Un été au bord de la mer. Les copains, les flirts, les soirées qui s'étirent, le soleil et Léna, la Parisienne que Noé attend chaque année.
❤️☀️Une histoire d'amour de vacances, mais surtout l'histoire d'un garçon de dix-sept ans qui cherche encore à savoir qui il est.
Noé se regarde constamment à travers les yeux des autres. Ceux de Léna, dont il voudrait tant être aimé. Ceux de ses amis, qui décident souvent pour lui de ce qu'il faut aimer, penser, écouter. Ceux de Lionel surtout, dont il suit les idées et les mauvais coups par peur de le décevoir. Jusqu'au jour où il comprend qu'à force de vouloir ressembler aux autres, il risque de ne plus savoir qui il est.
J'ai aimé ce portrait d'une adolescence faite de doutes, de contradictions et de maladresses, mais aussi cette réflexion sur le poids du regard des autres et sur ces choix qui, parfois, nous éloignent définitivement de toutes les vies que nous aurions pu vivre.
Comme pour Sicario bébé, j’ai eu besoin d’un petit temps d’adaptation à la langue, très orale, nerveuse, parfois presque brute. Mais je me suis laissée embarquer et au final, ce roman sensible et lucide sur l’adolescence, sur ce moment où l’on cherche encore à devenir soi, m'a touchée et ramenée deux, allez ... trois décennies en arrière, au camping de l’Espiguette. De sacrés souvenirs ! 😁☀️
« Le soleil, il tape moins fort. J'ai plus besoin de plisser les yeux comme un con pour regarder Léna. Ça fait ressortir mon bronzage, et avec le sel et le vent, je sais pas, ça fait un bon mélange et mes cheveux, ils sont comme je les aime. Et si je les aime comme ça, c'est surtout que Léna m'avait dit une fois que ça me rendait plus beau et que ça me donnait un air plus farouche. Je savais pas trop ce que ça voulait dire, mais j'avais déjà entendu ce mot et je crois que je comprenais un peu le sens au fond. De toute façon je m'en foutais, l'important c'est que ça me rendait plus beau. Et y a qu'à voir comment elle me regardait en disant ça.
Léna, son regard il ment jamais, et quand elle me trouve beau elle le dit soit avec la bouche, soit avec les yeux. Moi, je dis jamais des trucs comme ça, et encore moins quand je les pense. Mais ça Léna, elle s'en fout. Elle a pas besoin que je lui dise pour le savoir, qu'elle est belle. »
« J'ai un peu honte de pas être capable de juger une musique autrement qu'à travers ce que les autres en disent. Lire tout à travers les yeux des autres, comme s'ils savaient tout mieux que moi. Faire semblant de savoir autant qu'eux. Comme si j'étais un humain de moins bonne qualité et que mes cinq sens, et tout ce qui me permet d'avoir des goûts, étaient pas fiables. Comme si je pouvais pas simplement sentir, écouter, regarder les choses, et faire confiance à mon cœur pour en juger. Est-ce qu'il faut être entraîné pour prendre goût aux belles choses ? J'ai pas de réponse, et toute façon j'ai réponse à rien. Mes pensées et tout ce qui me passe par la tête, c'est qu'une succession de questions, et le soleil, j'ai l'impression qu'à part me blondir les cheveux, il me crame aussi pas mal la cervelle. »
« - Comment ça, partir ?
- Partir d'ici. Aller vivre ailleurs... Ça te dit rien ?
- Je suis bien ici, je vois pas pourquoi je partirais.
- Je sais pas, pour découvrir autre chose. Ici, il se passe rien, non ? C'est cool pour les vacances, mais après... Ça rouille quoi.
- Qu'est-ce qui rouille ? je lui demande.
- Je sais pas, les gens.
- Les gens, ils rouillent... je dis avec ironie, en comprenant sans comprendre, mais en comprenant quand même un peu.
- Bah ouais, ça vole pas haut, quoi. Même tes potes, j'suis désolée mais au final si vous êtes amis c'est surtout parce que vous habitez à côté et qu'il y a que vous. En vrai, c'est surtout que vous avez pas trop le choix. Franchement, j'ai toujours pas compris ce que tu fous à traîner avec un mec comme Lionel...
J'aurais bien envie de l'envoyer chier, mais je sais qu'il y a que la vérité qui blesse, alors je dis rien. Et je me demande ce que ça peut bien lui faire que je rouille ou pas. Léna elle vient, elle part et ce que je fais de ma vie entre les deux, ça change rien à la sienne. »
« Et le passé c'est peut-être le passé mais on peut pas l'effacer, et ça, y a pas plus con, mais c'est bien la première fois que ça me saute aux yeux. À partir du moment où j'ai choisi de suivre Lionel, peut-être que tout le reste de ma vie en a été changé. Ce soir, j'ai pris une direction, et les autres directions que j'aurais pu prendre sont derrière moi pour toujours. Le Noé qui refuse de cambrioler la maison de Léna aurait pu exister. Mais il peut plus, c'est terminé. Des centaines de vies parallèles qui seront plus jamais la mienne. J'avance comme ça, et chaque jour, je vais un peu plus loin sans demi-tour possible. Et s'il y a un Noé que j'aurais dû être, je l'aurai finalement jamais été. »
« « Les gars, j'ai une idée de génie ! » Et ma peur de le décevoir qui a fait qu'à aucun moment j'ai osé remettre en question cette idée pourrie de cambriolage, parce que la déception, chez Lionel, ça devient vite de la rancœur, et le plus souvent ça s'exprime par une forme ou une autre de violence. Alors je l'ai suivi tête baissée comme un débile, comme je le fais tout le temps, dans tous ses plans foireux. Pas foutu de prendre la moindre décision par moi-même. Et ça quand j'y pense c'est vrai même des décisions les plus insignifiantes, comme le choix de la bouteille au Spar, le soft pour la diluer, la marque des clopes au tabac, la chaîne à la télé, le film de cul sur lequel on va se branler tous ensemble en se disant que celui qui finit en dernier il est pédé, alors qu'en réalité je trouve que l'inverse serait plus logique... Bref, en général, c'est pas compliqué de laisser les autres diriger, il y en a toujours que ça arrange d'avoir le rôle de leader. Mais quand ça arrive qu'on me demande mon avis, je me débrouille pour faire des choix de sécurité. Pour les clopes, Philip Morris ou Camel, moi je vois pas la différence de goût avec les autres marques mais les autres disent que c'est les meilleures. Pour l'alcool, whisky, vodka, facile, surtout pas Manzana, Passoã ou Malibu, ces « boissons de campeurs ». Vodka-orange, on buvait ça le premier été où je suis allé à L'Odyssée, mais je sais plus si c'est Rémi ou Théo qui a dit un jour que c'était dégueulasse, on a fini par arrêter. Donc Coca pour whisky, jus de pomme pour vodka, et pour la musique, les Strokes ça marche à tous les coups. Et puis y a mes vraies envies, mes vrais goûts à moi, les musiques que je découvre quand je suis tout seul. Tout ce que je garde pour moi, pour les moments où je suis tranquille, à l'abri de leur jugement. »
« On peut pas vraiment dire que j'ai été faible. Je suis moins fort que Lionel et ça c'est un mystère pour personne, alors pourquoi je me sens si con d'avoir été aidé par mon frère ? Si faible dans son regard maintenant qu'il se tourne vers moi avec l'amour que personne d'autre ici ne m'a jamais montré. Que moi non plus, je lui ai jamais donné. J'en ai donné plus à celui qui vient de me faire perdre connaissance, qu'à lui, qui a eu le courage qui manque à tous mes potes et à moi, et qui a pas réfléchi une seule seconde au danger pour me venir en aide. J'aurais plutôt mérité qu'il se marre pour toutes les fois où j'ai été à la place de Lionel et lui à la mienne, la tête écrasée contre le carrelage du salon, le parquet de ma chambre ou le sable mouillé, quand je tirais plaisir de lui faire mal. Faible de mon ingratitude, en réalité, que Nathan pense même pas à me faire payer, parce que ça a toujours été comme ça, comme si c'était l'ordre naturel des choses, que le grand frère fasse souffrir le petit. Et y a une question que je veux pas me poser, et pourtant elle est là, elle me laisse pas le choix. Et si j'ai pas envie de me la poser, c'est sûrement que la réponse me fait un peu honte, aussi. Est-ce que j'aurais eu les couilles de m'en prendre physiquement à Lionel, si mon frère s'était retrouvé à ma place ? »
« J'observe Lionel qui continue de faire le clown là-bas, comme si de rien n'était. Comme s'il venait pas d'humilier un des seuls mecs qui a toujours été là pour lui. Je l'envie, de pouvoir se reposer sur sa force et d'avoir à se soucier de rien ni personne. Et en même temps, je crois que ça me ferait chier de savoir que les autres me respectent juste par peur. Lui il s'en rend peut-être pas compte, c'est d'autres choses qui lui font peur, et des choses plus flippantes, parce qu'il a pas ses parents pour l'aider et qu'il va sûrement travailler dans des jardins toute sa vie et que pour l'instant ça va mais quand il aura quarante ans dont vingt d'espaces verts derrière lui, le dos en miettes et accro au pétard... Et je me mets presque à le plaindre puis je me souviens de ce qu'il vient de faire, et toutes les conneries dans lesquelles il m'embarque, tous les risques qu'il me fait prendre tout le temps, et comment ça l'arrange bien de savoir que s'il se fait choper, il sera pas seul dans sa merde. D'un autre côté, c'est peut-être pas sa faute si on est là, à côté, et que la vie, elle nous a donné plus qu'à lui. Il a juste besoin de gars qui se mettent un peu à sa place, des gars qui le comprennent et qu'il peut appeler ses potes... Mais je commence à en avoir marre, moi, de faire l'effort de le comprendre, Lionel. Et vouloir faire le beau devant Léna ça m'aura au moins donné le courage de me dresser contre lui et de me rendre compte que je ferais mieux d'arrêter de vouloir lui ressembler. »
« Je vois bien comment il nous regarde, Lionel. Ça lui plaît pas qu'on sympathise avec le genre de bourges à qui on met la misère d'habitude. Et c'est bien fait pour sa gueule. Ça le fait chier, parce que lui quand il sympathise avec eux, c'est pour leur mettre des carottes en leur vendant de la coke coupée au Doliprane à ces peigne-culs, comme il dit, qui nous regardent de haut comme si on était des sauvages incultes, qui traînent dans leurs piscines toute la journée en parlant du biff qu'ils ont claqué la veille à Saint-Tropez pendant que lui, il taille la haie du jardin en plein cagnard. Il aime pas. Ça lui rappelle tout ce qu'on a en commun avec eux et qui nous différencie de lui ; les réunions de famille pour Noël tous les ans, les bonnes manières devant les grands-parents, les cousinades, l'avion au moins une fois par an pour partir en voyage, le bac, le choix des études, l'avenir à construire... Lionel, son avenir, c'est son présent. Son travail, c'est vraiment son métier, pas le job d'été dans le business de papa et maman. Parce que ça aussi c'est quelque chose qu'on a en commun avec les gosses de riches, Théo, Rémi et moi, que nos parents ils ont des business qui nous assurent une sécurité si on décide de les reprendre un jour. »
« Je m'y vois, dans ses yeux, et je me dis que lui et moi, on aurait beau essayer, on sera jamais du même monde, c'est pas possible. D'un autre côté, je crois qu'il y a un endroit où nos mondes se touchent et qu'à force de passer du temps à cet endroit, y a un peu de son monde dans le mien. Peut-être même un peu du mien dans le sien, mais ça j'en doute, parce que l'influence, c'est clair qu'elle est plus de lui à moi que de moi à lui. »
« VACANCE (n.) :
État de ce qui est vide, inoccupé, disponible.
État de repos, d'inaction.
Je suis donc un amour vide. Un amour disponible, inoccupé, un amour de repos. Et c'est pas moi qu'elle a gardé à distance, Léna, mais plutôt tout ce qui en moi lui demande des efforts. Avec moi elle s'est reposée de l'amour. Elle s'est vidé la tête, et je peux pas lui en vouloir, une fois que c'est vide, on peut pas vider plus. Elle a pris ce dont elle avait besoin avant de retourner à Paris retrouver toutes les questions qu'elle aime se poser avec son copain, et pas avec moi. À se demander si oui ou non elle l'aime encore, à se dire que si la question se pose, c'est pas bon signe, et « quand y a des doutes y a pas de doute », mais en même temps « si je me bats autant pour sauver mon couple, c'est qu'il a de l'importance », et les soupçons : « est-ce qu'il m'aime que pour le sexe ou c'est plus que ça ? », toutes ces choses qu'elle dit à ses copines en parlant de lui quand je fais semblant de pas entendre...
C'est bien beau cette histoire d'amour de vacances pour se reposer, mais pour que le contrat soit respecté, il aurait fallu que ça nous vide la tête à tous les deux. Seulement Léna, c'est comme si sa tête s'était vidée dans la mienne. Et ça, c'est ma faute, à moi qui sais pas reconnaître la nature des sentiments, et pas reconnaître grand-chose. La direction du vent à la limite, c'est pas compliqué, suffit de se foutre le doigt dans la bouche et de savoir que les îles en face, c'est à peu près le sud. Alors si je devais en vouloir à quelqu'un, ce serait à moi, d'avoir rendu la tâche si facile à Léna de jouer avec moi. Elle, elle faisait que suivre la règle du jeu... »
« Je me dis que mon père doit être un peu perdu avec moi. Il doit pas trop savoir comment me parler, à cause de l'impression qu'on vit dans des mondes parallèles. Comme si j'étais pas capable d'éprouver les choses qu'il a pu éprouver, comme si en réussissant sa vie, il avait fait des enfants sans problème, comme si tout allait forcément bien pour moi et que mes soucis, les questions que je me pose, c'étaient des faux problèmes, comme s'il avait pas le temps pour ces conneries-là. Il serait peut-être surpris de savoir qu'on peut ressentir la même chose à dix-sept ans qu'à cinquante. En tout cas, moi, j'avais peut-être quinze ans, mais j'étais là, le jour où il m'a appelé en pleine nuit au milieu de l'hiver, pour que je le rejoigne sur la plage, et qu'il s'est mis à chialer en disant qu'il comprenait pas ce qu'il avait fait pour mériter ça. J'ai pas rigolé, moi, même si je trouvais ça ridicule de pleurer comme un bébé devant son fils, parce qu'il fallait être con pour pas la voir venir, leur séparation, et pour pas voir non plus tout ce qu'il aurait pu faire depuis des années pour l'éviter... Je trouvais ça ridicule, mais je trouvais pas ça drôle du tout, et c'était même pas que mes parents se séparent qui me faisait de la peine ça c'était plutôt la confirmation de ce que je pensais depuis longtemps, c'était juste de le voir si triste. »
Quatrième de couverture
« Ils sont rares les moments comme maintenant où je la regarde vraiment, juste pour savourer. La plupart du temps je suis plutôt occupé à essayer de savoir de quoi j'ai l'air dans ses yeux. »
Comme chaque été, les touristes affluent sur le littoral, quelque part au sud de la France. Et Noé navigue entre ses amis, toujours les mêmes, et le restaurant de la plage où il travaille pour son père.
Comme chaque été, Noé n'attend qu'une chose : retrouver Léna.
Léna est parisienne, charismatique, cultivée, rien ne semble l'atteindre. Elle rayonne tandis que Noé se perd dans ses incertitudes. Qu'est-ce qu'elle peut bien lui trouver, à lui qui n'a rien d'autre à offrir que ce bord de mer et cette bande de copains un peu bancale ? Il le sait, un amour de vacances, ça ne dure pas. Mais est-ce une raison pour tout gâcher ?
Dans une langue nerveuse et ciselée, Je rouille dépeint un amour incandescent, à la fois unique et inquiétant. Et révèle ainsi un jeune homme qui se cherche et qui pense trouver des réponses dans le regard de l'autre.
Éditions Calmann Lévy, août 2025
152 pages

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