samedi 18 avril 2026

Prélude à la goutte d'eau ★★★☆☆ de Rémi David

« Il est temps que l’écologie prenne le pas sur l’économie. »
Je referme ce livre avec une impression tenace. Pas vraiment une émotion, plutôt une lucidité qui dérange.
Je pensais lire une dystopie. Mais ce futur-là ne projette rien, il prolonge. L’eau qui manque, les corps qui fuient, les tensions qui s’installent, c'est déjà là, sous nos yeux.
Dolomont m’a dérangée. Parce qu’il n’a rien d’exceptionnel. On a déjà croisé ce genre de silhouette. Il incarne ce pouvoir qui sait, qui voit, et qui choisit malgré tout de préserver ses intérêts. À travers lui affleurent l’indécence, le mépris, le vivant sacrifié, l’argent érigé en priorité, les compromis qui deviennent système, les silences qui arrangent.
« Parce qu'il serait faux de dire qu'il y aurait d'un côté une crise migratoire, de l'autre une crise de l'eau, et une crise climatique, et une crise du logement : tout, tout, tout, tout est lié. »
L’histoire suit son fil, parfois vacille, manque de crédibilité. Mais ce n’est pas l’essentiel.
Ce qui reste, c’est une colère sourde. Une impression d’inertie collective face à l’évidence. Comme si le monde se fissurait, brûlait et que ceux qui tiennent les allumettes continuaient de parler croissance.
« Et Monsieur Dolomont, en proposant ses solutions courtermistes, ne fait qu'aggraver nos problèmes à moyen et long terme, ne les résout en rien. Lui qui aime les poèmes ferait bien de méditer ce mot de Victor Hugo : "C'est une triste chose de songer que la nature parle et que le genre humain n'écoute pas." »
Une histoire de vengeance, portée par une écriture efficace et captivante. Si certains ressorts du scénario peinent parfois à convaincre, le fond, lui, interpelle profondément et pousse à la réflexion.
Et cette question en creux, combien de temps encore avant que cela cesse d’être une fiction ?

« Après l'été, c'était encore l'été.
Début octobre, dans la savane parisienne comme dans tout l'Hexagone, la canicule continuait de s'étirer, à la manière d'un grand fauve.
La végétalisation des voies, des murs et des toits, le remplacement du bitume sombre par des revêtements clairs, les brumisateurs installés dans les rues, les pataugeoires dans les parcs, les fontaines sur les places, les bancs rafraîchissants à propulsion d'air froid, les buses d'asper-sion intégrées aux trottoirs... rien n'y faisait. Partout, on transpirait. »

« J'ai toujours aimé les glaces, depuis que je suis gamin. Alors une de cette taille... Mais bon, quand même : les ours polaires ? Vous les privez de leur territoire ? Non, je ne les prive de rien. Un ours, j'adore les ours, ça vit où ? Ça vit sur la banquise. Sur de l'eau salée. Ils ne vivent pas plus sur les icebergs que vous, que moi, que les chats, que personne. C'est de l'eau douce, un iceberg ! Et il s'en forme des tas, plus de seize mille par an. Quasiment ce qu'on consomme, sur la planète, en eau, en une année. Et c'est de l'eau douce qu'on perd, de l'eau qui fond, de l'eau qu'on gaspille, qui part en mer quand la France manque, que le Maroc manque, que le monde entier manque d'eau. Alors plutôt que de pleurer, plutôt que de se plaindre, autant se relever les manches et la récupérer, cette eau. Vous ne trouvez pas ? C'est ce qu'on s'est dit, en tout cas, à la Dolco. Qu'il s'agissait de montrer l'exemple, plutôt que de donner des leçons. Et nous avons monté ce projet qui n'est ni plus ni moins qu'un grand déménagement : on ne fait que déplacer de l'eau, changer l'endroit où cet iceberg va fondre, pour le faire fondre au Maroc plutôt qu'en plein milieu de la mer, et pour récupérer son eau plutôt que de la gâcher. Et ce déménagement il est non polluant, ce qui n'est pas le cas, comme vous le savez, des usines de dessalement d'eau, qui empoisonnent la mer, avec un tas de rejets de saumure.
Le journaliste américain, un grand échalas aux moustaches cirées, au nez en lame de couteau, un peu plus jeune que les autres, saisit la balle au bond pour questionner plus avant Dolomont sur son empreinte carbone.
- Est-ce que vous n'allez pas trop vite ? N'aurait-il pas fallu, avant de mener le projet, faire une étude d'impact ? Est-ce qu'en raison de votre enthousiasme, vous ne brûlez pas les étapes ?
- Mais "si nous ne brûlons pas, comment éclairer la nuit" ? 
Il laissa planer un silence, avant de poursuivre : 
- Ce sont les mots d'un poète. Un Turc et communiste, figurez-vous, Nâzim Hikmet, que j'aime beaucoup. Je vous le cite parce que je crois qu'il y aura toujours bien plus de vérité dans les mots d'un poète que dans une étude d'impact. "La terre se nourrit d'eau et de poèmes. Mais depuis des années, nous ne lui donnons que des chiffres". Ça c'est Christian Bobin, un autre grand auteur, que j'aime à méditer.
Pour ne pas se défausser cela dit de la question, après sa parenthèse lyrique, il martela trois mots : la dérive assistée. L'iceberg pouvait se laisser porter par les courants marins comme par d'immenses tapis roulants, ce qui réduisait d'autant la consommation de fioul du bateau.
Et la voile, régulièrement déployée, abaissait encore le coût énergétique de trente pour cent.
Lui demandait-on s'il ne serait pas plus éco-responsable, tout de même, d'exploiter la glace sur place, directement au pôle, plutôt que de la tracter jusqu'au Maroc, il argumentait : il n'existait en Arctique aucune source d'énergie disponible. Qui plus est, un seul bateau avait permis de convoyer l'iceberg depuis le pôle jusqu'à Cherbourg. À supposer qu'on eût décortiqué la glace directement dans le Grand Nord, il eût fallu pour transporter la même quantité d'eau cinquante bateaux-citernes de grande capacité: l'impact aurait été autrement plus élevé sur les écosystèmes et les milieux marins. »

« Après une jeunesse passée à militer contre la cruauté envers les animaux, maître Cherkaoui s'était spécialisée dans les questions écologiques. La protection de la nature et le bien-être animal constituaient pour elle les deux facettes d'un même combat : celui mené contre l'anthropocentrisme. Une conception datée, erronée et dangereuse à ses yeux en ce qu'elle légitimait des attitudes comme le productivisme agricole irraisonné, le pillage des réserves ou les tortures animales. Le droit ? Elle le voyait comme un outil puissant pour repositionner l'humain à sa place : ni en dehors ni au-dessus de la nature et du vivant. Parmi. »

« L'affaire du L213B, comme on l'appelait, avait tout pour plaire aux médias: un iceberg immobilisé, saisi par la justice, ce n'était pas commun, et L'Axolotl pour le défendre, c'était David contre Goliath. Un petit cabinet versus une multinationale, une femme contre un homme, le droit à la justice contre la liberté d'entreprendre et la nature contre la vanité humaine.
Que faire ? Tout le monde posait la même question, sans savoir y répondre. Ramener la glace au pôle ? C'était impensable, dangereux. La laisser fondre? Se perdre ? Ce serait absurde, dans le contexte. Se l'approprier pour la France ? Une déclaration de guerre, d'autant que le Maroc, qui s'était jusqu'alors tenu discret, montrait des signes d'impatience autant que d'agacement.
Je laisse la justice faire son travail, répondait le président français, quand on l'interrogeait.
Le monde entier scrutait l'Hexagone, l'iceberg jouant le rôle d'un immense compte à rebours, un sablier de glace. Mais la question posée aux juges n'était pas des plus simples à résoudre et revenait ni plus ni moins à se demander: à qui appartient la nature ? »

« Sous la chaleur écrasante de l'été, dans le débat public, Meryem apportait un souffle nouveau qui résonnait en de multiples échos, à la façon d'un carillon de bambou animé par le vent. Dans les parcs, les cafés, les bureaux, les jardins, sur les places, aux repas de famille... partout on se mit à discuter, à se disputer sur la question du droit de plaider pour les autres qu'humains. C'était inattendu, presque surréaliste, mais incontestable et grisant pour l'avocate tout comme pour Samira, qui vivait l'aventure avec elle. Elles avaient réussi la deuxième étape de leur pari : après l'arrestation de Dolomont, mobiliser l'opinion, imposer leur sujet dans le débat public. Dolomont, sa personne, son inculpation, son agitation pour les faire taire c'était l'écume, répétait Meryem. Revendiquer le droit pour les êtres naturels à être reconnus comme des personnes ayant des droits, une dignité, c'était la vague. Une vague venue de loin, formée de mille gouttes d'eau: les combats de toute une génération de militantes et militants écologistes, fatiguée de ce vieux monde et de ses dichotomies obsolètes, qui continuaient à survivre et même à gouverner.
Le procès de l'iceberg, pour Meryem, était celui d'une vie, et l'enjeu du verdict allait au-delà de l'iceberg lui-même, de son cas particulier. Il était tous les êtres naturels, les lacs et les rivières, les glaciers, les abeilles, les arbres et les dauphins... exigeant de la justice qu'elle se positionnât, les reconnût, les entendît. »

« La demande explosa, l'offre se raréfia ; le marché imposa ses règles. On fit s'affronter les villes contre les campagnes les petits contre les gros, les agriculteurs contre les défenseurs de la nature. Les pluies d'hiver bientôt ne furent plus suffisantes pour reconstituer les réserves, le soleil fit tressaillir la Bourse. On avait besoin d'eau pour arroser les champs ; il fallait en acheter sur les marchés, mais elle coûtait plus cher que le gain dégagé à vendre ses récoltes. Elle devint la nouvelle récolte, précipitant les faillites. »

« Dès leurs débuts, il sut qu'embrasser Samira c'était embrasser aussi ses combats. Non pas se les approprier - Antoine n'éprouvait de convictions fortes sur rien, ni d'énergie pour mener aucune lutte - mais littéralement les embrasser, les tenir dans ses bras, en tenant Samira dans les siens. Ils étaient indissociables d'elle, ils faisaient partie d'elle. Souvent, d'ailleurs, Antoine craignait qu'elle ne le quittât pour quelqu'un de plus militant, de plus charismatique, de plus engagé, de plus cultivé, que sa flemme ne finît par éteindre la flamme. Car il avait souvent la flemme. Il se sentait découragé d'avance. L'ennemi semblait trop fort, les lobbys, les puissants, les intérêts financiers, les capitaines d'industrie... On ne pouvait pas changer le monde, il ferait toujours les riches plus riches, les pauvres plus pauvres et de la planète une poubelle. C'était, à la rigueur, l'unique conviction d'Antoine, ce qui ne l'empêchait en rien d'admirer Samira pour sa combativité, sa détermination, pour ce que lui n'était pas. »

« Et Monsieur Dolomont, en proposant ses solutions courtermistes, ne fait qu'aggraver nos problèmes à moyen et long terme, ne les résout en rien. Lui qui aime les poèmes ferait bien de méditer ce mot de Victor Hugo : "C'est une triste chose de songer que la nature parle et que le genre humain n'écoute pas." »

« J'entends ici ou là que le procès à venir est celui de la nature qui plaide contre l'humain. C'est faux : s'il s'avère historique, ce procès le sera précisément parce que, et pour la première fois, c'est celui de la nature qui plaide avec l'humain, et contre l'inhumain. »

« Il est temps que l'écologie prenne le pas sur l'écononie. »

« Dolomont incarnait tout ce qu'elle exécrait, ce contre quoi elle se battait. Le saccage de la nature, la fortune indécente, l'opportunisme éhonté, le mépris de classe, la compromission avec le pouvoir, alors quand son père... C'était comme si, en s'entêtant à prendre la défense d'un tel homme, même à en faire l'éloge, il s'en prenait à elle personnellement et qu'il lui crachait au visage. Pour dire, signifier à son fils, à mots couverts, alors qu'il ne la connaissait pas, ou à peine, que déjà il la réprouvait. »

« Dolomont, c'était une trompette: dans son monde n'existaient que les pistons. Les relations, les retours d'ascenseur, les intérêts, les rapports de force, les échanges de bons procédés, les services, gracieusetés. Avec la certitude que tout homme, toute femme, toute conviction était monnayable, qu'acheter résolvait tout. C'était un être en somme d'ambition, de pouvoir et d'argent, ses trois prises sur le monde, qui lui permettaient tout. Sauf qu'avec le juge Aguilar, en charge du procès, il était face à un mur impossible à escalader, ni à contourner, ni à salir, ni à détruire. Un mur sans aucune prise qui avait pu, dans sa carrière, prononcer des verdicts en faveur aussi bien des plus que des moins, des forts que des faibles, de la nature que de l'humain. Un juge comme un mirage qui se dessinerait dans la chaleur du désert, dont on ne parvenait pas à cerner les contours. »

« Ce n'est pas parce qu'elle n'est pas là qu'elle me manque ; c'est parce qu'elle me manque qu'elle est là. »

« Parce qu'il serait faux de dire qu'il y aurait d'un côté une crise migratoire, de l'autre une crise de l'eau, et une crise climatique, et une crise du logement : tout, tout, tout, tout est lié. »

« Le prélude de La goutte d'eau pour le juge Diakité, mélomane et musicien amateur accompli, était une occasion de se confier à sa fille. Jamais il n'eût osé, ou su, sans en passer par la musique, se livrer sur ses sentiments, ses peurs ou son amour pour elle. Dire "je t'aime", pour le juge, relevait de l'obscénité. Mais parler de Chopin, d'une œuvre, d'une création, était à sa portée.
Il aimait jouer pour Samira, adolescente, le morceau au piano et le lui commenter, tout en sous-entendus. L'aspect lumineux, innocent de la première partie, en ré bémol majeur : l'enfance. Puis les menaces et les dangers, dans la seconde, qui gagnaient du terrain, entraient dans la maison. Et ce tocsin qu'on entendait, fortissimo, en do dièse mineur, sonnant pour annoncer une disparition, inévitable, ou une mort, peut-être, qui arriverait bientôt et qui serait brutale.
Samira était pleine d'admiration pour son père. Et dans le même temps se demandait souvent si elle avait un père. Il était le courage, il était la finesse, la beauté de l'âme humaine, et l'intelligence même. Mais était-il un père ? Il travaillait sans cesse quand il était à la maison, ne quittant son bureau, où on avait interdiction d'aller, que pour l'heure des repas. Il s'accordait cinq jours de congés chaque année, pour passer quelque temps, comme il disait, avec sa femme et son enfant. Cinq jours où il était presque toujours malade. Samira était fière, et pas peu fière, d'être sa fille ; il l'impressionnait. Dans le même temps, des marques de tendresse quelquefois lui manquaient.
Cela dit, quand il s'asseyait au piano, dans leur salon, le juge trouvait un peu, par la musique, à formuler son affection. Par un regard, par une façon de changer sa voix, pour parler à sa fille, ou de pencher la tête vers elle. Assise à sa droite, sur la même banquette, Samira observait ses mains - élégantes, élancées - agiles sur le clavier, en l'écoutant vanter la joie, dans la dernière partie du pré-lude. Elle revenait, elle gagnait, débarrassée des ombres, de la tristesse, de la mélancolie. La beauté de la vie.
- Et cette note obsessionnelle, cette goutte d'eau, qui tombe, qui tombe, qui tombe, qui traverse le morceau, qui tient bon, quoi qu'il arrive autour. Cette note à la main gauche, au milieu des accords, qui se détache du reste, qui survit et pourquoi? Parce qu'elle s'est adaptée au contexte nouveau, et que de la bémol, sans qu'on s'en aperçoive, elle est devenue sol dièse, sa note enharmonique. Tout en restant la même, elle a changé son nom. »

« Il venait de s'engager dans le labyrinthe tissé de mensonges et sans aucune issue qu'allait devenir sa vie. Il ne pouvait plus reculer. »

« - Je crois que l'eau est trop précieuse pour ne pas avoir de prix. Autrement, on n'en perçoit pas la valeur, on la gaspille, la déprécie.
Même à des chiens, pensait Aya en l'écoutant, debout dans la fournaise, les dents serrées, le visage tendu, le regard assassin, même à des chiens on donne de l'eau.
Sa haine était une vague furieuse mais impuissante qui venait se briser sur Dolomont. »

« En nouvelle Adèle H, fille de Victor Hugo parcourant Halifax, au Canada, sur les traces du lieutenant Pinson, son amour de Jersey, dans l'espoir de l'y croiser, Antoine arpentait tous les quartiers de la ville. Des populaires aux plus huppés, il alpaguait les gens dans la rue, dans les supermarchés, sur les places, les squares, au restaurant, dans les cafés, dans les bibliothèques, les parcs, les parkings des cités, dans les moyens de transport, dans les quartiers d'affaires, les lieux résidentiels, les galeries d'art, les points de deal, les lieux de culte, à la sortie des théâtres... Sans la moindre méthode, à part tout essayer. »

« Pour Samira c'était un indéniable aveu. Et malgré tout ce n'était en aucun cas une preuve ; elle ne pourrait jamais la porter devant un juge. Jamais innocenter, et ce fut un calvaire que de se l'avouer, celle qui fut condamnée en lieu et place de Dolomont, et qui dans cette histoire resterait le visage monstrueux, repoussant, de l'inhumanité. »

« Parce qu'en faisant [...] un métier invisible, on voit toutes sortes de choses. »

« On ignorait souvent que ces activités, menées par des sociétés filles, étaient dans le giron de la même holding.
Cela jurait quelque peu avec l'image de lui-même que Dolomont s'évertuait à imposer dans les esprits : celle d'un philanthrope. »

« Samira, la gorge déchirée, ne sut répondre, rien dire. En raccrochant, elle repensait avec rage à la page d'accueil du site de På djupet, où elle était allée cent fois avant de les contacter, qui mettait en avant la belle citation d'Albert Londres, grand reporter français, à l'aube du vingtième siècle : « Notre métier n'est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie en mettant dans la balance son crédit, son honneur, sa vie. » Amberg savait la force de tout ce qu'elle révélait, et pourtant, le sachant, il choisissait de ne pas publier son enquête pour préserver ses intérêts. Comment avait-elle pu se montrer si crédule ? Plus que leur décision, c'était sa naïveté avant tout qui la rendait furieuse. Encore une fois, elle avait voulu faire jouer David contre Goliath, à nouveau elle s'était laissé berner par cette fable ridicule. Il n'y avait pas de combat possible. Non pas que Goliath fût plus fort, mais parce que David était Goliath. »

NOTE
Dans les années 1970, le prince saoudien Mohammed Al-Faisal créa la société Iceberg Transport International. Elle avait pour mandat d'étudier la faisabilité d'un remorquage d'iceberg de l'Antarctique jusqu'au port de Jeddah. L'idée depuis refait surface régulièrement. Elle m'a inspiré la première partie du livre. Pour ce qui a trait au statut de la glace en droit international, j'ai tiré profit du travail de la juriste Fabienne Quilleré-Majzoub, notamment L'eau dans tous ses états juridiques (Éditions Pedone, 2017), «À qui appartiennent les icebergs » in Revue québécoise de droit international (volume 20, numéro 1, 2007) et « Glaces polaires et icebergs : quid juris gentium ? » in Annuaire français de droit international (CNRS Éditions, volume 52, 2006).
Je me suis nourri aussi, pour l'écriture du procès, dans la première partie, de textes relevant de la théorie dite des droits de la nature. Parmi eux Les arbres doivent-ils pouvoir plaider ? (Christopher Stone, Éditions Le Passager Clandestin, 2017 pour l'édition française), Le contrat naturel (Michel Serres, Éditions François Bourin, 1990), Un nouveau droit pour la terre (Valérie Cabanes, Éditions du Seuil, 2016), Petit manuel des droits de la nature (Édi-tions Wild Legal, 2022), Le fleuve qui voulait écrire (mise en récit Camille de Toledo, Éditions Les Liens qui Libèrent, 2021).
La ligne narrative liée au programme gramme "Un rein pour une nouvelle vie", dans la deuxième partie du livre, me vient du site parodique tunisien LerPesse, qui en 2018 publiait un article intitulé « Campus France: les étudiants africains invités à déposer un rein en caution au début de leur cursus universitaire ». Le canular, largement diffusé, fut souvent pris pour une information authentique et sérieuse, comme le rappelle l'anthropologue Julien Bondaz dans une analyse de 2019 pour le site universitaire The Conversation : « Un rein contre des études en France : les enseignements d'une rumeur africaine ».

Quatrième de couverture

Au milieu du XXIe siècle, alors que les canicules à répétition redessinent le paysage mondial, Erik Dolomont a bâti sa fortune sur l'exploitation de la crise climatique. Il profite d'un vide juridique et s'approprie un iceberg qu'il fait charrier depuis le pôle jusqu'au Maroc pour en revendre l'eau douce au prix fort.

Samira, une jeune juriste spécialisée dans la défense de la nature, cherche la faille pour s'opposer à lui. Ses raisons de lui faire obstacle sont idéologiques sans doute. À moins qu'il ne s'agisse d'une vengeance personnelle ?

De la Guinée à la Suède en passant par le Maroc et la France, de 2040 à 2060, ce thriller écologique haletant nous entraîne dans un monde terriblement proche du nôtre. À travers la trajectoire de Samira, il nous invite à réfléchir aux grandes questions de notre temps.

Éditions Gallimard, décembre 2025
318 pages 

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