jeudi 27 juillet 2017

Chère Brigande ★★★★☆ de Michèle Lesbre


Un court roman très personnel, très émouvant. Une lettre, deux récits qui s'entrecroisent et qui nous font passer tour à tour, au gré des pages du XVIIIe au XXe siècle.  L'auteure s'adresse à Marion du Faouët, cette jeune brigande bretonne, rebelle, libre et insolente, qui se battit contre les inégalités, une force de résistance immense, une voleuse pour les pauvres et une amoureuse de la vie, qui a refusé «la misère impitoyable et choisi les chevauchées folles et joyeuses, faisant fi des dangers que [la] guettaient.» 
Une lettre qui va entraîner l'auteure dans son propre passé : ses premières manifestations contre la Guerre d'Algérie, ces moments de sa vie portés par les utopies. «La jeune femme révoltée et rebelle que tu es, dont la vie est un palimpseste que le temps colporte, après des générations de conteurs que se la sont appropriée comme je me l'approprie, me rappelle mes propres colères, mes propres engagements, les blessures que laisse l'Histoire.» ... des blessures comme cette horrible nuit d'octobre 1961 à Paris, où plus de deux-cents Algériens furent assassinés par la police dans le mensonge et l'indifférence...
Elle nous fait part de son désespoir face à la misère humaine, face à l'isolement qui se heurtent à l'indifférence du monde qui nous entoure. «Je t'écris parce qu'un monde est en train de disparaître, faisant naître en moi une immense tristesse, inutile et vaine.»  «La misère toujours encombrante pour le pouvoir, se banalise.»
Les messages sont forts. «Je dois te dire qu'aujourd'hui le corps des femmes est toujours en proie à tous les affronts sexuels, à toutes les violences, et parfois, dans certains pays, elles sont brûlées lors de mensongers accidents domestiques, lapidées, partout prisonnières des fantasmes masculins.»
Elle célèbre le féminisme. «Vos parcours sont bien différents, mais au moins ont-ils un point commun, le choix de la liberté à une époque où les femmes étaient sous l'autorité masculine (sans aucun droit civique puisqu'elles n'étaient pas considérées comme des citoyennes, ne le furent qu'après la Révolution de 1789), et puis votre mort précoce, toi au gibet, elle à l'échafaud». Elle évoque aussi la courageuse et regrettée Simone Veil. «Il faut sans cesse veiller sur nos conquêtes, elles sont fragiles.»

Merci Michèle Lesbre pour ce voyage sublime et lumineux.
«Dors tranquille, chère brigande, tu m’as sauvée pendant quelques jours de notre démocratie malade, des grands voleurs qui, eux, ne sont presque jamais punis parce qu’ils sont puissants, de ce monde en péril. Tu n’étais pas un ange, mais les anges n’existent pas.»  
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«[..] en écrivant cette lettre j'ai l'impression de sauver quelque chose d'intime, quelque chose qui m'a toujours portée, l'Histoire, celle qui a jalonné ma vie et qui l'a construite, nourrie, engagée aussi, en un temps où il était encore possible d'imaginer un autre monde. Une Histoire bien différente de celle que l'on m'avait enseignée, parce que chargée d'émotions, de vie, de ma propre expérience, elle était au coeur de nos existences et non dans une sorte de récit désincarnée. Victor D. et toi, chacun à votre façon, tissez un lien avec elle, vos vies sont entrées dans la mienne, au hasard, comme toutes ces belles rencontres.
Je voulais sans doute me défaire de ce sentiment de culpabilité qui me taraudait lorsque je la voyais ainsi, démunie, un naufrage dans un océan d'indifférence. Je voulais aussi un peu de rapport humain. [...] Une discrète radio, enfouie dans son désordre, diffusait les soubresauts d'un monde dont elle était hors frontières. [...] Elle me refusait le confort de la bonne conscience, et je lisais dans son regard une ironie désabusée contre laquelle j'étais sans armes. La dignité de cette femme était inflexible. (à propos d'une jeune femme prénommée Marion, SDF.)
Bien sûr, tu n'as jamais su que ton siècle allait s'appeler le "siècle des Lumières", et qu'en aurais-tu pensé au fond de ta dernière prison infestée de rats, rue Obscure à Quimper, quelques jours avant ta mort ? Tu n'as pas non plus franchi la porte d'une école, elles étaient rares dans ce contexte de misère. Et puis la ville est l'espace privilégié des Lumière, et les écoles sont fréquentées par les garçons, sans oublier que l'Eglise contrôle ces institutions, surtout en Bretagne. [...] Les salons parisiens sont un autre monde, et Diderot, Voltaire, Rousseau, un univers fort éloigné du tien. Ton éducation, c'est la vie de tous les jours et ton observation perspicace de la société dans laquelle tu grandis.
Chaque époque a ses tortionnaires, ses pouvoirs usurpés et criminels, ses sacrifiés, ses espoirs évanouis, et heureusement, ses rebelles.
J’ai d’autres frontières, une autre patrie, celle des belles utopies auxquelles je n’ai pas renoncé et qui excluent le racisme, la xénophobie, la violence, l’irrespect de tout être humain. Je n’ai aucun goût pour les chants guerriers, je ne chante pas la Marseillaise. […]La foi, c’est croire que quelque chose qui ne peut être vrai est vrai. La réalité est impuissante devant la foi. Quand le moi et la société n’ont plus de signification idéologique plausible ni pratique, même pour un âne bâté, la foi se change en fanatisme.»
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Versus-lire - Interview de Michèle Lesbre: "Chère brigande", c'est ici.




Quatrième de couverture


La silhouette libre et rebelle de Marion du Faouët, « Robin des bois » bretonne qui, dans les premières années du XVIIIesiècle, prenait aux riches pour redistribuer aux pauvres, a toujours fasciné Michèle Lesbre.
Parce qu’une femme aux cheveux roux prénommée Marion, qui avait élu domicile dans une boutique désaffectée en bas de chez elle, a soudain disparu, les traits de l’autre Marion, la « chère brigande », se superposent à ceux de la SDF parisienne. L’écrivain décide alors de partir sur les traces de l’insoumise bretonne, qui mourut sur le gibet à trente-huit ans, lui adressant, pour conjurer l’injustice du monde et sa propre impuissance, une longue lettre.
À la faveur du trajet en train vers Quimper, les souvenirs d’une autre époque de sa vie resurgissent, quand, jeune militante, elle manifestait contre la guerre d’Algérie ou, institutrice, elle apprenait à lire aux enfants. La vie de Marion agit comme un miroir tendu à ses utopies et à ses révoltes passées : à dix-huit ans, Marion, elle, créait une bande de brigands. Avec des comparses recrutés parmi ses proches, elle allait écumer les bois et redresser les torts. Le Faouët, les monts d’Arrée, Quimper : tous ces lieux, où Marion a vécu et que l’enquêteuse arpente, ravivent la vaillance et l’impétueuse générosité de son héroïne.
Michèle Lesbre, dans ce texte lumineux, laisse sonner le rire frondeur d’une gamine formée à l’école de la vie, d’une grande amoureuse et d’une femme qui a lutté à sa façon contre une misère choquante. Une belle manière de nous parler d’elle, de nous, du monde dans lequel nous vivons.
Sa lettre s’achève ainsi : Dors tranquille, chère brigande, tu m’as sauvée pendant quelques jours de notre démocratie malade, des grands voleurs qui, eux, ne sont presque jamais punis parce qu’ils sont puissants, de ce monde en péril. Tu n’étais pas un ange, mais les anges n’existent pas.

Sabine Wespieser Éditeur, février 2017
77 pages

Le saloon des derniers mots doux ★★★☆☆ de Larry McMurtry


« Le Saloon des derniers mots doux est une ballade en prose 
dont les personnages flottent dans le temps ; 
leur légende et leur vie réelle correspondent rarement. 
En écrivant cet ouvrage, j’avais en tête le grand réalisateur John Ford : 
il est connu pour avoir déclaré qu’à choisir 
entre la légende et la réalité, 
mieux vaut écrire la légende. 
C’est donc ce que j’ai fait. »

Une parodie plutôt drôle et mélancolique des récits de western dans laquelle les légendes occupent une belle place et où le lecteur se retrouve plongé dans un Grand Ouest ayant quelque peu perdu de son panache, de sa superbe, un Ouest sauvage en voie de disparition. On y retrouve les troupeaux agités de bisons, les altercations, une terre et un climat inhospitaliers, mais les célèbres gâchettes ne sont plus en verve et passent leur temps à s'enfiler des coups et à rechercher la compagnie des femmes. Des femmes au caractère bien trempé qui le leur rendent bien.
Un court récit servi par une belle plume. J'en ai aimé la fin, un règlement de compte à O.K Coral en bonne et due forme, plutôt amusante, mais moins le rythme de ce récit, qui m'a un peu perturbée.
A contempler je dirais ...

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Une femme qui arrête pas de parler quand les hommes voudraient du silence, c'est une femme qui cherche les embrouilles.

- Ces cow-boys sont sûrement sur les routes depuis trente ou quarante jours, dit Doc. Ils vont vouloir du whiskey et des putains, et ils les voudront tout de suite.
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Quatrième de couverture

Fin XIXe siècle, Long Grass, presque dans le Kansas, mais pas tout à fait. Presque aussi dans le Nouveau-Mexique, mais pas tout à fait. Wyatt Earp et Doc Holliday sont, certes, des cow-boys, mais plus tout à fait. Ils observent leur monde qui s’échappe : s’ils dégainent, c’est pour rater toutes les cibles, alors ils se tirent dessus avec des balles à blanc pour se donner en spectacle. Le bétail part en cavalcade, les femmes demandent les hommes en mariage et dressent les mustangs, on poursuit des Indiens pour ne pas perdre la main… Dans ce monde à l’envers, les deux amis errent de ville en ville, une enseigne Saloon sous le bras, avec l’espoir de l’accrocher dans un lieu où ce mot aurait encore un sens.

Ce roman décalé qui joue les westerns chante avec tendresse et humour un Grand Ouest sauvage en passe de devenir un décor de carton-pâte.

Une oeuvre habilement menée, drôle et subversive...une comédie postmoderne. 
JOYCE CAROL OATES

Editions Gallmeister, octobre 2015, Nature Writing
212 pages, Traduit de l'américain par Laura Derajinski

Larry McMurtry est né le 3 juin 1936 à Archer City au Texas et grandit sur le ranch familial. Brillant étudiant, il suivra un cursus de lettres et publiera son premier roman à l’âge de vingt-cinq ans. Suivront plus de quarante livres dont plusieurs best-sellers. Six d'entre eux ont été adaptés à l’écran – notamment La Dernière Séance réalisé par Peter Bogdanovich et Tendres passions de James L. Brooks.
En 1969, Larry McMurtry, qui vient de déménager à Washington DC, ouvre une première librairie, Booked up, à Georgetown. Il ouvrira une seconde librairie en 1988 à Archer City qui était l'une des plus grandes librairies indépendantes des États-Unis avec un fonds de plus de 400 000 titres. Depuis 1992, il collabore avec les studios de Hollywood pour la rédaction de divers scénarios dont celui du Secret de Brokeback Mountain pour lequel il a remporté en 2006 un oscar. Son roman Lonesome Dove a obtenu le prix Pulitzer en 1986 avant d’être adapté pour la télévision.Larry McMurtry vit à Archer City, au Texas.

L'Oiseau du Bon Dieu ★★★★★ de James McBride

Un fabuleux roman lumineux, truculent, dur et violent et très drôle !, qui sublime la lutte armée et acharnée de John Brown contre l'esclavagiste, le vieux Brown, un blanc Irlandais, au visage plein de rides et de sillons, abolitionniste jusqu'au bout des ongles, capitaine servant dans l'armée du Prince de la Paix. Un jeune esclave afro-américain, Henry Shackleford, fraîchement libéré, affublé d'un surnom ridicule l'Echalotte par le Vieux qui le prend pour une fille, raconte son enrôlement dans cette lutte aux côtés de cet énigmatique personnage, décrit les actions entreprises par son libérateur, des actions éminemment courageuses, qui deviennent de plus en plus violentes et qui se solderont par une insurrection violente et meurtrière, à Harpers Ferry, à laquelle aucun esclave ne se participera. Parce que «Pourquoi se battre pour sa liberté quand vous pouvez vous enfuir pour la gagner ?» 
Une période de l'Histoire, certes romancée, mais décrite avec beaucoup de réalisme et d'humanité. Une écriture fluide, de belles descriptions, quelques répétitions parfois, qui peuvent agacer mais qui n'enlèvent rien à la grandeur de ce récit.
Une lecture pertinente et très instructive qui invite le lecteur à se faire une idée précise des conditions de vie des esclaves, de leur état d'esprit, de leurs peurs, de leurs craintes à s'engager dans une lutte abolitionniste, à engager leur vie, à quitter une zone de confort, relative, certes, mais néanmoins bien réel. «J'étais à nouveau esclave, c'est vrai, mais l'esclavage, c'est pas gênant quand vous avez eu votre mot à dire et une fois que vous vous y êtes habitué. Vous mangez à l’œil, vous avez un toit sur la tête gratuitement. C'est quelqu'un d'autre qui se casse la tête pour vous. C'était plus facile que d'être sur la piste, à éviter les bandes armées, à partager un écureuil rôti avec cinq autres types pendant que le Vieux s'adressait à Dieu et déblatérait sur ce truc rôti pendant une heure avant que vous puissiez toucher la bestiole, et, même à ce moment-là, il y avait pas assez de viande dessus pour boucher une petite partie du trou que vous aviez dans le ventre.» 
Un bel hommage à ce grand homme, qui m'était totalement inconnu (j'ai honte), et à ses actions menées au péril de sa vie et de celles de ses fils engagés à ses côtés, pour accomplir sa mission, celle d'éradiquer l'esclavage. Un personnage hors du commun, un humaniste fanatique qui s'en remettait à Dieu, le rédempteur. «Les prières du Vieux, c'était du spectacle plus que du son, en fait, de la sensation plus que de la sensibilité. Il fallait être là : le fumet du faisan brûlé embaumant l'air, l'immense prairie du Kansas tout autour, l'odeur du crottin de bison, les moustiques et le vent qui cingle d'un côté, et de l'autre, lui qui mâchonne le vent.»
«Pour aider sa cause, il était capable d'inventer toute une histoire en quelques secondes. Il était comme tous ceux qui partent en guerre. Il croyait que Dieu était de son côté. Dans une guerre, tout le monde a Dieu de son côté. Le problème, c'est que Dieu, Lui, Il dit jamais à personne pour qui Il est.» 
Un récit surprenant, haut en couleur, très prenant, dense, bourré d'actions, de rebondissements, de violence et d'humour. 
Si Quentin Tarantino pouvait s'emparer de ce récit pour l'adapter sur grand écran, ce serait topissime !

«Il y a des choses dans ce monde qui sont tout simplement pas faites pour se produire, 
pas au moment où on voudrait qu'elles se produisent, 
et on doit les garder dans le cœur, le temps de notre passage dans ce monde, 
comme un souvenir, une promesse pour le monde à venir. 
Il y a une récompense au bout de tout ça, 
mais quand même, c'est un sacré fardeau à porter.»

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«Je suis né homme de couleur, surtout oubliez pas ça. Mais pendant dix-sept ans, j'ai vécu en me faisant passer pour une femme.
[...] le pionnier blanc ordinaire, il était pas insensible à la notion d'espoir. La plupart de ces gens-là était tombés à court de cette denrée récemment, vu qu'ils étaient venus dans l'Ouest poussés par un rêve qui s'était pas réalisé comme c'était écrit, alors tout ce qui pouvait les aider à se lever le matin pour exterminer des Indiens et pas passer l'arme à gauche, à cause d'une fièvre ou des serpents à sonnette, c'était un changement bienvenu.
Que ce soit la vérité vraie ou pas, ça n'avait pas d'importance pour lui. Il changeait tout simplement la vérité, jusqu'à ce qu'elle lui convienne. C'était un vrai homme blanc, quoi.
[...] mentir était une chose qui venait naturellement à tous les Noirs au temps de l'esclavage, car aucun homme ni aucune femme dans la servitude a jamais prospéré en étalant ses véritables pensées devant son patron. Une personne de couleur passait une bonne partie de sa vie à faire semblant, et les Noirs qui sciaient du bois sans rien dire étaient ceux qui vivaient le plus longtemps.
Au temps de l'esclavage, un Noir était un chien misérable, mais un chien qu'avait de la "valeur".
L'esclave ordinaire a besoin de liberté, pas de paroles. Le Noir a entendu des paroles d'appel au sens moral pendant deux cent ans. On ne peut plus attendre. Est-ce que Toussaint Louverture a attendu les Français à Haïti ? Est-ce que Spartacus a attendu le gouvernement romain ? Est-ce que Garibaldi a attendu les Génois ?
Monts Allegheny (Virginie-Occidentale)
Spruce Knob, West
Monts Allegheny (Virginie-Occidentale)
Monts Allegheny (Virginie-Occidentale) 
Spruce Knob
Un homme peut se cacher dans ces gorges pendant des années. Il y a du gibier. Plein de bois pour se construire un abri. Une armée forte de milliers d'hommes ne pourrait pas en déloger une petite troupe bien cachée. Dieu a posé Son pouce sur la terre et il a appuyé pour créer ces défilés pour les pauvres, l’Échalote. Je suis pas le premier à savoir ça. Spartacus, Toussaint Louverture, Garibaldi, ils le savaient tous. Ça a marché pour eux. Ils ont caché des milliers de soldats de cette manière. Dans ces tout petits défilés, des centaines de Noirs pourront se retrancher contre des milliers d'ennemis. La guerre de tranchées. Tu vois ?
Au bout d'une semaine de mon séjour, j'en avais par-dessus la tête de jouer à la fille, parce qu'une demoiselle, sur la piste, dans l'Ouest, elle pouvait cracher, chiquer, brailler, grogner et péter sans attirer plus d'attention sur elle qu'un oiseau qui picore des miettes de pain par terre. En fait, l'esclavagiste ordinaire trouvait même ce genre d'attitude carrément agréable chez une fille, vu qu'il y avait rien de mieux pour un gars dans les plaines que trouver une fille qui savait jouer aux cartes comme un homme et vider le fond d'une bouteille de whiskey à sa place quand il était bourré. 
J'avais l'impression que la vie des Noirs, là-bas, elle était pas très différente de ce qu'elle était dans l'Ouest, à mon avis,. C'était comme un lynchage collectif, interminable. Tout le monde parvenait à faire un discours sur les Noirs, sauf les Noirs.
Etre un noir, ça veut dire montrer votre meilleur visage à l’homme blanc tous les jours. Vous connaissez ses désirs, ses besoins et vous l’observez comme il faut. Mais lui, il connaît pas vos désirs. Il connaît pas vos besoins, ni vos sentiments, ni ce qu’il y a en vous, parce que vous n’êtes pas son égal, en aucune façon. Pour lui, vous êtes rien qu’un nègre. Une chose, comme un chien, ou une pelle ou un cheval.»
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Quatrième de couverture

En 1856, Henry Shackleford, douze ans, traîne avec insouciance sa condition de jeune esclave noir. Jusqu’à ce que le légendaire abolitionniste John Brown débarque en ville avec sa bande de renégats. Henry se retrouve alors libéré malgré lui et embarqué à la suite de ce chef illuminé qui le prend pour une fille. Affublé d’une robe et d’un bonnet, le jeune garçon sera brinquebalé des forêts où campent les révoltés aux salons des philanthropes en passant par les bordels de l’Ouest, traversant quelques-unes des heures les plus marquantes du XIXe siècle américain.

Dans cette épopée romanesque inventive et désopilante, récompensée par le prestigieux National Book Award en 2013, James McBride revisite avec un humour féroce et une verve truculente l’histoire de son pays et de l’un de ses héros les plus méconnus.

James McBride est né en 1957. Écrivain, scénariste, compositeur et musicien de jazz, il est saxophoniste au sein du groupe Rock Bottom Remainders. Il publie son premier livre en 1995, La Couleur d’une mère,un récit autobiographique devenu aujourd’hui un classique aux États-Unis. Son œuvre romanesque commencée en 2002 plonge au cœur de ses racines et de celles d’une Amérique qui n’a pas fini d’évoluer. L’Oiseau du Bon Dieu est son dernier roman.



À PROPOS DU LIVRE
L’Oiseau du Bon Dieu a remporté en 2013 le National Book Award, le plus prestigieux des prix littéraires américains et été élu Révélation étrangère de l'année 2015 par la rédaction du magazine Lire. Ce roman a également reçu le Prix des Lecteurs de La Librairie Nouvelle de Voiron en Isère.
Une adaptation cinématographique est en préparation.

Editions Gallmeister, août 2015
438 pages
Traduit de l'américain par François Happe
National Book Award