dimanche 26 avril 2026

Ces lignes qui tracent mon corps ★★★★★♥ de Mansoureh Kamari

Son corps.
À 9 ans, il ne lui appartient déjà plus.
Il devient celui des lois.
Celui du père.
Celui d’un système qui décide à sa place.
Mansoureh Kamari trace ces lignes-là, celles d’une enfance confisquée, d’un corps contrôlé, d’une vie assignée.
Être fille, puis femme, en Iran,  c’est apprendre très tôt que sa liberté est conditionnelle. Que l’on peut être jugée, mariée, contrainte, avant même d’avoir grandi.
Les planches sont d’une beauté brute. Sans détour. Sans fard.
Elles dénoncent autant qu’elles bouleversent.
Ce roman graphique n’est pas seulement beau.
Il est politique.
Il est nécessaire.
Parce que pendant que certaines racontent, d’autres résistent encore.
Femmes. Vie. Liberté.
À lire ! Merci à toutes celles qui ont mis ce livre sur ma route 🫶🏻

« A FEMINIST IS ANY WOMAN WHO TELLS THE TRUTH ABOUT HER LIFE »
CITATION ATTRIBUÉE
À VIRGINIA WOOLF 










POUR ALLER PLUS LOIN

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La loi s'applique aux filles dès l'âge de 9 ans, qui est l'age minimum de la responsabilité pénale pour les filles en Iran. Dans la pratique, les autorités ont imposé le port obligatoire du voile aux filles dès l'âge de 7 ans, au début de l'école élémentaire. En 2002. Iran a relevé l'âge légal minimum du mariage pour les filles. passant de 9 a 13 ans (15 ans pour les garçons). Pourtant, aujourd'hui encore, des filles peuvent être mariées plus jeunes avec l'approbation d'un juge et le consentement parental. L'age de la responsabilité pénale reste extrêmement bas. 9 ans pour les filles, ce qui signifie qu'elles peuvent être poursuivies et condamnées comme des adultes alors qu'elles sont encore des enfants. Malgré les efforts de nombreuses avocates, avocats et militantes iraniennes des droits humains, cet âge na toujours pas été modifié Selon le Centre national iranien des statistiques (NSC), 25 900 filles et 15 garçons de moins de 15 ans se sont mariés en Iran au cours de l'année persane 1401 (de mars 2022 à mars 2023).

PAGE 53

En 2025, malgré les lois pénales iraniennes qui prévoient des peines de prison de 3 à 10 ans pour les meurtres commis par les pères sur leurs enfants, les violences domestiques, notamment les meurtres dits « d'honneur », demeurent une réalité tragique Le 25 janvier 2025, Kani Abdollahi, une jeune fille de 17 ans originaire de Piranshahr, a été tuée par son père à l'aide d'un couteau. Le motif évoqué était une relation amoureuse jugée « déshonorante » par la famille. Le 12 mai 2020, Romina Ashrafi, une fille de 14 ans originaire de Talesh, a été tuée par son père. Ce dernier, après avoir consulté un avocat de ses connaissances et s'être assuré qu'en tant que tuteur légal, il ne risquait pas la peine de mort pour le meurtre de son enfant, l'a tuée à l'aide d'une faucille. Finalement, le tribunal l'a condamné à 9 ans de prison. Le 16 avril 2025, Fatemeh Soltani, âgée de 17 ans, a été poignardée à mort par son père devant son lieu de travail à Eslamshahr, dans la province de Téhéran. Ces cas illustrent une tendance inquiétante, malgré les peines prévues par la loi. Selon des statistiques officielles, environ 50% des meurtres de femmes en Iran sont commis par des membres de leur famille, et jusqu'à 45% des meurtres dans certaines provinces traditionnelles sont des meurtres dits « d'honneur »

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En Iran, la projection de films étrangers dans les cinémas est rare en raison de la censure Cependant, lorsque je vivais à Téhéran, il existait quelques centres artistiques et culturels, comme Hozeh Honari, qui proposaient des projections de divers films réservées aux membres.

ÊTRE FEMME EN IRAN AUJOURD'HUI

En 2022, le mouvement Femmes, Vie, Liberté, né après le décès de Mahsa Amini en septembre 2022, a marqué un tournant dans la lutte pour les droits des femmes en Iran. Ce soulèvement a été le plus vaste défi au régime islamique depuis sa fondation, avec des manifestations dans plus de 100 villes. Malgré la répression violente. les femmes iraniennes ont continué à défier les lois sur le voile obligatoire

En septembre 2023, le parlement iranien a adopté une loi renforçant les sanctions contre les femmes ne respectant pas ces règles, avec des peines de prison pouvant aller jusqu'à 15 ans en cas de récidive. Le rapport 2023 du Forum économique mondial a classé Iran 143º sur 146 pays en termes d'égalité des sexes, soulignant un fossé profond dans la participation économique et politique des femmes.

En dépit de ces défis, des militantes comme Narges Mohammadi, lauréate du prix Nobel de la paix en 2023, continuent de lutter pour les droits des femmes, même sous menace constante d'emprisonnement. Le mouvement « Femmes, Vie. Liberté » demeure un symbole de résistance et de résilience face à l'oppression systémique des femmes en Iran.

Quatrième de couverture

« APRÈS MON DEPART D'IRAN, JE NE PENSAIS QU'À ALLER DE L'AVANT ET OUBLIER LA TERREUR PERMANENTE DANS LAQUELLE J'AVAIS VÉCU.

MÊME SI LES PEURS DU PASSÉ SONT TENACES ET RÉVÈLENT DES BLESSURES PROFONDES, JE CONTINUE DE DESSINER ET D'AVANCER.

J'ESSAYE D'ACCEPTER MON PASSÉ COMME CONSTITUTIF DE QUI JE SUIS ET DE LE LAISSER TRANSPARAÎTRE POUR AFFRONTER MES DÉMONS, MEME AVEC MES LIGNES BRISÉES ET IMPARFAITES. »

Éditions Casterman,  septembre 2025
195 pages

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