dimanche 22 janvier 2017

La porte du ciel**** de Dominique Fortier


Éditions Les Escales, Domaine français, janvier 2017
253 pages


Quatrième de couverture


Au coeur de la Louisiane et de ses plantations de coton, deux fillettes grandissent ensemble. Tout les oppose. Eleanor est blanche, fille de médecin ; Eve est mulâtre, fille d'esclave. Elles sont l'ombre l'une de l'autre, soumises à un destin qu'aucune des deux n'a choisi. Dans leur vie, il y aura des murmures, des désirs interdits, des chemins de traverse. Tout près, surtout, il y aura la clameur d'une guerre où des hommes affrontent leurs frères sous deux bannières étoilées.
Plus loin, dans l'Alabama, des femmes passent leur vie à coudre. Elles assemblent des bouts de tissu, Pénélopes modernes qui attendent le retour des maris, des pères, des fils partis combattre. Leurs courtepointes sont à l'image des Etats-Unis : un ensemble de morceaux tenus par un fil – celui de la couture, celui de l'écriture.
Entre rêve et histoire, Dominique Fortier dépeint une Amérique de légende qui se déchire pour mieux s'inventer et pose avec force la question de la liberté.

Découvrez, ici, les courtepointes décrites dans La Porte du Ciel

Mon avis ★★★★☆


[...] il est un autre moyen de sortir d'un labyrinthe :
c'est d'inventer soi-même le chemin au fur et à mesure,
jusqu'à la sortie, que l'on invente aussi.

Tout d''abord un grand merci à Babelio et Les Éditions des Escales, Domaine français, de m'avoir permis de découvrir cette auteure, une très belle rencontre que je ne suis pas prête d'oublier.
Je remercie aussi tout particulièrement Caroline Legrand, directrice littéraire pour le Domaine français des Escales, que j'ai eu la chance de rencontrer, une personne passionnante et passionnée, qui fait un travail remarquable, et qui pour nous déniche de belles pépites. Une édition que je vais suivre assurément.
La ségrégation raciale est au coeur de ce roman, l'auteure nous plonge dans l'Histoire traumatisante de l'Ouest aux Etats-Unis, confrontée à une guerre civile ô combien meurtrière et qui voit émerger des organisations secrètes comme celles du KKK. Elle revient sur les traumatismes de cette guerre «Ceux qui partent ne reviennent jamais, même quand ils reviennent», décrit les injustices faites aux gens de couleur. «Mais vous n'ignorez pas que ces gens se tiennent entre eux. Qui iriez-vous croire ?» 
L'écriture est belle, poétique, emplie d'espoir, comme une invitation au partage. Un espoir incarné notamment par le personnage du Père Louis, qui nous transmet une très belle leçon de vie. 
L'histoire est conçue comme un patchwork, telle une courtepointe (les fameuses courtepointes, qui occupent une grande place dans ce récit); défilent devant nos yeux des bouts de vie, des morceaux d'événements, s'imbriquant entre eux, et qui, humblement, avec délicatesse, intimement, nous transportent, nous donnent à comprendre et à ressentir l'atmosphère de l'époque; c'est sur le chemin de la liberté que nous évoluons, sans en avoir pleinement conscience. 
«La liberté, mon fils, ce n'est peut-être pas aussi important qu'on le dit. Regarde ce que les Blancs, qui l'ont depuis toujours, ont trouvé à en faire.»
Une guerre civile qui résonne tant encore de nos jours, indéfiniment ...
Permettez-moi de répondre à votre question par une autre : puisque nul traité de paix n’est venu marquer la fin de cette étrange guerre fratricide, comment prétendez-vous savoir qu’elle est bien finie ?
Laissez-vous tenter par ce récit, venez côtoyer ces personnages hauts en couleur, tel le père Louis, Eve, Eleanor ou encore ce petit bonhomme, doux et rêveur, qui à sa façon, contribuera à la construction de la maison de Dieu, une maison pour tous.
Un très beau récit, empreint d'humanité. Merci Dominique Fortier.

«On m’appelle Roi Coton, je suis blanc comme neige, je suis mille et je suis l’un. Suivez-moi maintenant, car nul ne saurait mieux vous guider en cette terre de fous, en ce pays de marécages, moitié boue et moitié eau, mangé par le soleil, ne craignez rien. Simplement, ayez soin de mettre vos pas dans les miens, et prenez garde aux serpents.
Dans certaines villes, les volontaires se pressaient pour rejoindre les rangs de l'Union que la Confédération, s'étirant en deux longues files d'un côté et de l'autre d'une même rue, frères, cousins, voisins se saluant de la main avant de prendre les armes les uns contre les autres
«Est-ce que ce sont des Noirs ou des Blancs ?
- Ce sont des esclaves», lui avait répondu le jeune homme le plus naturellement du monde.
Le Nègre bien sûr est fait pour travailler : il n'est besoin que de le regarder pour s'en convaincre. Qui peut dire qu'il n'est pas plus heureux ainsi que livré à une liberté dont il ne saurait que faire ? Rendez sa liberté à un mouton de votre troupeau, et il reviendra en bêlant à la bergerie, s'il ne va pas se casser le cou au bas d'une falaise. Dieu a voulu les brebis protégées par le berger et l'esclave protégé par son maître. Personne n'a le droit de nous empêcher d'exercer Sa volonté, et si le Nord prétend nous spoiler de la sorte, nous le quitterons sans regret comme on doit savoir couper un membre gangrené pour éviter que la maladie ne gagne le reste de l'organisme!
Dans la deuxième moitié du dix-neuvième siècle, quand les canons se seront tus, le temps va s'arrêter sur les berges du lent cours d'eau, il va s'allonger dans l'herbe, s'assoupir et faire le même rêve pendant des générations au cours desquelles les femmes montreront en silence à coudre à leurs filles de curieuses courtepointes que personne ne verra, toutes différentes et toutes mystérieusement apparentées, uniques et soeurs. À même les restes de la vie quotidienne, elles tailleront des morceaux de ciel, échafauderont des maisons, dessineront des labyrinthes pour assembler des ouvrages dont chacun est un miracle.
Ce mot de «liberté» et ses frères - «égalité», «émancipation», «union» - étaient des osselets qu'on secoue dans sa main avant de les jeter par terre, où ils forment des amoncellements précaires. La bouche qui y mordait n'était point rassasiée; ils ne protégeaient ni de la pluie, ni du soleil, ni à plus forte raison du fouet ou de la guerre.

Des hommes à Philadelphie s'étaient rassemblés pour déclarer leur indépendance, ils avaient couché sur le papier ces mots disant que les hommes avaient été créés égaux et que chacun avait le droit de chercher le bonheur, et puis ils étaient rentrés chez eux, où il faisait bon auprès de leurs femmes et de leurs enfants. Les mots étaient restés là.»
L'agneau végétal de Tartarie
«On a cru au Moyen-Âge que c'est de là que venait le coton.
«On aurait dit que la tige de la plante formait un long ombilic qui venait se ficher tout droit dans le ventre de l'animal, lequel, ses quatre pattes pendant dans le vide, avait l'air un peu étonné avec une minutie et un souci du détail tels qu'on en voit dans les ouvrages scientifiques les plus sérieux.
[...] Comment avait-on pu être assez bête pour croire que le coton venait d'un animal ? Comment, surtout, avait-on pu imaginer d'assembler des choses aussi dissemblables en une union contre nature ? [...] Des races différentes. «Il n'y a pas de limite à ce que l'esprit humain peut inventer.[...] Pour le meilleur et pour le pire.» »

mercredi 18 janvier 2017

Purity*** de Jonathan Franzen


Éditions de L'Olivier, mai 2016
744 pages
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Olivier Deparis


Quatrième de couverture


Purity, alias Pip, est une jeune Américaine qui vit dans un squat à Oakland, en Californie. Elle ignore qui est son père. Comme beaucoup de filles de son âge, elle se demande ce qu’elle va bien pouvoir faire de son existence. Et elle n’a pas un sou. Est-ce un hasard si quelqu’un la met en rapport avec Andreas Wolf, un hacker réfugié en Bolivie qui lui propose un job dans son O.N.G., le Sunlight Project ?

Tandis qu’ils se rapprochent l’un de l’autre et que leur relation devient de plus en plus troublante, Andreas avoue à Pip son secret. Mais dit-il toute la vérité ?
Dans un récit époustouflant de virtuosité, Jonathan Franzen plonge dans le passé d’Andreas Wolf – l’Allemagne de l’Est des années 80 – et jette ses personnages dans les courants violents de l’Histoire.

Purity est un livre dans lequel tout le monde ment, pour cacher ses erreurs, ses fautes, et – parfois – ses crimes. C’est un thriller qui n’épargne aucun pouvoir, encore moins ceux qui en abusent. Et une histoire d’amour où le sexe et les sentiments se combattent plus qu’ils ne s’accordent.On l’aura compris : jamais Jonathan Franzen n’aura été aussi audacieux, aussi imprévisible que dans ce roman à la fois profond et formidablement divertissant.


Mon avis ★★★☆☆


Quel soulagement d'être venue à bout de ce pavé ! Plus de 700 pages qui ne se lisent pas si aisément que cela...trop de disgressions qui ont enlevé pour moi parfois de la fluidité à cette histoire pourtant fascinante. Le divertissement promis en quatrième de couverture m'a bien souvent abandonné, me laissant en peine à parcourir quelques pages dévoilant moult détails sur  les différents personnages qui à mon sens auraient mérité d'être quelque peu écourtées,  une véritable auscultation de leur âme et de leur conscience.
Mais qu'à cela ne tienne, Jonathan Franzen ne m'a pas laissé sur le bas côté, et bien m'en a pris d'aller jusqu'au bout. Mensonges, fâcheux secrets, abus de pouvoir, hypocrisie, corruption, haine ... et paradoxalement ... leurs contraires, bâtissent un scénario surprenant, voire déroutant. L'auteur nous fait basculer dans un espace temps vertigineux, de l'Allemagne de l'Est des années 80, à la Bolivie ou la Californie de notre société contemporaine ultra méga hyper connectée, où la quête identitaire de Pip s'opère dans un monde en perte d'identité...
Un sentiment mitigé, oui, mais vous l'aurez compris, ne vous arrêtez au point négatif par lequel j'ai commencé, et laissez vous tenter par ce roman à la saveur piquante et impure !

«La stupidité se prenait pour de l'intelligence, alors que l'intelligence connaissait sa propre stupidité.
Comme il s'était avéré facile de transformer l'uranium présent dans la nature en sphères creuses de plutonium, de bourrer ces sphères de tritium et de les entourer d'explosifs et de deutérium, et de miniaturiser le tout de sorte que la capacité à incinérer un million de gens tienne dans la benne du pick-up de Cody Flayner. C'était si facile. Incomparablement plus facile que de gagner la guerre contre la drogue, éliminer la pauvreté, guérir le cancer ou résoudre le problème de la Palestine. La théorie de Tom selon laquelle l'homme n'avait toujours pas reçu de message d'intelligences extraterrestres était que toutes les civilisations, sans exception, se faisaient péter la gueule presque aussitôt après avoir pu envoyer un message dans l'espace, qu'elles ne duraient jamais plus de quelques décennies dans une galaxie dont l'âge se comptait en milliards d'années; qu'elles apparaissaient et disparaissaient si vite que, même si la galaxie regorgeait de planètes semblables à la Terre, les chances qu'une civilisation survive assez longtemps pour recevoir un message d'une autre étaient quasi nulles, car il était trop facile de diviser l'atome. [...] plus le monde durait sans terminer en champignon atomique, moins les gens semblaient avoir peur. De la Seconde Guerre mondiale, on se souvenait de l'extermination des Juifs, voire du bombardement de Dresde ou du siège de Leningrad, plus que de ce qui était arrivé deux matins d'août au Japon. Les changements climatiques faisaient couler plus d'encre en une journée que les arsenaux nucléaires en une année.»

dimanche 15 janvier 2017

La fille sur la photo** de Karine Reysset


Éditions Flammarion, janvier 2017
293 pages

Quatrième de couverture


Quand elle accourt au chevet de Garance, la fille de son ancien compagnon, Anna doit faire face à tout ce qu'elle a cru laisser derrière elle.
Le foyer qu'elle a fui et la place incertaine qu'elle y a tenue pendant dix ans. Son histoire d'amour avec le «grand homme», réalisateur de renom, qu'elle a quitté pour un admirateur plus inquiétant qu'il n'en avait l'air. Les trois enfants qu'elle a «abandonnés», après les avoir aimés comme s'ils étaient les siens.
Les raisons de son départ, dont elle-même a fini par douter, et les traces qu'il a laissées dans le cœur des uns et des autres.
Est-il trop tard pour recoller les morceaux ? Est-ce seulement souhaitable ?

Avec autant de vigueur que de délicatesse, Karine Reysset suit son héroïne dans sa quête d'identité et d'indépendance.

Karine Reysset a 42 ans et vit à Paris. Elle est l'auteur de six romans parmi lesquels Comme une mère, Les Yeux au ciel (L'Olivier, 2008,2001) et L'Ombre de nous-mêmes (Flammarion, 2014).

Mon avis ★★☆☆☆


Tout d'abord merci à Babelio et les Éditions Flammarion pour l'envoi de ce roman.
Je découvre Karine Reysset avec cet ouvrage, et ce fût malheureusement pour moi un rendez-vous manqué. 
L'histoire est simple, ce qui n'est pas un problème en soi; une histoire de famille recomposée, des relations mère/fille, belle-mère/filles, des relations amoureuses compliquées, la douleur d'une séparation, la perte d'un proche, une vie mouvementée ... un roman qui parle donc de la famille, une auto-fiction, un genre que je lis peu, mais la quatrième de couverture m'avait intriguée. 
Cependant, l'émotion n'a pas été au rendez-vous, il m'a manqué un peu plus de profondeur, de fluidité dans l'écriture.
Ce n'est bien entendu que mon avis, ce livre plaira très certainement à certains d'entre vous, plus enclins à ce style de roman.

«Aigrette blanche, pattes immergées dans les champs inondés. Sangliers filant à travers les plaines baignées de soleil. Le temps d’un battement de cils, le paysage qui défile est devenu d’une tristesse insupportable, comme s’il avait brûlé en quelques instants.»

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