mardi 20 octobre 2020

Le Répondeur ★★★★★♥ de Luc Blanvillain

Un régal !
Un imitateur, « particulièrement doué pour les voix méconnues, oubliées, les premiers ministres de la quatrième république, les chanteuses rive gauche, les animateurs de l'ORTF. Il pratiquait l'imitation de niche. », et dont la carrière a du mal à décoller, est recruté par un éminent romancier français,  Mr Chozène, "goncourisé" de surcroît, pour être son répondeur, le temps pour lui de se consacrer pleinement à l'écriture de son prochain roman. 
Baptiste, le Répondeur, a la charge de gérer les appels provenant du téléphone portable de Mr Chozène. Avec l'aide d'une bible mentionnant les choses à savoir sur telle ou telle personne, Baptiste devient son ombre, incarne la vie de ce romancier qu'il a du mal à appeler par son prénom et finit par prendre forcément quelques libertés...qui le conduisent ainsi que le lecteur à des situations inattendues, souvent drôles, un peu tragiques parfois. 
Pas évident de jouer la comédie surtout quand ses propres sentiments rentrent en jeu, pas évident de ne pas être tenter de vouloir interférer pour le meilleur, mais peut-être pour le pire aussi...Un jeu de dupes réjouissant. 
On rit et on réfléchit avec Luc Blanvillain et son répondeur. L'auteur nous interpelle sur la communication à l'heure de "la puissance pérorante du rhizome numérique", sur l'amour à porter de caresses que l'on ne voit pourtant pas, sur le pouvoir des mots...
Un scénario improbable, une plume érudite, exquise, une histoire déjantée et un moment de lecture mémorable !
Franchement, la plume est un délice et un roman caméléon qui fait sourire ! À ne pas bouder. Assurément !

«  En vérité, tout, je vous assure, peut, absolument, répondre à tout : c'est le grand kaléidoscope des mots humains. Étant donnés la couleur et le ton d'un sujet dans l'esprit, n'importe quel vocable peut toujours s'y adapter en un sens quelconque, dans l'éternel à peu près de l'existence et des conversations humaines. - Il est tant de mots vagues, suggestifs, d'une élasticité intellectuelle si étrange ! et dont le charme et la profondeur dépendent, simplement, de ce à quoi ils répondent ! »
En exergue Villiers de l'Isle-Adam, L’Ève future

INCIPIT
«  Baptiste soupira. Il avait encore massacré François Hollande.
C'était toujours pareil. Il n'était pourtant pas dur à faire, Hollande. Chez lui, dans l'intimité, Baptiste y parvenait parfaitement. Il suffisait de se figurer un fauteuil de cuir épais, des ongles sur les accoudoirs, et c'était parti. Il avait tenté d'expliquer plusieurs fois sa méthode, à ses parents d'abord, puis à d'autres artistes. Les plus polis faisaient semblant de comprendre mais apparemment, il était totalement atypique. Aucun autre imitateur n'avait besoin de se concentrer sur des images mentales pour s'approprier des voix. Ils s'entraînaient plutôt à la façon des chanteurs, parlaient tessiture et tonalité, travaillaient au casque. Lui, il écoutait la personne jusqu'à ce qu'une représentation figurative ou abstraite se forme dans son esprit et s'y fixe. Pour Balladur, une oseraie sous la lune, pour Françoise Hardy deux hélicoptères, une mare pâle pour Zidane et ainsi de suite. Après quoi, il reproduisait le phrasé, les intonations avec un réalisme étonnant. Peut-être, avait un jour suggéré un médecin, une forme d'imaginaire sonore synesthésique. »

« Baptiste savait, en bon imitateur, que les paroles sont essentiellement constituées de silences. Ceux de Chozène étaient très beaux, offrant aux mots un écrin velouté. »

«  À peine sorti de l'adolescence, il possédait une conscience aiguë de la finitude et de l'urgence. Il savait que des vies entières pouvaient se dérouler sans événement. Celle de ses grands-parents, qui habitaient dans une petite ville de Cher, était rythmée par la télé, le jardin, l'ouverture et surtout la fermeture des volets électriques, à heures fixes, été comme hiver. Le ronronnement des volets électriques lui avait déclenché très tôt des crises d'angoisse, quand, par malheur, on l'envoyait passer quelques jours chez eux, pour les vacances. Vivre à Paris, pour lui, signifiait fuir le vide, laisser loin derrière lui le cauchemar des périphéries, des dimanches passés à errer avec quelques potes sans relief dans les rues désertes des zones pavillonnaires. »

«  - Monsieur Chozène, je relisais encore, le bel entretien que vous avez accordé au Monde des Livres.    Voix chaude et profonde, avec des notes de caramel, ton nostalgique teinté d'humour complice, connivence balayant la mesquinerie des détails, des processus, des enchaînements fortuits d'événements contingents pour caresser l'essentiel, à savoir que cet homme, Gabriel Husson, était votre ami, devait l'être, le serait, qu'il vous comprenait mieux que tous les autres, que si, d'aventure, l'occasion vous était fournie de visionner en sa compagnie votre film préféré , vous réprimeriez ensemble la même larme bouleversée devant votre scène fétiche, celle qui vous a révélé, à vingt ans, la nature profonde et mystérieuse de l'Art. Que la vie ne vous ait pas encore fourni l'occasion de vivre ce moment relevait de l'injustice ontologique. »

« Il s'agissait d'amour. Certes, Baptiste n'avait jamais bien compris la casuistique qui distinguait le sentiment amoureux de l'attirance érotique ou de la complicité sensuelle. Pour lui, l'amour, c'était du bloc, du vrac, de l'authentique. »

«  Baptiste songea que, sous une fausse identité, il venait de courtiser une femme inconnue en rêvant d'une autre.
Le modèle, peut-être, de toutes les histoires d'amour. »

« - Et, comme d'habitude, tu ne me diras rien. Ou plutôt si, tu laisseras transsuder quelques informations sibyllines qui m'aiguiseront l'appétit jusqu'à la parution. »

«  Tandis que Gus s'adonnait avec une évidente volupté aux délices urticants de la coprolalie, Baptiste s'efforça de réfléchir calmement. Il possédait une expérience assez modeste de l'irréversible. Il se rendit compte que, jusqu'alors, il s'était arrangé pour n'accomplir que des actes résiliables, se ménageant toujours une issue de secours. Peut-être même fallait-il discerner, dans cette anticipation systématique du repli, l'origine de sa vocation d'imitateur. Contrefaire la voix d'autrui revenait à ne jamais agir en son nom propre. »

«  Elsa lui fit le portrait d'un homme - elle chercha longtemps le mot sans cesser de frotter sa feuille - exaspéré. Fâché en permanence, contrarié par le mouvement même du monde, par l'insouciance de ses habitants, tracassé par on ne savait exactement quel scandale, ou plutôt si, par l'égoïsme foncier des humains, par leur petitesse, leur insouciance métaphysique, leur incurie, leur incorrection, leur incroyable vanité. La vie n'était vivable qu'à la condition de la détester, toute manifestation de joie, tout oubli provisoire de notre néant avait le don de le mettre hors de lui, inaugurait une longue période de bouderie dont on n'était jamais certain d'être vraiment sorti, les rancoeurs s'accumulaient, les contrariétés, rappelées au détour de remarques fielleuses qui formaient, à force, une interminable chronique de l'irrémissible. »

« C'est un portrait à charge d'où il ressort que je suis un individu grincheux, terriblement égoïste, vaniteux et alcoolique. Entre autres. Un massacre à la tronçonneuse sous les dehors d'une attaque à fleurets mouchetés. »

« Baptiste avait souvent envisagé cette question de la célébrité.  À certains égards, il lui fallait même reconnaître qu'il l'avait désirée. Mais il n'avait jamais fait l'effort de se la représenter, de s'en figurer les implications. Né à la fin du XXème siècle, il avait intégré l'idée qu'elle constituait un état sans contour net ni causes précises. Il y avait eu une époque, déjà terriblement lointaine, son enfance ou celle de ses parents, au cours de laquelle elle était perçue comme la récompense publique d'un mérite, d'un talent. Il y avait eu des scientifiques célèbres, des écrivains célèbres puis des acteurs, des chanteurs, des mannequins célèbres.
Ensuite, progressivement, étaient apparues les célébrités.
En inversant les causalités, la renommée s'était quintessenciée. On n'était plus célèbre parce qu'on avait tourné dans un film. On devenait acteur parce qu'on était célèbre. »

«  Il n'y avait, strictement, rien à ajouter. À la limite, qu'un auteur ait poussé aussi loin le désir d'isolement, qu'il ait eu recours à un procédé finalement si romanesque redorait le blason de la littérature. Cette histoire pouvait s'interpréter comme une allégorie, une fable édifiante opposant le monde muet du livre au bourdonnement des temps moderne.
C'était sans compter sans l'incroyable puissance pérorante du rhizome numérique, l'imagination des commentateurs et l'énergie des trolls. »

« Elle se considérait comme une de ces petites femmes d'âge normal, jolies, certes, mais qu'est-ce que ça veut dire, pas plus gentilles que ça, pas moins non plus, avec leurs souvenirs d'enfances, leur soif d'indépendance, leur résistance à l'injonction génésique, leur peur d'hypothéquer l'avenir en devenant mère, ou en ne le devenant pas, selon les jours. »

Quatrième couverture

Baptiste sait l’art subtil de l’imitation. Il contrefait à la perfection certaines voix, en restitue l’âme, ressuscite celles qui se sont tues. Mais voilà, cela ne paie guère. Maigrement appointé par un théâtre associatif, il gâche son talent pour un quarteron de spectateurs distraits. Jusqu’au jour où l’aborde un homme assoiffé de silence.

Pas n’importe quel homme. Pierre Chozène. 
Un romancier célèbre et discret, mais assiégé par les importuns, les solliciteurs, les mondains, les fâcheux. Chozène a besoin de calme et de temps pour achever son texte le plus ambitieux, le plus intime. Aussi propose-t-il à Baptiste de devenir sa voix au téléphone. Pour ce faire, il lui confie sa vie, se défausse enfin de ses misérables secrets, se libère du réel pour se perdre à loisir dans l’écriture.
C’est ainsi que Baptiste devient son répondeur. À leurs risques et périls.

Éditions Quidam éditeur, janvier 2020
253 pages  
Sélectionné pour le prix Ouest-France Étonnants Voyageurs (non décerné)
Finaliste du Prix Orange du Livre 2020

Otages ★★★★☆ de Nina Bouraoui

Otage d'une vie étouffante, qu'elle vit à toute allure, pas de temps pour le plaisir, les loisirs, il y a les enfants, un mari parti, alors elle s'est un peu oubliée Sylvie, dans le travail, dans ses tâches d'ouvrière - une ouvrière qui a des responsabilités, plus de vingt ans dans la même usine de caoutchouc, elle a obtenu la confiance du boss, sa tyrannie aussi -, de mère célibataire, avec en prime, par définition, un foyer à charge. 
Et la charge est lourde, s'est alourdie davantage avec le temps, tiraille, obsède, terrasse. Alors face à l'humiliation de son patron résonne le cri silencieux de la révolte. Sourde révolte. Combat singulier. Et c'est là que réside pour moi la force de ce roman, ce combat singulier, débouté par avance, et cinglant de réalisme. En toute simplicité, la vaineté de la lutte nous est crachée au visage. Elle est violente.
Un roman féministe intéressant qui dénonce une société où la place de la femme est encore précaire aujourd'hui, à la merci des hommes. 
La plume est un couteau planté dans toutes ces violences intérieures faites aux femmes, elle est enragée, acérée, elle est hurlante de révolte. Un cri du coeur. De détresse. De haine...presque.
Petit bémol : le titre. Franchement trompeur et réducteur. Réduire les femmes à des otages fait vibrer ma corde sensible et symboliquement me ramène à l'état du deuil. Une réalité que j'occulte, que j'ai envie d'occulter.  

« J'ai toujours aimé mon travail et plus précisément, j'ai toujours aimé le travail, l'effort, la rigueur, la ponctualité, l'attention, la répétition aussi. Cela ne me fait pas peur. La répétition dans le travail me rassure. Je me sens vivante, utile. J'y trouve ma place qui n'est pas la meilleure des places, mais un endroit qui me permet de grandir, comme une plante avec ses minuscules ramifications. Je ne vois pas grand, je vois « tranquille » : ma paye, mon toit sur la tête, et surtout ma conscience pour moi ; bien dormir, pas trop de soucis. »

« Le bonheur c'est aussi la possibilité de l'imagination. »

« Le travail c'est l'ancrage, le bateau à quai, la sécurité. Ce n'est pas vogue la galère, c'est là concret. Je n'ai pas peur de l'effort, de la fatigue, du doute. Je me dis qu'il y a toujours une solution, que l'on se complique trop souvent la vie pour rien. Les gens adorent ça : se compliquer la vie pour rien. 
Le travail c'est avoir un rôle, participer à la marche. C'est faire plusieurs tours de grande roue avec un seul ticket. 
Je sais que c'est une vue de l'esprit, mais j'aime penser que nous sommes, nous tous les travailleurs unis, ensemble, pour faire avancer les choses. »

« [...] j'ai voulu lui montrer que l'on ne pouvait pas écraser les plus démunis, je pense à mes petites abeilles quand je dis ça, qu'un patron ne peut pas tout se permettre, non, ce n'est pas vrai, le pouvoir n'est pas au-dessus de la morale, car c'est ça qui m'a choquée dans cette histoire de vivier, c'est la morale : l'histoire d'un type derrière son bureau qui est au-dessus des hommes et des femmes, qui se permet de les piétiner, de jouer avec leurs nerfs, de les humilier même, oui, car c'est toujours de l'humiliation de douter du travail des autres et pire c'est une mise en péril en fait, le doute c'est un petit coup de canif à chaque fois, et au bout de cent petits coups de canif, c'est simple, on crève. »

« On nous fait croire que l'on est tous libres et égaux et que notre modèle est le meilleur des modèles, mais ce n'est que de la poudre aux yeux car finalement, nous les petits, on a aucun droit, sinon celui de se taire. Bien sûr on nous donne un travail, on nous fait confiance quand on est un peu plus malin qu'un autre, mais au final c'est toujours pareil, on se fait écraser par les plus forts, et on se tait car il faut bien bouffer ; alors on accepte, on continue, on suit la ligne toute tracée du berceau à la tombe, toujours dans l'humiliation, la main tendue, car on a pas les moyens de claquer la porte, et parfois on rêve de partir, de leur clouer le bec pour qu'il n' y ait plus d'humiliation car on a pu choisir, et le choix c'est la liberté. »

« C'était facile, simple, toujours les mêmes histoires, un beau garçon, une belle fille, la rencontre, l'amour, le mariage, les secrets de famille, la maîtresse qui arrive, j'adorais ça, c'était si loin de moi et à la fois si proche de mes rêves de petite fille, quand je pensais qu'un jour ma vie serait ainsi, dans une maison avec une piscine, quelques palmiers, mariée à un chirurgien esthétique qui aurait fini par me briser le cœur, cela aurait été triste, mais beaucoup moins que la Cagex, sans mari, sans envie, sans désir. Et puis ce que j'aimais dans les télénovelas c'était la notion de temps. Le temps que possèdent les femmes, pour se maquiller, se coiffer, s'habilIer, faire des courses, prendre un verre. C'est un temps élastique, irréel, Elles ne courent jamais après, alors que moi le temps me domine et il a fini par gagner. Pas de temps pour moi, peu pour les autres, à peine pour la vraie vie, celle qui s'arrête enfin et qui vous permet de sentir le vent sur sa peau, d'entendre le chant des oiseaux quand arrive le printemps, le temps de rêver aussi, à un autre avenir, pas meilleur, mais juste différent. »

« Je croyais au bonheur. J'y croyais tellement. Je me sentais plus forte que la vie, et surtout plus forte que l'effort de vivre. Oui c'est un effort la vie, le quotidien, les habitudes, l'ennui qui s'installe et qu'on ne veut pas voir, pas reconnaître et qui finit toujours par gagner. C'est une sangsue cet ennui. Il suce tout et on ne s'en rend même pas compte jusqu'au jour où on se le prend en plein visage, et là c'est trop tard, on ne peut plus faire un tour de manège à l'envers parce que le manège ne fonctionne plus, et même s'il fonctionnait encore, on a perdu le ticket et on a plus le droit à un dernier tour parce que le guichet est fermé pour de bon. »

Quatrième de couverture
« Je m’appelle Sylvie Meyer. J’ai 53 ans. Je suis mère de deux enfants. Je suis séparée de mon mari depuis un an. Je travaille à la Cagex, une entreprise de caoutchouc. Je dirige la section des ajustements. Je n’ai aucun antécédent judiciaire. »
Sylvie est une femme banale, modeste, ponctuelle, solide, bonne camarade, une femme simple, sur qui on peut compter. Lorsque son mari l’a quittée, elle n’a rien dit, elle n’a pas pleuré, elle a essayé de faire comme si tout allait bien, d’élever ses fils, d’occuper sa place dans ce lit devenu trop grand pour elle.
Lorsque son patron lui a demandé de faire des heures supplémentaires, de surveiller les autres salariés, elle n’a pas protesté : elle a agi comme les autres l’espéraient. Jusqu’à ce matin de novembre où cette violence du monde, des autres, sa solitude, l’injustice se sont imposées à elle. En une nuit, elle détruit tout. Ce qu’elle fait est condamnable, passable de poursuite, d’un emprisonnement mais le temps de cette révolte Sylvie se sent vivante. Elle renaît.
Un portrait de femme magnifique, bouleversant : chaque douleur et chaque mot de Sylvie deviennent les nôtres et font écho à notre vie, à notre part de pardon, à nos espoirs de liberté et de paix.

Éditions JC Lattès, janvier 2020
152 pages
Prix Anaïs Nin

jeudi 15 octobre 2020

Humanité Une histoire optimiste ★★★★☆ de Rutger Bregman

« L'être humain deviendra meilleur lorsque vous lui aurez montré qui il est. »
ANTON TCHEKHOV (1860-1904)

« Le mal est plus puissant, mais le bien est plus répandu. Le bien est contagieux. »

Beaucoup beaucoup de bon sens dans cet essai proposé par Rutger Bregman. J'avais entendu tellement de bien d'"Utopies réalistes", son précédent livre, que j'ai accepté sans hésiter la proposition de Babelio et des éditions Seuil de recevoir ce livre. Un grand merci à vous.
Et à Rutger Bregman, bien entendu, car cette lecture fut un très bon moment de lecture.
Ça fait du bien de lire sur l'évolution de l'être humain, de découvrir le résultat de recherches, d'études, d'expériences qui démontrent que l'humain n'est pas si mauvais que ça, de revenir au temps des chasseurs-cueilleurs, de prendre du recul sur le regard que l'on pose sur autrui, de l'analyser et de se dire que l'idée que l'on se fait de la mauvaiseté de l'homme est peut-être préconçue, de se faire conter des histoires de solidarité, des anecdotes sur des hommes bons, de penser positif, de penser OPTIMISTE. Oui ça fait du bien !
Cette lecture est arrivée à point nommé. 
Ce livre est très riche, dense, très fouillé. Il va m'accompagner un moment, c'est certain, de même que les dix préceptes énoncés dans le dernier chapitre. Faire du bien naturellement, sans que la compétition rentre en jeu tout le temps, avoir confiance en son prochain, opter pour un scénario du gagnant-gagnant, ne pas laisser la haine et la rancune nous ronger ... ce sont plutôt de bonnes idées, non  ?
« Ne fais pas aux autres ce que tu voudrais qu'ils te fassent ; leurs goûts peuvent être différents. » La règle platine. Ne pas présumer de ce que les autres ont besoin, c'est aussi une règle intéressante.

Et pourquoi ne pas se dire que « [...] la naïveté d'aujourd'hui peut être la lucidité de demain. » ?
Tout comme les outils que proposent la sophrologie, les idées de Rutger Bregman demandent à mon avis de l'entrainement avant de se les approprier. Mais ça en vaut la peine.

« La plupart des gens sont bons. », j'ai envie d'y croire. C'est sûr que quand on vient de lire Et toujours les forêts de Sandrine Collette, on a moyennement confiance en l'être humain ;-)
Mais bon, je suis de nature déjà plutôt optimiste, et même si je ne suis pas tout à fait (encore) à 100% d'accord avec l'auteur, j'avoue que j'ai envie d'y réfléchir ! Et continuer à rester le plus possible éloigner des journaux télévisés, ça oui ! 

Un livre à chérir, à lire/relire, à conseiller, à offrir, bref un livre à mettre entre toutes les mains !


« L’idée selon laquelle les gens seraient naturellement égoïstes, agressifs et portés à la panique est un mythe tenace. »

« L’image dépeinte par les médias est invariablement l’inverse de ce qui se produit réellement après une catastrophe. »

« Les êtres humains sont des machines à apprendre hypersociables. Nous sommes nés pour apprendre, pour nouer des liens et pour jouer. »

« Là où les parents d’aujourd’hui apprennent à leur progéniture à se méfier des étrangers, les enfants de la préhistoire étaient au contraire biberonnés à la confiance. »

« La meilleure nouvelle, enfin, est que nous vivons à l’époque la plus pacifique que le monde ait jamais connue. »

« Trop de militants écologistes sous-estiment la résilience de l’être humain. Et je crains que leur cynisme ne fonctionne comme une prophétie auto-réalisatrice, un nocebo qui nous décourage, et qui ne fasse qu’accélérer le réchauffement de la planète. Le mouvement pour le climat a lui aussi besoin d’un nouveau réalisme. »

« Si, en revanche, on avance que l’être humain est fondamentalement bon, on doit réfléchir plus longuement pour expliquer l’existence du mal. Et on est forcé à agir, car alors la résistance et l’engagement prennent tout leur sens. »

« Ainsi des criminels de guerre comme Adolf Hitler et Joseph Goebbels étaient de parfaits exemples de personnalités narcissiques paranoïaques et avides de pouvoir. Les dirigeants d’Al-Qaïda et de Daech sont eux aussi manipulateurs et égocentriques. Eux non plus ne ressentent guère de compassion et ne doutent presque jamais. »

« La question n'est donc pas seulement : pourquoi parquons-nous les chimpanzés dans des zoos, et non l'inverse ? La question est aussi : qu'avons-nous fait de nos frères et soeurs, y compris la tribu des Têtes-Plates ? Pourquoi ont-ils et elles disparu ? »

« [...] Hannah Arendt était l'une des rares philosophes à penser que l'être humain est foncièrement bon? Elle affirmait que notre besoin d'amour et d'amitié est plus humain que notre désir de haine et de violence. Et si les êtres humains choisissent le mal, poursuivait-elle, ils ressentent tout de même le besoin de s'abriter derrière des mensonges et des clichés suggérant que le mal est en fin de compte une bonne chose. 
Eichmann en est l'exemple parfait. Il s'était convaincu qu'il avait réalisé quelque chose de grandiose, d'historique, pour lequel il serait admiré pendant des siècles. Cela ne faisait pas de lui ni un monstre ni un robot. Cela faisait de lui un « suiviste ». Et en effet, c'est exactement la conclusion que tireraient les psychologues, des décennies plus tard, des expériences de Milgram : ces expériences ne mesuraient pas l'obéissance mais le conformisme.
Il est stupéfiant de constater combien Hannah Arendt était en avance sur son temps lorsqu'elle formulait le constat. »

« L'être humain se laisse séduire par le mal qui prend le visage du mal. » Hannah Arendt.

« Si nous "croyons" que la plupart ses gens sont mauvais, c'est ainsi que nous allons nous traiter mutuellement. Du coup, nous allons flatter chez chacun et chacune, les plus vils instincts. »

« Tempérez votre empathie, entraînez plutôt votre compassion. [...] La compassion donne de l'énergie. »

« Faire le pari du bien est souvent un acte rationnel autant qu'un acte émotionnel. 
Comprendre quelqu'un ne veut pas dire qu'on l'approuve. On peut très bien comprendre un fasciste, un terroriste ou un amateur de Love Actually sans pour autant cautionner le fascisme, le terrorisme ou le mauvais goût. Comprendre quelqu'un sur le plan rationnel est une compétence est une compétence. C'est un muscle que l'on peut entraîner. »  

Quatrième de couverture

« L'ouvrage de Rutger Bregman m'a fait voir 
l'humanité sous un nouveau jour » 

Yuval Noah Harari, auteur de Sapiens.
  
Ce livre expose une idée radicale. 
C'est une idée qui angoisse les puissants depuis des siècles. 
Une idée que les religions et les idéologies ont combattue. 
Une idée dont les médias parlent rarement et que l'histoire semble sans cesse réfuter. 
En même temps, c'est une idée qui trouve ses fondements dans quasiment tous les domaines de la science. Une idée démontrée par l'évolution et confirmée par la vie quotidienne. 
Une idée si intimement liée à la nature humaine qu'on n'y fait souvent même plus attention. 
Si nous avions le courage de la prendre au sérieux, cela nous sauterait aux yeux : cette idée peut déclencher une révolution. 
Elle peut mettre la société sens dessus dessous. Si elle s'inscrit véritablement dans notre cerveau, elle peut même devenir un remède qui change la vie, qui fait qu'on ne regardera plus jamais le monde de la même façon. 
L'idée en question ? 
La plupart des gens sont bons. 
Captivant et inspirant, formidable succès partout dans le monde, Humanité ouvre avec humour, sérieux et pédagogie de nouveaux horizons. Et si nous étions plutôt bons ? Et si un livre pouvait changer le monde ?

Historien, journaliste pour le magazine en ligne De Correspondent, Rutger Bregman a publié quatre livres sur l'histoire, la philosophie et l'économie. Formidable succès aux Pays-Bas, Utopies réalistes a été traduit dans de nombreux pays à travers le monde.

Éditions Seuil, septembre 2020
424 pages
Traduit du néerlandais par Caroline Sordia et Pieter Boeykens