mardi 18 août 2026

Les orphelins ★★★☆☆ d'Éric Vuillard

« Le nom de Billy est un ressort. Il est le nom de la fiction proprement dite, il est le personnage par excellence. Il suffit de prononcer son nom et l’histoire commence. Il incarne la conquête, l’esprit d’aventure, l’individualisme naissant, avec son chatoiement de contradictions romanesques. »

Billy the Kid. Un nom qui suffit à faire surgir tout un imaginaire en effet, le Far West, les revolvers, les hors-la-loi, la liberté, la légende.

Mais qui était vraiment Billy ?

J’ai mis un peu de temps à entrer dans ce livre, à comprendre où Éric Vuillard voulait nous emmener. J’ai même relu certains passages, avec cette impression d’avoir peut-être laissé échapper une information essentielle. C'est une lecture qui demande de la concentration, je crois, mais qui se révèle d’une intelligence et d’une richesse folles.
Car en réalité, derrière la figure mythique du Kid, l'auteur raconte un gamin orphelin, pauvre, errant, dont la vie nous échappe presque entièrement. Une existence trouée de « peut-être », de « probablement », de récits contradictoires… « Toute sa vie est au conditionnel. En fait, plus on approche de lui, plus il s’efface. »
« Billy ne nous sera livré qu’une fois disparu. Alors, on inventera Billy, on lui fabulera une existence glorieuse ou moins glorieuse, on lui donnera sa chance. »
Billy est ainsi un orphelin de l’Histoire, de ceux qui n’ont ni archives, ni pouvoir, ni voix pour raconter leur propre vie. Et Eric Vuillard refuse de combler les blancs « le plus important, ce n’est pas l’exactitude […] c’est l’inexactitude au contraire, le flottement, l’impossibilité où nous sommes de savoir ».

Derrière le mythe du Far West, il montre aussi une Amérique conquérante, coloniale et profondément violente. Une société où la frontière entre hors-la-loi et homme de loi devient parfois bien mince, où les puissants disposent d’autres armes comme l’argent, les terres, la politique, les institutions.
Un regard très engagé, peut-être même un peu trop manichéen à mon goût. Et si sa démonstration est incontestablement intelligente, j’ai parfois trouvé son propos un peu démonstratif, comme s’il soulignait avec insistance ce que l’on savait déjà. On savait que la conquête de l’Ouest ne s’était pas faite dans la douceur et pas davantage que la construction de la puissance capitaliste américaine. Reste que la façon dont il relie l’histoire de Billy à la grande Histoire, avec son regard à lui, ça fait réfléchir.

C’était ma première rencontre avec Éric Vuillard. Une écriture singulière, qui mêle récit historique, digressions, ironie, réflexion politique et envolées presque poétiques. Parfois déroutante, mais indéniablement riche.
Je ne suis peut-être pas entrée dans son œuvre par la porte la plus simple, mais Les Orphelins m’a donné envie de découvrir ce qui se cache derrière.

Une histoire de Billy the Kid, oui. Mais surtout sur ceux qui écrivent l’Histoire, ceux qui la subissent et ceux qu’elle laisse dans le silence.

« SI L'ON VEUT essayer de comprendre Billy, si l'on veut apprendre à parler couramment le Kid, la langue que fut Billy the Kid, si l'on veut parler sa vie comme une langue maternelle, alors dans un premier temps, il faut peut-être se résoudre à ne lire aucun livre. Il faut seulement se tenir dans le petit vent frais, là où l'on est seul et pauvre et comme très loin de soi. C'est là que se tient Billy, le petit sauvage. C'est là qu'il écrit ses thèses de sang et griffonne dans le sable ses petits Mémoires de sagouin, c'est là qu'il torche sa vie et la nôtre à coups de carabine, sale Billy ! Il connaît toute l'Histoire du monde, et il ne sait rien. C'est ça être orphelin, tout savoir, et pourtant ne rien dire, et se tenir seul et froid dans son pauvre rayon de soleil. Il mendie, Billy. Nous n'avons rien à lui donner. Rien. Tous les mots écrits subissent le même sort, nos bibliothèques sont une collection de cris étouffés, catalogue d'abois contre-pesés, expurgés, polis. On ne peut pas étudier Billy, on ne peut ni le retranscrire, ni le raconter. Billy, c'est une poignée de sable dans les yeux.
Avant Jesse James et Billy the Kid, il n'y avait pas de vrai sang sur les planches. Richard III est un voyou splendide, mais Billy est un pauvre idiot. À l'ouest, ils ont inventé ça, la poussière, les yeux éblouis par un soleil miteux, la mort vaine. Il faudrait écrire une lettre d'amour pour raconter l'histoire de Billy, mais on ne le peut pas. Il est mort bien avant Rimbaud, plus jeune que Mozart, plus jeune que Büchner, plus jeune que tout le monde. Il est mort à vingt et un ans. Personne ne l'aimait. »

« Sur son lit de mort, Frank. P. Cahill racontera au juge de paix l'empoignade brutale qui venait d'avoir lieu entre lui et Billy, et à l'issue de laquelle le Kid devint un hors-la-loi. Et voici qu'entre les mailles de la langue écrite, dans la déposition rédigée par le sinistre juge de paix de ce patelin de toiles et de planches qu'était Camp Grant, tandis que la prose du rédacteur tente de civiliser l'événement, de lui donner son tour judiciaire, définitif, de le traduire dans le latin monotone des procès-verbaux, voici que l'on tombe sur des restes de tournure orale, un petit morceau de Billy. On entend soudain sa voix, le son de sa voix dans celle de Cahill ; et on la reconnaît aussitôt. Et il est émouvant de penser que le seul élément authentique et sensible de la vie de Billy qui nous soit peut-être parvenu, la trace la plus indubitable de son passage sur terre, gît dans ce triste lambeau de prose recueilli par un juge et que l'on peut encore trouver dans la bouche de n'importe quel vaurien, et qui peut-être détient le secret de leurs souffrances : "Je l'ai traité de maquereau et il m'a appelé fils de pute." »

« [...] le plus important, ce n'est pas l'exactitude, puisqu'elle est ici impossible, c'est l'inexactitude au contraire, le flottement, l'impossibilité où nous sommes de savoir, ce sont les probablement, les il se peut, les peut-être qui tapissent le récit de son existence comme des habits misérables laissant voir le jour à travers eux. Puisqu'une fois qu'on a supprimé tout ce qui n'est pas rai-sonnablement certain dans la vie de Billy the Kid, il ne lui reste rien. »

« Et si l'on a tant de lacunes pour une vie si brève, si peu d'informations fiables, si peu de documents, de dates, de certitudes, et tant de pointillés, c'est parce que le pauvre Billy, William, Henry, peu importe, ayant mené une vie de fugitif, n'est qu'un pauvre orphelin. Il n'a pas eu de père, et, quand sa mère mourut, il avait quatorze ans. Et c'est de petits boulots pour survivre, en tristes larcins et en crimes, que le Kid va finalement apparaître, comme sur sa photographie légendaire, reléguant William Bonney, William McCarty, William Antrim et Henry Bonney aux insondables archives. Désormais, il portera ce pauvre surnom, auquel Chaplin donnera, quarante ans après, une note plus douce, et qui est offert aux enfants qui n'ont rien d'autre à se mettre le Kid. »

« Billy ne nous sera livré qu'une fois disparu. Alors, on inventera Billy, on lui fabulera une existence glorieuse ou moins glorieuse, on lui donnera sa chance. Mais le jeune Billy, l'adolescent, celui qui a été jeté en prison pour avoir volé un peu de linge, on ne le connaît pas. On ne connaît jamais les adolescents. Ils nous évitent, nous mentent. Tout ce qui est correct, régulier, nos lois, nos mœurs, leur font horreur. Et Billy, du fond de son horreur pour nous, de son insondable malheur, de son honnêteté endurcie, vola du linge et des vêtements miteux. Il aimait prendre ce qui est aux autres, il vou-lait tout pour lui, essayer les vêtements en vitesse, se regarder dans la glace, s'admirer, froisser le linge, briser le miroir à coups de pied et jeter tout ça dans un trou. »

« On s'étonne que le Kid ne soit pas parti plus loin de chez lui. Les vagabonds restent le plus souvent à deux pas de l'endroit qui les a vus naître. Ils partent précipitamment, et tombent presque aussitôt. Ils n'explorent pas le monde, ils le fuient. On ne fuit jamais assez loin. On tourne autour de quelque chose.
On dit que certains oiseaux volent ainsi, par milliers, dans la nuit ou dans le jour. Ils remontent les minces artères au flanc des falaises, survolent les grands pins, ne se posent jamais vraiment mais planent au-dessus des immenses troupeaux, jusqu'aux monts Sacramento, et là, face à la paroi sombre de la vie, des murailles soudain poussent en dessous d'eux, dans le ciel ouvert, ils commencent à se laisser tomber, lentement, volent et se cognent les uns aux autres, comme un nuage gronde et crève. 
»

« Ainsi, Billy. Il rôde parmi les récifs de chardons, et rampe, allongé à midi, sous les mangeoires des bêtes. »

« Enfin, le Kid se mêla à une bande de hors-la-loi qui écumait le Nouveau-Mexique. La bande avait pour chef Jesse Evans, un gamin de vingt ans, à demi cherokee. On braconnait les bleds paumés, on pillait les fermes, on volait des chevaux. Tous les petits voyous de cette joyeuse bande avaient à peu près vécu de la même manière, connu les mêmes épisodes d'errance, de solitude. Et souvent, la nuit, sans prévenir, quelques-uns d'entre eux s'en allaient, comme si une blessure honteuse, une douleur d'enfant mal-aimé, obscure, les obligeait malgré eux à fuir. Ils partaient courir leur chance de leur côté, au hasard, rejoignant d'autres copains, bossant une saison dans un ranch, puis dans un autre. Cette errance était leur malédiction, leur salut.
Billy se sentit revivre. Il n'était plus tout à fait seul. Il s'entraînait à tirer, à monter à cheval. Il devenait habile. C'est une grande satisfaction de savoir tirer, de disposer d'un tel outil, d'en avoir la maîtrise. Et puis un révolver, ce n'est pas n'importe quel outil, c'est un outil qui vous libère de tous les autres. Plus besoin de porter les ballots de paille, plus besoin de faucher, de clouer, de piocher, une arme à feu libère du travail manuel auquel on était condamné. Billy est libre. À la manière des petits truands, il jouit d'une liberté précaire, fragile. Mais peu importe ! On défonce les serrures pour entrer, on piétine le travail des autres. La violence est indispensable à la liberté. »

« Regarde la vie de travers. Attaque les ban-ques, bute les flics, picole, casse les vitrines à coups de révolver, pisse sur les pieds des cons. Ah ! Jesse Evans, poème, imbécile, tu es intraduisible en mots, comme ce petit tas de lumière sur le plancher, comme cet urinoir à l'envers ! Pauvre Jesse, on t'aime bien, tu nous invites, tu payes à boire, et puis tu files sans régler l'addition. Un an plus tard, te revoilà, la gueule enfarinée, pauvre Jesse, tu as pris un coup de vieux, on dirait que tu as vingt-cinq ans, vieux clown, on s'embrasse et c'est reparti. Avec Rockefeller, évidemment, c'est moins drôle, il ne pense qu'au pétrole, à standardiser son huile, ses gaz, pauvre Rockefeller. On raconte qu'à la fin, il ne buvait plus que du lait de femme, on raconte encore qu'une fois ses invités partis, les rares fois où il en avait, le milliar-daire piochait dans les assiettes et terminait les restes. »

« DÉBUT OCTOBRE, la petite bande fut repérée à Tularosa. Ils bivouaquerent, au beau milieu de la ville, au pied de l'église d'adobe, titubant entre les murs de pierres sèches, jetant leurs vestes aux épines de cactus, comme d'autres les laissent au vestiaire. Tularosa était alors une toute petite bourgade mexicaine, avec une rue principale où vivotaient des gringos. Il n'y a pas de ville à Tularosa. Seulement une rue vide. Ce vide n'est rien d'autre qu'une manifestation de la vie coloniale. On étire ses tentacules très vite le plus loin possible au milieu d'étendues stériles, sans préjudice des populations semi-nomades, de leur pauvre vie pastorale, ancienne, isolée, de leur agriculture rudimentaire, de leurs villages de terre adossés à une rangée d'arbres. On s'installe impunément au milieu des autres, on les massacre un peu, on les assujettit et puis on leur donne des noms, d'abord ceux qu'avait imposés l'usage : Indiens, Amérindiens, Mohicans, Navajos; puis des noms injurieux : Peaux-Rouges, sauvages ; et enfin des euphémismes qui ajoutent la bonne conscience à l'injure et l'hypocrisie à l'indifférence : indigènes, hispaniques, autochtones, Premières Nations, Native Americans... Pourtant, ce sont bien les Indiens qui ont été exterminés, les Natives, eux, languissent dans des réserves, si bien que derrière l'expression Natives, sous ce terme convenable, honnête, l'extermination semble presque oubliée, escamotée, blanchie. »

« Il faut avoir un peu traîné ses guêtres dans la capitale fédérale, pris en photo les imposants monuments de l'empyrée, visité toute cette camelote de l'État américain, avant de terminer cette tournée épuisante au Lincoln Memorial, faux temple grec, qui fut finalement construit à la place de l'ostentatoire projet orné de six statues équestres, de trente et une sculptures aux proportions colossales, ou de la cabane en rondins qu'on imagina ensuite par un fantaisiste retour des choses ; il faut même, par curiosité, jeter un œil au site du futur mémorial avant sa construction, méditer sur ce paysage marécageux, toute cette terre vaine, avec, au milieu de rien, son immense bassin réfléchissant, déjà là, comme le témoin attardé dans le passé de tous nos crimes à venir ; puis, avec les innombrables gogos, les sept millions de gobe-mouches qui viennent ici chaque année, achever sa course aux clichés dans la petite cabine à droite de l'entrée où se marchandent les bustes couleur bronze de dix-neuf centimètres de haut du grand homme, pour enfin, parmi cette flopée de rêveurs venus des quatre coins du monde, faire quelques pas derrière la lentille froide de son appareil photographique jusqu'à l'original de presque six mètres de haut, la gigantesque statue du président Abraham Lincoln assise sur un colossal trône de marbre ; oui, il faut avoir passé au moins un jour à Washington DC pour s'apercevoir que les États-Unis ne sont décidément pas une nation comme les autres, mais une colonie établie à la va-vite sur des marécages.
Et à travers les marbres de Washington, à travers les pierres du faux obélisque qui surplombe le gigantesque plan d'eau, très loin des crimes de nos petits malfrats et des modestes boutiquiers de Lincoln, très au-dessus de nos politiciens, de nos avocats ambitieux, on devine, finançant les campagnes, sponsorisant les partis, subventionnant la santé, l'éducation, l'art, si loin, si haut cette fois-ci, qu'on y voit à peine à travers les nuages du droit et de la richesse, on devine les rayons d'une puissance autrement redoutable. C'est elle qui, sur je ne sais quel chemin plus tortueux que celui de Damas sut convaincre Thomas Benton Catron qu'un poste de sénateur et des milliers d'hectares valaient bien qu'on aménage un peu la vérité et qu'on tue quelque rancheros, c'est elle qui parvint à convaincre Elkins que l'honneur d'un mandat ne vaut pas plus de quatre ou cinq millions de dollars, que les principes valent quatre à cinq millions de dollars, pas un sou de plus. Et c'est elle qui sut convaincre Axtell qu'un poste de procureur et un large portefeuille d'actions valent bien quelques entorses aux principes. Et c'est encore elle que l'on devine, à travers la petite brume qui se lève au matin et enveloppe le Jefferson Memorial de son indéfinissable tristesse, l'ombre de ces millions de dollars, l'envers du suffrage universel. »

« Mais George n'est pas seulement un vieux fabulateur, le triste jouet d'une illusion, il doit avoir raison à sa manière, tout converge vers Billy. Sa jeunesse, sa mort sont de sérieuses raisons de le placer au centre des choses. Il est n'importe quelle jeunesse perdue, n'importe quel enfant abandonné sur les routes du monde, n'importe quelle victime du mauvais sort, il est le vagabond, le vent mauvais. Et puisque même les faits établis lui font défaut, qu'il n'a pas de nom, pas de date de naissance, pas de père, et qu'il mourra abattu comme un chien sans laisser autre chose que du vide, il y a de quoi être ému. Il y a de quoi évoquer le Kid avec affection, comme le fera George, son vieux copain, comme ils le feront presque tous. »

« Une fois que le clan Dolan eut définitivement vaincu, les adversaires de Billy intégrèrent aussitôt la force publique et la plupart de ses camarades furent, à leur tour, recrutés par leur ancien ennemi. Il fallait bien trouver du boulot, peu importait l'employeur. La plupart des malfrats devinrent alors officiers de police, c'est ainsi qu'au commencement de leur histoire se constituent les forces de l'ordre. »

« Il commença sa carrière criminelle à l'occasion d'une partie de poker, son ami Chavez lui reprocha soudain de tricher, Bob se leva et déchargea son six-coups. Après quelques crimes, tandis qu'on l'accusait d'avoir tiré dans le dos d'un pauvre type devant sa femme et ses marmots, l'affaire fut classée et il fut nommé shérif adjoint de Pat Garrett. Enfin, apprenant sa mort, on prétend que sa propre mère aurait dit de lui : "Bob fut un criminel-né, et si l'enfer existe, il doit être là-bas." Bien sûr, une telle sentence relève de la légende, mais il se peut qu'elle nous souffle une vérité abrupte à travers l'haleine fétide de la médisance, et que l'on y saisisse, entre les chicots du malheur, quel fut le triste chemin du petit Bob Olinger, que la vie, ou sa mère, n'aimait pas. »

« À cet instant, face aux cent mille vaches de Chisum, et face à toute cette galerie de Chisum, qui ont peut-être tous d'horribles mufles de vache, de chameau ou de vache, carne, rosse, gueules à vacherie, face aux vaches à collerette élisabéthaine, face à John Chisum himself, on mesure mieux la place du pauvre Billy, qui fut à l'occasion, et pour son malheur, à sa solde. C'est que les Chisum sont en quantité sur leur arbre, ils se tiennent bien chaud, ils se regardent pour l'éternité en chiens de faïence, qu'ils soient capitaines ou propriétaires de bétail. Mais Billy est tout seul. Au-dessus de lui, personne, que des noms approximatifs, des théories, des rêves. À ses côtés, un frère fantôme. Et en dessous de lui, c'est encore le vide, pas de descendance, plus rien, seulement de vagues rumeurs. Au milieu de l'éternité, dans la nuit noire du temps, parmi les branches innombrables de l'hu-manité, il y a la toute petite branche de Billy, son rameau solitaire. »

Quatrième de couverture

Soudain, le vide se fit en lui. Son petit corps se contracta tout entier, il trembla ; et, à cette minute, il sut qu'il serait toujours seul. Une terrible angoisse lui remonta par le bas du ventre. Il aperçut à contre-jour la gueule de Cahill, la mort lui parut proche, toute proche ! Sur sa joue, il sentit le soleil, son harmonie mortelle, sa beauté. Il eut envie de pleurer. Alors, les visages des soldats, des garçons vachers qui faisaient cercle autour de lui, s'évapo-rèrent dans le néant. Sa main se faufila jusqu'à l'arme, et il tira.
É. V.

Écrivain et cinéaste né à Lyon, Éric Vuillard est notamment l'auteur chez Actes Sud de Tristesse de la terre (2014), 14 juillet (2016), La guerre des pauvres (2019). Son œuvre, traduite dans quarante langues, lui a valu de nombreuses récompenses, dont le prix Goncourt pour L'ordre du jour (2017) et le prix Ernst Bloch en 2025 pour l'ensemble de son œuvre.

Éditions Actes Sud, Un endroit où aller, janvier 2026
163 pages

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