samedi 22 octobre 2022

Bélhazar ★★★★☆ de Jérôme Chantreau

Par un bel hasard, Bélhazar, nos chemins se croisent.
Tout comme, avant moi, ton chemin a croisé celui de l'auteur, ton ancien professeur, un ami de la famille. 
« Invention ou vérité, cela n'a aucune importance. Ce qui compte c'est la façon dont on se raconte. Ce que je cherche, c'est le carrousel d'images qui tournait dans la tête de Bélhazar. »
Une enquête nécessaire pour lui.  

Bélhazar était un enfant érudit. 
Intelligent. 
Unique, paisiblement et tristement unique. 
Il avait des trésors derrière les yeux. 
Pour Bélhazar, l'école était trop petite. Rempli de vie et d'érudition, il était difficilement canalisable entre les murs d'une classe.
Les parents avaient compris que leur fils était un enfant unique, hors-norme, hors-cases, hors-champ, passager d'un autre monde...Mais leurs alertes sont restées lettre morte.
Et au bout du chemin, un prénom orphelin sur une pierre tombale.
Suite logique : une mère qui n'a de cesse de pointer du doigt les incohérences de la justice, véritable rouleau compresseur. Elle devient l'habitante d'un autre monde, a rejoint l'autre rive, celle des condamnés qui revienne sans cesse au tragique.
Une mère en colère. Et un père, là où je ne l'attendais pas.

L'auteur donne voix à leur enfant, et nous fait revenir sur ses pas. 
« J'essaie de comprendre les raisons qui me font entreprendre ce livre. Je suis un fils en deuil et j'écris sur une mère qui a perdu son fils. Je peux faire parler Armelle parce qu'Armelle c'est moi, la personne qui reste quand l'autre s'en est allée. Je peux aussi donner voix à Bélhazar, parce que je suis un fils touché par la mort. »
Ce livre comme une dernière bataille à livrer  "un combat pour le repos de l'âme"
« Et ce repos se trouve dans la légende qu'on tisse. Un linceul de mots. Tant que l'histoire n'est pas bouclée, on ne déménage pas. On tient. Et on se bat. »
Que peut-il en émaner de bon quand on empêche un enfant de sortir du cadre ? 
En le bridant, le ceinturant, le surprotégeant ...ne le prive-t-on pas de liberté ? Et nous, parents, professeurs, famille ... ne nous privons-nous pas in fine, de découvrir ces petits trésors qui brillent derrière leurs yeux ?

Une histoire inspirée de faits réels, qui a fait naître en moi le sentiment de gâchis.
Un hommage émouvant.
« La littérature nous prend les trésors dont nous n'avions pas besoin : l'ego, le couple , la maison. Et nous laisse, auteur et personnages, ivres et nus à la fin du livre. »

« ... en ses douloureuses et sombres entrailles un étranger avait été porté à la vie, nourri d'éternité par des messages perdus, un étranger qui serait à lui-même son propre fantôme, qui hanterait sa propre demeure; seul dans son âme, seul au monde. Ô perdu ! »
Thomas Wolfe, L'Ange exilé - cité en exergue 

« Je t'ai connu, il y a une dizaine d'années, le temps de ton passage au Pays basque. Tu étais l'un de ces enfants dont l'acuité intellectuelle peut mettre mal à l'aise les adultes. Ta longue gabardine en cuir, ta collection de timbres que tu vendais sous le manteau, tes devoirs tapés à la Remington, tes inventions quotidiennes... Tout ce folklore était devenu célèbre.
Mais tu es bien autre chose.
Tu es le Regardeur de soleils, celui qui boit la lumière sans se brûler les yeux, le Petit Diderot, encyclopédiste de douze ans, sachant tout et ne répondant rien, tu es l'Arpenteur, qui trace en marchant la carte d'un monde invisible, le garçon aux cheveux de jais qui donne à ses amis le courage d'être eux-mêmes. Tu es l'adolescent qui ne dit pas bonjour, mais offre des fleurs, les mange et recrache par le pinceau des terres inconnues, le gamin à l'intérieur duquel survit l'âme d'un Poilu de 1914. Tu es le maître du lapin blanc, devant qui les mensonges s'effondrent. Tu es Bélhazar, qui ne tient pas mains de la vie. »

« Nos deux filles étaient protégées des coups du malheur par leur jeunesse. »

« Tandis Pierre revient lentement à la vie, nous nous que regardons, sa mère et moi, incapables de comprendre l'immensité du gouffre qui s'était ouvert sous nos pieds. Nous y avons repensé quelquefois. C'était une impression physique: le frôlement glacial d'une ombre. Si Pierre ne s'était pas réveillé, elle nous aurait enveloppés. Y aurait il eu encore des rires? Des fêtes? Aurions-nous refait l'amour? Oui, bien sûr, mais comment? Cela aurait il précipité notre séparation ou bien créé un ciment qui l'aurait empêchée? Quelle dose de tristesse aurait troublé le reste de nos jours?
Je ne pose pas ces questions pour moi, elles n'ont aucune utilité puisque Pierre est vivant, je les pose pour les parents de Bélhazar. Je vais les approcher, ils m'ouvriront leur cœur et leur mémoire. Pour comprendre l'étendue de leur peine, je n'aurai que le souvenir de cette ombre. »

« Devant la mort, il faut accepter la victoire comme la défaite. Comprendre que ce n'est, comme la naissance, que le résultat d'une course. »

« Je revois sa mèche de cheveux noirs tombant sur un œil, façon Albator, et son sourire apaisé, comme s'il était porté par la certitude que l'humanité regorgeait de bienveillance. Mais celui qui sort du lot n'a pas beaucoup de bonté à attendre d'une cour de récréation. »

« Une semaine après son arrivée, il était devenu, peut être pas une idole, mais une sorte de totem. Une chose unique et sacrée. Comment avait-il réussi ce tour de force? Je l'ai su bien plus tard. Une phrase prononcée le jour de ses obsèques, par l'un de ses copains: « Il nous donnait l'énergie d'être nous-mêmes. »»

« Par où commencer? Par une enquête contre la gendarmerie, c'est-à-dire l'Armée, ou contre le représentant de la Justice, le procureur? J'ai, à ce moment, pour toute expérience journalistique, quelques piges dans la presse sportive. Je n'ai jamais aimé poser des questions. Je dois interroger tes parents accablés, moi qui suis toujours resté muet au moment de présenter mes condoléances. Ai-je simplement les qualités pour cette enquête ? Est-ce une enquête? Ou bien est-ce une histoire ? Ce n'est pas tout à fait la même chose.
Je n'ai aucun goût pour les faits-divers et la recherche de la vérité. J'aime la compagnie des animaux et l'observation chamanique de la nature. J'apprécie l'artisanat poétique, qui prend du temps et produit de l'harmonie. Je n'ai rien contre les illusions. J'aime les histoires. »

« Avec le recul, maintenant que je suis allé au bout, je peux dire que ton histoire a fait le tri des personnes qui s'en sont occupées. Elle nous a choisis selon des critères qui m'échappent, pour la plupart. Et elle l'a fait sans faiblesse. Mais elle a regroupé autour d'elle les bonnes per sonnes, comme toi, à ta façon, tu avais choisi tes parents. Elle nous a donné cette force qui nous manquait, alors que nous restions enfermés dans nos peurs. Et quand nous avons accepté d'ouvrir les yeux, c'étaient des soleils que nous regardions. »

« L'École fait payer votre avance plus cher encore que votre retard. 
De mon côté, je n'avais rien à proposer, hormis les sempiternels conseils pédagogiques qu'on dispense sans y croire. Armelle restait muette et ne cherchait pas à dissimuler son ennui. Elle était venue me faire passer le message que je ne servais à rien, que l'École était trop petite pour Bélhazar, que je n'avais aucune chance de comprendre son fils. Pour elle, rien ne marcherait. Pas avec lui. Moi, je pensais: Bien sûr que si, avec du travail, ma méthode fonctionne. Il n'y a pas de raisons. Alors que si, il y en avait. »

« JE N'AI QU'UNE CERTITUDE : le livre s'appellera Bélhazar.
Quel nom étrange. Tu t'appelais en réalité Antoine Bélhazar Jaouen. Tu refusais qu'on t'appelle Antoine. Tes amis te nommaient « Béla », ou « Bélaz' ».
Tes parents t'avaient donné pour prénom Antoine. J'aime bien Antoine. Puis, pour remercier les dieux, la Nature ou je ne sais trop quoi, ils avaient ajouté, en forme d'ex-voto, un deuxième prénom. Ils l'avaient forgé comme une médaille de baptême agnostique ou l'épée d'un très jeune académicien. Un nom pour remercier le bel hasard qui t'avait fait naître. Une façon discrète de dédommager le Destin qui t'avait laissé vivre. C'était là, caché derrière Antoine. Ta part d'ombre.»

« Retour à la maison. Un autre jour, la mère d'Armelle la vend, et c'est toute cette vie qui disparaît. Je connais bien ce séisme des familles. Je l'ai vécu à la mort de la mienne. On veut croire qu'une maison n'est qu'un lieu dont on dispose un temps, que l'on vend pour en changer. Mais a-t-on bien réfléchi à tout ce que l'on vend?
Non, sinon on ne le ferait pas.
On vend les souvenirs et l'incrustation de la vie dans les murs, les voix chères qu'on entend longtemps après qu'elles se sont tues, la possibilité d'invoquer des fantômes. On vend les recoins secrets, les alcôves et les angles saillants. Ce qui cogne et ce qui répare. La maison, qui nous colle à la peau comme un vieux jeans qu'on garde au fond d'un tiroir et qu'on ne jetterait pas pour tout l'or du monde. On vend un temple dans lequel on se cachait pour murmurer des prières. Si un jour on veut s'en débarrasser, c'est que l'on est fâché avec ses dieux. 
La mère d'Armelle, comme toutes les femmes de cette famille, cachait une colère.
Elle a vendu Saint-Lunaire et, avec la maison, les fruits de mer, les ivresses, les interminables nuits baignées d'étoiles, mais aussi les rires et les courses de son petit fils dans le parc, ses premières inventions, sa découverte émerveillée de la vie végétale, son royaume. »

« Quel est ce monde que l'on rejoint derrière le pare-brise étoilé? Bélhazar, peux-tu répondre à la question de Pierre: «Pourquoi certains survivent et d'autres pas? Est-ce le résultat aléatoire d'une course? Un peu de destin qui nous reste à vivre ? Un acte, essentiel à l'équilibre du monde, que l'on n'a pas encore posé ? Et quand on a accompli ce geste utile qui aussi est le dernier, où va-t-on, Bélhazar ? »

« Armelle me donnera le nom de trois filles dont tu te serais amouraché. Je tente de les contacter par mails et sur les réseaux sociaux. Aucune réponse. J'abandonne. Mon instinct me dit que ce sont là des amies chères, admiratrices de tes facéties, rien de plus. Je n'y sens pas les relents épicés de salive et de sueur des amours adolescentes. Se pourrait-il que tu te sois situé en dehors des passions? Que cette grande affaire chronophage, tu ne t'y intéressais tout simplement pas? Ou bien tu as aimé tant de personnes que tu n'as pas pensé à en aimer une seule. L'amour exige d'arrêter son choix. Le sentiment amoureux est exclusif ou bien il n'est rien. Étais-tu sur terre pour aimer tous les êtres vivants ? Et cet immense amour te privait-il de l'autre, celui de deux corps qui s'attirent, de deux odeurs qui entrent en alchimie ?
Tu étais là pour autre chose. Pour quoi étais-tu là ? Répondez à cette question, et vous avez la clef de l'énigme. »

« Yann, en ce dimanche 13 février, pense à la Suisse et à tous les autres voyages. Il pense à l'ineffable présence de Bélhazar et à son absence tout aussi peu réelle. Il erre dans la maison. Que se passe-t-il lorsque l'on vient d'apprendre la mort de son enfant ? Je ne lui ai pas demandé. Je n'ai pas envie d'écrire la scène où il s'effondre en larmes ni celle où il entre dans la chambre de Bélhazar et suffoque et crie. Comme Armelle, je l'imagine, anesthésié par la souffrance, à l'image de ces soldats incapables sous le feu de dire s'ils sont ou non blessés. L'absence d'un membre, plus tard, leur apportera la réponse. Mais le moment n'est pas à la douleur. Il est à celui du goût métallique de la solitude au fond de la gorge. »

« le foisonnement de ta vie créatrice. Tes tableaux, tes collages, tous les objets façonnés par toi, le musée vivant de ton quotidien, à Saint-Brieuc, à Dinan, à Bidart. Je ramasse les indices que tu as laissés derrière toi. Dans mon premier roman, j'ai écrit cette phrase: Petit Poucet à rebours, il semait des cailloux pour qu'on le retrouve. Elle était pour toi. »

« La bruyère possède des vertus anti-inflammatoires. Mais ce dont elle a besoin, c'est d'une plante pour endormir ses pensées. Il en existe, elle les connaît. Elle sait recueillir l'angélique des bois, le millepertuis ou prélever en reculant l'herbe aux sorcières», la ver veine dont il ne faut jamais regarder les racines fraîchement arrachées. Elle ne les cueillera pas. Elle veut conserver intacte sa douleur. »

« Son rôle était de pleurer, de hurler. C'est peut-être vrai tout parent en deuil, mais Armelle, à ce moment précis, n'est pas en deuil. Il viendra plus tard, avec la vérité. Pour l'instant, il faut se battre. Et ce combat est une façon de maintenir en vie, non pas son fils, mais une image de lui, un esprit flottant, une lumière. Ne pas l'éteindre. »

« Le sexe est une réponse, brève, sans doute vaine, mais temporairement efficace. Ses amants se font tendres; elle les épuise en une nuit. Elle recherche les ivresses, les jaillissements. mais ils sont toujours désespérément brefs par rapport à l'infinie tristesse qu'elle doit étancher. Rien n'est plus puissant qu'une femme de cinquante ans. Quand la vie l'a lacérée méthodiquement, à tel point qu'elle connaît son corps par cœur et son cœur par corps. Une femme de cinquante ans qui a perdu son fils fait plus que se connaître, elle sait le chemin qui mène aux enfers. Si elle ne l'emprunte pas, c'est qu'il faudrait qu'on lui prenne la main. Mais il n'y a pas de main assez forte. »

« Évoquer avec quelqu'un la mort de l'un de ses proches est l'un des exercices les plus périlleux qui soient. Chacun en a fait ou en fera l'expérience. Mais parler de son fils défunt à une mère, c'est partager un verre de lave avec un dragon. Le jeune avocat en est capable. Il progresse en douceur, opposant sa bienveillance à la violence des faits. »

« Tu me fuis. Quelle est la route à suivre, Bélhazar? Laisse-moi te retrouver. Je ne crois pas à la thèse du suicide, ce n'est pas toi. Alors que s'est-il passé ? Pourquoi as-tu donné pas possible, cette impression que tu connaissais ta mort et que tu n'as rien fait pour l'éviter? Que s'est-il passé, Bélhazar, le 13 février 2013, 13 rue de l'Éternité ? »

« Si je dois définir ce que c'est dans une vie, alors je dirais ça :
Accepter de perdre.
Chérir sa peur.
Lever la tête.
Regarder les soleils. »

« Je pense que les choses qui arrivent dépendent d'une mathématique infiniment puissante, qui fait surgir les événements comme les boules du Loto. Mais je trouve que Bélhazar gagnait bien souvent. Je dis qu'il y a des hasards qui méritent qu'on les regarde de plus près. La lecture que j'en fais, le roman que j'en tire, je veux bien qu'on me dise que c'est n'importe quoi, mais tout est vrai.

Le récit qui relie les dits et les faits de Bélhazar, c'est cette arabesque éphémère qui survit dans les yeux des témoins. Et tous les instants de grâce forment un pays des merveilles. Je ne cherche pas à dire la vérité au sujet de la vie et de la mort d'Antoine-Bélhazar Jaouen. Je tends un fil. Il permet de pêcher des oiseaux. D'inverser les mondes. Je suis le premier surpris d'en être arrivé là.

Bélhazar m'a enseigné que l'émerveillement est la seule magie dont nous disposons. »

Quatrième de couverture

En 2013, Bélhazar Jaouen meurt à dix-huit ans lors d'une interpellation de police. Accident ? Bavure ? Suicide, comme l'avance le rapport judiciaire ? Passée sous silence, l'affaire tombe dans l'oubli. Jusqu'à ce que Jérôme Chantreau, l'un des anciens professeurs de Bélhazar, décide de mener l'enquête. Hanté par le souvenir de ce garçon à l'intelligence et à la sensibilité hors norme, il explore son passé mais fait face à la malédiction qui semble entourer ce drame. Artiste prolifique, l'adolescent a laissé derrière lui un troublant jeu de piste. Pour découvrir la vérité, Jérôme Chantreau va devoir accepter de perdre pied avec le réel et d'entrer dans un monde imaginaire.

Éditions Phébus,  août 2021
313 pages

lundi 3 octobre 2022

L’homme peuplé ★★★★★ de Franck Bouysse

Vertigineuse lecture. Magique.
La plume de Franck Bouysse est inimitable, et il n'a pas son pareil pour nous embarquer dans un décor à l'atmosphère noire, inquiétante et poétique à la fois.  
Un livre peuplé de fantômes, polyphonique, qui entremêle passé et présent, qui se savoure. Ecriture virtuose, ensorcelée et ensorcelante, d'une si belle musicalité, qu'il est intéressant de lire à haute voix.  
J'ai en mémoire le passage que Franck Bouysse a lu à la Librairie de Paris, le mois dernier, lors d'un interview/présentation de son livre, j'en avais eu le souffle coupé.
Auteur enraciné qui pourtant voudrait voler, ses descriptions de la nature, de la terre sont fascinantes.
J'ai été conquise par cet opus. Et une fois la lecture achevée, on n'a qu'une envie, c'est de le reparcourir dans la foulée ! C'est l'effet Franck Bouysse !

Sur le montage-photo ci-dessus, petite dédicace à la mésange bleue qui inspira l'auteur. Bon ce n'est pas vraiment une mésange, ni par conséquent la mésange bleue, perchée sur le rebord de la fenêtre, qui observe son reflet, et que Caleb observe. Mais c'est le seul oiseau que j'ai photographié qui s'en rapproche le plus ;-)

« Fenêtre sur terre » m'attend...comme un écho à cette lecture.
« Ce qui peut exister, c'est la rencontre fortuite d'un écrivain et d'un lecteur, et ce n'est pas le livre seulement qui permet ce miracle, c'est l'oubli de celui qui l'a écrit et de celui qui le lit. »

« C'est que je cherche une image et non un livre. Tous ceux dont les écrits sont emplis de sagesse N'ont rien d'autre que leur coeur aveugle et gourd. »
William Butler Yeats, «Ego dominus tuus » (trad. Jean Briat)

« Le gras du ciel libère d'épais flocons qui nappent peu à peu la nature endormie. Perchée sur le rebord de la fenêtre, une mésange bleue, que l'on dirait ornée d'un loup de carnaval, observe son reflet. À moins qu'elle ne regarde l'être aux plumes ternes de l'autre côté de la vitre, menant à sa bouche sans bec une étrange brindille au bout incandescent d'où sort une pâle fumée. Une paire de pattes le fait tenir debout, et une autre lui sert à saisir des choses que l'oiseau ne sait pas nommer; et d'une de ces choses, la plus terrifiante de toutes, il a même vu jaillir un éclair dans un bruit de tonnerre et aussitôt dégringoler un pigeon du haut d'un chêne. En revanche, la mésange n'a jamais vu de telles pattes soulever l'homme de terre pour l'emmener ailleurs.
Caleb observe la mésange qu'ébouriffe la brise. Il envie l'oiseau, capable de demeurer un long moment immobile dans le froid, capable de le ramener à sa place en ce monde, quand lui vient le désir de s'en écarter, plus sûrement qu'un de ces gourous du prêt à-penser dont il entend parfois la sainte parole à la radio. En cet instant, la place de Caleb est dans cette maison, avec le feu qui crépite dans le fourneau de la cuisinière à bois, avec la chaleur sur son dos et sa nuque et ses épaules. Sa vie d'homme se résume à ceci : allumer un feu à l'aube, l'entretenir et le laisser s'éteindre dans la nuit pour mieux le rallumer le matin suivant. »

« Le silence revient. L'inquiétude se diffuse dans son corps, tenace. Avec le brouillard qui l'enveloppe, le paysage tout entier semble se replier autour de lui, comme pour isoler un parasite, l'enfer mer dans une gangue. Il n'est pas à sa place et chaque élément de l'environnement le lui signifie clairement. »

« Il lit très tard pour repousser l'affronte ment avec les créatures de la nuit. Il sait comment le sommeil travaille les corps démunis. »

« - Orphelins de souvenirs, c'est ce qu'on devrait tous devenir, comme ça au moins on hériterait que de ce qu'on fait et on éviterait de penser. Si je te raconte un jour des choses qui te concernent pas directement, c'est que je serai pas loin de la tombe, mais même à ce moment-là, je ferai tout pour pas être tentée.
Elle avait fait promettre à son fils de ne jamais ins taller d'horloge dans maison, ni même de porter une montre à son poignet, affirmant que l'heure, ce sont les animaux qui la donnent, qu'il ne faut surtout pas se fier au soleil, comme à tout ce qui brille disait que le trop. Elle temps est une trouvaille désastreuse des hommes, la pire qui soit, qu'ils ne sont que des idiots cherchant à rattraper ce qui les pousse, que ne pas jalonner une vie avec des babioles est garant de l'intégrité de l'esprit. Elle disait que le monde de chacun est clôturé des barbelés et que, s'ils viennent à céder, par il faut s'empresser de les réparer et de les consolider.
Voilà ce qu'elle avait dit à haute voix au cours de son existence, ainsi que quelques paroles supplémentaires dont Caleb se souviendrait plus tard. Il les avait toutes retenues et avait aussi appris de ses gestes; depuis, il récite les premières sans parvenir à dévoiler leur sens profond et répète les deuxièmes pour ne plus y penser.
Chaque nuit. »

« Il y a aussi une dizaine d'exemplaires d'un même livre alignés à côté: L'Aube noire. L'auteur n'est autre que Harry Perdien. Un des exemplaires est ouvert en première page sur le bureau. Caleb lit : « J'avais voulu mourir à cinq ans, pensant que ce serait toujours ça de fait » puis referme le livre et le range à sa place.
En regardant le brouillard plaqué à la fenêtre, Caleb se demande quel genre d'homme peut écrire ce qu'un gamin de cinq ans pense de la mort. Foutaises. Parce que s'il s'agissait de sa propre expérience, il serait six pieds sous terre à l'heure qu'il est. Quel homme peut prétendre au « je » en convoquant la mort ? »

« Il continuait de lire, le plus souvent de relire, la vingtaine de livres constituant son panthéon, comme on écoute jusqu'à sa mort Bach ou Schubert sans jamais se lasser, sans jamais en épuiser la forme. Les grands livres ont ce pouvoir-là, de modifier la trajectoire du lecteur à chaque lecture, de maîtriser le temps en déployant l'espace, de faire en sorte que rien ne s'est véritablement produit, qu'à tout moment peuvent surgir de nouvelles montagnes et de nouveaux abysses. Le temps révolu n'est dès lors plus une succession de moments déjà vécus, mais une suite insoupçonnée de rapports au monde. Harry se nourrissait dans l'espoir de récupérer quelques pierres supplémentaires glanées au fil de ses lectures, nécessaires à la poursuite de la construction de sa propre maison. »

« Les mots de Burroughs lui viennent en mémoire : « La neige... elle tend une main miséricordieuse à la terre et toute chose en son sein, mais à ce qui circule à la surface, elle oppose ses obstacles et son embargo. » Il ouvre un carnet et fixe la première page, ce grand silence blanc qui la parcourt, un grand silence neigeux. La neige, il est parvenu à la faire fondre il y a longtemps, pour laisser apparaître l'encre noire et cette phrase annonçant le printemps. »

« En ville, son regard est habitué à buter sur un obstacle de chair, de fer, de béton ou de verre. Là-bas, le ciel est très haut, il faut lever la tête si on veut en découvrir la trame; ici, il est à hauteur d'homme, peut-être un effet de l'hiver. En ville, les sons, les voix, les cris se conçoivent en bruit ; ici, chacun se distingue des autres sur l'apprêt silencieux. En ville, les arbres ne peuvent rivaliser avec les gratte-ciel, emmaillotés dans leur écorce grise, des mégots à leur pied; ici s'exprime leur toute-puissance, il n'y a que la distance pour abaisser leur cime, et même foudroyée leur histoire est immense. Ici, les lignes électriques s'érigent en clôtures d'un bestiaire fabuleux, que des oiseaux discrets surveillent comme des chiens de berger. »

« Une fois la tension retombée, Harry s'assoit sur une chaise près du foyer qui crépite, ses muscles se sont dénoués et son esprit vagabonde en un autre temps, un autre lieu. Il n'y peut rien, ne lutte pas contre le souvenir qui le traverse. Ce mot abandonné sur la table du salon par une femme, alors qu'il n'avait pas encore publié de livre : « Mes yeux se sont usés à guetter ta promesse. » Il pense à elle. Réfléchir, beaucoup, trop, c'est peut-être son grand problème; réfléchir à la vie, aux femmes, à la littérature, trois féminins impossibles à accorder. »

« Harry mange à même la casserole tout en lisant les Mémoires d'un paysan du vingtième siècle. Il lit plusieurs fois certains passages pour la précision des gestes, les ambiances étranges et les superstitions. »

« ... vers un temps abandonné aux portes d'un passé refoulé. Et ce tic-tac, comme le bégaiement d'une réalité ne pouvant qu'être vaincue par la mort. Parce que entre oublier et conquérir, il n'y a pas d'espace, deux projets qu'on ne parvient jamais à mener à bien, sinon en disparaissant, en s'extirpant de cette maudite substance épaisse et glauque, inaltérable, sans laquelle nous serions des êtres magnifiques, libres et sans orgueil, exempts de la crainte de mourir. »

« La vanité est un marteau, et nos vaines espérances les clous qui scellent le cercueil. »

« Elle avait aussi confié à Caleb que si un jour l'envie le prenait de gravir une colline pour se prouver quelque chose ou simplement voir de l'autre côté, il lui faudrait lever la tête une fois en haut et regarder le ciel, de nuit comme de jour, car cet infini inconcevable le ramènerait toujours à la surface de son existence : une ferme à entretenir, à conserver sans songer à l'étendre. Vivre n'était pas se soumettre au temps, ni aux êtres, ni aux événements qui le balisent. Le meilleur moyen d'oublier ses ambitions était la discipline et le travail, reproduire la même journée, ne rien changer, refouler les tentations. Pour Sarah, seuls les animaux avaient le talent de venir au monde sans ambition. Eux seuls étaient en mesure de ne pas désirer devenir plus qu'une alternance de mouvements et de repos, eux seuls étaient capables de ne jamais convoquer un quelconque après dans une seule vie offerte. L'effacement était la doc trine de Sarah. Caleb avait reçu l'enseignement. Il devait ainsi éviter de côtoyer les humains, car selon elle, les formes d'attachement ne conduisent qu'au reniement de soi et l'on finit toujours par se trahir dans la haine ou le consentement. Lorsqu'elle parlait de haine, Caleb sentait que le sentiment accompagnait les mots de sa mère, une haine destinée à quelqu'un en particulier qu'elle ne pouvait nommer ni même évoquer. »

« Depuis longtemps, le double en littérature obsède Harry, l'idée selon laquelle le moi se protégerait de l'anéantissement en créant un double messager de la mort. El otro, disait Borgès. Un double qui ne serait pas un sosie ou un jumeau, mais un autre, capable d'es dosser le bonheur, la frustration, le courage, la peur, le désespoir, la lâcheté, la monstruosité, la folie, l'amour, la haine..., toutes les impossibilités momentanées ou non de l'original subordonnées à un double tout puissant. Il n'y a pas lieu de faire coller ces deux-là »

« Ce qui peut exister, c'est la rencontre fortuite d'un écrivain et d'un lecteur, et ce n'est pas le livre seulement qui permet ce miracle, c'est l'oubli de celui qui l'a écrit et de celui qui le lit. »

« Caleb souffle la fumée de cigarette vers la télévision allumée et les volutes s'écrasent mollement contre l'écran puis s'étalent et le contournent. Une fille par court la planète. En ce jour, elle parle du haut d'une tribune, depuis le siège de l'ONU, Elle porte une chemise mauve et une longue tresse retombe sur son buste androgyne, semblable à une liane. La colère déforme sa bouche et son visage. Telle une tragédienne, elle crache des mots définitifs alignés sur l'apocalypse dans le but d'éveiller les consciences. Trop naïve pour savoir qu'on ne peut éveiller ce qui n'existe pas chez la majorité de ceux qu'elle invective avec gravité dans l'assistance ou à travers le téléviseur : les décideurs et les figurants. Mais petite, tu te fatigues pour rien. Caleb sait d'expérience que la colère ne mène nulle part, mais qu'on ne peut pourtant s'en défaire lors qu'elle vous prend, qu'une fois dans le ventre, elle n'en ressort pas, sinon pour nourrir une plus grande haine. Caleb a entendu chanter une cigale l'été dernier. Au début, il n'y a pas cru, puis a fini par la débusquer sur le tronc centenaire de la glycine courant sur les clapiers. Bien sûr que la fille a raison, lui aussi ressent la douleur de la terre, constate que les hommes la font vieillir à toute vitesse grâce aux outils aiguisés par leur avidité. Pauvre chérie, bercée d'illusions, qui semble découvrir que les tribunaux sont présidés par les coupables, ceux-là mêmes qui font tourner la planète empalée sur une broche au-dessus du feu qu'ils ont allumé. »

« Pour que tout soit parfait, il faudrait qu'il n'y ait aucun survivant, sinon un jour ou l'autre, on recommencerait les mêmes erreurs. L'homme a toujours réussi à faire mieux, en pire. Il faudrait aller au bout des choses, ne pas se louper. Ce monde a besoin d'une catastrophe globale, à l'échelle de la planète, qui dénicherait chacun et chacune, partout, jusqu'au village, à commencer par le maire, et son fils, bien sûr. L'écrivain y passerait aussi, n'aurait pas le temps de se réfugier dans un de ses fichus bouquins. Pas un pour rattraper l'autre. Personne à sauver. Enfin presque. Caleb aimerait jouir du spectacle, jusqu'au bout, mais ce n'est pas possible. »

« Entre l'idée
Et la réalité 
Entre le mouvement
Et l'acte
Tombe l'ombre

Entre la conception 
Et la création
Entre l'émotion 
Et la réponse 
Tombe l'ombre.

Caleb lit plusieurs fois le poème. En dehors des roses de Ronsard, son expérience dans le domaine est limitée. Le sens lui paraît pourtant explicite. Nul besoin de faire autant de détours pour dire à peu près la même chose. Caleb pourrait résumer ainsi : De la coupe aux lèvres tombe l'ombre.

Il sait enlever le feu, guérir les mammites, faire disparaître les verrues, trouver de l'eau, et un tas de choses tout aussi utiles. Pour lui, les ombres ne tombent pas, elles rampent, tournent autour des substances, ne font pas de différence entre le vivant et l'inerte. Le poète parle d'un autre genre d'ombre, probablement une ombre fabriquée par une idée, quelque chose comme ça. Plus d'une fois Caleb a évalué l'écart entre l'idée et la mise en pratique et cette sorte d'ombre, il la nommerait plutôt impuissance, ou parfois misère. S'il affiche de tels mots sous son nez, l'écrivain ne doit pas être dans une bonne passe. Peut-être qu'il n'a plus assez d'encre dans le stylo et qu'il est venu se perdre ici pour essayer de refaire le plein. »

« Caleb éteint la radio et laisse le navire sombrer lentement et les disparus grossir les rangs des morts. L'écrivain vient de partir. Il se souvient du livre posé sur le bureau. Il aurait aimé l'emporter, mais c'est impossible. Le don de Caleb ne se réduit pas à trou ver l'eau ou enlever le feu ou encore à souffler le mal hors d'un corps, il est aussi capable de ressentir ce qu'abandonnent les gens quand ils ont occupé un espace : souffrance, joie, colère, tout ce qui les anime. Le livre représente l'espace de l'écrivain, Caleb a vu clair à l'intérieur, mais il ne fait pas confiance aux mots. Peut-être avec le temps. »

« Il se demande souvent ce qu'imaginent les autres, rien qu'en les observant, tente d'interpréter un geste, une attitude, Les femmes, en particulier. Habiter le présent, il n'y arrive guère. « Nous ne sommes jamais chez nous, nous sommes toujours au-delà.» Montaigne avait raison en ce qui le concerne. Un désir de conquête ronge les hommes depuis la nuit des temps, alors que les femmes s'habillent du désir de l'instant, et leur désir revêt tant de formes que les hommes sont bien souvent nus face à lui, presque toujours à contretemps. Une femme est singulière dans l'amour et les hommes si prévisibles par la nature de leur sang. Sofia ne ressemble à aucune des femmes qu'il a rencontrées. Elle le trouble. Cette manière qu'elle a de rester à distance, tout ce qu'elle refuse encore de dévoiler et qu'il est incapable de soupçonner. »

« Il n'est jamais parvenu à saisir la véritable nature de la relation entre son père et sa mère. Ils sont tellement différents, et pourtant, se sont trouvés et gardés. À les voir si liés dans vieillesse, Harry les trouve touchants, mais ne les envie pas. Il se souvient de ce repas d'anniversaire durant lequel son père avait qualifié sa compagne de « femme de ma vie ». Harry n'avait pu s'empêcher de trouver l'expression désespérante, car elle traînait dans son sillage l'idée d'un destin commun, scellé par le possessif charriant son lot de compromis pour que se réalise ce destin. Une fois assouvie la dérisoire ambition du nid et de l'œuf, que reste-t-il des ambitions de chacun ? »

« - Elle t'aide à quoi, au juste, la littérature?
Silence.
- À défier la mort. Il n'existe nulle part d'œuvre profonde sans l'ombre de la mort. Le reste n'est que vulgarité. »

« Il continue de s'imprégner de l'environne ment, de s'en nourrir. L'envie d'écrire est là, mais pas encore l'émotion brutale nécessaire au passage à l'acte. Ce pays le fascine. Ne surtout pas essayer de l'accorder à sa propre réalité, c'est à lui de s'accorder à ce monde qu'il découvre chaque jour un peu plus, de le laisser s'incarner en images, signes et symboles à traduire, de l'interpréter à sa manière, par son regard extérieur, afin que ce monde devienne un monde global, total. Écrire demande une grande écoute de soi. Son père souffle ces mots à son oreille. Ajoute que les certitudes ne servent qu'à consolider les garde-corps de l'esprit, qu'il n'y a bien que l'art et l'amour, poussés à leur point d'incandescence, pour les faire voler en éclats. »

« Un jour, la forêt aura disparu. Il ne subsistera qu'un seul arbre noué de toutes les figures du passé. Et l'arbre mourra à son tour, entraînant dans la mort sa mémoire sculptée, implorant le pardon de n'avoir pas la force d'être celui qui fait taire le glas et sonner le tocsin.
Plus tard, d'autres essences endémiques sortiront de terre, en lieu et place, et les hommes qui la fouleront s'interrogeront sur la présence de l'arbre couleur d'os aux multiples scarifications. Ils en déduiront la que nature reprend ses droits, sans même réaliser que le droit est une invention humaine, et que le drame de ce mot est de n'avoir pas de véritable contraire dans leur esprit, si ce n'est, parfois, dans l'effondrement éphémère de leur pensée. »

« Et lui, [...] comprenait que véritable pouvoir de cette femme ne résidait pas le dans mais dans le premier regard qui avait déclenché la grande faim. Il n'avait alors eu d'autre choix que de laisser l'avalanche dévaler la pente sans bouger d'un pouce. Parce que les femmes, en vérité, ça ne veut rien dire pour un homme. Avant qu'il ne rencontre celle qui supprime le pluriel. »

« Mon cher ami,

Nous savons tous les deux que le verbe naissant vaut mieux que celui qu'on recycle. Peu importe le prix à payer.
Tu as écrit...
Pour la mésange bleue, Pour l'homme derrière la vitre, honorer sa mémoire, Pour la mère de cet homme, ses gestes ensorcelants et sa parole éteinte,
Pour un vagabond et une ombre accrochée à son ombre, jetés au fond d'un puits, 
Pour une fille venue cogner et qui n'en savait rien, à la porte d'un mourant, 
Pour leur enfant,
Pour clouer les coupables à la porte d'une grange, 
Pour un vieil homme pendu au désespoir, Pour un bélier sacrifié, et maintenant ressuscité, 
Pour un oiseau de nuit effleurant un tapis de cendres, 
Pour un chien déchirant de ses cris les couches d'obs curité, Pour ton père qui ne survivra peut-être pas à la prochaine attaque,
Pour ta mère qui croyait arrêter le temps en t'offrant une montre,
Pour une femme qui guettait ta promesse,
Pour ceux qui sont partis et reviendront toujours,
Pour tous les invaincus,
Pour ceux qui ont tracé la voie,
Pour le loup marchant dans la steppe enneigée, Pour cette nuit éclaboussée d'étoiles, semblable à la robe d'un mage,
Pour une éternité, échapper à la mort,
Pour ce que tu ne savais pas et ne sauras jamais, 
Pour l'invraisemblable vérité, elle t'appartient, 
Pour l'homme peuplé que tu es devenu.
Nul ne sait quand nous nous reverrons. Moi qui sais les ailleurs où s'enchâsse ton âme, moi qui ai encore tant de noms à t'offrir, je ne signerai pas. »

Quatrième de couverture

Harry, romancier à la recherche d'un nouveau souffle, achète sur un coup de tête une ferme à l'écart d'un village perdu. C'est l'hiver. La neige et le silence recouvrent tout. Les conditions semblent idéales pour se remettre au travail. Mais Harry se sent vite épié, en proie à un malaise grandis sant devant les événements étranges qui se produisent.
Serait-ce lié à son énigmatique voisin, Caleb, guérisseur et sourcier ? Quel secret cachent les habitants du village ? Quelle blessure porte la discrète Sofia qui tient l'épicerie? Quel terrible poids fait peser la mère de Caleb sur son fils ? Entre sourcier et sorcier, il n'y a qu'une infime différence.
Au fil d'un récit où se mêlent passé et présent, réalité apparente et paysages intérieurs, Franck Bouysse trame une stupéfiante histoire des fantômes qui nourrissent l'écriture et la création.

Éditions AlbinMichel, septembre 2022
317 pages

On était des loups ★★★★★ de Sandrine Collette

« ... en ce temps-là on était des loups et les loups étaient des hommes ça ne faisait pas de différence on était le monde. Le chant des loups nous appelle parce que c'est notre chant et aussi loin qu'on puisse remonter il y a l'éclat d'un animal en nous, c'est pour ça que ça m'émeut et que des larmes viennent brûler le bas de mes yeux. Ce n'est pas du chagrin c'est une émotion profonde viscérale racinaire et ceux qui ne ressentent pas ça ils ont tout oublié, ce sont des gens déjà morts. Il n'y a pas de mots pour définir ce qui m'étreint et je me dis que c'est pour ça que je vis ici, pour toucher du doigt, du bord du cœur, le territoire sauvage qui survit en moi et à ces moments-là quand les loups hurlent dans la montagne je sais que je ne suis pas seul. »

Parce que la solitude ... soudaine.
Parce que l'incohérence d'une situation.
Parce que ces lambeaux de tristesse. 
Parce que la colère.
Parce que la perte de liberté.
Parce que « toute cette vie devant [eux], c'est trop grand ».
Le chemin sera long pour combler cette béance ...

Il y a Aru, l'enfant qui prend toute la place, qui « écoute le monde ça se voit dans ses yeux ».
L' enfant en quête d'une brèche, d'une possibilité de la largeur de deux bras ...
Il y a Liam, le père ... meurtri.
« Il y avait ces petites fleurs argentées je ne sais plus comment on les appelle, avec la lumière de la lune elles réfléchissaient dans la nuit on aurait dit des vers luisants en blanc. C'est là qu'on se rend compte qu'on n'est jamais seul la vie pullule partout si on se donne la peine de se poser pour la voir. »
Il y a la montagne, ses beautés à contempler, âpres et saisissantes à la fois, ses silences inquiétants, ses dangers.
Il y a le chant des loups.
Il y a ce père en devenir. 
Et c'est dans les pensées de cet homme que nous convie Sandrine Collette.
"On était des loups", c'est un livre sur le deuil, sur la paternité, sur la solitude et la survie en milieu hostile et rude, sur la liberté. Un livre qui fait sens pour moi et que je n'ai pu lâcher hier matin. L'écriture de Sandrine Collette me happe à chaque fois. Et c'est à bout de souffle, que j'ai tourné la dernière page.

« C'est quand même pour ça qu'on est tous là au bout de nulle part. avoir la même vie que si on était en ville ça ne valait pas la peine d'aller se perdre dans la montagne, et si le matin en regardant le soleil se lever j'avais des voisins qui le regardaient aussi en bas de chez moi ou juste à côté je l'aurais mauvaise. »

« Des fois j'ai un sentiment dérangeant quand je reviens d'une traque et que je sors de la forêt arriver chez nous par le champ. Ce champ je l'ai défriché avec Henry au tout début pour avoir de la vue et de la place pour les bêtes, ça fait un très grand espace vert avec des arbres partout devant la maison c'est beau et reposant. Donc je descends la montagne et je suis à pied, je fais toujours ça pour soulager le dos de mon cheval avant de rentrer. Aru me guette, je ne sais pas comment il fait s'il me guette toute la journée tous les jours que je pars enfin il me repère toujours en premier et là il crie. Ce n'est pas un cri comme un cri c'est de la joie. Ça non plus je n'ai pas les mots pour le dire je le perçois dans ma poitrine et c'est gigantesque et le petit court vers moi il ne court pas vite il est petit. C'est là que c'est bizarre chaque fois ça me fait quelque chose dans le ventre et c'est de l'émotion que je n'arrive pas à retenir, de l'émotion de voir qu'il m'attend et qu'il n'attend que moi et sur son visage le bonheur qu'il y a je ne peux pas l'expliquer c'est immense - mais c'est aussi une sorte de pitié effrayante quand je le regarde cavaler pour me rejoindre, il est tellement petit tellement faible ça me fait peur ça me fait de la tristesse à me broyer, je me dis qu'il sera tout le temps petit et fragile et pourtant je le sais que ce n'est pas vrai seulement je voudrais le protéger pour toujours.
Alors il y a ces instants terribles et puis Aru est là et il se jette contre mes jambes et d'un coup ça va mieux, comme si maintenant qu'il était avec moi il ne pouvait rien lui arriver. Et je sais aussi ça c'est faux parce que c'est sa mère qui s'occupe que tout de lui et c'est sa mère qui le protège, moi ce n'est qu'une sensation mais elle c'est en vrai chaque jour que Dieu fait. Il y a quelque chose d'injuste dans la course d'Aru vers moi et pourtant je le prends et je le garde et Ava sourit en bas du champ je jure que je devine son sourire. Après je finis mon chemin avec le petit homme sur mes épaules. Ce sont les seuls moments où je suis vraiment avec lui, ça ne cherche pas bien loin je m'en rends compte et j'embrasse Ava et on est là tous les trois dans la montagne je crois que je suis heureux. »

« Aru il ne parle pas. Ce môme c'est un taiseux je ne savais pas qu'un môme pouvait se taire comme ça. Ce n'est pas qu'il ne soit pas capable parce que je l'ai déjà entendu quand a un truc à dire, il cause il cause c'est comme un ruisseau c'est clair ça babille ça ne s'arrête pas et je me dis que j'aime sa voix il y a des sons si purs dans cette voix d'enfant. La plupart du temps il ne parle pas il écoute. Dieu il écoute tout ce qu'on dit Ava et moi mais il écoute aussi les bruits dehors et puis autre chose qu'on n'entend pas forcément, il écoute le monde ça se voit dans ses yeux. »

« Je n'aime pas qu'on dise que le loup hurle parce que ce n'est pas ça hurler, quand un clébard s'énerve là je veux bien. Le loup lui il chante c'est très différent, ce n'est pas gueuler pour gueuler, il y met du cœur et des intonations surtout quand ils sont plusieurs ça me donne des frissons et je n'ai qu'une envie c'est faire partie de la meute, ça vient de loin à l'intérieur de moi. Des fois je me refrène sinon je les accompagnerais, je donnerais de la voix moi aussi pour avoir cette sensation de ne pas être seul et j'irais courir avec eux. Bien sûr qu'ils ne veulent pas de moi mais je comprends ce qu'ils ressentent, je crois que je comprends ce qu'ils se disent. Les gens qui trouvent que leurs chants sont tristes sont passés à côté. J'en ai vu des loups qui chantaient j'en ai vu de mes yeux j'étais caché dans la montagne et je peux dire qu'ils n'avaient pas l'air tristes pas du tout. Ils causent c'est tout et si nous les hommes on se parlait en chantant comme ça il y aurait peut-être moins de problèmes entre nous. »

« Il y avait ces petites fleurs argentées je ne sais plus comment on les appelle, avec la lumière de la lune elles réfléchissaient dans la nuit on aurait dit des vers luisants en blanc. C'est là qu'on se rend compte qu'on n'est jamais seul la vie pullule partout si on se donne la peine de se poser pour la voir. »

« ... on a longé des prairies sauvages, il y avait des campanules des épilobes et plein de petites fleurs bleues roses et blanches et puis un tas de jaunes qui ressemblaient à des pissenlits trop maigres, il y avait des graminées et quand ça a été l'après-midi avec le soleil derrière ça faisait des reflets dorés c'était très beau. Je me suis arrêté pour regarder le paysage une ou deux fois et le gros a mangé des graminées lui ça ne lui faisait ni chaud ni froid la poésie du monde. »

« C'est une maison pas comme la nôtre : celle-là est en béton peint en blanc, ici on ne fait plus de maisons en bois. C'est propre et raide et je ne voudrais pas y vivre, et au moment où je pense ça je vois qu'Aru pense la même chose alors je dis c'est joli non. Il ne répond pas. Il y a un jardin avec des fleurs et une pelouse bien tondue, on dirait tout du faux je sais pourtant que c'est du vrai c'est juste que ça ne respire pas ça manque d'âme. Personne ne s'en rend compte vu que tout le monde vit pareil. »

« Le tintement de la pluie sur le monde quand on et à l'abri c'est ce qu'il y a de plus beau. Je suis sur qu'il y a des milliers de bêtes dans la montagne qui se disent la même chose au même instant et on laisse passer du temps les yeux à demi fermés, ce monde-là dehors résonne en nous et on l'accueille. »

« Ils sont loin on les entend par ricochet dans la montagne et Aru s'est redressé. À vrai dire on s'est redressés tous les deux et je remarque la tension similaire de nos corps penchés en avant et pourtant on sait lui et moi que les loups sont trop éloignés on ne les verra pas. C'est plutôt la fascination du marin quand le chant des sirènes résonne sur la mer, quelque chose d'irrépressible qui vrille au fond de nos ventres et vient chercher une vieille connivence oubliée du temps où l'univers était une sorte de fusion, j'ai du mal à expliquer pourtant en ce temps-là je crois qu'il n'y avait pas ces haines et ces peurs, en ce temps-là on était des loups et les loups étaient des hommes ça ne faisait pas de différence on était le monde. Le chant des loups nous appelle parce que c'est notre chant et aussi loin qu'on puisse remonter il y a l'éclat d'un animal en nous, c'est pour ça que ça m'émeut et que des larmes viennent brûler le bas de mes yeux. Ce n'est pas du chagrin c'est une émotion profonde viscérale racinaire et ceux qui ne ressentent pas ça ils ont tout oublié, ce sont des gens déjà morts. Il n'y a pas de mots pour définir ce qui m'étreint et je me dis que c'est pour ça que je vis ici, pour toucher du doigt, du bord du cœur, le territoire sauvage qui survit en moi et à ces moments-là quand les loups hurlent dans la montagne je sais que je ne suis pas seul. »

« Je suis seul parce que le môme ne compte pas, je veux dire je ne peux pas compter sur lui. S'il se blesse ici au milieu de nulle part il me gênera - si je me blesse il ne pourra rien pour moi et c'est ce qui m'inquiète le plus au fond, si je me casse quelque chose dans la montagne on sera deux à être seuls. Je crois que je me moque de mourir même si j'essaierai de survivre jusqu'au bout de mes forces et pour ça je préfère que le gosse ne soit pas là; parce que si je meurs en le laissant dans les forêts il devient quoi? Aru c'est la naissance de la peur dans ma tête et quand on commence à avoir peur on est exactement comme un con qui tiendrait une pique en l'air sous l'orage: on attire la foudre. Pas vite pas fort, c'est une porte qui s'entrouvre, après c'est le temps qui voit. C'est l'instinct qui cède à la réflexion et depuis que l'homme rationalise ça ne donne rien de bon. Agir avec les tripes avec le sentiment avec la sensation, ça j'y crois mais au moment où le cerveau dit stop il y a un truc qui me chiffonne, c'est la fin de tout et là mon cerveau a bu le poison il dit dans ma tête et si tu avais un accident il ferait quoi le môme et la réponse je la connais.
Les accidents j'en ai vu j'en ai vécu je sais les aborder. Les accidents ça arrive toujours, c'est ça qu'on ne veut pas comprendre et ça ne sert à rien de vouloir les éviter, il faut apprendre à faire avec. »

« Je ne saurais pas dire ce qu'il y a dans mes yeux ce moment-là fait un voile ça qui floute le monde, ça fait une sensation qui s'étend jusque dans ma tête, une toile un tissage qui m'engourdit. Je pense au corps qui s'endort quand on se blesse et que la douleur est trop forte, le corps qui s'anesthésie pour se protéger, pour oublier que ça fait mal et sans aucun doute c'est ce qui m'arrive à cet instant, je m'évanouis à moi-même. »

« ...c'est la nature qui efface les traces des hommes. C'est comme si elle nous détestait, la nature, et dès qu'on fait quelque chose elle tend à le détruire pour reprendre tout l'espace. On croirait qu'il n'y a pas de place pour elle et nous, il y en a un de trop là-dedans. Au début je me rappelle Henry disait que la nature a horreur du vide alors elle le comble c'est tout mais à mon avis c'est bien davantage. Ce n'est pas qu'elle le comble, elle ne se contente pas de remplir les vides. Si c'était simplement ça, dans le monde il y aurait des œuvres à elle et à côté des oeuvres à nous et ainsi de suite. Or j'en ai vu des maisons ou des villages désertés par les hommes, et je peux affirmer qu'en quelques années ils se font dévorer par les herbes et les lianes et les arbres. J'en ai traversé des ruines comme ça et la façon dont la nature monte à l'assaut de nos constructions ça n'est pas juste pour venir se coller tout contre elles : c'est pour les engloutir, c'est ni plus ni moins ce qu'un boa constrictor fait avec un lapin c'est exactement l'idée que j'en ai. La nature si elle peut, elle nous bouffe. »

« Ce n'est qu'un môme, il aura bientôt six ans et à cet âge-là on n'est pas prêt pour être un adulte. S'il perd du temps à regarder un papillon quand je l'envoie chercher de l'eau c'est qu'il est capable de poésie, cette poésie il la perdra bien assez vite tout seul, la vie s'en chargera et ce n'est pas la peine de l'engueuler. Je crois que j'accepte simplement que ce soit un gosse et ce n'est pas si facile quand soi-même on n'a pas eu d'enfance on ne sait pas ce que c'est. C'est comme un canard ou un chien orphelin élevé par un humain, s'il n'a jamais entendu cancaner ou aboyer eh bien il ne sait pas le faire. Au fond on n'est pas mieux que les bêtes il nous faut une référence. On répéter à l'infini ou la prendre à contrepied mais il peut la y a un repère c'est ça l'important, qu'on fasse avec ou qu'on fasse contre c'est autre chose. »

« Hier on a longé une rivière et même si on était toujours au nord ça faisait des lumières que je n'avais jamais vues. Ce n'est pas qu'elles n'existaient pas avant mais je ne les regardais pas. D'habitude à cette saison je piste je traque je chasse enfin j'ai le nez sur les chemins et les traces des bêtes et peut être que je suis passé à côté de tout ça, je me dis c'est immense ce que j'ai dû manquer. Et pourtant du temps j'en prends quand j'écoute les loups et que je contemple le bleu de la nuit, et quand je ne suis pas trop haut je compte les petits éclats incandescents des vers luisants comme si c'étaient des soleils à la fois précieux et dérisoires. C'est ce temps-là que je vis ici, c'est seulement pour que le monde est trop grand pour qu'on puisse tout voir. C'est aussi ce qui fait sa beauté et si je connaissais tout il n'y aurait plus de surprise et je ne trouverais pas que la lumière qui donne à la rivière des reflets d'arc-en-ciel, cette lumière est comme un tour de magie devant moi et je dis à Aru est-ce que tu vois et il dit oui. »

« Le soir avec Aru on s'assied dehors on regarde le ciel. Parfois on ne parle pas on n'a pas besoin. Si on veut laisser les pensées vagabonder et si on veut rentrer à l'intérieur de nous il n'y a rien de mieux que le silence et là-dessus on est bons. On a peut-être les mêmes choses qui nous traversent la tête et on ne le sait pas ça n'a pas d'importance et on ne met pas de mots dessus parce que les mots il y a des moments où ça n'apporte rien. On est l'un à côté de l'autre et c'est ce qui compte quand je pense à ce qu'on a traversé depuis la mort d'Ava et le nombre de fois où il aurait pu n'en rester qu'un seul de nous deux. Il y a des jours où je sens avec une force infinie que c'est le môme qui a fait de moi un homme je veux dire avec de l'humanité et pas seulement une machine vivante. Ce qui est terrible c'est que si Ava n'était pas morte -
Mais Ava n'est plus là et cela s'est accompli et je suis devenu le père de mon fils vraiment. Mainte nant je voudrais presque qu'il reste petit toute sa vie et que je le protège et ça ne marche pas comme ça bien sûr, alors chaque jour qui passe je compte les heures en espérant qu'elles seront les plus longues possible. Dans la lenteur il y a une plénitude et une justesse et je sens les vibrations de la terre dans ma poitrine, mon cœur bat à son rythme et les pulsations jusqu'au bout de mes doigts. »

« La montagne est calme je ne veux pas dire silencieuse juste calme. Le silence c'est nous qui le faisons, on essaie de laisser de l'espace aux autres, les insectes les oiseaux les errants et les chasseurs qu'on n'entend pas. Quand les nuits sont belles elles sont bleues et les arbres font des silhouettes noires qui se découpent comme si c'était en surimpression. Parfois et ce n'est pas souvent mais parfois les loups se mettent à hurler. On les devine par-delà le sommet ou sur la crête et ça me donne des frissons ces intonations-là. »

Quatrième de couverture

Ce soir-là, quand Liam rentre des forêts montagneuses où Ail est parti chasser, il devine aussitôt qu'il s'est passé quelque chose. Son petit garçon de cinq ans, Aru, ne l'attend pas devant la maison. Dans la cour, il découvre les empreintes d'un ours. A côté, sous le corps inerte de sa femme, il trouve son fils. Vivant.
Au milieu de son existence qui s'effondre, Liam a une certitude: ce monde sauvage n'est pas fait pour un enfant. Décidé à confier son fils à d'autres que lui, il prépare un long voyage au rythme du pas des chevaux. Mais dans ces profondeurs, nul ne sait ce qui peut advenir. Encore moins un homme fou de rage et de douleur accompagné d'un enfant terrifié.
Dans la lignée de Et toujours les Forts, Sandrine Collette plonge son lecteur au sein d'une nature aussi écrasante qu'indifférente à l'humain. Au fil de ces pages sublimes, elle interroge l'instinct paternel et le prix d'une possible renaissance.

Sandrine Collette vit dans le Morvan. Elle est notamment l'auteure de Des nœuds d'acier, Il reste la poussière, et Les larmes noires sur la terre. Et toujours les Forêts a été couronné, entre autres, par le Prix du Livre France Bleu PAGE des libraires 2020, le Grand Prix RTL Lire et le Prix de La Closerie des Lilas.

Éditions JCLattes, août 2022
198 pages