samedi 4 juillet 2026

La meilleure façon de marcher ★★★★☆ de Ben Montgomery

Vous avez envie de marcher ?
Pas pour battre un record. Pas pour aller quelque part.
Simplement pour remettre un pied devant l'autre et respirer un peu plus librement ?
Alors ce livre vous attend !

"La meilleure façon de marcher" raconte l'histoire d'Emma Gatewood, cette Américaine de 67 ans qui, en 1955, devient la première femme à parcourir d'une seule traite les 3 500 kilomètres du sentier des Appalaches. Mère de onze enfants, grand-mère de vingt-trois petits-enfants, elle quitte un matin sa maison en disant simplement qu'elle « part faire un tour ».
On pourrait croire que ce livre célèbre un exploit. J'y ai surtout lu une émancipation.
Car derrière cette silhouette frêle chaussée de simples Keds se cache une femme qui a longtemps vécu sous l'emprise d'un mari violent. La forêt n'est pas un terrain de jeu, mais plutôt un refuge. Et la marche, une manière de reprendre possession de sa vie.

« Parce que j'en avais envie. »
Elle s'autorise enfin à n'obéir qu'à son propre désir.

J'ai aimé que Ben Montgomery ne fasse pas d'Emma une héroïne inaccessible. Journaliste avant d'être écrivain, il s'appuie sur les archives, les témoignages et le contexte historique pour retracer son parcours avec beaucoup de précision. Cette approche documentaire donne parfois au récit un ton plus journalistique que romanesque ; c'est sans doute la seule petite réserve que je garderai de cette lecture. Mais elle n'enlève rien à l'admiration que suscite cette femme.

Au fil des pages, c'est aussi un magnifique hommage à la marche qui se dessine. Thoreau, Hippocrate, Stevenson ou encore Dickens s'invitent dans le récit pour rappeler combien marcher nourrit autant le corps que l'esprit. Les descriptions des Appalaches donnent envie de ralentir, de lever les yeux, d'écouter le silence des bois.
« On ne s'aventure pas dans les bois pour vivre à la dure, mais pour trouver un apaisement. La vie de tous les jours est déjà assez dure. » George Washington Sears (en exergue)
« Plus je vieillis, plus je vais vite. », disait Emma Gatewood, citée en exergue. Comme si les années nous apprenaient enfin dans quelle direction marcher.
Une lecture inspirante, lumineuse, qui rappelle qu'il n'est jamais trop tard pour reprendre le chemin de sa propre liberté. Et que parfois, le plus grand des voyages commence par une décision que l'on ne doit qu'à soi-même ✨️

« [...] le sentier des Appalaches - surnommé « le chemin du peuple » - à présent tracé dans sa totalité, est ouvert au public. Il offre la possibilité de s'évader pour une journée, une semaine ou un mois, et invite à se perdre dans la nature sauvage.
Un homme du nom de Harold Allen résume ainsi son attrait : 

Lointain pour la solitude, 
étroit pour une compagnie choisie, 
sinueux pour le loisir,
isolé pour la contemplation,
le Sentier ne mène pas seulement du nord au sud
mais conduit l'homme vers son propre corps, son esprit, son âme. »

« On ne s'aventure pas dans les bois pour vivre à la dure, mais pour trouver un apaisement.
La vie de tous les jours est déjà assez dure. » George Washington Sears

« Maintenant ou jamais. »
Henry David Thoreau

« Plus je vieillis, plus je vais vite. »
Emma Gatewood 

« Nous sommes le 3 mai 1955 et la voilà enfin, ses Keds bien lacées aux pieds, sur l'extrémité sud du sentier des Appalaches, le plus long chemin de randonnée au monde. Devant elle, les cimes percent l'horizon bleu-noir et s'étirent vers le ciel. Cette femme, mère de onze enfants et grand-mère de vingt-trois petits-enfants, se tient debout face à un paysage hostile, fait de rivières enragées et de roches menaçantes. Elle en a rêvé, de ce chemin. Chez elle, dans l'Ohio, où elle entretenait son jardin et gardait ses petits-enfants, elle y pensait sans cesse, impatiente d'avoir enfin la liberté de s'échapper. Il a fallu qu'elle attende jusqu'à ses 67 ans pour pouvoir s'y lancer. »

« Devant elle, à présent, se déploie une incroyable étendue d'ormes, de châtaigniers, de tsugas, de cornouillers, d'épicéas, de sapins et d'érables à sucre. Bientôt, elle découvrira des ruisseaux étincelants, des torrents déchaînés, des paysages à couper le souffle. »

« Elle ne dévoilera jamais la raison profonde. Jamais elle ne montrera ses dents cassées ou ses côtes fracturées aux journalistes et aux caméras, jamais elle n'évoquera la ville aux sombres secrets, ni sa nuit passée dans une cellule de prison. Elle se présentera comme veuve. Oui. Elle leur dira avoir trouvé du réconfort dans la nature, loin de la poussière de la civilisation. Elle citera la phrase que son père lui répétait : « Ne traîne pas les pieds. » Un conseil qu'elle tâchait d'appliquer, leur dira-t-elle, qu'il pleuve, qu'il vente ou qu'il neige, à travers la vallée de l'ombre de la mort. »

« Lorsque des rivières de bitume se répandirent dans les vallées, l'Amérique motorisée découvrit le monde ouvrier et minier, mais aussi une région en pleine mutation. Dans les années 1950, l'alliance des techniques agricoles rudimentaires et la perte d'emplois míniers au profit des machines provoqua un exode des Appalaches. Ceux qui restèrent étaient suffisamment endurcis, ou suffisamment malins, pour survivre.
Tel est le territoire que foule Emma Gatewood. Elle chemine à travers une région incomprise, tissée d'amour et de danger, d'hospitalité et de venin, sur un sentier conçu par autrui comme la meilleure façon de traverser un paysage à la beauté rugueuse.
Elle a accepté l'invitation de marcher dans les pas de ses prédécesseurs - cette armée civile d'urbanistes, d'environnementalistes, de défricheurs et de devenir, d'une certaine façon, une pèlerine.
Elle vient des contreforts et, bien qu'elle ne sache pas exactement à quoi s'attendre, ne se sent pas totalement étrangère à ces lieux. »

« Les fleurs sont en pleine éclosion : les sanguínaires, les trilles, les violettes, les bleuets, les sabots-de-Vénus, les galanes. À l'orée du bois, un éclat attire son attention, une merveille qu'elle ne reverra pas avant plus de 3 000 kilomètres, comme un cadeau des Cherokees : un cornouiller à fleurs roses. »

« Après un copieux repas, ils longèrent la rivière Ohio en diligence pour se rendre à Gallipolis, puis dans la famille d'Emma au-dessus de Northup, où ils passèrent leur nuit de noces dans une  chambre bricolée à l'aide de draps tendus autour du lit. Ensuite, ils prirent le chemin du petit chalet que P.C. possédait, sur une colline surplombant Sugar Creek.
La lune de miel fut de courte durée. P.C. ne tarda pas à traiter Emma comme sa chose, à se servir d'elle comme domestique. Elle devait balayer, construire des clôtures, faire sécher les feuilles de tabac, mélanger le ciment. Ce n'était pas la vie qu'elle avait imaginée, mais elle fit de son mieux pour s'en accommoder.
Ils n'étaient mariés que depuis trois mois lorsqu'il se mit à la battre. »

« Ce sentier est l'œuvre d'un rêveur, un certain Benton MacKaye. Diplômé de Harvard, il raconte en avoir eu l'inspiration au cours d'une randonnée de six semaines, faite après ses études. Alors qu'il se tenait sur la montagne Stratton dans le Vermont, il a imaginé un chemin pédestre perché sur les sommets et traversant la chaîne sur toute sa longueur.
En 1921, l'idée a mûri dans son esprit, et des amis le convainquent de décrire sa vision dans un article pour le Journal of the American Institute of Architects. MacKaye y écrit que le but du sentier serait « d'étendre l'environnement primitif et de poser des limites à l'environnement métropolitain », en offrant une majestueuse colonne vertébrale accessible à tous ceux qui se sont amassés dans les villes de la côte est. Après la publication de son papier, MacKaye cherche à impliquer des clubs de randonnée, des avocats, et d'autres groupes susceptibles d'aider à mettre son plan à exécution. Des centaines de personnes contribuent au projet, traçant et cartographiant des sections du sentier, fouillant dans les actes de propriété et les dossiers fiscaux des palais de justice, avec l'idée de bricoler ensemble et de préserver pour le public la plus longue piste de randonnée ininterrompue du monde. »

« En juin 1862, soit 93 ans avant le voyage d'Emma, Henry David Thoreau avait prédit ce déclin dans son essai De la marche³, publié à l'époque par la revue Atlantic Monthly :
« Actuellement, dans ces régions, la majeure partie de la terre appartient à tous ; le paysage n'est la propriété de personne, et le marcheur jouit d'une certaine liberté. Mais le jour viendra peut-être où ce paysage se verra divisé en terrains d'agrément dont une poignée d'individus profiteront et tireront un plaisir tout relatif ; lorsque se multiplieront les clôtures, lorsque les pièges à humains et autres machines visant à confiner l'homme à la route publique seront inventés, lorsque marcher sur la surface du monde créé par Dieu sera considéré comme une intrusion sur les terres de quelque individu. Avoir l'exclusivité d'une chose nous prive de la véritable jouissance que cette chose pourrait nous apporter. Profitons donc pleinement de ce qui nous est donné, avant que n'adviennent ces jours funestes. » »
3. Paru en français dans une traduction de Thierry Gillybœuf, Fayard, 2020. 

« Les anthropologues estiment que l'homme primitif marchait 32 kilomètres par jour. Dans l'Antiquité déjà, on attribuait à la marche des bénéfices aussi bien physiques que mentaux. L'écrivain romain Pline l'Ancien (23-79 apr. J.-C.) décrivait la marche comme l'un des « remèdes dépendant de la volonté de l'individu ». Le médecin grec Hippocrate la considérait comme « le meilleur médicament pour l'homme » et prescrivait sa pratique pour traiter les problèmes émotionnels, les hallucinations et les troubles digestifs. Aristote faisait ses cours en marchant. À travers les siècles, les plus grands penseurs, écrivains et poètes vantèrent les vertus de la marche. Léonard de Vinci conçut des rues surélevées pour protéger les marcheurs de la circulation des charrettes. Un jour, Jean-Sébastien Bach parcourut 320 kilomètres à pied pour aller écouter un grand organiste.
William Wordsworth aurait quant à lui marché 290 000 kilomètres au cours de sa vie. Dans son essai Night Walks, Charles Dickens saisit l'état extatique à la frontière de la folie de ses nuits sans sommeil et conclut ainsi : « La marche est synonyme de bonheur. La marche est synonyme de bonne santé. » Robert Louis Stevenson parlait de son côté de « la grande camaraderie des chemins » et des « rencontres brèves mais précieuses que seuls les promeneurs connaissent ». 
Plus récemment, les écrivains connaissant les bénéfices du mouvement n'ont eu de cesse de condamner l'apathie du monde, la paresse généralisée.
« Bien sûr, les gens continuent de marcher, ironise en 1912 un journaliste du Saturday Night. C'est-à-dire qu'ils traînent les pieds sur leurs propres territoires, de la porte de chez eux jusqu'à leur voiture ou un taxi... La véritable pratique de la marche, cependant, est aussi éteinte que le dodo. »
« Ils disent ne pas avoir le temps de marcher - et attendent quinze minutes pour qu'un bus les amène 200 mètres plus loin », écrit Edmund Lester Pearson en 1925. « Ils prétendent être pressés, très occupés, extrêmement dynamiques ; en réalité, ils sont paresseux. Une poignée d'originaux - des gamins, essentiellement font de la bicyclette. »
Les jours funestes dont parlait Thoreau sont arrivés et le pays, clés de voiture en main, troque de façon dramatique ses pieds contre des pneus. Le bilan humain est ahurissant: le nombre d'accidents de la route explose, les voitures tuent près de 30 per-sonnes par jour et en blessent 700. Un journaliste du Saturday Evening Post qualifie le phénomène de « conflit » entre l'homme et l'automobile. « Le piéton, écrit-il, risquerait moins sa vie dans la savane africaine infestée de lions ou sur un territoire de tigres mangeurs d'hommes qu'en traversant une rue du centre-ville à la tombée de la nuit ».
C'est à ce moment-là, au milieu de la confluence de l'ingénierie mécanique et de la construction autoroutière, que le sentier des Appalaches - surnommé « le chemin du peuple » - à présent tracé dans sa totalité, est ouvert au public. Il offre la possibilité de s'évader pour une journée, une semaine ou un mois, et invite à se perdre dans la nature sauvage.
Un homme du nom de Harold Allen résume ainsi son attrait : 

Lointain pour la solitude, 
étroit pour une compagnie choisie, 
sinueux pour le loisir,
isolé pour la contemplation,
le Sentier ne mène pas seulement du nord au sud
mais conduit l'homme vers son propre corps, son esprit, son âme.

En 1948, Earl Shaffer est le premier à le parcourir de bout en bout d'une seule traite, le premier thru-hiker. À la suite de cette prouesse, il écrit :

J'y repensais comme à une sorte de rêve éveillé, habité de soleil, d'ombre et de pluie
Avec la certitude, déjà, que l'envie me viendrait souvent de repartir
Sur les collines côtoyant les nuages, surplombant le monde entier
Près du cairn battu par le vent où des yeux émerveillés accueillirent les premiers le jour naissant
De marcher encore là où glissent les nuages blancs, loin du fracas de la ville
Et de boire, à la gloire du Long Sentier Perché, l'eau claire et fraîche de la montagne.»

« À l'origine, le sentier des Appalaches est pensé comme un espace infini de nature sauvage où le marcheur est invité à flâner à sa guise. Personne n'envisage alors de le parcourir d'une traite, dans sa totalité. Par fragments, oui. Ou pour une randonnée à la journée. Mais y marcher cinq mois durant, confronter son corps à la terre, tester les limites de son endurance physique et mentale, n'est pas le but. Le parcours se conçoit alors en termes de sections, comme un bœuf se découpe en morceaux. Même si l'on goûte à chaque partie de la bête, il ne s'agit pas de la dévorer tout entière. Avant 1948, personne n'aurait même pu imaginer qu'une telle prouesse était réalisable. »

« Emma a l'habitude de s'échapper dans la nature. Cela remonte à loin.
« J'ai toujours beaucoup marché dans les bois, dira-t-elle à un journaliste des années plus tard. Le calme et le silence des forêts m'attirent, et j'aime la paix qui y règne. »
Les gens la prenaient pour une folle, à l'époque. Mais pour elle la nature était un refuge, loin de son foyer dirigé par un tyran.
Plus tard, elle confia à ses enfants que leur père ne lui infligeait pas seulement des coups de poing qui la laissaient avec les yeux au beurre noir et les lèvres en sang. Elle était aussi l'objet de son appétit sexuel insatiable, il exigeait qu'elle se donne à lui souvent plusieurs fois par jour. Ils ignoraient ce fait à l'époque, mais avaient l'habitude que leur mère vienne chercher la paix dans leurs lits, quand elle ne pouvait plus supporter d'être allongée près de lui. »

« Une fois de plus, on l'a reconnue. Les nouvelles vont vite, La fameuse dépêche de The Associated Press rédigée à Boonsboro a même circulé jusqu'au comté de Gallia, où le journal local a publié un autre article sur la nouvelle célébrité de la région.
Depuis son départ « vers le sud » un matin d'avril, on ignorait où elle se trouvait. Jusqu'à vendredi après-midi, quand la nouvelle de sa progression sur le sentier arriva de Boonsboro, dans le Maryland. Cette randonnée débute sur le mont Oglethorpe, traverse quatorze États, huit forêts nationales et deux parcs nationaux, et s'achève au sommet du mont Katahdin, à quelque 1 580 mètres au-dessus du niveau de la mer. »

« Devant Emma, à travers les nuages bas et noirs qui filent vers le nord le matin du 9 août, se dresse le plus haut sommet du Massachusetts : le mont Greylock. Si les monts Berkshires qu'elle vient de dépasser sont lumineux et accueillants, celui-ci, culminant à 1 063 mètres d'altitude, représente un défi de taille.
Cette montagne a nourri l'imagination de certains des plus grands écrivains américains. Herman Melville s'est inspiré du mont Greylock lorsqu'il travaillait sur Moby-Dick, cent cinq ans avant qu'Emma foule ces terres. Depuis la fenêtre de son bureau à Pittsfield, il pouvait voir les flancs de cette montagne semblables à ceux d'une baleine. Dans Sept jours sur le fleuve, Henry David Thoreau a raconté l'ascension qu'il en fit en 1844, un an avant sa découverte de l'étang de Walden.
À travers leurs écrits, les deux hommes ont saisi le caractère exceptionnel de cette montagne tout en lui conférant un pouvoir très différent. Dans « La Véranda », nouvelle de Melville, le narrateur part en quête d'une lumière magique aperçue au sommet du mont Greylock. Lorsqu'il arrive sur les hauteurs et découvre que la lumière ne vient pas d'une fée mais d'une jeune orpheline isolée, elle-même intriguée par la lumière qu'elle aperçoit en contrebas, le mont symbolise une quête qui n'aura jamais de fin. Thoreau met en scène une quête similaire, en revanche la femme qu'il rencontre sur la montagne a « des yeux étincelants de vie », et le narrateur n'a qu'une envie : revenir passer du temps dans ce lieu si paisible. Pendant des dizaines d'années, les universitaires s'interrogeront sur ces points de vue opposés du mont Greylock et sur le thème de la nature représentée par une femme sur une montagne. Mais peu questionneront les raisons pour lesquelles ces femmes se trouvent ainsi prisonnières, isolées du monde d'en bas. »

« Bien des choses font un foyer,
Livres, ficelles, petits papiers,
Peigne et brosse pour se coiffer,
Un fauteuil où tricoter, 
Une bible, une horloge, des chants, Sur le feu des plats mijotant.
Des petits pieds qui courent 
Dans l'escalier ou dans la cour, 
Des tas de jouets sur le plancher,
Petits trains, voitures et poupées. 
Du linge d'enfants et un couffin, 
Le miaulement d'un chaton qui a faim. 
L'aboiement d'un chien vigilant
Lorsque passe un visiteur gênant.
Une mère douce et bienveillante, 
Avec les siens toujours patiente.
Un monde béni habite ces murs, 
En plus du paiement des factures.
Un esprit qui rassemble les gens, 
Dans les épreuves, par tous les temps. 
Chaque jour la bonté doit régner, 
Pour qu'un foyer soit éclairé. »

« Elle marche pour elle, elle marche pour être elle-même. »

« Quand un journaliste lui demande ce qui l'a poussée à faire tout ça, elle répond : « Certaines personnes pensent que c'est de la folie, mais j'y trouve de la sérénité, quelque chose qui satisfait ma nature. Les bois me comblent de joie. La forêt est un endroit tranquille et la nature est magnifique. Je n'ai pas envie de rester assise sur un fauteuil à bascule. Je veux être active. »
Elle confie avoir trouvé le sentier mieux entretenu cette année-là. Ses critiques après sa première randonnée ont encouragé les clubs de randonneurs à nettoyer et baliser certaines sections. C'est en partie grâce à ces améliorations qu'elle met quelques jours de moins pour arriver à destination. »

« Ils pensent qu'aucune femme de mon âge ne ferait une chose pareille, à moins d'être payée pour ça. C'est drôle. Je travaille comme une mule au terrain de camping. Et quand j'annonce que je pars marcher, on me dit que ce n'est pas raisonnable à mon âge. Il y a quelque temps, je suis montée sur le toit pour scier une branche d'arbre, et personne n'a rien trouvé à redire à ça. »

« Elle se vantait d'être la seule des thru-hikers du sentier à l'avoir vraiment vécu à la dure, et elle avait probablement raison, dit Ed Garvey à la fin de sa vie. Il lui manquait le matériel que les randonneurs considèrent absolument indispensable, mais elle possédait un ingrédient en particulier, l'envie, dans une quantité si débordante que tout le reste était superflu. »

« Parmi toutes les réponses qu'elle fit à la presse, il y en a une qui me semble plus pertinente que les autres, une affirmation qui tient autant de la vérité que de la provocation. C'est aussi une phrase qui trahit un secret, qui contient autant d'audace que de non-dits. Quelque chose de beau et d'indépendant, de mystérieux et de courageux. Une volonté de fuir se lit en filigrane. Fuir la violence et l'oppression. Fuir l'âge et les obligations. La phrase se clôt par un point mais pourrait aussi bien se terminer par un point d'interrogation. Quelques mots qui donnent la migraine. Une réponse frustrante, mais qui se suffit à elle-même.
« Parce que j'en avais envie. » »

Quatrième de couverture

Emma Gatewood fut la première femme à parcourir dans sa totalité le mythique sentier des Appalaches.
À l'âge de 67 ans, elle a marché 3500 kilomètres à travers les forêts américaines. 3500 kilomètres de tempêtes, de nuits à la belle étoile. 3500 kilomètres en petites chaussures de toile, avec un baluchon pour seul bagage. Aux siens, elle écrit qu'elle est « partie faire un tour ».
Élevée dans la pauvreté, victime de violences conjugales, cette mère de famille échappe à un destin tragique. Pas à pas, avec un courage et une détermination qui forcent l'admiration, Emma Gatewood parvient à reconquérir sa liberté.
Ce récit lumineux nous invite à mettre un pied devant l'autre pour découvrir, à ses côtés, la meilleure façon de marcher.
Écrivain et journaliste, Ben Montgomery a eu accès aux archives inédites d'Emma Gatewood. Dès sa parution, La meilleure façon de marcher s'est imposé comme un best-seller et a été récompensé par le National Outdoor Book Award.

« Une lecture qui apaise et émerveille. »
Kirkus Reviews

Éditions Paulsen,  avril 2026
277 pages
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Emmanuelle Ghez

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