Difficile de lâcher les sœurs Blue tant elles sont extravagantes, attachantes, agaçantes parfois, mais profondément humaines. Coco Mellors - que je découvre avec ce roman - signe un roman vibrant sur la famille, le deuil, l'addiction, la culpabilité et surtout sur ce lien si particulier qui unit les sœurs.
Sa plume est fluide, vive, drôle, juste. J'ai ri beaucoup, j'ai été émue aussi. J'ai tourné les pages sans m'en rendre compte tandis que je découvrais les failles, les blessures et les espoirs de chacune de ces quatre femmes. J'ai aimé leurs personnalités si différentes, leur cheminement, leurs erreurs, leurs combats. J'ai surtout aimé les voir s'aimer malgré tout ce qui les a tiraillées et meurtries.
Il y a des passages sur la boxe que j'ai trouvés vraiment forts. Bien plus qu'un simple sport, elle apparaît ici presque comme une métaphore de la vie ✨️ apprendre à encaisser, à répondre plutôt qu'à réagir, continuer à avancer malgré les coups.
« Une sœur n'est pas une amie. »
Une phrase simple qui ouvre sur des pages magnifiques sur ce lien originel, complexe, indéfectible, parfois douloureux aussi.
Cette lecture a d'ailleurs trouvé un écho très personnel en moi. J'ai une sœur jumelle avec laquelle j'ai pris mes distances pour diverses raisons. Alors, à plusieurs reprises, je me suis retrouvée dans ces pages. Je me suis souvenue de nous, avant que nos vies d'adultes, de femmes, d'épouses et de mères, avant que certains événements douloureux ne nous éloignent. Une lecture qui n'a donc pas toujours été confortable, mais qui m'a touchée en plein cœur.
Les passages consacrés à la douleur, au deuil et à l'addiction m'ont saisie aussi 🥺 Coco Mellors trouve les mots justes pour parler de ce qui semble parfois impossible à exprimer.
« C'est la famille, [...] l'origine de tout le réconfort et de tout le chaos de la vie. »
Un roman généreux, émouvant, lumineux malgré les épreuves qu'il traverse. Un très beau moment de lecture 🤍
« Une sœur n'est pas une amie. Comment expliquer ce besoin de réduire une relation tellement originelle et complexe au lien banal et remplaçable qu'est l'amitié ? C'est pourtant un réflexe de notre époque, pour désigner le plus haut degré d'intimité possible. Ma mère est ma meilleure amie. Mon mari est mon meilleur ami. Non. En vérité, être sœurs, ça signifie avoir grandi dans la même matrice, avoir les ongles qui ont poussé dans le même utérus, avoir été propulsées en hurlant par le même canal pelvien, donc non : ce n'est pas la même chose qu'être amies. On ne se choisit pas, et on n'a pas la chance de profiter de cette période furtive lors de laquelle on apprend à se connaître.
On fait partie l'une de l'autre, depuis le premier instant. Vous n'avez qu'à regarder un cordon ombilical - robuste, sinueux, disgracieux et pourtant essentiel - et le comparer à un bracelet d'amitié tissé et coloré. La voilà, la différence entre une sœur et une amie. »
« « Vivre à L.A., c'est comme sortir avec quelqu'un de très beau mais qui n'a rien d'intéressant à racon-ter, décréta Avery. Au début c'est sympa, parce que quand même, c'est beau à regarder, mais on finit par se rendre compte qu'on a besoin de fréquenter des gens qui lisent des livres et qui ne se sont pas fait refaire le nez. »
Bonnie fronça les sourcils. Avery avait-elle seulement mis les pieds à L.A. au cours de la dernière décennie ? Comment pouvait-elle prétendre savoir ce que c'était que d'y vivre ? »
« À l'entraînement, Bonnie avait appris la différence entre répondre et réagir. Répondre consistait à se servir des outils qu'on lui avait enseignés afin de contrer une attaque, de manière froide et objective et en accord avec sa stratégie. Réagir, en revanche, c'était fonctionner uniquement à l'adrénaline, ce qui exposait en général à plus de danger encore. Dans la lumière du petit matin, au milieu de son salon vide, Bonnie baissa les yeux sur ses chaussures et ses pieds ravagés. Et pour la première fois depuis la mort de Nicky, elle s'autorisa à pleurer. »
« - J'avais arrêté de venir pendant un petit moment.
- Pourquoi ?
- Honnêtement ?
- Ouais.
- Je n'étais plus capable d'écouter les gens parler de Dieu en boucle.
Charlie avait haussé les sourcils.
« Continue.
' Disons que... J'en avais assez d'entendre dire que la Puissance Supérieure ne nous éprouve pas au-delà de ce qu'on peut supporter. Si c'était le cas, il n'y aurait pas les viols, les enfants battus, l'inceste, les violences domestiques, et les gens ne souffriraient pas de stress post-traumatique ou de trauma complexe ou d'addictions invalidantes, qui découlent tous directement du fait d'être éprouvé au-delà de ce qu'on peut supporter. » »
« Je crois que les choses arrivent, avait-elle dit. Point barre. Ça s'arrête là. Il nous arrive des choses et on doit apprendre à vivre avec, tant qu'il n'est pas question de suicide, bien sûr. Si on arrive à y trouver du sens, tant mieux, mais dans le cas contraire, on doit quand même vivre avec. Le sens, on le plaque dessus après coup, c'est une façon de s'anesthésier. "Arrivent" est le seul mot dans cette phrase qui soit empirique. Le reste, ça aide juste à dormir la nuit. »
« Le langage savait s'en saisir, mais pas la mater. Chaque fois que Nicky tentait de trouver les mots justes, la douleur semblait changer de forme. Parfois, elle disait que c'était un élancement sourd, funeste et implacable, comme un ciel s'obscurcissant avant l'orage. Parfois, c'étaient des décharges électriques brûlantes qui lui vrillaient tout le corps et la forçaient à se plier en deux, le souffle coupé. Ou bien elle disait qu'elle sentait comme des vagues déchaînées, qui gagnaient en puissance avant de venir s'écraser sur le rivage. Et ce rivage supplicié qui luttait inlassablement, c'était son ventre. Et une fois que la douleur avait disparu, Nicky se mettait à l'attendre comme un mari volage parti en claquant la porte mais qui finirait toujours par revenir. Parfois, disait-elle, l'attente était pire que le mal.
Si les mots étaient défaillants, les chiffres ne valaient guère mieux. Combien de fois avait-on demandé à Nicky d'évaluer sa propre douleur sur une échelle de un à dix ? C'était un casse-tête insoluble : en choisissant un chiffre trop bas, elle était presque certaine de ne pas obtenir de quoi suffisamment la soulager et en visant trop haut elle se ferait traiter d'hystérique et ne serait pas entendue. Quel était le nombre magique ? Elle avait tenté six, sept, huit, neuf... Elle n'avait jamais osé s'envisager comme un dix. Avery l'avait vue se tordre de douleur dans des salles d'attente d'hôpital et dans des cabinets de médecins, à essayer désespérément de trouver la combinaison adéquate de mots et de chiffres qui déverrouillerait l'accès au soulagement permanent. »
« C'est la famille, [...] l'origine de tout le réconfort et de tout le chaos de la vie. »
« L'amour qu'elle portait à ses sœurs était trop problématique, trop envahissant. »
« La main humaine n'est pas taillée pour détruire. Vingt-sept os dans chacune, pour la plupart pas plu épais qu'une cigarette slim. C'est pourquoi un bon bandage est essentiel, et c'est là que l'entraîneur entre en scène. La transformation cosmique que tout boxeur doit subir avant d'entrer sur le ring, cette révolution qui le fait passer de mortel à combattant, démarre à l'instant où l'entraîneur commence à lui bander les mains. »
« En Angleterre, il y avait un dicton chez les fans de football : C'est l'espoir qui tue. La défaite est toujours plus amère quand on s'est laissé aller à espérer la victoire. Ne pas rêver au-dessus de ses moyens, c'était ainsi qu'aimaient vivre les Britanniques. L'instinct de se protéger sous couvert de pragmatisme. C'était ainsi que leur mère avait toujours fonctionné. Mais Avery était américaine. Elle croyait à l'espoir, elle en avait bouffé au petit déjeuner, au même titre que ses céréales et que les infos locales qui racontaient les exploits de gens ordi-naires qui avaient sauté sur les voies du métro pour sauver de parfaits inconnus. Et il n'y avait pas meilleure allégorie de l'espoir que l'abstinence. »
« Et si l'addiction était de famille, peut-être la guérison l'était-elle aussi. Oh, voilà qu'il était de retour, enflant démesurément à l'intérieur d'elle, ce penchant puéril, haut en couleur, typique-ment américain: l'optimisme. Peut-être que ça fonctionnera pour Lucky, songea-t-elle. Peut-être que tout ira bien pour elle. Elle ne pouvait s'en empêcher. Ces peut-être fleurissaient en elle, puissants et poétiques comme des pissenlits, ces mauvaises herbes ravissantes qui s'invitaient sans prévenir et savaient toujours trouver les fissures où pousser. Elle laissa l'espoir monter, monter et monter encore. »
« D'après mon expérience, [...] c'est ne pas faire qui est le plus difficile. »
Quatrième de couverture
« Ce portrait complexe de quatre soeurs est extrémement nuancé et captivant. »
Vogue
Les sœurs Blue sont aussi exceptionnelles et inoubliables qu'elles sont différentes :
Sérieuse et responsable, Avery semble être la fille aînée parfaite. Mais cette avocate à Londres cache une liaison secrète qui risque de bouleverser sa vie.
Déprimée après sa première défaite, Bonnie voit sa carrière de boxeuse remise en question. Alors qu'elle tente de se reconstruire à Los Angeles, un acte de violence va l'obliger à fuir la police.
Lucky, la benjamine rebelle, est mannequin à Paris où elle passe son temps de soirée en soirée avant que ses excès ne la rattrapent.
Un an après la mort soudaine et accidentelle de Nicky Blue, ses trois sœurs se rendent à New York pour empêcher la vente de l'appartement familial.
Entre crises et disputes mais aussi fous rires et gestes d'amour, elles tentent tant bien que mal de surmonter leurs difficultés et de trouver leur chemin.
Un roman vif, drôle et émouvant de l'étoile montante de la littérature américaine.
Éditions Calmann Levy, mars 2026
494 pages
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Marie de Prémonville

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