mercredi 29 juin 2016

Toutes les choses de notre vie de Sok-Yong HWANG****

Editions Philippe Picquier, mars 2016
188 pages
Traduit du coréen par Choi Mikyung et Jean-Noël Juttet
Parution originale Natikeun Sesang, 2011

Résumé éditeur


Gros-Yeux a quatorze ans lorsqu’il arrive avec sa mère dans l’immense décharge à ciel ouvert de Séoul. Là vivent pas moins de deux mille foyers, dans des cahutes accrochées au flanc de la montagne d’ordures, en une société fortement hiérarchisée dont le moindre aspect – travail, vêtements, nourriture, logement – provient des rebuts du monde extérieur.
Gros-Yeux se lie d’amitié avec un garçon disgracié, un peu simple d’esprit, qui lui fait découvrir les anciens habitants du site, ou plutôt leurs esprits bienveillants, lorsque l’île de la décharge était encore une terre vouée aux cultures agricoles et aux cultes chamaniques. 
Car ce sont les êtres démunis, abandonnés des hommes, enfants, marginaux, infirmes, qui entretiennent la mémoire de ce qui n’est plus, l’étincelle du vivant là où tout se périme et se corrompt. Ils communiquent avec l’invisible, un monde où tout respire et vit ensemble.
Hwang Sok-yong ne donne pas de leçons, non, il donne à voir. Des images se lèvent et ne nous quittent plus. A l’opposé d’une logique marchande où les choses sont destinées à une rapide destruction, ces images nées du pouvoir des mots ne s’altèrent pas, continuent à briller dans notre imaginaire.

Mon avis ★★★★☆


Sujet dur, lecture douloureuse, empreinte malgré tout d'une très grande humanité.
L'auteur décrit dans Toutes les choses de notre vie le quotidien très précaire d'une population travaillant dans une décharge à ciel ouvrier, l’Île aux fleurs, un nom qui fait pourtant rêver.

Ce lieu n'a pourtant rien d'un rêve, les conditions de travail et d'hygiène y sont dures et effroyables, les habitations insalubres, l'atmosphère pestilentielle. Un cadre de vie misérable, peu enviable, qui use (a usé) de nombreuses familles exclues, mises au rebut. 

Cette décharge publique, située dans la banlieue de Séoul a fonctionné de 1978 à 1993. Ce lieu n'est plus une décharge aujourd'hui, nous l'apprenons dans la postface, il est devenu "une immense colline en forme de tombe, reconvertie en parc arboré où les familles aiment déambuler les dimanches ensoleillés."

L'auteur dénonce, au travers d'un récit très réaliste et sobre, les travers de la société coréenne contemporaine, une société devenue une société de consommation à outrance. La ville se développe et apporte de plus en plus de richesses et de conforts à ses habitants, en contre partie, les déchets s'accumulent. Les conséquences de ce développement industriel sur l'environnement, sur la société sont désastreuses. Le profit, toujours le profit, vive le capitalisme ... 

L'auteur évoque le mouvement Saemaeul, "Nouveau Village", mouvement lancé par le général Park Chung-hee en 1970 dans le but de moderniser l'économie rurale et d'améliorer les conditions de vie des campagnes, et qui n'a amené qu'à une destruction des terrains agricoles et à une précarité des agriculteurs.

L'auteur dénonce aussi le régime dictatorial, en évoquant les "camps de rééducation"nord-coréens, qui ne sont autres que des camps de concentration, dans lesquels les "indésirables", les prisonniers politiques sont enfermés et dont peu reviennent.

Cette décharge est pourtant le témoin d'une belle et forte amitié entre deux jeunes garçons "Gros -Yeux" et "le Pelé", qui découvrent les secrets insoupçonnés de cette décharge. 

"Plus tard, Gros-Yeux apprendrait du ferrailleur que ce pavillon avait été la maison de la chamane de l’Île aux Fleurs, et le vieux saule plusieurs fois centenaire, son arbre tutélaire. Le village ayant disparu, plus personne ne commandait de rites chamaniques, et la masure était tombée en ruine. gros-Yeux compris que cet endroit était un lieu encore plus génial que leur base à la tombée du jour. Du haut de cette colline, à l'extrémité ouest de l'île, on pouvait contempler le coucher du soleil reflété dans l'eau du fleuve." p.56

Et c'est bien ce qui se dégage de ce récit, quelques notes de douceur et de tendresse, car ces êtres usés, très pauvres, exclus, qui n'attendent plus rien de la vie, savent en jouir justement de la vie, savent profiter des petites choses et nous donnent une belle leçon de vie.
Un immense plaidoyer.

La postface éclaire le lecteur sur le sujet, elle est très bienvenue.

Pour en savoir un peu plus sur l'auteur c'est par ici.

Extraits


"Il nettoya la partie souillée à grands coups de langue, cracha, puis y planta les dents. Quant à Gros-Yeux, alors que par le passé il aurait répugné à manger ce genre de chose et même rompu toute relation avec des copains qui l'aurait invité à partager pareil butin (c'était certainement bourré d'gents conservateurs, ça avait dû traîner dans un frigo avant d'être jeté ...), il plongea ses doigts dans le sachet pour en tirer une saucisse. - Finalement, déclara-t-il, c'est pas si mal! " p.44
"A l'approche de la fête de la Lune, il y avait abondance de produits alimentaires périmés : on s'en mettait plein la panse. Les gens avaient rempli leur réfrigérateur deux ou trois jours avant la fête, et maintenant, parce qu'ils avaient accumulé en excès, [...] ils jetaient quantités de nourriture encore valide." p.77

"Faire la queue pour prendre un bain dans de l'eau souillée, tel était, pour les gens de l'île, le prix à payer pour retrouver provisoirement le statut de citoyens ordinaires." p.85
"Son regard s'arrêta sur des jeunes filles. [...] Mais il les regarda sans émoi, à la différence de tout à l'heure, comme si entre-temps il était devenu adulte. Avait-il compris, en regardant le film, qu'il ne pourrait pas entrer dans la scène." p.152

"-Vous êtes ignobles! Croyez-vous être seuls à vivre ici ? Vous les hommes, vous pouvez bien tous disparaître, la nature continuera d'exister, elle !" p.175

"Que faire ? Que faire ?Je ne peux ni vivre ni mourir.Que faire de mes enfants ?Je ne peux ni rester ni partir ?"p.179


mardi 28 juin 2016

Le quatrième mur de Sorj Chalandon*****


Editions Le Livre de Poche, août 2014
336 pages
Parution originale chez Grasset, août 2013
Prix Goncourt des Lycéens 2013
Prix des libraires du Québec 2014
Prix des lecteurs Le Livre de poche 2015

Résumé


L'idée de Samuel était belle et folle : monter l'Antigone de Jean Anouilh à Beyrouth. Voler deux heures à la guerre, en prélevant dans chaque camp un fils ou une fille pour en faire des acteurs. Puis rassembler ces ennemis sur une scène de fortune, entre cour détruite et jardin saccagé. Samuel était grec. Juif, aussi. Mon frère en quelque sorte. Un jour, il m'a demandé de participer à cette trêve poétique. Il me l'a fait promettre, à moi, le petit théâtreux de patronage. Et je lui ai dit oui. Je suis allé à Beyrouth le 10 février 1982, main tendue à la paix. Avant que la guerre ne m'offre brutalement la sienne. S. C.


Rarement fiction fit autant ressentir l’intensité d’une guerre civile en y accolant la thématique du théâtre comme arme rhétorique et politique. Ici battent des cœurs et tonne le monde. Hubert Artus, Lire.


Brûlant, fiévreux et désespéré, d’une violence inouïe. Thierry Gandillot, Les Echos.


Bouleversant, magistral. Transfuge.

Mon avis ★★★★★


Un coup de foudre, un livre remarquable, sublime, qui m'a bouleversée, si profondément humaniste.
L'écriture est acérée, et les descriptions de la réalité de l’horreur de la guerre, celle de l’enfer du martyr des femmes, des vieillards et des enfants de Chatila sont poignantes, on sent les dissensions entre les différents groupes qui composent le Liban de l'époque. 
L'idée de rassembler un peuple, au cœur du conflit du Liban en 1982/83, le temps d'un spectacle, la mise en scène de l'Antigone d'Anouilh semble une utopie à quelques jours des massacres innommables perpétrés dans les camps de réfugiés palestiniens de Sabra et de Chatila. Mais Georges a promis à Samuel Akounis, son ami juif grec à la santé défaillante et il va aller jusqu'au bout de son engagement. Il aura beaucoup de mal à revenir des Enfers.
Excellent roman.


Extraits & Citations


"- Ne regarde pas ! Ferme les yeux ! m'a crié Imane en français. Les autres avaient renoncé à ma langue. Ils hurlaient en arabe. J'étais allongé sur le sol, les mains sur la tête.........Beyrouth était attaqué. Je répétais cette phrase dans ma tête pour en saisir le sens. Des avions se jetaient sur la ville. Ils bombardaient la capitale du Liban. C'était incroyable, dégueulasse et immense. J'étais en guerre. Cette fois, vraiment. J'avais fermé les yeux. Je tremblais. Ni la peur, ni la surprise, ni la rage, ni la haine de rien. Juste le choc terrible, répété, le fracas immense, la violence brute, pure, l'acier en tous sens, le feu, la fumée, les sirènes réveillées les unes après les autres, les klaxons de voitures folles, les hurlements de la rue, les explosions, encore, encore, encore. Mon âme était entrée en collision avec le béton déchiré. Ma peau, mes os, ma vie violemment soudés à la ville..................j'ouvrais la bouche en grand, je la claquais comme on déchire. Mon ventre était remonté, il était blotti dans ma gorge....................La guerre, c'était ça. Avant le cri des hommes, le sang versé, les tombes, avant les larmes infinies qui suintent des villes, les maisons détruites, les hordes apeurées, la guerre était un vacarme à briser les crânes, à écraser les yeux, à serrer les gorges jusqu'à ce que l'air renonce. Une joie féroce me labourait. J'ai eu honte. J'étais en enfer. J'étais bien. Terriblement bien. J'ai eu honte. Je n'échangerai jamais cet effroi pour le silence d'avant. J'étais tragique, grisé de poudre, de froid, transi de douleur...."
"J'avais hurlé qu'ailleurs, dans des berceaux, des bébés avaient eu la gorge tranchée. Que des enfants avaient été hachés, dépecés, démembrés, écrasés à coups de pierres. Et ma fille pleurait pour une putain de glace? C'était ça, son drame? Une boule au chocolat tombée d'un cornet de biscuit?"

"Vous ne savez pas. Personne ne sait ce qu'est un massacre. On ne raconte que le sang des morts, jamais le rire des assassins."
"Le théâtre était devenu mon lieu de résistance. Mon arme de dénonciation. À ceux qui me reprochaient de quitter le combat, je répétais la phrase de Beaumarchais : Le théâtre? "Un géant qui blesse à mort tout ce qu'il frappe.""

"De mon père, je n'ai rien conservé parce que rien n'a été. Je ne me souviens pas de sa main, de ses doigts qui rassurent lorsque l'orage gronde. Pas même de sa colère, de sa joie, de ses cris. Ni de sa voix. Je ne me souviens pas du rire de mon père. Jusqu'à ce jour, lorsque je pense à lui, je revois le silence. Il y a des enfants aimés, détestés, des enfants battus, des enfants labourés ou couverts de tendresse. Moi, je suis resté intact."

"Un médecin m’avait expliqué que la trêve charriait l’inquiétude. Les hommes s’endormaient au son du canon. Le vacarme devenait la norme. Lorsqu’il cessait, les nuits étaient blanches."
"J'ai eu peur de mourir sans jamais pleurer."
"L’antinationalisme ? C’est le luxe de l’homme qui a une nation."

Freedom de Jonathan Franzen****


Editions de l'Olivier, août 2011
718 pages
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Anne Wicke
Edition originale, 2010

4ème de couverture


Patty Berglund est-elle la femme idéale ? Pour Walter, son mari, la réponse ne fait aucun doute : c’est oui. Épouse aimante, mère parfaite, Patty a tout bon. Mais qu’en pense-t-elle ? En renonçant à Walter, ce « bad boy » dont elle était amoureuse – et qui se trouve être le meilleur ami de Walter –, Patty a peut-être commis l’erreur de sa vie. Freedom raconte l’histoire de ce trio et capture le climat émotionnel, moral et politique des États-Unis entre 1970 et 2010 avec une incroyable virtuosité.

Anatomie d’un mariage et d’une famille – les Berglund –, ce livre analyse les illusions, les déceptions et les compromis d’une génération de baby-boomers qui avaient rêvé un jour de changer le monde. Mais c’est aussi un acte d’accusation implacable à l’égard d’une nation qui a cessé depuis longtemps d’incarner ses propres valeurs. Qu’avons-nous fait de notre liberté ? se demandent les personnages de Jonathan Franzen. Et quel monde laisserons-nous à nos enfants, qui nous ressemblent si peu ? Pendant ce temps, les États-Unis livrent en Afghanistan et en Irak leurs propres guerres napoléoniennes, tentant d’imposer cette même liberté par la force.

Jonathan Franzen, né à Western Springs (Illinois) en 1959, a passé son enfance dans une banlieue de Saint Louis (Missouri). Après des études au Swarthmore College (Pennsylvanie) et à la Freie Universität de Berlin, il travaille quelques années dans le laboratoire de sismologie à l'université Harvard, comme assistant chercheur en géologie.
Avec trois romans La Vingt-Septième Ville (1988),Strong Motion (1992), Les Corrections (2001) il est distingué par le New Yorker comme l'un des « vingt écrivains pour le XXIe siècle » ainsi que par le magazine Granta. Il reçoit en 1998 le Whiting Writer's Award et, deux ans plus tard, l'American Academy's Berlin Prize.
Traduit dans le monde entier, Les Corrections a obtenu le National Book Award en novembre 2001.
Récemment, il a publié Freedom, qui a connu un grand succès.


Mon avis ★★★★☆


Bien m'en a pris d'avoir ouvert ce pavé et de découvrir cet auteur, et de m'imprégner de cette ordinaire histoire familiale américaine, parce que sept pages permettent allègrement de s'en imprégner. 

Patty, Walter, votre couple, aurait-il dû exister ? Sa construction, pleine de bonnes intentions, aurait-elle dû débuter ? Une autre route n'était-elle pas envisageable ? Son échec, ne vous pendait-il pas au nez ?
Rechercher la sécurité à tout prix, dans les bras d'un homme, qui ne t'attirais pas plus que ça, Patty, était-ce le bon choix de vie ? Et toi, Walter, si intelligent, si posé, si profond, n'as-tu pas imaginé que ce choix de vie ne pouvait pas perdurer et courait droit à la catastrophe ? Les zones ténébreuses, les fantasmes ne s'enterrent pas si facilement, et un couple, formé sur un déni de soi, peut devenir une véritable prison.

Bienvenu dans le monde tourmenté de Patty, Walter, mais aussi de Richard, le meilleur ami de Walter, de leurs enfants, Joey et Jessica, de Connie, de leurs parents, de leur famille, de leurs voisins ... (un monde à la "Desperate Housewives" pour les cinquante premières pages uniquement et heureusement !).
Les personnages sont complexes; ils se heurtent aux tourments de la vie, à leurs propres désillusions, confrontés aux difficultés dont la toile de la vie est tout simplement tissée, qu'elles soient financières, relationnelles, amoureuses... Ces personnages n'ont pourtant rien d'extraordinaires mais leurs portraits, la psychologie des personnages sont si profondément bien brossés, les tensions et les conflits si bien décrits, la confusion de leurs sentiments si bien dépeinte, que cela en est fascinant. 

J'ai littéralement été happée par cette grande fresque familiale extrêmement bien maîtrisée (ce n'est que mon avis !) qui est un portrait réaliste de la société américaine contemporaine, de notre monde actuel, que l'auteur dessine avec beaucoup de précision et de justesse, un portrait dérangeant, qui interpelle et qui ne m'a pas laissée indifférente, de nombreux sujets irriguent ce portrait : les effets néfastes d'un capitalisme à outrance, les crises écologiques, la surpopulation cause incontestée de la destruction de la nature sauvage, l'évolution des relations parents-enfants,  le développement durable. une société de consommation, de profits et de compétition ... une société libre !

"ET PENDANT CE TEMPS, cria-t-il, NOUS AJOUTONS TREIZE MILLIONS D'ÊTRES HUMAINS CHAQUE MOIS SUR CETTE TERRE ! TREIZE MILLIONS DE PERSONNES EN PLUS QUI VONT S’ENTRE-TUER DANS LA COMPÉTITION POUR DES RESSOURCES LIMITÉES ! ET QUI VONT ANÉANTIR TOUTE AUTRE CRÉATURE VIVANTE AU PASSAGE ! C’EST UN PUTAIN DE MONDE PARFAIT TANT QUE VOUS NE PRENEZ PAS EN COMPTE LES AUTRES ESPÈCES ! NOUS SOMMES LE CANCER DE CETTE PLANÈTE ! LE CANCER DE CETTE PLANÈTE !" p.620/621
Un pavé à découvrir, vraiment, il faut juste avoir un peu de temps devant soi, car c'est réellement un pavé, et même si la lecture est aisée, elle est franchement très dense !


Extraits & Citations


" "C'est vraiment étrange", avait acquiescé Patty [...] Les Paulsen, cependant, ne pouvaient pas s’accommoder d'un adjectif comme "étrange". Ils voulaient du "sociopathe", ils voulaient "passif-agressif", ils voulaient du "mauvais". " p.17

"De l'avis de Seth Paulsen, qui parlait un peu trop de Patty au goût de sa femme, les Berglund étaient ce genre de progressistes qui sentaient excessivement coupables et qui avaient besoin de pardonner à tout le monde pour que leur bonne fortune personnelle puisse leur être pardonnée; des gens qui n'avaient pas le courage d'assumer leurs privilèges." p. 19

" "C'est un miracle, fit par la suite remarquer Seth à Merrie, que ces deux-là soient toujours ensemble." [...] "Je ne crois pas qu'ils aient encore compris comment vivre" ". p.43

"FAIS BON USAGE DE TA LIBERTÉ." p.242

"Parce-que bâtir un monde meilleur, c'est cool, non ? Et Apple Computer doit être très engagé là-dedans, parce que les iPods sont bien plus cool d'aspect que les autres MP3, ce qui explique pourquoi ils sont bien plus chers et incompatibles avec les logiciels des autres compagnies, parce que...En fait, on ne voit pas trop clairement pourquoi, dans un monde meilleur, les produits les plus cools devraient apporter les profits les plus obscènes à un minuscule groupe d'habitants de ce monde meilleur. C'est peut-être un cas où il faut reculer et prendre un peu de distance pour comprendre pourquoi avoir ton propre iPod est ce qui précisément contribue à un monde meilleur." p.261

"Les gens ne savent plus comment nourrir les enfants que le pape, dans son infinie sagesse, leur fait avoir, alors ils foutent en l'ai l'environnement." p.285

"Et ce n'était pas seulement la religion, ce n'était pas seulement ce grand n'importe quoi auquel ses compatriotes semblaient penser avoir un droit exclusif, ce n'étaient pas seulement les Walmart et les seaux de sirop de maïs ou les camions monstrueux; c'était ce sentiment que personne d'autre, dans ce pays, ne prêtait même cinq secondes d'attention à ce que cela signifiait que de mettre chaque mois 13 000 000 de nouveaux grands primates sur la surface imitée du monde. La sérénité sans nuage de l'indifférence de ses compatriotes le rendait fou de colère." p.405

"Walter dressa des listes mentales de tout ce qui avait mal tourné dans le monde depuis qu'il s'était réveillé [...]. Accroissement net de la population : 60 000. Nombre d'hectares nouvellement couverts par l'urbanisme aux Etats-Unis : 400. Nombre d'oiseaux tués par des chats domestiques ou redevenus sauvages : 500 000. Barils de pétrole brûlés dans le monde : 12 000 000. Tonnes de gaz carbonique envoyées dans l'atmosphère : 11 000 000. Requins massacrés pour leurs ailerons et abandonnés flottant dans l'eau : 150 000 ..." p.442

"[...] la seule chose que personne ne peut te prendre, c'est la liberté de foutre ta vie en l'air comme tu veux." p.464

"La théorie, c'est qu'il n'y a pas de théorie. Le capitalisme ne peut pas parler de limites, parce que toute l'idée du capitalisme est la croissance constante du capital. Si vous voulez être entendus dans les médias capitalistes, communiquer dans une culture capitaliste, la surpopulation ne peut avoir aucun sens." p.465

"La raison pour laquelle la libre entreprise en Europe est tempérée par le socialisme, c'est parce qu'ils ne sont pas aussi accrochés aux libertés individuelles qu'ici." p.465


"L'Amérique, pour Einar, était le pays de la liberté non suédoise, le pays des espaces ouverts où un fils pouvait encore imaginer être spécial. Mais rien ne perturbe davantage ce sentiment d'être spécial que la présence d'autres êtres humains qui se sentent tout aussi spéciaux." p.570

"La personnalité sensible au rêve de liberté sans limite est une personnalité qui est aussi encline, si jamais le rêve venait à tourner à l'aigre, à la misanthropie et à la rage." p.571