis restée à distance du récit et des personnages.

Il m'a manqué une émotion, une vibration, quelque chose qui me relie davantage à cette histoire. Une lecture en demi-teinte pour moi, même si je suis certaine qu'elle pourra trouver un écho chez d'autres lecteurs.

« Lorsqu'il pense à ces années, à l'évocation de telle période ou de tel surnom, Thomas finit toujours par sou-rire. La légende les enveloppe d'une sorte de halo qui adoucit les contrastes sans abîmer les contours. »

« La mémoire de l'objet est immense, il le sait.
Cet objet de sept centimètres sur quinze, qui pèse moins de trois cents grammes, contient une vie. Il recèle le plus poétique et le plus prosaïque. Le plus exposé et le plus intime. Il abrite des confidences, des souvenirs, des déclarations. Des espoirs et des déceptions. Une multitude de rendez-vous et de conversations dérisoires. Des QR codes et des numéros client. Des disputes, des contrariétés et des pensées oubliées. Des cartes de fidélité et des lettres de rupture.
Cet objet est le lieu de la connexion et du secret. Du rituel et du refuge. Des rêves et des regrets. »

« Aujourd'hui, quand il regarde un film dont le héros trépigne devant une cabine téléphonique, ou une scène dans laquelle un téléphone en bakélite sonne en vain dans une maison vide, il se demande comment Léo peut percevoir ces images, si elle les ressent. Pour lui, la situation convoque immédiatement des souvenirs, des sensations, pour elle, c'est juste la reconstitution fictive, voire folklorique, d'un passé qu'elle n'a pas connu. Assis sur le canapé à côté de sa fille, il s'est souvent demandé si Léo (ou n'importe lequel de ses amis) pouvait réellement imaginer ces moments, ces états. Si elle pouvait éprouver ce mélange de liberté, d'impuissance et de mystère ne pas pouvoir joindre quelqu'un, être injoignable hors de chez soi. »

« Pour une raison incompréhensible, une jeune femme qu'il ne connaît pas, qu'il n'avait jamais vue, lui a confié son empreinte numérique dans le vaste monde. C'est un océan, ou un labyrinthe, une énigme aux multiples inconnues, qu'il lui appartient de résoudre. Peut-être simple-ment l'énigme d'une vie. »

« Ce matin, une notification surgit sur son téléphone pour lui annoncer que son temps d'écran a considérablement diminué. Ce qui lui semble assez cocasse vu qu'il passe une à deux heures, chaque soir... sur un autre téléphone.

Délaissé, son appareil redouble de ruses et de subter-fuges pour attirer son attention: nouvelle alerte quant à la diminution de son activité physique, alerte aux écou-teurs déconnectés, mise à jour logicielle à effectuer, mul-tiplication des montages vidéo générés par l'application Photos sur fond de musique d'ascenseur. Car oui, depuis quelque temps, son téléphone l'invite régulièrement à la nostalgie : Léo au fil des ans, Voyage à Étretat, Le même jour il y a un an, Printemps 2021, À la plage, Réveillon de Noël, L'année en revue... Une véritable collection de souvenirs aux titres peu inspirés, que le smartphone produit sans qu'il n'ait rien demandé, comme si le passé devait être commémoré, comme s'il était nécessaire de se retourner à chaque étape, comme si tout pouvait se célébrer (y compris le dégât des eaux qui a détruit son plafond ou les obsèques d'un ami), comme s'il était facile de se voir vieillir, comme si la nostalgie ne pouvait pas démolir un homme. »

Quatrième de couverture

« Les gens ne comprennent pas. Ils pensent que j'exagère. Mais en fait, je cherche quelque chose qui a disparu. Quelque chose de pur, de limpide... qui n'existe plus. »

Qui est Romane Monnier ? D'elle, il ne reste qu'un téléphone portable. Des notes, des messages, des souvenirs, des enregistrements, autant de traces confiées à un inconnu, un samedi soir dans un bar.

Romancière, Delphine de Vigan a notamment publié Rien ne s'oppose à la nuit, D'après une histoire vraie (prix Renaudot et prix Goncourt des lycéens), Les gratitudes et Les enfants sont rois. Ses livres sont traduits dans le monde entier. 

Éditions Gallimard,  décembre 2025
334 pages 

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