Après avoir traversé La Forêt de Caroline Hinault, j’ai ouvert Mes forêts de Hélène Orion, et, à bien des égards, j’y ai retrouvé les miennes.
Ses mots m’ont ramenée à mes propres souvenirs, mon enfance sur les sentiers corses et drômois, des voyages au Québec, dans les Rocheuses, les forêts qui aujourd'hui m'entourent... J’y ai retrouvé les odeurs d’hier et d’aujourd’hui, les murmures, les craquements, le souffle, les bruissements, ceux de la forêt, mais aussi ceux du temps.
La forêt comme refuge. Comme échappatoire salutaire. Mais aussi comme territoire vivant, parfois rude, jamais apprivoisé.
« mes forêts sont des rivagesaccordés à mes pas la demeureoù respire ma vie »
Ce recueil est une traversée sensible, une promenade qui éveille et remue.
Hélène Orion y interroge notre lien au vivant, notre place, notre manière d’habiter le monde.
À lire pour s’élargir. Pour se souvenir. Et peut-être, reprendre le sentier de notre humanité.
Hélène Orion y interroge notre lien au vivant, notre place, notre manière d’habiter le monde.
À lire pour s’élargir. Pour se souvenir. Et peut-être, reprendre le sentier de notre humanité.
« … une porte ouverte sur la force des mots pour dire le monde. Et l’aimer. »
Challenge #laouviventleslivres 🌿💚
« Le tronc
tout un champ de colonnes
effleure les nuages
lentes cicatrices
dans la bouche de l'hiver
un visage d'épines insoumises
les forêts entendent nos rêves
et nos désenchantements »
« Les brèches
maintiennent la vie
dans sa fragilité
l'aube s'infiltre
touche l'écorce blessée
qu'en est-il du chaos
qui flotte
dans le bégaiement des feuilles
la forêt défriche
en moi tant d'années »
« Le temps
comme s'émiette la tour
on dirait une pluie de chimères
venues accabler la terre
on n'a pas vu la feuille
qui se froissait
pas vu les déchirures
dégriser le vent»
« Le feu
qu'on entend venir
on dirait une bête
prête à tout dévorer
au milieu d'un champ
de longues allumettes
soudain la flèche
soudain l'embrasement
du cortège redouté
le feu promet l'éclaircie
qui donnerait envie de grandir »
« Mes forêts sont un champ silencieux
de naissances et de morts
la mémoire de saisons
qui se lèvent et retombent
mes forêts sont du temps qui s'immisce
à travers tronc branche racine
elles traversent le feuillage du jour
capturent l'ombre capturent l'éclat
elles sont la solitude disséminée
comme poussière de notre passage
une poignée de roches
qui savent les âges mes forêts
sont des traits de craie noire
les lettres désarticulées de mots
inconnus d'un matin qui hésite à venir
elles sont des ossements
que lèche l'invisible
une géométrie de souffles
et de pas qui se perdent
mes forêts sont lièvres et renards
jungle d'insectes qui scintillent
un soir d'été quand c'est l'hiver
elles sont coyote ours noir orignal
sittelle geai bleu mésange »
« Où aller sans commencement et peut-être sans fin »
SILVIA BARON SUPERVIELLE
« écoute
l'écho de nos rêves
dans le vent qui s'enfuit
le souffle des mers
nous enlace comme un corps
choses muettes et nues
que ton chant accorde
pour éclairer le néant
une fleur déchire le silence
un mouvement d'herbes le froisse
écoute les cloches les pétales
la chair et la joie »
« mes forêts sont des rivages
accordés à mes pas la demeure
où respire ma vie »
« Aux aguets, nous faisons écho
Aux rumeurs de l'abîme »
KATHLEEN RAINE
« Le jeune érable frémit
sous les coups du tonnerre
la foule autour de lui
hurle contre le vent
quand j'ai ouvert les yeux
ce n'était plus à l'intérieur
de moi que la pluie s'immisçait
le bois racontait une histoire
d'air rouillé de pas égarés
dans le brouillard de l'aube
grandir disait-il
ne suffit pas
à remplir le cœur »
« À l'instant où
rien ne s'est encore passé
avant qu'un rayon
ne presse d'éclore
le premier bourgeon
avant la première fleur
à l'instant où rien ne remue
sur la toile
c'est encore l'infini
quand le cœur ignore
les erreurs de l'enfance »
« Où avons-nous été, et pourquoi descendons-nous ? »
ANNIE DILLARD
« Avant l'horizon
La terre a commencé à recueillir nos histoires
dans les arbres et sous la couche d'humus
au creux des vents et des vagues
parmi les fissures de pierres
qui encerclent les feux
des voix se sont levées
on a bu au sein de la mère
on a mis la main dans celle du père
autour de la table les places ont été assignées
et l'on a prononcé le mot famille
on l'a ouvert très grand
jusqu'à l'humanité
puis on l'a refermé sur nos intimités
on a recouvert nos épaules de fourrures
mangé la chair des bêtes
brûlé leurs carcasses
avec la cendre
on a nourri d'autres bêtes
enrichi le sol
inventé d'autres matières
puis nos mains ont dessiné
quelques traits sur les murs d'une grotte
l'art allait nous protéger de la haine
mais la haine a continué
la porte du ciel s'est refermée
sur le babil des peuples
et les peuples se sont séparés
on a piétiné la terre des uns
volé celle des autres
on a arraché des enfants à leur famille
on leur a inculqué nos croyances
on a balayé leurs rituels enseigné notre dieu
chassant avec lui l'esprit de la Lune
et du Soleil celui des saisons de l'humain
de la Terre
on a dit que le coyote l'ours blanc
nous appartenaient
que les oiseaux volaient dans notre ciel
les poissons nageaient dans nos mers
[...]
puis la main se met à écrire
invente des forêts imaginaires
et des visages s'y promènent
l'horizon est apparu
le monde aurait une histoire »
« dans le paysage du temps
la nuit s'approfondit
et l'on se met à rêver
du haut des falaises de Rilke
dans la forêt de Dante
on voit le passé
déjà on lit le futur
on aperçoit l'aigle et la corneille
qui déchirent le rideau de l'histoire
pour rejoindre nos pas
on traverse le bois de Walden
la mémoire des saisons de Zanzotto
les paysages intérieurs
d'Hopkins les clairières de Zambrano
vers la connaissance de soi
on a marché on s'est plongé
dans le long travail de l'amour
on a trébuché
rebondi puis chuté de nouveau
le temps jamais ne s'arrête
nous dit l'arbre
nous dit la forêt
et sur la branche du présent
un poème murmure
un chemin vaste et lumineux
qui donne sens
à ce qu'on appelle humanité »
« mes forêts sont un long passage
pour nos mots d'exil et de survie
un peu de pluie sur la blessure
un rayon qui dure
dans sa douceur
et quand je m'y promène
c'est pour prendre le large
vers moi-même »
Quatrième de couverture
Hélène Dorion, première Québécoise et première femme vivante au programme du baccalauréat, vit environnée de lacs et de forêts, de fleuves et de rivages, de brumes de mémoire et de vastes estuaires où la pensée s'évase. À travers cette expérience immersive dans la forêt des mots, elle nous invite à traverser les paysages pour aller vers « ce que l'on nomme humanité ».
///
En supplément : un entretien exclusif avec Hélène Dorion, ainsi qu'un dossier consacré à la poésie, la nature et l'intime, pour élargir les horizons du lecteur et lui donner envie de poursuivre le voyage.
Éditions Bruno Doucey, 2021, 2023
155 pages

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